‹ Du trésor caché dans les maladies et les afflictionsChapitre 35 sur 45 · CHAPITRE I (l · texte numérisé non relu

CHAPITRE I (l

Combien est importante la fonction du prêtre qui aide les fidèles à bien mourir, et de la manière de s'en acquitter parfaitement.

§ I. — Importance de ce ministère.

Aider à bien mourir ceux qui sont en danger de mort est une des fonctions les plus glorieuses et les plus nécessaires que puissent remplir les confesseurs, car d'une bonne ou d'une mauvaise mort dépend le salut ou la damnation. Avec la bonne mort, on reçoit le don suprême de la persévérance, à laquelle est promise la couronne ; avec la mauvaise mort, on arrive à l'impénitence finale, dont le châtiment est la peine éternelle. Or, les divers ministères du prêtre ayant pour fin le salut des âmes, le plus glorieux et le plus

(1) Ces deux chapitres sont les chapitres xv et xvi du "j^ Traité de Laper^ecLion du chrétien dans VEtat ecclésiastique.

nécessaire de tous est celui qui aide le plus ces âmes, quand elles vont se sauver ou se perdre pour toujours.

Ajoutons à cela que le dommage causé par une mauvaise mort est irrémédiable, car on ne meurt qu'une fois. 11 est donc de la plus grande importance d'aider un mourant à quitter ce monde, sans qu'il subisse un double et irréparable dommage dans son âme et dans ses biens eux-mêmes, puisque c'est sa dernière volonté qui en réglera la destination.

Au reste, jamais comme dans ce moment suprême, l'homme n'a un aussi grand besoin de secours. Alors, on effet, les angoisses sont plus terribles, les forces plus faibles, les obstacles plus forts, la multitude des pensées qui se présentent à Tesprit plus grande que jamais. Si on a besoin d'un secours puissant pour le salut et le soulagement du corps, ce secours doit être plus grand encore quand il s'agit de l'âme. C'est un acte d'ardente charité et de miséricorde de ne pas abandonner le prochain dans cette extrémité, de l'exhorter et de l'aider dans sa lutte ; et pour que la tristesse ne l'accable pas et que sa vie ne finisse pas mal, de le consoler^ comme dit l'Ecclésiastique (1), à la sortie de son esprit.

Mais que dire des ruses et de la rage du démon dans ce suprême péril de l'âme ? Comme un lion, près de la couche du malade, il l'épouvante par ses horribles suggestions et essaie de le dévorer. Il sait qu'il ne lui reste que peu de temps encore pour gagner ou

(1) Cûiisolare illuin in exitu >piritiis siii. (Eccli. xxxviii, 2i.)

PRATIQUE POUR AIDER A BIl£N MOURIR 187

perdre la victoire, el il redouble de zèle et de fureur. 11 faut que les ministres de Dieu veillent sans relâche au danger et, à Taide de toutes les armes spirituelles, qu'ils lui résistent et défendent le mourant.

D'ailleurs, les anges gardiens ont aussi la mission spéciale de nous protéger dans ces pénibles conjonctures. N'est-il pas juste que les hommes les imitent, et qu'on fasse de ces forces réunies une armée protectrice pour le malade ? Soixante vaillants guerriers environnent la couche de Salomon, tous portant des glaives à cause des craintes de la nuit (1). Qu'est-ce que cette couche de Salomon, sinon le lit où va expirer le juste, dans Tàme duquel repose le Christ ? C'est là qu'accourent les forts du ciel ; c'est là que doivent accourir les forts de la terre, tenant en main l'épée à deux tranchants de la parole de Dieu, pour épouvanter les démons et pour protéger et consoler celui qu'ils poursuivent sur son lit de douleurs.

C'est un merveilleux symbole que cette vision de l'Apocalypse (2) : Une femme revêtue dusoleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles.... et le dragon s'arrêta devant la femme., afin de dévorer son fils, aussitôt qu'elle serait délivrée. Qu'estce que cet enfantement, dit saint Ambroise(3), sinon le passage de cette vie à l'autre ? Car lÉglise militante

(1) En k'f^tuluiii Sîilomonis sexaginta fortes amLiunt... omnes eneiites giailios... proptei- timorés nocturnos (Cant . m, 7-8 )

(2) Millier aniicta suie, et lima siib pedibus ejus et in eapite ejus corona stellaruni duodecim. Et draco stetit ante inuliereni quœ erat paritura, ut cum peperisset, filium ejus devoraret. (Apec. XII, 1, 4.)

