‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 36 sur 45 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pratique pour aider à bien mourir.

Quand on a satisfait aux obligations dont nous venons de parler, on doit s'appliquer à aider plus particulièrement le moribond dans la lulte suprême, et cela principalement par six sortes d'actes : des actes de résignation, de confiance, de foi, d'espérance, de charité ; et par la prière, qui doit accompagner tous ces actes. Du reste, on aura soin de les varier, pour que les répétitions trop fréquentes d'une même exhortation ne causent pas d'ennui. Comme les assauts du démon à cette heure sont habituellement dirigés contre ces six vertus, on doit mettre plus de soin à soutenir le malade sur le point particulier où il est surtout attaqué. Semblable à David (1) allant combattre le géant Goliath, le confesseur doit être muni de paroles, de raisons persuasives, de remèdes pour tout événement, afin de n'être pas pris au dépourvu et de n'être pas obligé de chercher ses pierres, alors qu'il faudrait les lancer, de peur que, pendant ce temps, le géant ne triomphe du malade. Il agira selon la qualité des personnes ; aux unes, il

(1) I Reg. XVII, 40.

faut des discours convaincants et étendus ; aux autres, quelques paroles suffisent. Il y a bien peu de malades, quelque pieux qu'ils soient, qui n'aient pas besoin de quelques courts avis, pour se réveiller conime d'une sorte de sommeil, et continuer ses actes. On pourra les aider tous par quelques rapides citations de la sainte Ecriture ou des saints, pour qu'ils puissent en garder la pensée et le sentiment, et qu'ils les redisent dans leur cceur. On veillera toutefois à ne pas les fatiguer et à ne pas continuer trop longtemps cet exercice, pour que l'excès de la bonne semence ou les circonstances défavorables dans lesquelles elle est semée ne nuisent pas au fruit qu'elle doit produire. Bien que l'on cite en latin un grand nombre de ces paroles, afin qu'elles soient plus efficaces pour ceux qui les comprennent, il sera très facile de les traduire en langue vulgaire pour les autres.

§ I. — De la résignation.

Pour en venir aux six actes que nous avons énumérés, parlons en premier lieu de la résignation. Elle peut s'exercer d'une manière fort variée par des actes d'obéissance, d'otTrande, de patience, par des actions de grâces et toutes sortes de désirs et de prières. Le confesseur prendra tantôt les uns, tant<jt les autres, et les dira au nom du malade, de façon que celui-ci puisse les suivre et les dire en son cœur, s'il ne le peut de bouche.

Premièrement, la résignation abdique sa propre volonté, s'en remet au bon vouloir de Dieu et s'y conforme. Elle dit à Notre-Seigneur avec une obéissance

t^RATIQUE POUR AIDER A BltN MOURIR 205

pleine de soumission (1) : Que ma volonté ne se fasse pas, mais la vôtre. Si vous voulez que je meure, je le veux aussi et cela m'est agréable ; car votre volonté est la mienne, et la mienne ne sera jamais contraire à la vôtre. Vient ensuite l'offrande de tout ce que l'on est et de tout ce que l'on possède. Seigneur, mon corps, mon âme, ma vie, sont à vous ; je vous les offre, puisque vous me les demandez ; mais dussiezvous ne pas en faire la demande, je vous les offrirais encore pour vous être agréable : Je remets mon esprit en vos mains C^) ; gardez-le. Seigneur, comme une chose qui esta vous. Mon cœur est prêt^ Seigneur, mon cœur est prêt (3), pour tout ce que vous lui demanderez de faire et de souffrir. Heurtez à la porte pour qu'elle s'ouvre, Seigneur, voici que mon cœur est ouvert : je puis partir pour l'autre vie, puisque vous m'y appelez. On peut aussi faire le même exercice, en employant des élévations de Tâme et des prières. Oh ! qui aura une volonté aussi conforme à la volonté divine que celle des anges du ciel ! Oh ! qui me donnera de vouloir et de ne pas vouloir avec Dieu ! 0 mon Sauveur, au nom de la grande résignation que vous avez eue dans votre mort, donnez-m'en une semblable à ma dernière heure. Père éternel, je vous offre la résignation de votre Fils, mon Rédempteur, pour celle qui me manque encore, et pour suppléer aux imperfections de la mienne. On peut répéter alors

(1) Non mea voluntas, sedtua fiat. (Luc. xxii, 42.)

(2) In manus tuas commendo spiritum meuiii. (Luc xxiii, 16.)

(3) Paratum cor meuni, Deus, paratum cor meum. (Ps. lvi, 8j et cvii, 9.)

tout spécialement la prière de Notre-Seigneur au jardin de l'agonie (1 : Père, si c'est possible^ que ce calice s'éloigne de moi ; cependant que ma volonté ne se fasse pas, mais la vôtre. Et encore : Mon Père, tout vous est possible ; si vous le voulez, éloignez ce calice de moi ; cependant que ma volonté ne se fasse pas, mais la vôtre. Le calice de la mort et des douleurs que vous m'offrez est amer ; mais si c'est votre volonté que je m'abreuve de son amertume, il me sera agréable de le boire en entier, puisque vous me l'ordonnez. Donnez-moi le courage de souffrir, car telle est ma ^'o\o\ïiQ['^). Eprouvez-moi, Seigneur, et sondez-moi. Brillez mes reins et mon cœur. Parce que votre miséricorde est devant mes yeux, et je me suis complu dans votre volonté. Torturez-moi, Seigneur, éprouvez-moi ; je sais que vous êtes miséricordieux et que votre appui ne me manquera jamais.

On passera ensuite à l'acte de suprême résignation, qui est de rendre grâces à Dieu pour les souffrances et pour la mort, en les regardant comme un bienfait. Je vous remercie. Seigneur, des années de vie et de santé que vous m'avez accordées, et des peines et des douleurs que je souffre à cette heure, car tout procède également de votre amour pour moi. Que le froid

(1) Pater, si possibile est, transeat a me calix isle. Vcrumlamen non mea voluntas,sed tua fiat. Abba Pater, omnia tibipossibilia siint, si vis, transfer calicem hune a ine ; verumtaiiien non quod e<?o vulu, sed quo<l tu. (Matt. xxvi, 39. — Lur. xxii. 4-2.)

(2) Auge patientiam et auge dolores. Prûl)a me et tenta me. Ure renés meos et cor meum. Quoniam misericordia tua ante orulos meos est, et complacui in veritate tua. (Ps. xxv. 2, 3.)

