CHAPITRE II
Les maladies servent à obtenir de Dieu le don d oraison. — Modes d'oraison propres aux malades Actes héroïques que les malades peuvent pratiquer.
Un des plus grands biens que la maladie nous procure, c'est la science de la prière. Dieu veut, en effet, nous communiquer le don d'oraison par cette voie, puisqu'il nous donne ordinairement, durant la maladie, les deux connaissances qui en sont le principal fondement. L'une est celle de nos péchés et de nos misères ; l'autre, celle de >'otre-Seigneur Jésus-Christ, le seul qui puisse nous remettre nos péchés, et nous délivrer de nos misères.
Nous lisons dans l'Ecriture que le fiel d'un poisson rendit la vue à Tobie (1) ; de même, il y a peu de personnes auxquelles l'amertume de la maladie n'ouvre les yeux. Le malade voit que Dieu le punit et qu'il a mérité ce châtiment. Il considère que la vie est courte et pleine de douleurs, que la mort approche et que, dans peu, il sera jugé et peut-être condamné au feu éternel. Il voit aussi que sa guérison viendra
(1) Tune sumens Tobias de felle pixels, liuivit oculos patrie sui. (Tûb. XI, 13-i:i.)
DANS LES MALADIES ET LES AFFLICTIOiNS 21
de Dieu, qui a entre les mains la santé el la maladie, la vie et la mort.
Ces pensées produisent des sentiments d'humilité et de componction, et une crainte salutaire, qui oblige Tâme à revenir promptement à Dieu comme au souverain médecin des corps et des âmes.
Quelque impie et orgueilleux que fut Antiochus, la maladie mortelle dont Dieu le frappa, le fit rentrer en lui-même. Il commença à reconnaître qu'il était homme comme les autres et que le ciel le punissait à cause des cruautés inouïes qu'il avait exercées, par lui-même et par ses ministres à Jérusalem. Il avoua enfin qu'il y avait au-dessus de lui un Dieu tout-puissant, et l'excès de la douleur lui arracha ces mémorables paroles : // est juste de se soumettre à Dieu ; un homme mortel ne doit pas s'égalera Dieu (1). Pénétré de ce sentiment, il implora la miséricorde divine ; mais la prière d'un pécheur aussi endurci ne fut pas exaucée, parce qu'il appréhendait moins la mort de Fâme que celle du corps et qu'il souhaitait beaucoup plus la guérison de son mal, que le pardon de ses crimes.
Le roi Ezéchias, malade à Textrémité, apprit bien mieux comment il devait prier. Connaissant le danger où il était, il fit de son lit un oratoire ; pour être moins distrait, s^élant tourné vers la muraille, il se
(1) Sed qui universa conspicit, Dominus Deus Israël, percussit eum insanahili et invisibili plaga... Hinc igitur cœpit, ex gravi superbia deductus, ad agnitionem sui venire, divina admonitus plaga. Et cum nec ipse jam fœtorem suum ferre posset, ita ait : Justum est subditmn esse Deo, et mortalem non paria Deo sentire. ai Mach. ix, o-ii.)
mit à prier avec tant d"humilité, de confiance et de ferveur, que Dieu, fléchi par ses larmes, révoqua Tarrét de mort prononcé contre lui, le guérit entièrement, lui promit encore quinze ans de vie et confirma sa promesse par un miracle inouï, qui fut défaire retourner l'ombre du soleil de dix lignes en arrière sur h cadran d'Achaz [i). Tant il est vrai que la maladie apprend aux justes l'exercice de l'oraison et les fait recourir à Dieu pour en obtenir ce qui leur est le plus convenable. La prière faite avec foi, dit saint Jacques, sauve le malade (2). Elle le sauve, parce que, par son moyen, le malade obtient, non seulement ce qu'il demande, mais bien plus qu'il ne demande ; parce que Dieu a toujours pitié d'une âme affligée, qui met sa confiance en lui et le supplie les larmes aux yeux.
