‹ Du travail intellectuel en FranceChapitre 22 sur 22 · G BEVXIKMF. PARTIE. RELîfJON · texte numérisé non relu

G BEVXIKMF. PARTIE. RELîfJON

pi("'te coriiliulo Tîhilosophiqiie? Nous en doutons; mais lorsque Ion touche ù ces matières, on ne saurait y apporter trop de clarté , et encore une ibis la doctrine de M. Bautain est à peine exposée. S'il nie la raison individuelle, il ne place pas, comme M. de Lamennais, la preuve de la certitude dans le consentement général , mais dans l'Écriture sainte , dans l'Évangile lui-même. M. Bautain a-t-il réellement entendu enseigner que chaque homme r<'cevait ainsi la vérilé de son commerce isolé avec ll'Aangile? Qui ne voit que c'est l'individualisme le plus complet, une sorte d'illuminisme si l'on veut. Ceci nous paraît bien autrement hérétique que la doctrine mennaisienne; mais encore une fois nous n'aflirmons pas que ce soit là la pensée de M. Baulain. Il nous semble impossilde que le prêtre pliilosophe nie ainsi la puissance enseignante de i'Église. M. Bautain appartient surtout au xix*" siècle ]vir la tendance prononcée à allier la philosophie il la religion, à donner à la science la foi pour base ; c'est le caractère de tous les hommes éminents de ce temps-ci. Le professeur de Strasbourg doit au monde catholique une explication plus satisfaisante des points contestés de sa doctrine.

Nous voudrions pouvoir parler de toutes les œuvres religieuses ; mais il faut s'arrêter. Nous nommerons cependant la Vierge , par M. l'abbé Orsini , Ijoau et saint livre qui a le charme du roman et souvent le pathétique du drame.

Revues religieuses. — Prédications. — Protestantisme. — Eglise française. — Conclusion.

Nous n'avons cité que quelques écrits dans la foule do ceux qu'a produits ce siècle. Nous avons voulu rappeler seulement les chefs-d'œuvre qui ont commencé la renaissance de la science catholique , et quelques autres ouvrages plus récents adoptés par le suffrage du public. Il est impossible de ne pas être frappé de la grandeur des apologistes contemporains.

Plusieurs organes catholiques continuent de marcher dans la voie lumineuse tracée par les maîtres. Une partie des anciens rédacteurs du Mémorial , de L'Avenir et de la Revue européenne rédigent V Université catholique , qui a déjà donné des travaux remarquables. V Univers, les Annales de philosophie chrétienne jouissent d'une estime méritée, ainsi que la Revue catholique de M. le vicomte Walsli ; malheureusement ces recueils ne sont feuilletés que par les catholiques. Je les cherche en vain dans les cabinets de lecture de Paris et des grandes villes de province. Ce qui rend les discussions peu fructueuses , c'est cette séparation

ontiùro des camps opposés. L'al)onné de la Revue des Deux Mondes ou de \ Encyclopédie nouvelle , qui se nourrit des idées de WS\. Leroux et Lerminier, reste étranger à celles cpie MM. Gerbet et de Coux répandent dans le public par la voie de l'Université catholique. Il y a peut-être un peu de la faute des écrivains religieux : ils ne se mêlent pas assez au mouvement des idées actuelles, ils les dédaignent trop. Sans doute elles sont vagues , elles marchent au hasard ; mais quel progrès cependant sur ce qu'on appelait la philosophie il y a cinquante années ! Et d'ailleurs dès qu'elles sont écoutées , il est du devoir des écrivains voués à la défense de la religion de les étudier et de les combattre. Certes, la cause religieuse compte aujourd'hui pour défenseurs les noms les plus célèbres du siècle ; mais il ne faut pas croire que l'esprit humain, si inquiet et si vivace, cessera jamais de lutter ; il est bon de confirmer les croyants dans leur foi, et c'est le rôle que jouent aujourd'hui les écrivains catholiques ; mais il vaudrait bien mieux qu'ils entraînassent à une foi réelle et profonde les jeunes générations qu'endort encore le vain murmure de quelques théories plus brillantes que rationnelles. Le moment est favorable à l'enseignement de la vérité, et la religion se trouve aujourd'hui en France dans une situation heureuse sous plusieurs rapports.