PRATIQUE POUR ATDER A RIEN MOURIR Wl

et la chaleur bénissent le Seigneur! qu'ils le louent et le glorifient dans les siècles des siècles ! Que la vie et la mort vous exaltent, ô mon Dieu I et vous louent à jamais ! Soyez béni, Seigneur, pour les maux que je souffre ! Avec le Christ, j'ai été cloué à la croix. Pour moi, à Dieu ne plaise //hp je me glorifie, si ce nest dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ (i). C'est parces pieuses affections que le mourant pourra résister aux embôches tendues par le démon à sa résignation et à sa patience. Si le combat était plus terrible, on recourrait alors fort à propos aux raisons qui ont été exposées au commencement.

§ II. -- De la contrition.

On doit aussi exprimer sa contrition de diverses manières et avec les sentiments exposés dans les sept motifs dont nous avons parlé au chapitre x (2), pour nous exciter à la douleur de nos péchés. Tantôt le malade fera des actes de contrition ; tantôt il désirera cette contrition et la demandera à Dieu en lui offrant, pour ses péchés passés, ses douleurs unies au plus ferme propos; mais il tâchera de faire toujours prévaloir les motifs d'amour, qui sont plus efficaces que les motifs de crainte. Parfois, ces actes de contrition pourront revêtir celte forme : Seigneur, je re-

(1) Ut Deo vivam, Christo confixus sum cruci. Absit a me gloriari nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi. (Gai. ii, 19. etvi, Ik)

(•2 Du '.')' Traité de la perfection du chrétien dans l'Etat ecclésiastique.

grette de vous avoir offensé à cause de votre grandeur et de mon ardent amour pour vous ; j'aimerais mieux mourir mille fois que d'avoir péché. 0 bienfaiteur infini ! je me repens de n'avoir répondu à vos bienfaits que par l'ingratitude de mes nombreuses fautes ! Plus que tout, je regrette d'avoir offensé votre bonté, votre miséricorde, votre charité, votre générosité, votre majesté infinie, et cela en votre présence (1). J'ai péché contre vous seul et fai fait le mal devant vous. Détournez votre face de mes péchés et effacez toutes mes iniquités. D'autres fois, comme l'enfant prodigue, on dira à Dieu (2) : Mon père^fai péché contre le ciel et à vos yeux : je ne suis jjlus digne d'être appelé votre fils. Je confesse, ô mon Père, que ma vie a été celle du prodigue ; j'ai perdu mes années, ma santé, mon bien et les talents que vous m'avez donnés; mais confiant dans votre miséricorde, je reviens dans votre maison. Pardonnez-moi mes fautes, et veuillez m'y recevoir. Tantùt on dira avec lepublicain (3) : 0 Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ; ou avec le roi David (4) : Des maux sans nombre m'' ont environné; mes iniquités ni ont investi, et je nai pas pu en soutenir la vue. Elles se sont multipliées plus que les

(1) Tibi soli peccavi et malum coram te feci. Averte faciem tuam a peccatis meis et omiies iniqiiitates meas dele. (Ps. l, 6, H.)

(2) Pater, peccavi in cœlum et coram te ; jam non sum dignus vocari filius tuus. (Luc. xxv, 21, 22.)

(.3) Propitius esto mihi peccatori. (Luc. xviii, 13.) (4 Circumilederunt me mala quorum non est numerus. Comprehenderunt me iniquitates meœ et non potui ut viderem. Multiplicatœ sunt super capillos capitis mei, et cor meum dereliquit me. (Ps. XXXIX, 13.)

PRATIOUE l'OUR AIDER A BIEN MOURIR 209

cheveux de ma tpte, et mon cœur m'a abandonné (1). Je confesse que, loin de mériter d'entrer dans le ciel, je ne suis pas même digne d'y tîxer mes regards. J'en ai fermé les portes par mes péchés; mais puisque mon f^édempteur les a ouvertes par sa mort, ouvrez-lesmoi, Seigneur, par votre miséricorde. 0 mon doux Rédempteur ! comme le bon larron vous disait : Souvenez-vous de moifSeigneur, quand vous serez venu dans ^ob-e royaume, ie \ous d\s moi-même : Pardonnezmoi mes injustices et souvenez-vous de moi, puisque vous êtes dans votre royaume. Au nom delà tristesse et de la douleur que vous ont inspirées mes péchés, au jardin de Gethsémani, je vous supplie de m'en donner la plus vive affliction.

On doitaussi demander cette contrition aux saints qui Font eue davantage, comme Pierre, Madeleine et d'autres encore. On imitera saint Augustin sur le point de mourir. Il ordonna qu'on lui lût les sept psaumes de la pénitence, et il les écouta en fondant en larmes. Dans ces psaumes, on pourra prendre quelques paroles des plus ferventes pour s'exciter à la douleur, demander le pardon de ses fautes et la pureté du cœur. Dans le premier psaume (2) : Ayez piliéde moi, Seigneur, parce que je suis infirme ; gué' rissez-moi, parce que mes os sont ébranlés. Revenez, Seigneur,et délivrez mon âme ; sauvez-moi à cause de votre miséricorde. Parce que nul dans la mort ne se soU' vient de vous : et dans i enfer qui vous glorifiera ?Dans

(l) Mémento niei, Domine, cum veneris in regnum tuum. (Luc. XXIII, 42.) (.■2j Voir ces psaumes à l'appendice, page 2il.

le second :J'iii dit: je confcssrrai contre moi mon injiistke au Seigneur^ et vous m'avez remis l impiété de mon péché. C'est vous qui êtes mon refuge dans hi iribulation qui m'a environné. 0 vous, ma joie, arrachez-moi à ceux qui in environnent. Dans le troisième ; Seigneur, ne me reprenez pas dans voire fureur, et dans votre colère ne me châtiez pas. Seigneur, devant vous est tout mon désir ; mon gémissement ne vous est pas caché. Parce que moi, je suis prêta des châtiments et que ma douleur est toujours en ma présence. Le quatrième, qui est le Miserere, est rempli en entier de versets pieux qui peuvent servir d'autant d'oraisons jaculatoires. Dans le cinquième, on pourra prendre : Exaucez-moi promptement, parce que mes jours, comme la fumée, se sont évanouis, et mes os, comme une broutille, se sont desséchés. Dans le sixième : Si vous observez les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui résistera à votre jugement ? Et enfin dans le septième : N'entrez pas en jugement avec votre serviteur ; car en votre présence, nul homme vivant ne sera justifié. Exaucez-moi promptement, Seigneur, mon esprit a défailli. Ne détournez pas votre face de moi, autrement, je serai comme ceux qui descendent dans la fosse.