La prière du saint roi Ezéchias ne fut pas une aspiration légère et d'un moment vers Dieu. Il témoigna lui-même que, dans le fort de son mal, il poussait des cris comme le petit de l'hirondelle et qu'il méditait comine la colombe, c'est-à-dire en gémissant; surtout, lorsque, plein des sentiments d'une véritable pénitence, il repassait avec amertume en son esprit toutes les années de sa vie (3). Alors, il levait les yeux
(1) Qui convertit faciem siiam ad parietem et oravit Doininuni, dicens : Obsecro, Domine, mémento, cfuœso, quomodo ambulaverim coram te in veritate, et in corde perfecto, et quod placitum est coram te. fecerini. Flevititaque Ezéchias fletu magno... Invocavit itarpie Isaïas Dominum et reduxit umbram per lineas, quibus jam descenderat in horologio Achaz, retrorsum decem ^radibus. (IV Reg xx, 2-11.) (Cf. Is. xxxviii, 1-8.)
(2) Et oratio fidei salvabit infirmum. (Jac. v, 15.)
î(3) Sicut pullus hirundinis, sicclamabo; medilabor ut co-
au ciel et il les y tenait attachés J^s^uV? en avoir la vue affaiblie. Seigneur, s'écriait-il, je souffre violence^ répondez pour moi ; le mal me presse ; je suis à rextrémité, venez promptement à mon secours et guérissez-moi.
Dieu écouta sa prière et le secourut. Quand et comment ? 0 prodigieux excès de la bonté divine I 0 merveilleuse efficacité de l'oraison que Dieu lui même inspire aux malades ! Le prophète Isaïe, qui venait de Taverlir de se préparer à la mort, était à peine sorti de la chambre, que le Seigneur lui commanda de retourner sur ses pas, pour l'assurer de sa part qu'il allait être guéri.
Le mouvement rétrograde du soleil ne fut pas seulement, pour Ezéchias, un signe du recouvrement de sa santé, mais encore un présage de rhicarnalion du Verbe, qui devait naître de sa race. Pour cela, en effet, le Verbe devait non seulement s'abaisser audessous des neuf chœurs des Anges, mais descendre encore un degré plus bas ; c'est-à-dire se faire homme, afin de guérir toutes les infirmités des hommes, selon ces paroles : L'Esprit du Seigneur nï a consacré par son onction.; il m a envoyé pour annoncer V Evangile aux pauvres ; pour guérir ceux qui ont le cœur brisé de douleur, consoler ceux qui 2^1 eurent, et changer leur tristesse en joie (1).
lumba. Attenuati sunt oculi mei, suspicientes in excelsum. Domine, viin patior. responJe pro me... Recogitabo tibi omnes annos meos in amaritudine aninife mese. (Is. xxxviii, 14-16.)
(1; Spiritus Domini super me, eo quod unxerit Dominiis me ; ad annuntiandum mansuetis misit me, ut mederer cont.ritis corde... ut consolarer omnes lugentes; ut ponerem lugentibus Sion oleum gaûdii pro luctu. (Is. lxi, 13.)
24 TRÉSOR CACnÉ
C'est avec raison que le sage dit : Mon fils, gardez^ vous bien de vous négliger el de vous décourager dans vos maladies ; mais adressez-vous au Seigneur et il vous guérira (1). Comme s'il disait : Quand vous êtes malade, ne vous abandonnez pas à la tristesse, ne perdez pas confiance, ne vous laissez pas mourir, faute de remèdes ; mais sachez que Dieu vous envoie la maladie pour vous obliger à prier ; et que si votre prière est humble et fervente, vous en obtiendrez bientôt l'effet .
I. — De l'oraison extraordinaire et de l'oraison ordinaire que peuvent faire les malades.
Certains pensent quil est difficile de prier, quand on est malade, parce que le corps, prêt à se corrompre, appesantit l'âme ; et que les douleurs violentes occupent toute Tattention de l'esprit, ou étouffent les bons sentiments du cœur. Il est donc important de dire comment on peut prier avec profit et sans peine dans les maladies.