Un des grands malheurs qui ont pesé sur noire patrie, est sans contredit l'hostilité momentanée

r^EVlT.S RF.I.IGIFASF.S. 3Qf)

(lo la liborlô et de la religion. L'abbé de Lamennais développa les causes de cette hostilité, dans les premiers numéros de /'^ce/??/', avec cette clarté incisive qui est un des plus brillants caractères de son génie. Ses pages sont dans toutes les mémoires. Les troubles civils, qui avaient tout confondu, produisirent cette séparation déplorable, et la restauration ne fit que la rendre plus profonde. Dans les époques de révolutions, où les pouvoirs sont remis en question tous les mois, le plus grand péril qui puisse menacer un culte , est d'être inféodé à un parti quelconque ; c'est ce que nous avons vu sous la restauration.il arriva une époque oîi les ministres du Christ se firent courtisans et dominateurs tout à la fois. Ils disposèrent des places , et leur influence devint toute-puissante dans l'État. On se faisait catholique par ordre ; les officiers supérieurs, qui pour la plupart avaient conservé la foi des camps de l'empire , suivaient dévotement les processions des missionnaires. La religion libéra^ trice qui proclama l'égalité il y a dix-neuf siècles , servait de marche-pied à des ambitions mesquines , h de puériles tentatives pour ressusciter un passé mort à jamais. Je le dis dans toute la franchise de mon âme , jamais pouvoir ne fit une condition pire à l'épouse de Jésus. Oh! qu'il servait mieux sa cause sainte le gouvernement brutal qui la dépouillait de ses diamants et de sa pourpre, et faisait ruisseler le sang de ses prêtres sur lécha-

33o DEUXIÈME PARTIE. RELIGIOX.

faud ! Le martyre a toujours sanctifié la terre et répandu le cîiristianisme.

Aujourd'hui que ces causes de haine ont disparu, que la religion un moment persécutée à Paris par une multitude aveugle et forcenée , ne reçoit plus de l'État que la protection qui lui est due, elle reprend peu à peu son empire sur les âmes.

Nous ne savons ce que l'avenir peut renfermer encore de changements et d'orages. Dieu veuille que le clergé s'isole de plus en plus de la politique, qu'il comprenne à quelle hauteur doivent se tenir les ministres d'un culte si élevé au-dessus des opinions mobiles qui se disputent le pouvoir éphémère des rois et des congrès.

« Lorsqu'une religion, dit M. deTocquevilie, ne cherche à fonder son empire que sur le désir d'immortalité qui tourmente également le cœur de tous les hommes, elle peut viser à l'universalité; mais quand elle vient à s'unir à un gouvernement, il lui faut adopter des maximes qui ne sont applicables qu'à certains peuples. Ainsi donc en s'alliant à un pouvoir politique, la religion augmente sa puissance sur quelques uns et perd l'espérance de régner sur tous. Tant qu'uîje religion ne s'appuie que sur des sentiments qui sont la consolation de toutes les misères , elle peut attirer à elle le cœur du genre humain »

Yoilk ce que. Dieu merci, comprend aujourd'hui en France une partie du clergé et surtout des jeunes prêtres. Nous avons traversé des jours mauvais,

dos jours de haine et de sang ; quelles que soient les épreuves qui nous attendent , elles seront bien moins amères , si l'esprit chrétien pénètre la famille. Là est l'espérance de salut pour les sociétés modernes. La charité peut seule dompter l'égoïsme fastueux du siècle ; l'égoïsme qui a perdu toute pudeur , qui s'érige en système et sourit avec dédain aux mots de dévouement et de sacrifice.

Les prêtres ont un rôle immense à jouer dans l'avenir; mais il faut qu'ils cessent d'avoir peur du siècle, qu'ils regardent les événements politiques d'un œil calme , sans se passionner jamais pour un parti ou pour un autre. Qu'ils perdent cette idée funeste et absurde que les sociétés ne peuvent vivre qu'à l'abri de telles ou telles doctrines politiques; ([u'ils soient les hommes du présent et de l'avenir, comme ils ont été les hommes du passé. Les peuples ont besoin de la religion, et plus ils s'afl'ranchiront, plus ce besoin se fera sentir. Il y a encore un grand nombre de prêtres qui, avec de bonnes intentions , font beaucoup de mal. Ils affichent des affections pour le passé, repoussent toutes nouveautés, même en littérature: si un livre orthodoxe est revêtu d'un style moderne , ils le rejettent. La parlie jeune et vivace de l'époque s'éloigne d'eux; et confondant comme toujours les hommes avec les clioses , on écrit que le catholicisme a été admira- Ijle , qu'il a civilisé le monde , mais que son temps est fini et que l'avenir lui échappe ; comme si le caiJîolicisme dans ce qu'il a d'essentiel n'était pas