% m. - Delà foi.

Dans ce péril suprême, la foi doit s'exercer de diverses manières. On doit la confesser d'abord en récitant les divers articles du Credo, soit que le malade le dise lentement, soit que le confesseur le récite luimême ou procède par questions, en demandant au

mourant s'il croit ces vérilés, ou en mettant les divers articles du symbole sous forme de prières. Oa dira par exemple : Trinité sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, qui êtes un seul et vrai Dieu, ayez pitié de moi. D'autres fois, celte vertu peut encore revêtir la forme de la prière, par la présence d'un crucifix, d'une image que le malade puisse vénérer, baiser, mettre sur sa tête ou sur sa poitrine. Cet acte extérieur ravive la dévotion intérieure, en élevant le cœur vers le Seigneur que représente l'image. On dira en même temps : Je l'adore, ô Christ, je te bénis, toi qui par ta croix sainte as racheté le monde. Toi qui es né, qui a été crucifié, enseveli pour moi, aie pitié de mon âme. Tantôt on rendra des actions de grâces à Dieu, au sujet de cette même foi : Je vous remercie, Seigneur, de m'avoir donné la foi pour vous connaître ; soyez glorifié de m'avoir fait chrétien, membre de votre Église. Dans celle foi, j'ai vécu, et avec elle, je veux mourir, en espérant voir un jour ce quejecrois maintenant. Tantôt on fera de véritables actes de foi à tous les mystères, par cela seul que Dieu les a révélés, et on dira avec grande ferveur: 0 Dieu éternel, je me réjouis de croire ce que je ne vois pas, et de soumettre mon intelligence à ce que je ne puis atteindre. Je crois que vous êtes infini dans voire essence, dans votre pouvoir et votre science ; cela me suffit pour que j'adhère complètement à tout ce que la foi m'assure de votre divinité, des œuvres de votre toutepuissance et des secrets de voire sagesse(l) : Je crois,

il) Credo. Domine, sed adjuva incredulitatem meam ; adauge mihi fidem (Marc, ix, 24. —Luc. xvii, .j.)

Seigneur, mais aidez mon incrédulité ; augmentez en moi la foi. Ainsi le malade résistera aux tentations du démon, sans avoir recours à des raisonnements difficiles et sans entrer dans des discussions fort dangereuses en ce moment. Il est bon. en particulier, de raviver dans le cœur du mourant la foi aux vérités que rappelait le saint homme Job, dans son épreuve et ses souffrances (1) : Je sais que mon Rédempteur est vivant, et quau dernier jour, je ressusciterai de la terre, et que de nouveau je serai environné de ma peau, et que, dans ma chair, je verrai mon Dieu. Je veux mourir dans cette certitude consolante, que Dieu doit me ressusciter. Cependant si, dans certains cas, il était nécessaire de fortifier la foi du malade par quelques raisons spéciales, on pourrait rappeler less grands miracles de rétablissement de la religion dans le monde, miracles qui ne cessent jamais ; la sainteté de cette religion si pure, qu'elle a en horreur les fautes les plus légères ; sa haine pour le mensonge qu'elle ne saurait tolérer ; la pureté, la science, la prudence et les mérites de ceux qui l'ont prêchée et enseignée, en sacrifiant leur vie et endurant les tourments les plus affreux pour la défendre ; sa perpétuité, malgré les attaques dont elle a été Tobjet, et bien qu elle soit l'ennemie de tout ce que désirent la chair et le monde. Ce sont là aulant de preuves de sa véracité. D'ailleurs, puisqu'il faut qu'il y ait sur la terre une religion par laquelle Dieu soit honoré, il

,1) Scio quo'l Redemptor meus vivit et in novissimo ilie de terra surrecturus ?um. circumdabor pelle mea, et in carne mea videbo Deum salvatorem meum. (Job. xix, 23, 26.)

PRATIQUE rOUR AIDER A BIEN MOURIR 213

n'est pas possible que ce soit une autre que celle religion divine, qui réunit ce qui est le plus convenable à une foi révélée par Dieu et à une loi digne de sa bonté et de sa grandeur infinies.

§ IV. — De l'espérance.

Dans cette crise suprême, il faut aussi raviver l'espérance en tout ce qui peut en être l'objet, c'est-àdire : le pardon des péché3, la grâce de Dieu, les vertus, le don de la persévérance et de la couronne de gloire, en exposant tous les motifs sur lesquels elle peut s'appuyer. C'est d'abord, parce que Dieu est ce qu'il est, et qu'il trouve sa gloire dans notre pardon et dans notre salut (1). A cause de votive nom, Seigneur ^ votis pardonnerez mon péché, car il est grand. Secondement, parce que Dieu est bon, plein de charité et de miséricorde (2) : // m'a sauvé, parce quil m'aimait. Louez le Seigneur, parce quil est bon, parce que sa miséricorde est éternelle. Troisièmement, parce qu'il est infiniment riche et libéral, qu'il ne perd rien en donnant de ses richesses, et qu'il les donne volontiers à ceux qui les demandent. Quatrièmement, parce que ce qu'il nous a accordé est infini ; c'est le gage de tout ce que nous obtiendrons encore (3). Lui, qui na pas

(1) Propter nomen tuum, Domine, propitiaberis peccato meo ; multum est enim, (Ps. xxiv, 11.)

(2) S.ilvum me fecit quoniam voluit me. Confiteminl Domino quoniam bonus, quoiiiam in spéculum misericordia ejus. (Ps. xvir, 20 et cxvii, 1.)

(3) Qui etiam proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobi^» omnibus tradidit illum, quomodo non etiam cum illo omnia

épargné même son propre Fils, mais qui Va livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il j^as donné toutes choses avec lui ? Qui accusera les élus de Dieu ? Cest Dieu qui les justifie; quel est celui qui les condamnerait ? C'est le Christ Jésus qui est mort pour eux, qui de plus est ressuscité, qui est à la droite du Père^ et qui même intercède pour nous. Quel plus grand motif d'espérance dans cette lutte dernière? Celui qui vous a donné son Fils, ne vous donnera-t-il pas son ciel ? Celui qui vous justifie, ne vous accusera pas; celui qui est mort pour vous, ne vous condamnera pas, et votre avocat dans le ciel ne saurait vous repousser. Cinquièmement, parce qu'il adonné sa parole qu'il accordera tout ce qui lui sera demandé : Demandez, dit-il (i), et vous recevrez; frappez^ et on vous ouvrira. Si vous frappez avec cette confiance à la porte de sa miséricorde et à la porte du ciel, il vous ouvrira Sixièmement, parce que ses œuvres sont parfaites et qu'il aime à achever ce qu'il commence. Or, puisqu'il a commencé en vous Treuvre du salut, ne vous déc juragez pas quand il est près de la terminer, il vous a créé pour lui, il est votre fin dernière, il vous aidera à y arriver. Septi^-mement, parce que Notre- Seigneur connaît votre faiblesse, et qu'elle détermine sa pitié à venir à votre aide (2) : De même quun père

nobis doiiavit ? Quis accusabit adversus elcctos Dei ? Deiis qui justifîcat, (jiiis est qui coudemnet ? Christus Jesu? qui mortuus est, immo qui et resurrexit, qui est ad dexterani Dei, qui etiaui interpellât pro nobis. (Rom. viii. 32-34.')