Il faut d'abord savoir qu'il y a deux sortes d'oraison mentale ; l'une ordinaire et commune, l'autre extraordinaire, qui dépend peu de notre industrie et où la grâce fait presque tout. Dans celles-ci, Dieu fait voir les mystères de la foi comme peints dans un tableau, ou comme écrits dans un livre. Il nous parle alors comme un Maître, qui instruit en particulier ses disciples ; ou comme un ami, qui s'entretient
(1) Fili, in tua infirmitate ne despicias teipsum; sed ora Dominum et ipse curabit te. (Eccli. xxxviii, 9.)
familièrement et confîdemment avec ses amis ; sans que nous ayons besoin de faire autre chose que de contempler, ou de lire, ou d'entendre avec un extrême plaisir, ce qu'il nous montre ou ce qu'il nous enseigne. Il favorise quelques-uns de ses plus fidèles serviteurs de cette sorte d'oraison dans de longues et douloureuses maladies, pour trois raisons :
1° Parce qu'ils en ont plus besoin que jamais, étant alors dans une extrême faiblesse et hors détat de s'appliquer à la méditation ; 2° parce quils y sont mieux disposés ; leur chair étant, en effet, plus mortifiée et mieux soumise à l'esprit, ils sont plus détachés de la terre, et sentent vivement la nécessité de s'attacher à Dieu seul ; 3° parce que Dieu se comporte alors envers eux comme un véritable ami. Or les amis se visitent et se consolent mutuellement, quand fun d'eux est malade. Celui qui se porte bien, rend à l'autre tous les services possibles ; il ne le quitte ni jour ni nuit ; il le soulage en tout ce qu'il peut ; il a soin que rien ne lui manque.
Dieu n'a pas mdins de tendresse pour ceux qu'il aime, il ne peut les voir soutfrir qu'il ne soit touché de compassion ; il les visite dans le besoin ; il se tient auprès d'eux, les réjouit intérieurement par une abondance de lumières et de consolations spirituelles ; et l'on peut appliquer à chacun d'eux ces paroles du Prophète : Le Seigneur Vassistera, quand il sera au lit de la mort. Oui, Seigneur, durant toute sa maladie vous remuerez vous-même son lit (1), pour le
(Ij Dûminus opem ferat illi sujîer lectum doloris ejus ; universum stratum ejus versasti in infîrmitate ejus. ^Ps. xl, 3.)
TRÉSOB CACHÉ. J**
t26 TRiisOR CACHÉ
soulager ; vous serez toujours avec lui pour le soutenir et le consoler dans ses douleurs ; vous lui tiendrez lieu d'infirmier charitable, et à peine sentira-t-il la violence de son mal.
De même, en effet, qu'un malade ne songe qu'à reposer doucement dans un bon lit ; ainsi celui à qui TEsprit-Saint communique le don doraison extraordinaire^ est tout occupé à recevoir et à goûter les douceurs que le ciel répand dans son âme; et c'est ce que le grand saint Denys appelle recevoir les impressions divines. Heureuse l'âme à qui Dieu se fait sentir de la sorte ; car ces divines impressions l'aident merveilleusement à supporter avec joie les misères de cette vie.
Bien que l'on ne puisse pas absolument mériter cette grâce, on peut se disposer à l'obtenir par la patience, la régignation et les autres vertus propres à son état ; surtout par l'exercice de l'oraison ordinaire, dont tout le monde est capable.
Quelque incommodé que l'on soit en effet par la maladie, il faut tâcher de pratiquer celte oraison commune, et un malade peut le faire de plusieurs manières. Ce ne sera pas par des réflexions longues et pénibles, mais par des sentiments tendres et affectueux, par des actes de vertu fondés sur la connaissance et le souvenir de certaines vérités de la foi, qu'il aura lues ou méditées autrefois, ou qu'il se fera lire, s'il ne peut les lire lui-même. Il en tirera de puissants motifs de dévotion et de confiance en Notre- Seigneur, avec lequel il s'entretiendra amoureusement et auquel il demandera les grâces qu'il croira lui être les plus nécessaires. Il se le représentera,
tantôt assis sur son trùne, dans le ciel ; tantôt attaché à ]a croix ; tantôt debout, auprès de lai, puisque, étant elTectivement partout par sa divinité, Jésus- Christ voit ce qu'il fait et ce qu'il soutTre ; et qu'il est là présent pour le secourir.
De son lit, le malade s'adressera à Jésus mourant sur le Calvaire ; ou bien il lui parlera comme à un ami, qui est à son chevet et l'assiste toujours, ^fais ces aspirations doivent être courtes : Dieu sait tout ; un seul mot lui dit les sentiments de notre cœur ; et il fait cent fois plus de cas d'un bon désir que d'un long discours.
