‹ Du Traitement Thyroïdien et de la Sclérodermie en PlaquesChapitre 28 sur 33 · LEURS · texte numérisé non relu

LEURS

lyse physiologique ne sera pas poussée plus loin qu’elle ne l’est actuellément, ne convient-il pas de soustraire de la glande certains produits supposés toxiques ou d'en extraire des principes que le corps thyroïde ne renferme peut-être pas sous la forme qui se trouve réalisée artificiellement. »

La glande fraiche se putréfie facilement ; son activité varie d’un animal à l’autre ; on lui préfèrera donc la glande desséchée. Celle-ci sera modifiée aussi peu que possible par les manipulations ; elle devra provenir d’un organe sain, desséché à froid par le vide. Cette préparation doit avoir le parfum de la bonne viande: une odeur nauséabonde est un signe de putréfaction. A défaut de ce produit, l’on pourra employer les extraits glycérinés ou la thyroïdine ; quelques-uns de ces produits spécialisés sont bons.

Il faut se souvenir que la glande desséchée représente cinq fois le poids de la glande fraiche, et l’extrait glycériné, sept fois.

Doses initiales. — Pour les fixer, il faut préciser les signes d’hypo, d’hyper ou de dys-thyroïdie présentés par le malade. Ces signes de dys-thyroïdie sont réalisés au maximum dans la maladie de Basedow ; mais souvent l’on trouvera des palpitations, des tremblements, de l’angoisse, de l’hyperexcitabilité nerveuse, de l’insomnie et même de la diarrhée, qui traduiront à côté des signes d'hypo-thyroïdie, l’instabilité fonctionnelle de la glande.

Cette instabilité est-elle à prédominance nettement hypothyroïdienne, on débutera par 10 centi-

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grammes de glande desséchée ; y a-til, au contraire, prédominance hyperthyroïdienne,.on commencera par 25 milligrammes : enfin, s’il n'y a aucune prédominance, la dose initiale sera de 5 centigrammes.

« Quelle que soit l’unité choisie, dit Lévi, on donnera d'abord un des cachets tous les deux jours, puis deux cachets pour trois jours, puis un tous les Jours, sauf samedi et dimanche, et l’on continuera sous surveillance.

Si le traitement est bien supporté et n'apporte pas de modifications à l’état du sujet, on augmentera graduellement les doses. »

S'il y a des réactions excessives, on suspendra le traitement, Ces incidents sont des signes d’hyperthyroïdie ; ils consistent en diarrhée, transpiration, céphalées, excitabilité nerveuse, tachycardie, amaigrissement. Après une suspension de quelques jours, on essaiera de reprendre le traitement, en diminuant les doses.

Si les symptômes associés ou principaux s’amendent, on maintient le traitement aux mêmes doses, quitte à les augmenter si les premiers progrès ne s’accentuent pas.

Doses consécutives. — Si après un traitement prolongé bien conduit, avec doses croissantes, il ne se produit aucune modification, il faut tenter la médication polyglandulaire ; l'on cherchera si le syndrôme surrénal ou ovarien n'est pas en cause. Généralement l'amélioration par le traitement thyroïdien commence à se manifester avant la sixième semaine.

Les phénomènes réactionnels doivent être étudiés

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de très près : ils indiqueront la dose exacte, qu'il ne faut pas dépasser, et qui peut varier avec le temps chez le même individu. Un arrêt dans l'amélioration fera augmenter les doses, surtout si des signes d’insuffisance apparaissent.

Cette dose exacte est souvent difficile à trouver, ce qui explique bien des insuccès : parfois, 5 milligrammes peuvent suffire et Lévi croit qu'il n y a pas intérêt à atteindre 40 à 60 centigrammes. Cependant, Pedrazzini dut un succès à l'emploi de doses élevées 0 gr. 75).

Durée du traitement. — L'on continuera le traitement jusqu à ce qu'il ait paru donner son maximum d'effet, puis on le suspendra, quitte à le reprendre si de nouveaux symptômes apparaissent. Il est souvent nécessaire de persévérer dans l’administration à dose d'entretien, à titre préventif : cette dose, toujours faible, sera déterminée par la réaction du sujet et elle sera continuée longtemps.

Sclérodermie et Hyperthyroïdie. — S'il s’agit d’un hyperthyroïdien, il faudra commencer par des doses très faibles en associant la médication à la valériane et à l’arsenic. On pourra également essayer les cachets d'ovarine ou de corps jaune.