(1) Petite et accipietis ; pulsate et aperietur vobis.(Matt. vu. 7.)

(2) Quomodo miseretur pater liliorum, misertus est Dominus timentibus se ; quoniam ipse cognovit figmentum nostrum. Recordatus est quonfam pulvis sumus. (Ps. cir. 13. 14.)

sallendrit sur ses enfants, de même le Seigneur a eu pitié de ceux qui le craignent; parce que lui-même sait de quoi nous sommes formés. Il s'est souvoiu que nous sommes poussière. Huitièmement, parce que Dieu luimême vous invite à aller à lui ; c'est donc vous assurer que vous serez reçu. Venez à moi, dil-'ii {i), vous tous qui prenez de la peine et quiètes chargés, et je vous soulagerai. Puisque, à cette heure, vous êtes chargé et affligé, allez à lui ; il vous soulagera. Neuvièmement, parce que c'est dans les grands pécheurs qu'éclate surtout sa toute-puissance, lorsqu'il leur pardonne et les admet de nouveau à son amitié. C'est pour cela qu'il montra à saint Pierre (2) cette nappe pleine de serpents et d'anima' x divers, qu'il retira dans le ciel, et qu'il dit à la ville idolâtre (3) : 2u es impure et souillée ; cependant reviens à moi, dit le Seigneur^ et moi je te recevrai ; parce que (4), où le péché a abondé, la grâce a surabondé. Celui qui a promis le paradis au larron crucifié a donné l'espérance d'un pardon généreux à ceux qui se convertiraient, à n'importe quelle heure. Aussi l'Église chante-t-elle (5) : Vous qui avez absous Marie-Madeleine et exaucé le larron, vous niavez aiissi donné Vespérance. Dixièmement, parce que la plus grande injure que l'on puisse

(1) Venite ad me omnes qui laboratis et oncrati estis et ego reficiam vos. (Matt. xi, 28.)

Cl) Act. X, 11, 12, 16.

(3) NuiiKjui.l non polluta et contaminata erit millier iila ? Tamenreverlere ad me, et ego suscipiam te. (Jerem. m, 1.)

(4j Ubi abundavit delictum, .siiporabundavit ^ratia. (R<»m. v. 20.)

(o) Qui Mariam absolvisti, et l.itroncm exaudi^ti. milii quoque spem dedisti. In missa defunct.

216 appendice; t

faire à Dieu est de ne pas avoir confiance en sa miséricorde. Le plus grande crime de Gain et de Judas a été de désespérer de leur pardon. Dès lors, plus vous êtes pécheur, plus vous honorez Dieu en attendant de sa bonté qu'il ait pitié d'un homme aussi pervers. C'est par ces divers motifs qu'on doit fortifier le cœur des malades. S'ils sont très abattus, qu'ils disent en euxmêmes (1) : Pourquoi es-tu triste^ mon âme ? et pourquoi me troubles-tus ? Espère en Dieu, parce que je le louerai encore : il est le salut de mon visage et mon Dieu. Ou bien (2) : Je crois que je verrai les biens du Seigneur^ dans la terre des vivants ; attends le Seigneur, agis avec courage, et que ton cœur se fortifie. D'autres fois, on peut faire des actes d'espérance sous forme de prières, en répétant ce doux colloque, dans lequel David représente le Sauveur parlant à son Père (3): Cest vous qui ni avez tiré du sein de ma mère ; vous êtes mon espérance, depuis que j'ai sucé les mamelles de ma mère. C'est sur vous que j'ai été posé, ensortant de son sein ; depuis que j'étais dans les entrailles de ma mère, vous êtes mon Dieu. JSe vous éloignez pjas de moi : parce que la tribulation est proche, parce qu'it n'y a personne qui me porte secours. On peut croire que Notre-Seigneur a dit ces paroles pendant

(1) Quare tristis es anhna mea et quare conturbas me ? Spera in Deo quoniam adhiic confitebor illi : saliitare vultus mei et Deus meus. (Ps. xlii, ^J.)

(2) Credo viderebona Domiiii in terra viventium. Exspecta Dominum ; viriliter âge, et confortetur cor tuum. (Ps. xxvi, 13, 14:)

(3) Ta es qui extraxisti me de ventre ; spes mea ab uberibus matris mcie. In te projectus sum ex utero : de ventre nialris mcfe Deus meus es tu, ne discesseris a me. Quoniam tribulatio proxima est; quoniam non est qui adjuvet. (Ps. xxi, 10-12.)

qu'il était ici-bas, puisqu'il a récité à haute voix sur le Calvaire les premières paroles de ce psaume (1) : Dieu, à mon Dieu, pourquoi niavez-vous abandonné ? Le Sauveur poursuivit à voix basse le reste du psaume et termina sa prière par ces mots(^) : Fn vos mains je remets mon esprit.

Peut-être a-t-il récité les autres versets du psaume suivant, si merveilleusement approprié à cette heure suprême (3) : C'est en vous, Seigneur, que j'ai espéré ; je ne serai pas confondu à jamais ; dans votre justice, délivrez-moi. Inclinez vers moi votre oreille, hâtez-vous de m'arracher à mes maux. Soyez-moi un Dieu proiec* teur et une maison de refuge. Mais comme l'objet principal de l'espérance est la gloire, cette gloire doit être aussi l'objet des actes divers de cette vertu. Tantôt ce sera un désir, une aspiration vers Dieu que l'on veut contempler, et Ton dira avec David (4) : Comme le cerf soupire après les sources des eaux, ainsi mon dme soupire après vous, ô mon Dieu. Mon âme a eu soif du Dieu fortj vivant : quand viendrai-je, et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? Malheur à moi, parce que mon séjour dans une terre étrangère a été prolongé. Oh ! si les années de cet exil s'achevaient

(1) Deus, Deus meus, ut cpiid dereliquisti me ? (ILid. 1.)