Aussi les oraisons qu'on nomme jaculatoires, coïï' viennent au temps de la maladie. Ce sont comme des traits enflammés, qui, partant du cœur, percent le ciel et vont jusqu'au tribunal de Dieu. Elles sont toujours écoutées, parce qu'elles viennent d'un homme infirme, pénitent, humilié, qui prie avec foi, confiance et amour ; et ces trois vertus théologales sont celles qui donnent le plus de force, d'activité, d'élan et d'efficacité à l'oraison. Les saintes Ecritures nous en fournissent d'excellents modèles ; nous y allons recourir.
g II. — De quelques manières de prier, qui consistent dans des sentiments affectueux.
En premier lieu, on peut regarder Xotre-Seigneur comme loin de nous, parce qu'il semble effectivement nous délaisser dans la maladie, pour éprouver notre fidélité et notre confiance. Mais il ne faut pas cesser
de rinvoquer, de lai représenter nos misères et les motifs que nous avons d'implorer avec confiance sa miséricorde.
C'est ce que firent Marthe et Marie, lorsque leur frère Lazare tomba malade en l'absence du Sauveur. Elles lui envoyèrent dire : Celui que vous aimez est malade (1). Cette prière, à la vérité, convient proprement aux justes, qui ont tout sujet de croire que Dieu les aime; mais elle convient aussi aux pécheurs qui regrettent sincèrement leurs offenses, puisque Dieu les a tant aimés qu'il s'est fait homme et est mort pour eux ; et que, selon saint Auguetin, il n'y eût point eu de justes, s'il n'eût aimé les pécheurs.
Ayez donc confiance en la bonté infinie de cet aimable Sauveur ; et joignant Marthe à Marie, c'est-à-dire l'espérance à la charité, faites-lui dire, avec une humble soumission, par ces deux vertus qui lui sont si agréables et ont tant d'accès auprès de lui : Celui que vous aimez, est malade. 3e ne vous demande pas de me guérir ; je vous demande seulement que vous me montriez que vous m'aimez ; car je suis sûr que vous n'abandonnez pas ceux que vous aimez. Donnez-moi ce qui me convient le mieux ; vous me le donnerez sans doute, puisque tout ce qui me vient de votre part, me vient de votre amour pour moi. C'est par amour, que vous m'avez tiré du néant, donné un corps et une âme ; mais voici, ô mon Dieu, que ce corps, l'ouvrage de vos mains, est épuisé de forces, languissant et près de la mort. Si vous voulez, vous lui rendrez la santé, afin qu'il l'emploie à vous servir.
(1) Ecce quem amas, infirmatur. (Joan. xr, .3.)
Si le malade est dans une telle sécheresse qu'il soit incapable de ces sentiments affectueux, il pourra faire la prière du Centurion, dont le serviteur était dangereusement malade. N'osant pas aller lui-même trouver le Sauveur, le Centurion lui envoya quelques-uns de ses amis, pour lui dire de sa part ; Seigneur, mon serviteur est atteint d'une paralysie et souffre cruellement. Je ne suis jjas digne que vous entriez dans ma demeure, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri (1). Les anciens du peuple intercédèrent pour lui : Seigneur, disaient-ils, cet homme mérite que vous lui accordiez sa demande, car, tout étranger qu'il soit, il aime notre nation et il nous a même fait bâtir une synagogue (2).
Que signifie ce serviteur si cher au Centurion ? C'est le corps assujetti à l'esprit. Car de même que le Centurion avait des soldats et des serviteurs toujours prêts à exécuter ses ordres ; ainsi l'esprit a toutes les puissances et les sens du corps sous sa domination. Si le corps est malade, il en a d'autant plus soin qu'il en dépend pour ses fonctions extérieures ; il aime ce serviteur ; ri en ressent les maux, comme les siens propres ; et la compassion, jointe au besoin qu'il en a, le fait recourir à Notre-Seigneur, comme à celui
(1) Gum autem introisset Capharnaum, accessit ad eum Centurio, rogans eum et dicens : Domine, puer meus jacet in domo paralyticus et maie torquetur... Non sum dignus ut intres sub tectum meum, sed tantum die verbo et sanabitur puer meus, (Matt. vm, 6-8.)
