FONCTION PARTICULIÈRE DES CONSEILS DU TRAVAIL
Le changement, la modification, opérée tout d'un coup, sans avertissement préalable, surprend et déconcerte les travailleurs, prend à leurs yeux l'aspect d'une violation de la règle établie. C'est un piège qu'on leur tend, un mauvais tour qu'on leur joue, une supercherie dont ils seront les victimes. Voilà ce qu'ils pensent et ce qu'ils ressentent I
Ce changement leur sera peut-être profitable ; peut-être leur vaudra-t-il prochainement une diminution de peine, une augmentation de salaire : mais ils l'ignorent et leur premier mouvement est de se méfier. Ce changement subit, qu'on n'a pas pris soin de leur expliquer, est comme un petit coup d'Etat, contre lequel ils se révoltent.
Ils se font les défenseurs de la règle, de l'ordre accoutumé, du principe de conservation et de stabilité dans la fabrique.
C'est leur liberté en même temps qu'ils ont la prétention de défendre, leur liberté de travail et d'allures habituelles. Ils se considèrent en quelque sorte comme les défenseurs de la Constitution, que dis-je? comme les défenseurs des Droits de l'Homme. Et ils prennent les armes contre ce
lt>0 DU TRAVAIL ET DE SES CONDITIONS
coup inattendu qui les atteint dans les conditions de leur existence et dans leur conscience même : ils déclarent la guerre, c'est-à-dire la grève.
Les changements dans les procédés et dans la marche du travail sont extrêmement fréquents de nos jours, où les comhinaisons de l'esprit humain et les transformations des machines se multiplient les unes par les autres. L'atelier est sans cesse en révolution ; l'organisateur du travail est obligé de s'ingénier jour et nuit à trouver de nouveaux agencements et de nouvelles méthodes.
Or, il faut bien comprendre que tout changement dans les conditions quelconques du travail est au premier moment une disgrâce pour l'ouvrier. S'il doit en résulter plus tard cette amélioration que le calculateur a conçue et cherchée, l'ouvrier ne le saura que par l'usage, et, en attendant, il est obligé de s'adapter à la nouvelle méthode, d'y plier son corps et ses facultés, et il perd dans ce travail d'adaptation, qui ne lui sera pas compté et qui ne lui rapportera rien, une partie de ses forces et de son temps.
Comme tout changement de vitesse des ma-