(2) In manustuas commendo spiritum meum. (Ps. l, 6.)

(3; In te, Domine, speravi, non confundar in ceternum ; in justitia tua libéra me. Inclina ad me aurem tuam, accéléra ut eruas me. Esto mihi in Deum protectorem, etc. (Ibid., 2, 3.)

(4) Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum : ita desiderat anima mea ad te, Deus, Sitivit anima mea ad Deum fortem vivum ; quando veniani et apparebo ante faciem Dei ? Heu mihi quia incolatus meus prolongatus est. (Ps. xli, 2, 3 ; cxix, S.)

218 APPENDICE i

mainlenant, et si j'entrais dans la véritable patrie I Tantôt ces actes revêtiront la forme d'une demande (1) : Faites sortir mon dnie, Seigneur, de cette prison où elle a vécu tant d'années, pour qu'elle puisse louer et confesser votre saint nom. Ou encore (2) : 0 Dieu, convertissez-nous, et montrez votre face, et nous serons sauvés. On pourra aussi exprimer sa joie en se voyant déjà aussi près de la gloire que l'on espère (3; : Je me suis réjoui des paroles qui m'ont été dites : Nous irons dans la maison du Seigneur ; ou son admiration et sa grande estime pour l'objet de son espérance (4) : Quils sont aimables, vos tabernacles, Seigneur des armées ! Mon âme désire avec ardeur, et languit après les parvis du Seigneur. S'il en est besoin, on s'appuiera, pour fortifier cette estime et exciter ses désirs, sur quelques arguments tirés des grands biens de la gloire éternelle. Là, plus de péchés ni de misères d'aucune sorte, mais la satisfaction complète de tous les désirs, une sécurité perpétuelle, une société très agréable, le repos, l'honneur, les délices, la science, la joie éternelle dans la claire vision de Dieu, dans la conversation des anges, des saints et de leur Reine à tous, la bienheureuse Vierge Marie. Il est important alors de raviver

(1) Educ de «'ustodiri nniinnm meam, ad confitendiim nomiiii

tllO.(Ps. CXLI, 8.)

(2) Domine Deus virtutum, couverte nos : ostende i'aciem tuam et salvi erimus. (Ps. lxxxix, 4. 8, 20.)

(.3) Ltetatns sum in his quœ dicta sunt mihi ; in domum D07 inini ibinius. (Ps. cxxi, 1.)

(4) Quam dilecla tabernacula iua, Domine virtutum! concupiscit et déficit anima mea in atriaDomini, (Ps. lxxxiii, 2, 3.)

ces désirs, car, ordinairement, Dieu ne donne des biens si excellents qu'à ceux qui les ont désirés avec ardeur, Blosius (1) nous rapporte quelques révélations sur une espèce de purgatoire qu'il appelle purgatoire de désirs, où sont retenus ceux qui ont été tièdos dans leur désir de voir Dieu, jusqu'à ce que la peine causée parle retard de la béatitude ait effacé cette tiédeur.

§ V. — De la charité.

En ce moment aussi on doit faire des actes divers de charité, fondés sur les titres et les motifs que nous avons pour aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toutes nos forces, Chacun de ces motifs entraine après soi un sentiment différent ; et on fera bien de les proposer au malade. Le premier est la bonté et la grandeur de Dieu, dignes, par elles-mêmes, d'être aimées d'un amour infini. Seigneur, qui me donnera de vous aimer comme vous méritez de l'être ? Qui vous aimera. Seigneur, comme vous voulez être aimé (2)? Qu'y a-t-il pour moi dans le ciel, et hors de vous qu'ai-je voulu sur la terre ? Ma chair a défailli ainsi que mon cœur; ô le Dieu de mon cœur, et mon partage pour i éternité.

Le second motif est que Dieu vous a aimé le premier

(1) In monit. spirit., c. \ni,

('2} Qiiiil iiiilii est in cœlo et a te quid voluî super teiTam ? Déficit caro niea et cor meum : Deus cordis mei, et pars mea Deus in œternum. (Ps. xxii.)

de toute éternité, en vous invitant par son amour même à l'aimer et à lui dire : Oh ! qai me donnera de vous aimer , comme vous me chérissez vousmême (1) ? Que n'ai-je pu vous aimer depuis que je suis homme, puisque vous m'aimez depuis que vous êtes Dieu !

Le troisième est la vue des grands bienfaits que Dieu vous a accordés, comme gages de son amour : la création, l'assistance dans toutes vos œuvres, la Providence, qui veille à tout ce qui se rapporte à votre corps et à votre âme, et qui a chargé les anges de vous garder et de vous défendre. Il vous a accordé tous ces bienfaits gratuitement et sans aucun mérite de votre part, et chacun d'eux en renferme un grand nombre d'autres, qui sont de nouveaux motifs d'aimer votre bienfaiteur, à qui conviennent tous les titres qui font naître l'amour parmi les hommes, et d'autres titres innombrables. Dites-lui donc : Je vous aime, Seigneur, parce que vous m'avez créé, vous me conservez et m'assistez chaque jour ; vous êtes pour moi un père, un. maître, un médecin, un roi et un chef, un pasteur et un guide, mon Dieu et mon tout.

Le quatrième motif est dans le bienfait de la Rédemption où Dieu a achevé de vous donner son amour, pour trouver le chemin de votre cœur, selon la parole de S. Jean (2) : Dieu a tellement aimé le monde quil a donnéson fils unique^ afin que quiconque croiten

(1) Diligam te sicut diligor a te. (P>. lxxii. 2:i, 26.)

(2) Sic Deus dilexit mumlum ut filiuin siuim uiiigenituni daret, ut omnis qui crédit in euiii non pereat, sed habeat vitam îeternam. (Joan. m, 16.)

lui ni' périsse points mais q a il ait la vie iHcmelle. Et pour que vous ne pensiez pas que cet amour a été général, et non spécial pour vous, saint Paul nous dit (1) : Il m'a aimé et s'est livré pour moi.