(2) At illi(Senioi'es Judaeorum) eum venissent ad Jesum, rogabant eum sollicite, dicentes ei : Quia dignus est ut hoc illi prœstes ; diligit enim gentem nostram et synagogam ipse œdifîcavit nobis. (Luc. vu, 4-o.)
qui peut le guérir. Mais se jugeant indigne de paraître devant ce souverain Médecin, il emploie auprès de lui des intercesseurs ; ce sont les pauvres qu'il a secourus, les bonnes œuvres qu'il a faites ; selon cette parole : Mettez votre aumône dans le sein du pauvre et elle priera pour vous délivrer de tout mal(i).
Si le malade n'a pas fait jusqu'alors de bonnes œuvres qui puissent soutenir sa prière, qu'il se hâte d'en faire ; et cfue, s'appuyant beaucoup plus sur la libéralité et la toute-puissance de Dieu que sur ses mérites, il lui dise : « Ce corps, dont vous m'avez établi le maître, souffre de grandes douleurs. Je ne mérite pas que vous veniez me visiter, ni que vous me fassiez de grandes grâces ; vous savez ce qui m'est le plus utile : dites seulement une parole et vous ferez tout ce que vous voudrez. Quelque empire c|ue j'aie sur lui , il est àvous plus qu'à moi ; vous l'avez créé pour vous servir ; rendez-lui sa première vigueur, sans laquelle il ne peut remplir sa fin. »
On peut ensuite passer à une seconde sorte d'oraison. Elle consiste à faire des actes de résignation sur toutes les incommodités et sur les divers accidents de la maladie. D'une part, il est vrai, on concède quelque chose à la faiblesse de la chair ; mais de l'autre, on s'abandonne à la volonté divine, au point de la préférera la sienne et à tous les biens du monde.
Notre Seigneur pratiqua excellemment cette oraison au jardin des Oliviers. Il se représenta sa passion comme un calice qu'il devait boire ; c'est-à-dire
(1) Conelude eleemosynam in cùnle pauperis, et luec pro te exorabit ab omnimalo, (Eccli. xxix, l-J.)
comme un vase large et profond, rempli de toutes les amertumes de ses souffrances, depuis sa saisie au jardiji jusqu'à sa mort. A cette vue, il se prosterna la face contre terre ; et avec tout le respect, toute la confiance, toute la soumissionpossibles.il pria ainsi : Mon Père^ faites^ s'il se peut, que ce calice s'éloigne de moi ^'cependant, que votre volonté s\iccomplisse et non pas la mienne ; et ensuite : Mon Pèe, s'il faut nécessairement que je boive ce calice, que, votre volonté soit faite (1) !
Un malade peut aussi regarder sa maladie comme un calice très amer, qui contient tout ce qu elle aura de fâcheux : maux de tête, frissons, ardeurs de la fièvre, soif, dégoûts, lassitudes, importunilés des soins et des remèdes ; et envisageant toutes ces choses à la fois, il s'adressera au Père éternel en se prosternant en esprit devant lui ; et lui dira avec beaucoup de confiance, de résignation et d'amour : a Père charitable, faites, s'il se peut, que ce calice s'éloigne de moi ; ne permettez pas que cette maladie aille à la mort. Cependant que votre volonté s'accomplisse plutôt que la mienne.» Et encore : « Père souverainement aim.able,s'il faut que je boive ce calice, si vous le voulez, votre volonté m'est plus chère que la mienne ; qu elle s'accomplisse, c'est tout ce que je désire.»
11 peut répéter les mêmes paroles toutes les fois qu'il est obligé déboire dans ce calice ; de prendre
(1; Pater mi, si possibile est, transeat a me calix iste : Verumtamen, non sicut ego volo, sed sicut tu ...
Pater mi, si nonpotest hic calix transira nisi bibam illiim, fiât Yohmtas tua. (Matt. xxvi, 39-42.}
une médecine amère, de subir une opération douloureuse ouïes ardeurs de la fièvre, etc.. Si ces douleurs augmentent, il doit faire de plus grands efforts pour ne pas succomber ; redoubler ses prières, à l'exemple de Jésus-Christ, qui, étant réduit à Vagonie, prolongea son instante prière (1).