Médicaitions associées. — En même temps que l'opothérapie l'on pourra employer les injections de liqueur de Gram ; l’administration d'iodure de potassium a donné quelques succès. Ce médicament est, en effet, un fibrolytique, comme la thiosinamine, à laquelle on doit également des succès temporaires. L'opothérapie thyroïdienne agit elle-même comme

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fibrolytique et ainsi s'explique son action parfois très efficace sur le stade atrophique de la sclérodermie, et les processus cicatriciels.

Brocq et Simon, dans leurs consultations dermatologiques, conseillent l’iodure de potassium, À à 2 grammes pro die, pendant 20 jours, puis suspendre 10 jours. Ils conseillent également les bains électriques à courants combinés.

En cas d'échec du traitement thyroïdien et polyglandulaire, on aura recours à l’électrolyse qui a donné à Brocq de bons résultats.

Le malade tient dans sa main le pôle + ; l'aiguille est reliée au pôle —., cette aiguille fine, en platine, est enfoncée obliquement, dans la peau malade et non au-dessous d'elle. On fait passer un courant de 3 à » milliampères pendant 10 à 20 secondes. Il se forme alors autour de l'aiguille une zone blanchâtre de 1 centimètre de diamètre environ. On retire l’aiguille pour faire de nouvelles piqûres, de centimètre en centimètre ; les séances ont lieu deux fois par semaine, puis tous les dix ou quinze jours. Dans l'intervalle des opérations, on fait des applications d’emplâtre de Vigo sur la région malade.

Observations.

OBSERVATION I (MM. Nicolas et Moutot).

Sclérodermie en plaques. — Plaques multiples, coexistence des variétés lardacea et tuberosa. — Traitement thyroïdien, amélioration rapide et guérison complète en # mois.

Marguerite B..., 3 ans, est adressée à la Consultation de la Clinique des maladies cutanées, pour des lésions hypertrophiques infiltrées du dos des mains, ayant débuté il y a déjà plus de trois mois.

Antécédents héréditaires. — Les parentssontbien portants. Ils ont eu deux enfants avant l’enfant actuelle, et un après. Tous se portent bien. La mère n’est pas nerveuse, elle n’a pas eu de grands chagrins, ni une vie mouvementée pendant la gestation de la fille malade.

Antécédents personnels. — Née à terme, nourrie au sein maternel jusqu’à 16 mois. Niretard de la marche, ni retard de la dentition. Pas de maladie antérieure.

Début de l'affection actuelle. — Vers fin août, début de septembre 1911, c’est-à-dire il y a trois mois, la mère a constaté une première lésion unique sur la face antéroexterne de la jambe droite. Dans la suite, d'autres plaques

sont apparues; la mère ne peut préciser ni leur évolution, ni leur aspect objectif.

Etat actuel. — 24 novembre 1911.— La petite malade présente des lésions multiples avec des aspects différents suivant les points.

Topographie. — Sur la jambe droite, à la face antéroexterne, persiste encore la plaque du début. C’est la plus étendue : ovalaire, elle mesure environ 5 cent. X 3 cent. Au dessous d’elle se trouve une lésion arrondie de la surface d’une pièce de 2 francs; sur la face externe de la cuisse droite existe une plaque arrondie, on en note quelques-unes sur les mollets de la surface d’une pièce de 50 centimes à 1 franc.

Sur le dos des mains, à droite et à gauche symétriquement au niveau des deuxièmes articulations métacarpo-phalangiennes, existent des lésions de la surface d’une pièce de 50 centimes. Sur la main droite, on en trouve une au niveau du troisième espaceet une autre sur la première articulation métacarpo-phalangienne et sur le bord cubital du poignet de la surface d’une pièce de 1 :ranc; on ne retrouve aucune lésion sur le tronc, sur le cou, sur la face, sur les membres supérieurs, dans le cuir chevelu, sur les lèvres, ni sur la langue.

