PARTI RÉPUBLICAIN FRANÇAIS, ETC. C
abandonné à la discussion et aux essais des hommes »
Et plus loin :
« La religion , qui , chez les Américains , ne se mêle jamais directement du gouvernement de la société, doit donc être considérée comme la première de leurs institutions politiques ; car si elle ne leur donne pas le goût de la liberté , elle leur en facilite singulièrement l'usage. » [De la démocratie aux Étal s- Unis , t. II. )
Ce grand fait observé par 31. de Tocqueville est ce qui frappe le plus tous les voyageurs qui s'asseyent quelques mois aux foyers américains ; il explique la société du Nouveau-Monde. Sans religion tout État, quelle que soit sa forme politique, n'offre que désordres et malheurs ; mais une démocratie sans religion ne peut être qu'un effrayant chaos. Les croyances chrétiennes du parti républicain français sont assez problématiques ; du moins c'est l'opinion la plus générale sur lui.
Le livre De la Démocratie en Amérique a donné à son auteur un rang élevé dans l'opinion puldique ; l'Académie française lui a décerné le prix Moiithyon ; l'Académie des sciences morales et politiques l'a admis dans son sein. L'ouvrage de M. de Tocqueville est une étude consciencieuse et habile de l'organisation politique des États-Unis. D'ailleurs chacun a l'inslinct que cette question de la démocratie renferme les destinées du monde ; l'auteur
ne se le dissimule pas. Dès l'introduction il proclame ce fait : frappé de l'égalité des conditions qu'il vient d'observer en Amérique, il examine par quelle suile de transformations la France arri\e à un état semblable. Il y a sept cents ans, la France était possédée par ui^ petit nombre de familles qui absorbaicïU tout le pouvoir.
«Les plébéiens coiniftencent à s'affranchir par l'Eglise; elle ouvre son sein aux pauvre > esclaves, qui, devenus prêtres, se placent au milieu des nobles, et quelquefois au-dessus des rois. Les légistes, les négociants et les leîirés arrivent tour à tour aux affaires; rinteiligencc affranchit le peuple, et dès lors rien ne peut plus arrêter le mouvement démocratique.
» Le déyelpppement graduel de l'égalité des conditions est donc un fait proyidentiel, dit l'auteur ; il en a les principaux caractères : il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine ; tous les événements comme tous les hommes servent à son développement.
» Serait-il sage de croire qu'un mouvement social qui vient de si loin pourra être suspendu par les efforts d'une génération? Pense-t-on qu'après avoir détruit la féodalité et vaincu les rois, la démocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S'arrêtera-t-elle maintenant qu'elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles?
»0ù allons -nous donc? Nul ne saurait le dire;