‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 14 sur 45 · ARCHEVÊQUE DE SÉVILLE · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE SÉVILLE

J'offre à Votre Illustrissime Seigneurie ce précieux Trésor. La Sagesse divine l'avait caché au milieu des maladies et des afflictions de cette vie. Le vénérable P. Louis du Pont l'a découvert. Lui-même, dans ses longues souffrances, supportées héroïquement, a tellement accru les trésors de ses vertus, qu'on peut douter s'il fût plus grand par sa patience ou par sa science.

11 est extraordinaire que ces infirmités, qui le réduisirent à une si grande faiblesse de corps, comme on le lit dans sa vie et comme on le voit sur ses portraits, ne l'aient pas empêché d'écrire les livres si nombreux et si admirables que nous possédons. Il est surprenant que, malgré l'importunité deses soulîrances, il ait conservé un esprit si maîlre de lui-même et si recueilli, pour la contemplation et l'étude des livres saints

Jl semble qu'il y avait deux personnes en ce saint homme : l'écrivain et le malade. On pourrait le comparer au mont Olympe, dont les flancs sont chargés de nuages et de tempêtes, mais dont le sommet jouit toujours d'un ciel serein et ne perd jamais la lumière du soleil et des astres. De ces hauteurs il considérait ses maux d'un regard joyeux et il prenait ses soutïrances pour thème et sujet de ses leçons

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de philosophie chrétieiiue, en retirant, pour ainsi dire, de ses propres blessures un baume bienfaisant pour guérir celles d'autrui. Tout ce qu'il écrit dans ce livre, il le pratiqua pendant de longues années ; et il me semble qu'il fait son propre portrait.

C'est pourquoi, connaissant la dévotion de Votre Tllustrissime Seigneurie envers ce vénérable Père, j'ai pensé faire une chose qui lui serait agréable, en extrayant ce Traité de ses œuvres.

11 est le cinquième traité du tome premier de la Perfection chrrtienne dans tous les états de vie.

C'est dans ce grand ouvrage que Votre Illustrissime Seigneurie aurait sous les yeux la meilleure partie du portrait de ce grand serviteur de Dieu. Le portrait peint sur toile qu'elle possède et qu'elle vénère, ne présente que son corps amaigrietexténué; maisdanscetécritapparaîtson esprit plein de vigueur et de force. Là, elle n'aperçoit que les ombres des souffrances et des infirmités ; ici. éclatent les brillantes couleurs de ses vertus, qui, comme l'arc-eu-ciel illumine un sombre nuage, versent à flots la lumière et la joie au milieu de la tristesse et des larmes.

Votre Illustrissime Seigneurie se réjouira, en lisant cet ouvrage, de ce que lesprit de ce saint homme soit justement tenu en si grande estime et vénération, en attendant que, par les soins de Votre Illustrissime Seigneurie, le Saint-Siège mette son autre portrait sur les autels.

Le vénérable Père a écrit divers traités en onze volumes. Tous ont pour l)ut de nous rendre meilleurs. Celui-ci a pour objet d'alléger les afflictions temporelles de notre corps. En effet, plus nous nous conformons dans les maladies à la volonté divine, moins nous en ressentons les peines; plus notre esprit est doucement occupé par la méditation des choses divines, moins il est envahi parla tristesse des misères présentes.

L'angélique saint Thomas ne trouva pas, pour supporter la douleur que lui causait un cautère, de remède plus prompt quede se laisser absorber, comme c'étaitsa coutume, par une sainte contemplation. Sénèque trouvait un avantage sembla-

DEDICACE A Mgr L ARCHEVEQUE DE SEVILLE XXV

ble (laus de simples considérations philosophiques (1) : Qiiiilquid animum evehit, dit-il, etiamcorpori prodest. lUud imperitos in vexaiione corporis maie habet; non assuevevunt (tnimo esse contenti. At vir mayniis et prudens animum deducit a corpore ; et multum cum divina ac meliori parte versalur. Combien les méditations chrétiennes, qui élèvent si puissamment l'esprit, soulageront davantage le corps, et spécialement les méditations si efficaces, si douces et si élevées, que propose le vénérable P. du Pont !

Etant données la qualité et la valeur de cet ouvrage, il m'a semblé qu'il convenait de le dédiera Votre Illustrissime Seigneurie.

En effet, si, selon saint Paul, la charité apostolique des supérieurs doit les faire compatir aux infirmités et aux souffrances du prochain, ils doivent être consolés par des considérations qui, comme celles-ci, diminuent les maux de ce prochain. En outre, il est bien juste de remettre ce nouveau moyen de soulager les malades entre les mains d'un Prélat qui est si libéral envers eux, qui leur distribue tant de secours, et qui s'est consacré en personne à leur service en entrant dans l'illustre Congrégation des Frères delà Charité.

Ainsi, la noblesse de Séville, la première de l'Espagne, encouragée non seulement par l'autorité, mais encore par l'exemple de Voire Illustrissime Seigneurie, s'est consacrée à l'assistance des pauvres et des infirmes; et c'est un sujet de bien grande consolation et d'édification universelle de voir Votre Illustrissime Seigneurie passer au milieu des lits des malades, s'arrêter auprès d'eux, panser leurs plaies, leur donner à manger, les consoler, remplir, en un mot, envers tous l'office d'un vrai pasteur et d'un prince très généreux.

C'est à la vue de ce touchant spectacle que, au mois de mai dernier, cà l'hôpital de l'Amour de Dieu, un Maure, qui avait opiniâtrement résisté à tous nos sermons, se rendit à Notre -Seigneur, et peu après, fut, avec trente-sept

(1) Epist. Lx.vviii.

XXVI DÉDICACE A M-"" L ARCnEVÉOl K DE SE VILLE

de ses coreligionnaires, en<::eDdré ri la foi, dans les eaux du bapb'me, par les mains de Votre Illustrissime Seigneurie. Il avait paru à cet infidèle qu'une religion qui enseignait une charité si divine, ne pouvait pas ne pas être la véritable religion ; un acte où se manifestaient tant de vertus, lui faisant reconnaître clairement le vrai Dieu et le chemin de la vie éternelle.

QueNotre-Seigneur donne à Votre Illustrissime Seigneurie la récompense de tant de saintes œuvres, en lui accordant de nouveaux dons spirituels; et qu'il nous conserve sa personne, dont la chrétienté a besoin.

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