Tout ce que le Sauveur a fait et souffert pour vous constitue autant de titres qui vous obligent à Taimer. Vous devez en faire comme un bouquet, qui vous ranime et vous encourage dans votre agonie, et vous écrier (2) : Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe; il demeurera sur mon sein. On peut dire ces paroles en embrassant l'image du Christ, et en ajoutant avec TApùtre (3) : Pour moi vivre c'est le Christ, et mourir un gain. Pour vous, Jésus, je veux vivre, et pour vous je veux mourir, pour que dans ma vie et dans ma mort, je sois à vous comme vous êtes à moi. Vous pouvez déduire de ces pensées un autre motif de vous persuader que Dieu vous aime et que vous devez l'aimer. Vous êtes à Dieu et Dieu veut être à vous. Or, comment n'aimera-t-il pas l'œuvre de ses mains, faite à son image et à sa ressemblance, qu'il a rachetée de son sang, marquée de son sceau, du caractère ineffable du baptême, qu'il a créée pour qu'elle le servît et le reconnût pour son Seigneur et son Dieu? 0 Dieu de mon âme ! je suis à vous ; regardezmoi comme votre bien (4). Cestà vous que f appartiens,

([) Qui (lilexit me et tradidit seinetipsum pro me. (Galnt. ii 20.)

(2) Fasciculus myrrhre dilectiis meus mihi ; iuter ubera mea commorabitur. (Gant, i, 12 )

(3) Mihi vivere Ghristus est, et mori lucrum. (Philipp. i, 21.)

(4) Tuus sum ego, salvum me fac. (Ps. cxviii, 94.) Pater sancte, serva me in nomine tuo. (Joan. xvii, 11. )

sauvez-mot, Père saint, sauvez-moi en votre nom.

Le cinquième motif est Famour éternel que Dieu, de son côté, veut avoir pour tous les hommes, en leur offrant les immenses et éternels bienfaits de la gloire (1) : La miséricorde du Seigneur est de V éternité et jusqu'à l éternité sur ceux qui lecraignent. 0 Dieu éternel, puissé-je éternellement vous aimer I Ne permettez pas que j'aille en enfer avec ceux qui vous haïssent ; emmenez-moi aucielavecceux qui vous aiment. Puissé-je vous aimer pour lamour que vous me montrez, en voulant que je vous aime toujours, et en me promettant pour récompense la claire vision et Tamour de votre souveraine bonté ! Placez-moi parmi ceux qui vous aiment, pour que je vous aime avec eux et que leur flamme ravive la mienne. Je me réjouis de l'amour dont brûlent pour vous les bienheureux et les séraphins. Oh ! si tous les hommes pouvaient vous aimer, puisqu'ils ont une si grande obligation de le faire 1

On passera ensuite à l'amour du prochain, et en particulier, à l'amour des ennemis ; on pardonnera les injures reçues et on demandera pardon pour celles dont on serait coupable soi-même. Cet acte convient tout à fait à ceux qui sont à leurs derniers moments. A l'heure de sa mort, Notre-Seigneur pria pour ceux qui le crucifiaient (2;, et saint Etienne pour ceux qui le lapidaient ^3). Alors surtout doit être observée cette

(1) Misericordia Dojiiiui ab a?ternû. et usque in feternum super timentes eum. (Ps. cii, 17.)

(2) Luc. XXIII, 34.

(3) Act. VII, 59.

parole du Sauveur (1) : Pardonnez et il vous sera pardonné ; pour que Dieu ne s'irrite point contre le malade, comme il s'irrita contre le serviteur qui ne voulut pas remettre la dette de son compagnon, et fut jeté dans les ténèbres extérieures (2).

§ VI.— De la prière.

Il nous reste à parler du sixième acte qu'il faut accomplir dans ce moment suprême : la prière. Mais comme onTa vu, elle est unie à tous les autres actes. Remarquons seulement que les personnes pieuses, habituées à traiter avec Dieu dans la méditation et la prière, doivent le faire alors avec le plus grand soin et la plus grande assiduité. Le meilleur moyen de les aider est de ne point lestroubler par de longs discours ou de grands raisonnements, car elles peuvent et savent elles-mêmes faire ce qui leur est utile. -C'est pour ce motif que N.-S. Jésus-Christ voulut que la terre fût couverte de ténèbres pendant les trois dernières heures de sa vie, pour faire cesser le bruit et le tumulte, et pour qu'on le laissât mourir dans le silence. Ce n'est pas que le calme lui fût nécessaire, mais il voulait ainsi nous donner une leçon. On raconte que saint Martin s'étendit, pour mourir, sur la terre nue, et que, les yeux et les mains continuellement levés vers le ciel, il ne cessait un seul instant d'être absorbé dans la prière. Assistant à U mort de

(1) Dimittite et dimittemini. (Luc. vi, 37.)

(2) Matth. XVIII, 28-34.

Dosithée, son disciple, saint Dorothée se contentait de lui demander de temps en temps : Dosithée, priezvous ? Oui, Père, répondait le mourant ; et tant qu'il en eut la force, il ne cessa de prier. Bien que cette prière soit intérieure, il esi bon de la traduire parfois extérieurement par des oraisons jaculatoires qui \iennent du fond du cœur, comme Noire-Seigneur et saint Etienne nous en ont donné l'exemple. On peut adresser ces oraisons jaculatoires aux trois personnes divines, à la Vierge sainte, à fange gardien, à son saint patron et aux autres saints à qui on a une dévotion particulière. A la première personne de la Trinité, on s'adressera comme à un père : Seigneur, montrez que vous êtes père et ayez pitié de votre fils. Père, faites-moi participer à l'héritage que vous promettez à vos enfants(l). Notre Père^ qui êtes aux deux, que votre règne arrive. Je vous en supplie par votre Fils unique, donnez-moi une part dans votre royaume (2). Dieu notre protecteur^ regardez^ jetez les yeux sur la face de votre Christ^ parce que mieux vaut un jour dans vos parvis que des milliers dans d'autres. A la seconde Personne, on s'adressera comme au Rédempteur : 0 bon Jésus ! soyez auprès de moi, soyez mon Sauveur, Vous avez commencé en moi l'œuvre du salut ; achevez-la, ô très doux Rédempteur (3). Soyez

^^) Pater noster, qui es in cœiis, adveniat regniim tiiiim. (Matth. VIII, 9, lu.)

(-2) Protector noster, aspice Deus, et respice in faciem Christ i tui ; quia melior est dies una in atriis tuis super millia. (Ps. LXXXIIT, 10, 11.)