Toutefois, ce calice peut être pris de deux manières : avec un mélange de consolations sensibles qui en tempèrent 1 amertume, au point, parfois, de la changer en douceur ; ou bien sans aucunes délices spirituelles ; et c'est ainsi qu'il fut présenté au Sauveur. Le malade doit être prêt à tout et s'offrir même généreusement, comme le Sauveur, à boire le calice malgré toute son amertume ; parce que sa résignation est ainsi plus héroïque et plus méritoire. S'il a besoin de quelque adoucissement à ses souffrances, plus il montrera de conformité à la volonté divine, plus Dieu le consolera et le soulagera. Il se comportera envers lui, comme envers Abraham. Voyant le saint patriarche résolu à immoler Isaac, qui était son fils unique et toute sa joie, il lui commanda de sacrifier un bélier en place de ce fils si cher (2) Que le malade offre donc en holocauste au Seigneur toute la joie de son âme ; qu'il soit prêt à en supporter patiemment la privation, et il verra par expérience que Dieu ne veut point la mort d Isaac, qu'il veut le lui conserver au contraire ; et s'il laisse le corps dans la souffrance, il fera jouir 1 esprit d'une paix profonde.
Mais le Seigneur veut, comme marque d'un parfait
(1) Et factus in agonia. prulixiu> orabat. (Luc. xxii, 43.) (2 Gen. xxii, 12.
amour, que le malade pousse la verlu de patience jusqu'à souffrir gaiment et avec une sorte de plaisir. Pour cela, le malade doit se servir d'une autre manière de prier, qui consiste en des marques de reconnaissance, dès actions de grâces, non seulement pour les divers bienfaits qu'il a reçus de la divine Bonté , mais pour cette maladie elle-même , qu'il doit compter comme une faveur, car elle peut lui être effectivement aussi avantageuse que la santé.
11 dira avec le Prophète : Que rendrai-je à Dieu pour tous les biens quilm'a faits ? Je prendrai le calice du salut et f invoquerai le nom du Seigneur (1). Ce calice salutaire et amer tout à la fois, c'est la maladie, avec tous les accidents qui en sont inséparables. On le nomme avec raison le calice du salut, parce qu'il nous est ordonné pour notre bien spirituel et qu'en mortifiant le corps, il sauve Tàme.
Que pouvons-nous donc rendre au Seigneur pour tous ses dons ? Ces dons mêmes ; et s'il veut nous les ôter, soit pour nous éprouver, soit pour nous punir, Hous nous abandonnons pour tout à sa Providence. Nous lui offrirons aussi toutes les souffrances que nous endurons ; et parce qu'il est selon son bon plaisir que nous soyons affligés, nous recevrons l'affliction, non seulement avec patience, mais encore avec joie. Nous penserons que c'est lui-même qui nous présente le calice ; et persuadé qu'il nous aime et veut nous sauver, nous le prendrons de sa main ;
(1) Quid retribiiam Domino pro omnibus qure retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam et nomen Domini invocabo. (Ps. cxv.)
nous le boirons tout entier, avec la même avidité que des gens pressés delà soif boivent les plus agréables liqueurs ; et à chaque goutte que nous en boirons, nous dirons : Que Dieu soit béni ! Ou avec Job : Si nous avo7is reçu des biens de la main de Dieu, pourquoi n'en recevrons-nous pas des maux ? Le Seigneur nous avait donné la santé; le Seigneur nous Va ôiée. Ce qu'il a voulu est arrivé : que son nom soit béni (1).
C'est le propre des enfants de Dieu de louer ainsi le Seigneur dans leurs maladies. Il est aisé de lui rendre grâces, lorsque Ton est en bonne santé et que toutes choses réussissent. David disait d'un méchant homme : // vous louera lorsque vous lui ferez du bien ; quant à lui, il s'écriait avec tous les justes : Je bénirai Dieu en tout temps; sa louange sera toujours sur mes lèvres (2), et son amour dans mon cœur ; et en effet, en tout temps, Dieu nous envoie ce qu'il juge le plus propre à notre bien.