33q deuxième partie, religion.

l'ensemble des vcrilés immuables nécessaires à la vie (le l'hiimanilé. Sans doule la philosophie a tort de juger ainsi légèrement et de rendre Dieu responsable des erreurs humaines. Quels que soient l'autorité scientifique et le faste de paroles des philosophes, ils se montrent là bien frivoles ; mais les prêtres dont je viens de parler seraient plus condamnables, parce qu'ils ont de plus grands devoirs à remplir, s'ils n'avaient pas souvent pour excuse leur éducation incomplète et leur intelligence sans étendue.

La partie avancée du clergé souffre de cette alliance forcée avec les préjugés et l'ignorance ; mais malheureusement elle n'a pas toujours l'audace de leur rompre en visière. C'est pourtant à elle qu'il appartient de combattre ces influences dangereuses, de répandre au dehors l'amour du christianisme, et d'éclairer les esprits rebelles des ecclésiastiques peu intelligents. Cette partie avancée du clergé a une admirable mission à remplir au sein de nos vieilles sociétés en voie de régénération ; si je ne me trompe , cette mission est plus grande que jamais. Moins visible qu'au moyen âge , elle est bien plus profondément philosophique.

La prédication a depuis quelques années secondé puissamment la presse religieuse. Depuis les conférences de monseigneur l'évèque d'Hermopolis , la chaire catholique n'avait pas rassemblé au tour d'elle une telle foule d'hommes du monde. MM. les abbés Cœur , de Ravignan , Combalot , et quelques au-

tics, ont appelé à des titres divers ratleiition publique. M. l'abbé Lacordaire s'était fait remarquer par ses brûlants articles de l'Avenir , et par sa belle improvisation à la Chambre des pairs lors du procès de l'école libre. Ses conférences au collège Stanislas furent un événement pour la partie studieuse de la jeunesse parisienne. Depuis, l'église de Notre-Dame a été trop petite pour la multitude qui se pressait autour de l'orateur chrétien. L'abbé Lacordaire exerce sur son auditoire une puissance magnétique. Il y a dans son regard , dans son geste , dans le son de sa voix un empire étrange. On lui a reproché de faire de la cliaire évangélique une chaire de philosophie. Il serait mauvais que l'abbé Lacordaire fût imité par des prédicateurs qui parlent à des auditoires ordinaires ; mais il nous semble s'être proposé une tache d'une importance énorme aujourd'hui, celle d'enseigner la religion à la jeunesse des écoles. Quoi déplus rationnel que de prouver à ces jeunes hommes, auxquels une philosophie mensongère a prêché si long-temps la haine du catholicisme , qu'il n'y a de véritable philosophie pour le monde moderne que celle qui s appuie sur la parole du Christ? M. de Ravignan ne marche-t-il pas dans la même voie ? Ils ont raison. Heureuses les àmosqiii ont conservé la pureté de la foi du cœur , qui n'ont jamais été remuées par la voix menteuse du philosophisme incroyant î Mais dans ce siècle le plus grand nombre a passé par ces luttes terribles, li n'y a que la scicuce Aé-

ritable qui puisse remédier aux iiiiluences mail'aisantes de la fausse science. L'auditoire ordinaire de M. Lacordaire est une réunion d iiommes qui fournira principalement à la France des écrivains, des professeurs, des avocats, des médecins ; on comprendra la force de cette parole inspirée , et l'influence qu'elle doit exercer sur l'avenir, en déposant la vérité dans l'àme de ces hommes destinés aux professions savantes de la société.