Aspect objectif. — I] est très différent suivant les points, mais il se ramène à deux types : l’un plan, déprimé, cicatriciel; l’autre surélevé. Au niveau de la lésion primitive de la jambe droite, la lésion est constituée par une plaque ovalaire, ne faisant aucune saillie, de teinte blanchâtre dans la plus grande partie de sa surface, limitée à la périphérie par un liseré coloré, érythémateux violacé. La surface de cette plaque est lisse, sans squames, sans l’aspect plicaturé, chagriné, de la peau normale. À la palpation, il est impossible de plisser la peau à ce niveau, elle est infiltrée, lardacée. L'induration est profonde, occupant tout le tissu cellulaire et s'étendant jusqu’à la surface du tibia.

L'aspect objectif est tel qu’en présence de cette induration,

de l'aspect blanchâtre, lisse, de la périphérie colorée en violet (lilac-ring) il ne peut être porté, pour cette lésion, d’autre diagnostic que celui de morphée.

Cet aspect se retrouve sur divers des autres éléments, en particulier sur ceux des mollets. Au contraire, les lésions du dos des mains, celle de la cuisse droite, ont un tout autre aspect. Elles sont surélevées, faisant une saillie de 2 à 3 millimètres. Elles sont arrondies, parfaitement limitées, surplombant à pic la peau saine.

Il n'y a plus à leur périphérie aucune zone colorée pouvant rappeler de près ou de loin le lilac-ring. Leur coloration s'écarte moins de la coloration de la peau voisine qu'au niveau des lésions de la jambe; toutefois, il y a une teinte générale plus blanchâtre, plus cireuse. Les lésions ne font pas une saillie uniforme. Leur surface est mamelonnée, l’on a l'impression que la lésion est constituée par une série de papules. En particulier, pour les lésions des mains, il y a comme une sorte de faible dépression centrale, limitée par une bordure qui semble formée d’une couronne de papules juxtaposées. Par la vitropression, l’on affaisse toute la lésion, elle s'exsanguinifie complètement, il ne reste qu’une tache blanchâtre, cireuse, beaucoup plus lisse que la peau voisine. À la palpation, au niveau de ces lésions, l’on a encore une infiltration très marquée, mais il ne s’agit plus d'une induration aussi lardacée, aussi dure, que celle des lésions de la jambe. L'infiltration est plus molle, se laisse pour ainsi dire réduire au doigt, on la sent cependant s'étendre au tissu cellulaire.

L'on ne peut se rendre compte si ces lésions sont le siège de troubles sensitifs.

On ne trouve aucun symptôme d'insuffisance de la glande thyroïde, celle-ci est sentie normale à la palpation.

Traitement général. — Prendre pendant 8 jours consécutifs une demi tablette de thyroïdine Byla, 1 fois par jour; les 8 jours suivants, 2 fois par jour (soit 7 centigrammes de thyroïdine par jour à ce moment).

Local. — Badigeonnages à l’huile de foie de morue.

8 décembre 1911.— La petite malade a été traitée très régulièrement, la mère a fait prendre la thyroïdine aux doses marquées. Le traitement local a été fait, au contraire, irrégulièrement. Il y a, aujourd’hui, une amélioration manifeste, surtout nette pour la lésion de la jambe droite qui s’est désinfiltrée, est devenue plus rosée. Comme le pouls est à 152, la thyroïdine est interrompue 8 jours. Le traitement local est supprimé.

29 décembre 1911.— Les lésions surélevées se désinfiltrent, cependant celle du bord cubital du poignet reste peu modifiée. Depuis le 15, la petite malade prend une tablette par jour.

19 janvier 1911. — Le traitement a été suivi trois semaines. Depuis 15 jours, elle ne prend aucun médicament. L’amélioration est des plus marquée, tant pour la fgrande plaque de la jambe qui est presque complètement guérie pour les lésions tubéreuses qui se sont affaissées.

La petite malade est remise à 1 tablette par jour, pendant 15 jours.

16 février 1912. — Une nouvelle petite plaque est apparue sur le dos du pied droit. Traitement : 1 tablette par jour pendant 15 jours.

15 mars 1912. — Depuis le début de mars, la malade est au repos de traitement. On redonne le traitement thyroïdien à la dose de 2 tablettes par jour (14 centigrammes de thyroïdine Byla).

Il y a actuellement une guérison complète de tous les éléments, seul le lilac ring de la lésion de la jambe persiste encore.

19 avril 1912. — La guérison est absolument complète, aucune trace ne persiste des lésions anciennes, aucune n’est nouvellement apparue. Il est conseillé à titre préventif un traitement thyroïdien par cures espacées. Le traitement thyroïdien a très bien été toléré.

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