Un cinquième moyen de s'entretenir avec Dieu consiste à faire des actes d'humilité. La matière est ample. La maladie et tout ce qui l'accompagne nous portent à nous humiher. On peut dire à un malade ces paroles adressées à Israël par le prophète Michée : Tu portes en toi-même la cause de ton humiliation (3). La faiblesse, les douleurs, les remèdes, les inquié-
(1) Si bona suscepimus de manu Dei, mala qiiare non suscipiamus ? ^Job. ii, 10.) Dominiis tiédit, Dominiis abstulit ; sicut Domino placiiit. ita factiim est : sit nomcn Domini benedictum. (Job. I, -21.)
(2) Benedicam Dominum in omni tempore ; semper lau? ejus in ore meo. (Ps. xxxiii.)
(3) Et humilatio tua in medio tui. (Mich. vi, 14.)
DANS LES MALADIES ET LES AFFLICTIONS 3o
tudes, les frayeurs de la mort, etc., tout conspire à l'humilier , mais tout cela aussi peut lui servir de matière d'oraison. Il dira avec le Psalmiste : Seignewi\ ayez pitié de moi^ parce que je suis infirme ; guérissez-moi parce que mes os sont ébranlés et que mon âme est profondément troublée. Mais vous ^ Seigneur, jusques à quand (1) ? Que veut dire le Prophète par ces mots : Jusques à quand ? N'exprimant pas tout ce qu'il pensait, il laissait cependant deviner les sentiments de son cœur ; il voulait dire : « Jusqu'à quand, ô mon Dieu, augmenterez-vous mes douleurs ? Jusqu'à quand durera votre colère ? Votre miséricorde serat-elle toujours empêchée par votre justice? Difïérerez-vous encore longtemps de me visiter et ne me regarderez-vous jamais d'un œil favorable? Tournez enfin vos regards vers moi, Seigneur; et délivrez mon âme des maux qu'elle endure. Sauvez-moi parce que vous êtes miséricordieux. Car nul ne se souvient de vous parmi les morts, et qui vous louera dans l'enfer i2)? Pendant qu'il me reste quelques moments de vie, je me rappelle votre bonté et je vous en fais ressouvenir, pour vous exciter à me soulager dans mes maux, ou à m'en guérir tout à fait ; je m'occupe à vous remercier de vos bienfaits et à vous confesser mes péchés, ce que je ne pourrais faire ni dans Fenfer, ni dans le tombeau. Recevez donc maintenant ma confession ;
(1) Miserere mei, Domine quoniam infirmus siim ; san.i me, Domine, quoniam conturbata sunt ossa mea. Et anima mea turbata est valde ; seJ tu, Domine, usquequo ? (Ps. vi.)
(2) Convertere, Domine, et eripe animarn meam ; salvum me fac propter misericordiam tuani. Quoniam non est in morte qui memor sit tui ; in inferno autem quis confitetur tibi? (Ps. vi.)
recevez mes actions de grâces, et remettez-moi toutes mes offenses. »
Vous pouvez encore faire des actes généreux, héroïques, de patience et de douceur, en vous offrant à de plus rudes épreuves, s'il plaît au Seigneur d'augmenter vos peines. Ainsi faisait Job couché sur un fumier et couvert d'ulcères : Qui fera en sorte, disaitil, que ma prière soit exaucée ? et que le Seigneur in accorde ce que je souhaite ? Que celui qui a commencé à m'affliger, me broie entièrement ; qu'il étende sa main sur moi pour me frapper ; et qu'enfin^ pour toute consolation, ma conscience ne me reproche pas d'avoir murmuré contre les ordres de Celui qui est infiniment saint, lors même que, sans m'épargner en rien, il lui aura plu de ni accabler de douleurs (1) ! Voilà un homme vraiment généreux; voilà un parfait modèle de vertu et de sainteté.
L'Esprit-Saint nous dit qu'un homme patient vaut mieux qu'un homme vaillant (2); parce que, dit saint Grégoire, un homme patient triomphe de lui-même, en souffrant le mal que d'autres lui font ; et qu'un homme vaillant ne sait vaincre les auires qu'en les détruisant. Au milieu d'horribles souffrances. Job croyait que Dieu l'épargnait: il le priait détendre la main sur lui et de lui en faire sentir tout le poids ; et il le pressait de lui accorder cette demande. De même.