Toutes les discussions des orateurs catholiques aboutissent à cette grande vérité , qu'il n'y a de lutte philosophique sérieuse qu'entre le catiiolicisme et le scepticisme absolu. Le protestantisme , par exemple , sera toujours sans puissance réelle cliez nous. Voyez le peu d'effet produit par le Semeur et ses autres organes. La logique française ne peut s'arranger de cette halte dans l'erreur. Il lui faut l'unité, c'est-à-dire la vérité, ou tous les désordres du doute. Que les protestants cessent donc une propagande inutile; qu'ils n'inondent plus nos villes et nos campagnes de brochures qui ne se lisent pas. La France sera catholique ou indifférente. Les écrivains religieux contemporains ont tous senti l'impuissance du protestantisme dans notre patrie. Lamennais combat bien plus Jean-Jacques Rousseau et le déisme, que les doctrines des prétendus réformés. Le comte de Maistre adresse à peine quelques mots aux protestants dans son volume sur l'Église gallicane. Encore une fois, la lutte n'est pas là -. le xvir siècle l'avait épuisée. Ce

n"a pas été un mince honneur pour Luther et ses successeurs d'avoir été combattus par Bossuet.

L'Église française est une misérable parodie des grandes hérésies qui se sont élevées dans le sein de l'Église. L'abbé de Lamennais a , je crois, comparé Lutlier au lion , et l'abbé Chatel à je ne sais quel animal qui se repait des restes sanglants de la béte terrible. Sans pénétrer l'intention de labb-é Chatel , je le plains de jouer ce triste rôle , quand il })ouvait exercer le sublime mini.^^tère du prêtre catholique. Les esprits graves ont fait à l'Église française l'accueil qu'elle mérite. Mais dans plusieurs villes , des hommes sans instruction, enchantés d'entendre dire que Jésus -Christ n'était qu'un homme inspiré de Dieu, charmés surtout d'être délivrés de la morale austère du catholicisme, et d'entendre chanter des prières en français , se portent encore à ces prédications prétendues évangéliques. On comprendra que, nous occupant principalement ici de l'intelligence , nous n'ayons pas à nous arrêter long-temps devant l'Église nouvelle. En philosophie , elle est un débri chétif de ces philosophes du dernier siècle dont il n'est plus permis dé critiquer les idées religieuscis , quand on craint le reproche de plagiaire et d'éclio. On conçoit les hérétiques qui croient découvrir une erreur ; mais des hérétiques qui viennent se faire les prêtres d'une vieille sottise conspuée par tout le monde , il faut en vérité bien compter sur l'innocence de ses sectaires.

Jamais les questions religieuses n'ont plus qu'au*jourd'hui préoccupé les intelligences. De tous côtés on proclame la religion une nécessité pour les peuples. Les uns disent que la réaction religieuse est profonde, d'autres qu'elle n'est qu'une mode qui passera , une poésie qui saisit l'imagination des artistes , et voilà tout.

Nous connaissons des retours sincères et éclairés vers le catholicisme; mais, pour un grand nombre, certes ce n'est encore qu'un désir de foi , qu'un élan , qu'un rêve peut-être. C'est une lassitude du doute , une grande aversion des doctrines désolantes qui ont passé sur l'Europe comme un nuage chargé de foudres. Toutefois , nous ne sommes pas de ceux qui dédaignent ces velléités religieuses : c'est pour nous un progrès immense. Quand nous songeons à la profondeur de l'abîme dans lequel était tombée cette nation il y a un demi-siècle, nous nous émerveillons de la voir où elle est aujourd'hui. Oh ! non , Dieu ne s'est pas retiré de cette antique et noble terre de France , car elle comprend les mots tombés de la bouche du Christ :

« L'homme ne vit pas seulement de pain , mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » '

-niN DU riŒMIEIl VOLUME^

3>(ùïavaif'9!s,

Un repro"ho nous sera adtossi*, c'est d'avoir négligé de mentionner un assez grand nombre d'onvrages d'nne valeur incontestable. Si nous vivions au siècle de Louis XIV, pendant lequel l'apparition d'un livre était une sorte d'événement, on aurait sans doute raison ; mais dans le nôtre il faut , de toute nécessité, ne* s'occuper que des ouvrages qui exercent une longue influence sur leur époque. Par exemple , si nous ne nous sonimes pas arrêté sur !e Traité de législation de M. Comte, (jui est remarquable sous plusieurs rapports, c'est qu'il est d'un intérêt tout pratique; c'est que !es travaux de l'ancien rédacteur du Censeur n'ont pas laissé de traces profondes dans l'ordre des idées qui nous occupent.