(3) Factus est uobis sapientia. a Deo justitia, sanctificatio et redemptio. (I Cor. i, 30.)

pour moi la sagesse^ la jus lice, la sanctification et la rédemption. Que le prix de votre sang ne soit pas perdu pour moi, puisqu'il vous en a coûté si cher pour me racheter en le versant. « Ame de Jésus Christ, « sanctifiez-moi ; corps de Jésus-Christ, sauvez-moi ; « passion de Jésus-Christ, fortifiez-moi; à l'heure de « ma mort appelez-moi. Ordonnez-moi d'aller à vous « pour vous louer avec vos saints anges dans les siè- « clés des siècles. Ainsi soit-il (1). » A la troisième Personne, on doit s'adresser comme au Dieu qui console et qui sanctifie : Esprit saint, sanctifiez mon cœur (2). Dites à mon âme : Cest moi qui suis ton salut. Mon âme est votre temple; purifiez-la complètement, pour qu'elle soit votre demeure pendant l'éternité. Esprit consolateur, soyez ma force dans cette épreuve (3) : Lorsque la force me manquera, ne m'abandonnez pas. Courage, ô mon âme, réjouis-toi (4) : Voici V époux qui vient; sors au-devant de lui. C'est ton juge, mais c'est aussi ton époux. Il vient, bien loin qu'il te condamne, avec le désir de te pardonner ; il veut t'introduire au festin des noces célestes ; va le recevoir avec la plus grande résignation. S'il te manque l'huile de la charité fervente, il est temps encore de te la procurer ; demande-la aux vierges sages qui sont les âmes des saints, et à la Vierge prudente entre toutes qui saura

(1) Anima Christi, sanctifica me ; corpus Christi, salva me ; passio Christi, conforta me ; in hora mortis meœ voca me. Et jubé me venire ad te, ut cum sanctis angelis tuis laudem te in saicula sœculorum. Amen. S. Ignat,

(2) Die anima' meœ : Salus tua ego sum. (Ps. xx.^iv, 3.)

(3; Cum defecerit virtus mea, ne derelinquas me. (Ps. lxx, 9. (4) Ecce sponsus venit, exite obviam ei. (Matth. xxv, 6.)

te l'obtenir. 0 Vierge, ô ma mère, montrez que vous l'êtes véritablement dans cette dernière lutte (1) ! M072trez-vous notre mère, et que par vous reçoive nos prières celuiqui, né pour nous, a consenti à être votre fils. 0 mon ange gardien, dans ce péril, ne négligez pas la mission que Dieu vous a confiée [2). On invoquera aussi saint Michel, que l'Église appelle (3) Vintroducteur au paradis^ àqui Difu alivré les âmes des saints pour qu'il les conduise dans le paradis de la joie. 0 Prince de rarmée céleste, venez m'aidera cette heure ; chargezvous de mon àme pour la conduire avec vous au ciel

5: VII. — Ce qu"il faut faire quand le malade a perdu la parole.

Quand le malade a perdu la parole, le prêtre doit continuer pour lui ces prières et inviter les assistants à s'y unir. On doit dire en premier lieu les prières de l'Église pour les agonisants, prières si pieuses, si bien appropriées à cette heure dernière. Pour les dire au nom de l'Église dont ils sont les ministres, les prêtres ont des grâces plus efficaces. C'est ce que donne à entendre l'apôtre saint Jacques, quand il dit (4) : Quelquun parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les

{[) Monstr.'i te esse m.atrem. sumat per te preces qui pro nobis natus tulit esse tuus. 0/fic. B. M. Virginis.

{•2} Angele Del. qui custos es mei. me tibi commissum pietate superna, in hac hora custodi, défende et guberna.

(3) Prsepositus paradisi, cui tradidit Deus animas sanctonim, ut perducat eas in paradisum exultationis. In respons. festi B. ^iich.

(4^ Infirmatur quis in vobis ? Inducat presbytères Ecclesice, et orent super eum, etc. (Jacob, v, 14.)

prêtres de r Église ei quils prient sur lui, etc. Ces prières indiquées par l'Église sont au nombre de six. En premier lieu, les litanies des saints abrégées, avec des oraisons et des supplications nombreuses à Notre- Seigneur. Si le malade pouvait parler, il serait bon qu'il les récitât lui-même (1) : Sainte Marie, priez pour moi. Saint Michel, priez pour moi. D'une mauvaise mort, délivrez-moi. Seigneur, etc. Par votre naissance, délivrez-moi, Seigneur, etc. On peut dire aussi en forme de litanies la seconde prière, qui rappelle les épreuves dont Dieu a délivré plusieurs de ses saints ; on en prendra quelques paroles que Von dira au malade qui, à son tour, les adressera à Dieu : Délivrez, Seigneur, Came de votre serviteur, comme vous avez délivré Noé du déluge, etc. On peut aussi tirer des paroles semblables des autres psaumes et prières indiqués : QuH vous délivre de vos tourments^ le Christ crucifié pour vous. Quil vous délivre de la mort, le Christ qui a daigné mourir pour vous, etc. Nous vous prions, Seigneur, de ne point vous souvenir des fautes de sa jeunesse et de ses péchés d'ignorance, etc.

Il importe aussi d'avoir recours à tous les remèdes deTÉglise qui ont de la vertu contre le démon, tels que reau bénite, la croix, les images pieuses, et de répéter parfois ce verset si efficace contre les assauts de Satan 2] : Que Dieu se lève et que ses ennemis soient

(1) Rit. romanum.

(2) Exurt^at Deus, et dissipentur inimici ejus ; et fu/^^iant qui oderuut eurn a facie ejus : sicut déficit fumus deficiant. (Ps. Lxvii, 2-3.)

dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient devant sa face ; comme s'évanouit la fumée, quils s'évanouissent. Pour le même motif, on aidera le malade par l'application de messes, par des aumônes et des œuvres de pénitence qui, non seulement, seront pour lui un secours dans le danger, mais qui acquitteront ses dettes et le feront aller plus tôt au ciel. « Il vaut mieux, dit « saint Grégoire (i), sortir libre de cette vie que de « chercher à l'être quand on est dans les fers. » Pour la même raison, on doit appliquer au mourant toutes les indulgences possibles. On doit faire, en un mot, à cette occasion tout ce qui est d'un bon protecteur, n'épargnant ni peine, ni habileté, ni zèle pour assurer la victoire, afin que le malade quitte cette vie avec des dispositions telles, qu'il puisse arriver bientôt à la vie éternelle.

(1) Beatius est liberum exire. quam post vincula libertatem quferere. (Lib. IV Dialog., c. lviii.)

ORAISONS JACULATOIRES pour demander à Dieu le pardon de ses péchés.

Je viens vers vous, mon très doux Seigneur, afin que vous me fassiez miséricorde. Je viens vous demander pardon de mes péchés, Père éternel, qui savez que Jésus-Christ, votre Fils, est mort, non pour ses péchés, mais pour les miens. Je vous ai offensé ; mais vos miséricordes envers les pécheurs de tous les temps n'ont pas diminué ; vous êtes toujours le même; etpuisque vous avez pardonné à tant d'autres, pardonnez-moi aussi.