(1) Quis det ut veniat petitio mea, et quod expecto, tribuat niihi Deus ? Ei qui cœpit, ipse me conterat : solvat manum suam et succidat me ? Et hcec mihi sit consolatio, ut afïligens me dolore, non parcat ; nec contradicam sermonibus Sancti. (Job. VI 8.)
(•2i Melior est patiens viro forti. Prov. .xvi, 32 )
le malade doit prier Notre-Seigneur, non de le guérir, si sa guérisoa peut être un obstacle à son salut, mais d'accroître son mal, si c'est son bon plaisir. Il répétera ces paroles de saint Augustin : « Brûlez, coupez maintenant ; tant qu'il vous plaira; pourvu que vous me remettiez mes péchés ; car j'aime mieux souffrir en ce monde, qu'être malheureux à jamais en l'autre (1). » Il pourra encore dire, comme un autre saint : « Augmentez, Seigueur, ma patience; et alors augmentez mes douleurs (2). »
Il s'excitera, comme David, à la patience, en disant : Soumets-toi, mon âme^ à la volonté de Dieu à qui je dois ma patience. Il est mon Dieu, mon Sauveur et mon soutien ; il ne permettra pas que je périsse (3) ; et encore : Vous êtes ma patience, Seigneur ; Seigneur, vous êtes mon espérance, dès ma plus tendre jeunesse (4). Tout ce que j'ai de patience, je le tiens de vous ; vous seul me donnez la force de supporter constamment les maux que j'endure. Je puis même dire, ô mon Jésus, que votre patience est à moi : c'est pour moi que vous avez été patient ; et en ce moment , en m'aidant à vous imiter, vous m'appliquez le fruit de vos souffrances. Oh ! je vous conjure, par cette vertu toute divine, de me soutenir dans mes langueurs, et de joindre si bien ma patience à la vôtre, que la vôtre relève le prix de la mienne.
(1) Hic ure, hic seca, ut in feternum papcas.
(2) Domine, auge patientiam et auge dolorem.
(3) Verunitamen Deo subjeota esto, anima mea, quoniam ab ipso patientia mea ; quia ipse Deus meus et salvator meus, .idjutor meus, non emigrabo. .(Ps. lxi, 6-7.)
(i) Quoniam tu es patientia mea, Domine ; Domine, spes mea a juventute mea. (Ps. lxx, o.)
Enfin, dans nos maladies, nous pouvons entendre au fond de notre cœur le Fils de Dieu, nous disant ces belles paroles du Cantique : J'irai à la montagne de la myrrhe et à la colline de Vencens{i). Par X^montagne de la myrrhe (\m Qsi amère. il signifie la mortification de la chair ; et parla colline de l'encens, l'exercice de l'oraison, qui réjouit l'esprit par un parfum excellent et toat spirituel. Selon plusieurs, ces paroles concernent Jésus-Christ s'entretenant familièrement avec une àme qu'il chérit comme son épouse; il lui dit qu'il s'en va sur cette montagne de la myrrhe et sur cette colline de l'encens, afin que, excitée et encouragée par son exemple, elle lui promette de lui tenir compagnie. D'autres attribuent ces paroles à l'âme ellemême, qui, sentant que son Epoux Tinvite à le suivre, court aussitôt où il l'appelle.
Toujours est-il que le malade doit regarder son lit comme la montagne de la myrrhe et la colline de l'encens -, et il ne doit penser qu'à trois choses : à sovffrir^ à prier^ à obéir.
Attachant son regard sur Jésus qui, dans sa Passion, marche devant lui et lui fraie le chemin, qu'il s'efforce de conformer sa volonté à celle de Dieu. Le jardin de Gethsémani, le palais de Caïphe, le prétoire de Pilale, la cour d'Hérode, le Calvaire, sont autant de montagnes et de collines, pleines de myrrhe etd'encens, où Jésus tâche d'attirer ses amis; là il ne faisait autre chose que souffrir, prier, obéir; encore obéissait-ilaux ordres rigoureux d'un Pèreirrité contre nous et qui lui faisait porter toute la peine de nos crimes.
(1) Vadam ad montem myrrhœet adcollem thuris. (Cant. iv, 6.