Un livre inconnu, qui a pour tilre: De l'élection , par M. J.-A. Agnès, nous a paru renfermer des théories nouvelles. Nous croyons important de les indiquer aux méditations des hommes politiques. Voici quelques mois qui résument une partie de ce travail important.

Pratique delà théori» de Véleclion ralionnelle.

Une bonne constitution électorale doit tendre à substituer, le plus qu'il sera possible , l'exercice de la puissance de la capacité, ou des hommes socialement reconnus les plus influents, au despotisme souvent aveugle et brutal du nombre. La meilleure constitution électorale serait donc celle qui admettrait le plus de degrés dans l'élection.

liornant à deux le nombre de nos classes d'électeurs, opérons sur celte base pour arriver à la pratique de noire théorie électorale. Au reste que le nombre deux m préoccupe pas les esprits, car cette pratique peut aussi bien admettre dix degrés d'élection que deux.

Pour l'électorat, le cens est rejeté-; |,il est remplacé par la capacité raisonnablement présumée de pouvoir constater les influences. Ecartant la qu^tion du droit des femmes et des enfants que nou»

pouvons bien ne pas traiter ici, on formera des arrondissements électoraux composés de trois ou quatre cents électeurs.

Si des listes sur lesquelles on inscrit par rang d'âge les noms de tous les co-électeurs du même arrondissement, sont remises à chacun de ces électeurs, et que ceux-ci désignent, chacun sur sa liste, par de simples numéros le /an*/ qu'occupent respectivement dans leur estime tous les co-électeurs, il est évident que, tout d'abord, les électeurs auront le même nombre de voix, puisque chacun d'eux sera écrit une fois sur la liste.

La préférence entre eux ne pourra donc s'établir que par le rang d'inscription représentant la différence dans le degré d'estime qu'ils occupent en l'esprit de chaque votant.

Représentons cette différence par l'unité: i sera la valeur estimative du premier rang, 2 celui du second, 3 celui du troisième; et, de la sorte , celui qui obtiendra les rangs les plus élevés aura toujours la plus basse expression numérique.

Pour obtenir l'expression numérique d'un électeur, il suffit de réunir les différentes expressions qu'il a obtenues. Exemple: Paul a obtenu sur différentes listes les diverses expiessions numériques suivantes : 1 , 4, 2, 4, 52, iO'J, 210, total, 380;— Pierre a obtenu i , 3,2, 40, 13, 12, total 43. Il est mathématiquement prouvé que Pierre est dans le public plus estimé que Paul , et que par conséquent il possède une plus grande part d'influence sociale. Ceci nous semble merveilleux d'exactitude et de facilité.

Et, de la sorte encore, la volonté de l'électeur est plus ou moins exécutée, puisque l'élu sera d'ordinaire une personne qu'il préfère à une autre. Dans l'état social, nul ne peut raisonnablement prétendre voir sa volonté exécutée tout entière. Sitôt que deux hommes sont en contact, le devoir prend naissance, et le devoir est plus ou moins le sacrifice.

Mais la majorité, qui est l'expression numérique de la force ou volonté sociale, ne doit jamais être tyranmque à ce point qu'elle contraigne l'individu à lui sacrifier toute sa volonté. La société parfaite serait celle qui, sans troubler l'harmonie , admettrait le plus des volontés de chaque individu.

Or, dans l'élection numérique pratiquée de nos jours, celle faculté d'exprimer plus ou moins sa volonté n'est point arcordée à l'électeur; aussi le résultat de l'élection est-il toujours tyrannique. Ou ce que l'on propose est toujours accepté, ou l'on vous j-épond par une dure négation. C'est précisément le despotisme du nombre. La vie sociale de l'individu ne se compose que de préférences ; car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, au fond de toutes les actions de l'homme agissant en société il doit y avoir un sacrifice; mais, encore une fois, le sacrifice ne doit jamais être

si complet que l'expression de la siibslanliulité individuelle soit absorhée par la puissance numérique.

Le mode d'éleotiou proposé est donc conforme aux notions de l'ordre, en ce qu'il sulistilue les préférences au despolisme du nombre. L'un correspond à la loi sociale, qui est l'harmonie du droit et du devoir, de la volonté individuelle et de la volonté générale ; tandis que l'iiutre la renverse en renversant un des éléments de celte loi. Nous ne pouvons admettre la souvemineté populaire s'exerçant de telle façon qu'elle anéantisse l'action de l'individu; ceci est un panthéisme social que nous rejetons avec autant d'horreur que le panthéisme religieux.