Mon doux Sauveur, je vous conjure de ne pas permettre que je sois plus malheureux que mes pères qui ont espéré en vous et n'ont pas été déçus. Soyez pour moi ce que vous avez été pour eux.

0 Père de miséricorde, que je ne me retire pas de votre Tabernacle, sans avoir été enrichi de vos dons! Que je n'aie pas la douleur d'avoir été à la source sans y rencontrer l'eau vive dont mon âme a besoin ! Ah ! donnez-moi ce que vous avez donné à tant d'autres.

Ma conscience troublée me dit de ne plus espérer en vous, parce que vous ne pouvez écouter les prières

d'un si grand pécheur. Je lui répondrai, Père très compatissant et très bon, que je ne demande pas mon pardon, parce que j"ai mérité d'être exaucé ; mais je le demande au nom de Jésus-Christ mon Sauveur.de sa très douce Mère, ma Souveraine, et des autres saints, qui intercèdent pour moi.

Vous n'avez pas oublie la précieuse vie et la mort douloureuse de votre divin Fils. Le poids de ses mérites ne l'emporte-t-il pas infiniment sur celui de mes offenses ? S'il en était autrement, vous pourriez prononcer une sentence contre moi et me condamner au supplice. Mais les mérites de mon Sauveur étant infinis, que votre divine Majesté daigne attendre un peu de temps, et aidé des trésors qu'il m*a acquis, je vous donnerai le prix de ma rançon.

Seigneur, donnez-moi libéralement et gratuitement votre grâce. Je sais votre bonté infinie ; on vous appelle un Père miséricordieux ; soyez-le pour ce misérable, qui vous supplie de l'écouter. On dit que vous accueillez les pécheurs et que vous ne les repoussez pas. Ouvrez la porte au plus coupable d'entre eux. Soyez ce que l'on dit de vous. Puisque vous êtes mon Père, ne me rendez pas le mal pour le mal, ne me condamnez pas à un châtiment rigoureux pour mes péchés.

Comme votre condition va bien à la mienne ! Vous êtes riche et généreux, je suis pauvre et dans le besoin. Vous êtes un juge plein de mansuétude, jesuis

un coupable chargé de crimes. Vous êtes miséricordieux, je suis misérable. Vous êtes un médecin infiniment sage, je suis accablé d'infirmités et de maladies. Montrez que vous êtes tout cela ; laissez-vous vaincre par mes supplications, guérissez-moi et sauvez-moi. Vous êtes mon Dieu, je mets en vous toute mon espérance.

Vous avez dit que vous ne rejetteriez pas celui qu vient à vous (1). Accomplissez votre parole. Je viens à vous, ne me renvoyez pas.

Votre serviteur David ne dit-il pas que vous êtes près de ceux qui vous invoquent en vérité {'2)'! C'est bien sincèrement, Seigneur, que je vous invoque ; ne détournez pasvotre visage ; mais laissez-vous vaincre par ce pauvre vermisseau et ouvrez-moi vos bras de Père.

Très doux ami de mon âme, divin Jésus, pourquoi semblez-vous oublier mon pressant besoin? Pourquoi dissimulez-vous ? Pourquoi étes-vous sourd à mes supplications ?/^owr^uoîi ciormez-vom? Levez-vous et ne me repoussez plus (3). Si vous ne m'exaucez pas, que diront les incrédules et les impies ? Ils se riront de moi, en disant : Où est ton Dieu ?

(1) Et eum, qui venit ad me, non ejiciam foras. CJoan. vi, 37.)

(2) Pi-ope est Dominus omnibus mvocantibus eum, omnibus invocantibus eum in veritate. (Ps. clxiv, 18.)

(3) Exurge, quare obdormis, Domine ? Exurge, et ne repellas in fmem. (Ps. lxiii, -23.)

Exaucez-moi donc promptement , Seigneur; mon esprit tombe dans la défaillance (1). Ne tardez plus à me secourir ! hâtez-vous, de peur que, perdant patience, je ne me lasse de prier. Mon misérable état ne vous altendrit-il pas ? Serait-il possible que des maux comme les miens vous laissent insensible, vous dont le cœur est si bon ?

Si ma mère le pouvait, elle me viendrait en aide. Ne m'aimez-vous pas infiniment plus que ma mère ?

Ne tenez pas compte de mes longs retards, ô Dieu patient et éternel ! Il est vrai que je viens bien tard vers vous ; mais me voici maintenant à vos pieds. Il est vrai, j'ai été longtemps attaché aux vanités du monde ; mais aujourd'hui, je vois le néant de tout ce qui n'est pas vous. Je suis tout couvert de péchés et bien digne de châtiments ; mais je viens humblement vous demander pardon. C'est fini; je renonce à mes égarements, à mon aveuglement.

Je veux vivre en véritable chrétien, je veux même être un de vos fidèles serviteurs. Je me suis enfui du toit paternel, j'y reviens couvert de honte et de confusion. Recevez-moi, père plein de tendresse. Je déplore ma folie. Je ne vous quitterai plus ; je demeurerai près de vous pour toujours. Je vous servirai

il Velociter exaudi me, Domine ; deiecit spiritus meus. (Ps. GLXII, 7.)

fidèlement, sans prétendre à aucun salaire, sans désirer d'autre récompense qu'un regard de votre miséricorde et de votre amour.

Je vous ai bien coûté, ô mon divin Sauveur ! puisque vous avez donné votre vie pour moi sur la croix. Faites aujourd'hui ce qui vous coûte si peu. Votre amour pour moi vous a fait mourir, qu'il me fasse vivre aujourd'hui. Vous êtes couronné et glorieux au ciel ; ne soyez pas moins bon et miséricordieux que durant les travaux et les souffrances de votre vie sur la terre.

Vous coûte-t-il beaucoup de dire un oui à mes prières? De me donner un signe, un regard? De prononcer un Fiat ? Et si vous dites cette bienheureuse parole de pardon, que perdrez-vous, Seigneur? Qui vous condamnera ?

. . . Entendez donc mes gémissements, Seigneur, guérissez les plaies de mon âme et purifiez-moi entièrement. Si ma prière est défectueuse, ayez égard aux mérites et aux prières des Saints qui intercèdent pour moi . Enseignez-moi à prier ; et avant que je le sache parfaitement, accordez-moi aujourd'hui ce pardon de mes fautes, que je vous demande par de si pressantes supplications. Ainsi soit-il.

Autres oraisons jaculatoires très affectueuses.

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