VIE ABREGEE DU V. P. LOUIS DU PONT XXI
toute ma vie. » Le P. Sandoval le crut ; car il savait combien chacune de ses paroles était pesée et réfléchie. Le médecin fut mandé ; il n'aperçut aucun symptôme alarmant; néanmoins, pour satisfaire à la demande instante du Père, qui assurait que personne mieux que lui ne pouvait savoir combien de temps il avait encore à vivre, on lui administra le saint Viatique. Ayant passé une nuit pénible, il se trouva que le lendemain matin, il pouvait à peine articuler une parole. Bientôt il perdit entièrement la faculté de parler ; mais il se faisait admirablement comprendre par signes, et traitait aussi avec les personnes qui venaient le voir, les consolant ou résolvant leurs doutes et leurs difficultés. Mais voici que Dieu lui rendit tout à coup miraculeusement la voix et les forces, de sorte qu'il put travailler pendant le peu d'instants qui lui restaient. Il demeura alors seul avec le Frère François Pellicer, auquel il se mita dicter d'une voix claire et distincte ce qui lui restait à écrire. Il passa ce jour-là cinq ou six heures à mettre la dernière main à ses ouvrages. Ensuite, il fit appeler le Père Recteur et il lui recommanda ses écrits, en lui faisant connaître l'état dans lequel il les laissait Cette occupation durait encore peu d'heures avant sa mort. Le P. Louis demandait souvent quelle heure il était, comme s'il eût compté les minutes de sa vie pour les employer au salut des âmes ; et quand on lui avait répondu, il disait tranquillement : « Nous avons encore le temps. »
A six heures du soir, après avoir lu l'évangile de saint Jean, qu'il détenait au chevet de son lit, il demanda avec une grande ferveur. l'Extrême-Onction. L'infirmier étant entré, un peu plus tard, pour lui demander s'il avait besoin de prendre quelque aliment : ail n'est plus temps, » répondit-il. On récita alors les prières de la recommandation de Fàme ; et les yeux fixés sur son crucifix, un cierge de Montserrat à la main, il expira en disant ces paroles de Jésus mourant : « Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains. )> Celte bienheureuse mort arriva le 16 février 1624. La multitude qui se pressa autour du corps du vénérable Père pour le contempler, fut immense. Il était considéré comme un saint et l'on estimait heureux ceux qui pouvaient avoir un linge ayant touché son corps.