L'influence des membres des divers collèges sera d'une valeur numérique égale.

Posons que les premiers collèges d'électeurs, ceux-là où Vindiv du fonde la société en conslat.int une première fois les influences, soient composés de iOO membres ; l'élu, ou l'iiomme d'intluence prédominante qui sortira au dépouillement du scrutin, résumera en lui une valeur de 400 voix.

Admettons que dans l'État il y ait 40,(10!) collèges de 400; le collège des élus au pi emier degré se composera donc de 40,000 citoyens, équivalant chacun à 400 voix.

Maintenant ce collège de 40,000 divisé en collèges de 400, donnera ^0l^ collèges de 400 citoyens dont le vote équivaut chacun à 4i)0 votes. tOOèlus sortiront de là, dont le vote équivaudra e icofe à 400 fois 400 voles, ou à 160,000 votes; en poursuivant ainsi, on parviendrait à trouver le prince ou l'homme qui serait comme la parole soc aie résumée dans l'unité , car il serait l'influence prédominant toutes les influences, et cet homme resterait à sa place tant qu'une influence plus forte que la sienne ne s'élèverait pas du sein de la nation. Ce serait comme dans la création terrestre: les parties les plus pures, les plus éthérées s'élèvent toujours vers les h;iuteurs, là où l'esprit semble avoir établi son glorieux et pacifique empire.

Mathématiquement, posant une société politique des électeurs 16,000,0(i0

Divisée en collèges de 400, cette société donne collèges 40,0>0

L'élu ou l'influence prédominante de chaque collège de 4(0, équivaut à quatre cents voix; et comme il y aura 40,000 collèges, il y aura 40,000 élus; au premier scrutin nous a rons celle équation : élu par AW , égale 4(10

40,000 élus ressortant des iO,0!iO collèges du premier degré, le second collège général se composera donc de 40,(J0(» membres qui divisés par 40j, donneront <(M) collèges, dont chaque membre

34o >OTE.

équivaut à 4U0 voix, ce qui porte la valeur de l'élu à 400 fois 400 voix, ou à 100,000.

Admellant que deux degrés produisent le corps législatif , ce corps se composera des 100 membres sortant des !00 collèges du deuxième degré, lesquels membres équivalant chacun à 100,000 voix, l'élu du corps législatif, ou le prince, équivaut donc à 100 fois 100,000 voix, ou à 10,000,000, nombre égal à la totalité de la population des électeurs.

Donc avec le mode d'élection proposé, le vote équiva t numériquement à la totalité de la société politique.

De sorte que , avec les deux degrés de l'élection . la société 5e graduerait en trois classes:

I*' YiilgaTe , I. hic'cteiii'.

a" Distinguée ce (j'ii cont-spoiid a . a. Elu.

3* Émiiienle ' 3. Législateur.

Et ces classes varieraient selon que varierait l'influence sociale des hommes qui les composer.iient, et qui subiraient l'épreuve du jugement public à chaque époque électorale.

Un pouvoir censorial repose dans le mo !e d'élection proposé par l'auteur, puisque l'élévation ou l'abaissement du nombre qui, pour cliaque nom, ressortirait du dépouillement du scrutin, exprimerait le plus ou moins d'estime que les citoyens font de celui qui le porte.

Ici un problème social qui occupe beaucoup les espriis sérieux se résoud de lui-même : les hommes considérables par leurs vertus et leurs talents nécessairement sortiraient de leur obscurité, et l'Etat, connaissant les influences, saurait oîi prendre les capacités.

Et ce mode électoral porte en lui-même une telle force de vérité, qu'il finira loi ou tard par triompher des manœuvres et des intrigues dont l'opinion publique, un moment peut-être dupe et égarée, arrive toujours à faire bonne justice.

Le vote par liste de préférence s'applique tout aussi bien aux voles des lois. On remet sur une liste toutes les modilicalions proposées pour la rédaction de tel article de cette loi, et les membres du corps législat f expriment par des numéros l'ordre de leurs préférences La plus basse expression numérique sera encore ici ia plus haute valeur .sociale de la disposition de la loi.

Page 1