(3) Ibidem.

porte ses fils dans ses entrailles, tout le temps de cette vie mortelle, et elle enfante ses enfants et s'en sépare, quand elle les envoie à l'éternelle vie, en les transmettant à l'Église triomphante, leur mère éternelle.C'estpourquoi saint Jean (Ij nous dit que quand il eut été enfanté, sou fils fut enlevé vers Dieu et vers son trône^ et y fut placé avec une grande gloire. Mais le dragon infernal fait tous ses efforts pour le dévorer et l'entraîner avec lui dans les gouffres de l'enfer. Certes, l'Église, en tant que mère, est toujours anxieuse pour ses enfants, mais jamais autant qu'au moment de cette naissance éternelle. Alors elle crie, se sentant en travail, et elle est tourmentée des douleurs de ^enfantement (2). Ces cris sont-ils autre chose que les sentiments enflammés, les prières ardentes qu'elle adresse au ciel pour ce fils qui meurt, et pour qui elle demande aide et protection dans cette suprême lutte ? Ces douleurs, ces tourments de l'enfantement sont-ils autre chose que ses craintes et ses appréhensions de la perte de cette àme, et les angoisses que fait naître dans son cœur le zèle de la gloire de Dieu et le bien des créatures? Ce zèle lui dévore les entrailles, lui arrache ces cris et la fait s'efforcer, par des moyens divers, d'introduire dans la vie éternelle le juste qui va quitter le monde. C'est par ses ministres fidèles et par ses confesseurs fervents, que l'Église accomplira cette œuvre. Ceux ci, dans ce moment, doivent être revêtus de l'esprit de leur mère. Comme dans les dou-

(1) Raptus est fiHus ejus ad Deum et ad thronum ejus. (Apoc.

XII, .j.)

(2) Clamabat parturien5,et cruciabatur ut pariât. (Apoc. xii, 2.)

leurs de renfantement, ils doivent jeter vers le ciel le cri de leurs prières, et tâcher, dans l'ardeur de leur zèle, d'enfanter heureusement des âmes pour le ciel.

g II. — Manière de s'en acquitter parfaitement.

Dans ce but, il est souverainement important que le confesseur se revête, comme l'Église, du Soleil de justice qui le protège, lui et son malade. Comme le soleil enveloppait la femme de l'Apocalypse et Tenfant qu'elle portait dans soti sein, ainsi Jésus-Christ Notre- Seigneur couvre et protège son Église, ses ministres et les fils qu'il engendre par eux. Mais c'est pour terrifier et mettre en fuite le démon que le confesseur doit être surtout revêtu du soleil, par la pureté, la sainteté, l'éclat et la ferveur qu'il aura dans son ministère. Pour montrer combien ces prières doivent être efficaces dans ce moment difficile, saint Grégoire (1) raconte le Irait suivant : Dans un couvent de religieux était un jeune homme appelé Théodore, que ses frères tâchaient d'aider à bien mourir en priant pour lui avec instance, car il avait vécu dans un grand relâchement. Le jeune homme se mit à crier : Éloignez-vous et laissez-moi ; on m'a livré à un dragon qui doit m'emporter, et qui ne le fait pas à cause de vous. Mais les saints religieux prièrent, au contraire, avec plus de ferveur et de larmes, jusqu'à ce que le dragon eut quitté le malade qui, rendu à la santé, changea complètement de conduite. On voit par là combien

^1) Lib. IV Dialog., c. xxxvii.

il importo que le lit du mourant soit entouré des soixante-dix forts d Israël, c'est-à-dire d"hommes saints et revêtus de Jésus-Christ, dont les prières soient assez puissantes pour délivrer les malades du dragon auquel ils auraient été livrés sans leur secours.

Il est important aussi que le prêtre s'acquitte de ce ministère avec Tespérance d'obtenir ce qu'il se propose. C'est ce que signifie la couronne des douze étoiles, qui représentent les anges et les saints du ciel dont les mérites et les prières doivent l'aider à triompher. C'est pourquoi l'Église ordonne que dans la recommandation de l'âme, on récite les litanies, pour implorer la faveur des saints et en particulier celle de la bienheureuse Vierge Marie, qui est l'étoile de la mer, le guide de ceux qui naviguent sur les flots de ce monde, et la protectrice des âmes qui arrivent au port de l'éternité. Aussi veut-elle que nous nous assurions, tous les jours de notre vie, son intercession au moment du trépas, et nous ordonnet-elle de lui demander chaque jour, dans la Salutation angélique, de prier pour nous maintenant et à Vhinire de notre morl. Dans une hymne pieuse, elle nous fait dire encore (1) : « Marie, mère de grâce, mère de « miséricorde, défendez-nous contre notre ennemi, « et recevez-nous à l'heure de la mort. »

Enfin, le prêtre doit avoir dans ce ministère l'intention très pure de procurer la gloire de Dieu et le bien des âmes, sans y être conduit par des considérations humaines et terrestres. // aura ainsi sous

1) Maria, mater gratiae. mater misericordiae, tu nos ab hoste protège et mortis hora suscipe. (Olï. B. M. V.)

ses pieds la lune aux phases diverses ; car il ne doit faire aucun cas des grandeurs temporelles, ni négliger, à cause d'elles, d'accomplir à ce moment les devoirs de son ministère. Le malade aurait-il la plus brillante situation, il sera dépouillé, en quittant cette vie, de cette grandeur extérieure ; ses oeuvres seules, bonnes ou mauvaises, raccompagneront au jugement de Dieu. Or, le confesseur qui n'a pas le courage de mépriser ces grandeurs au fond de son àme, ne pourra pas dire au mourant ce qu'il serait nécessaire de lui faire entendre.

Ainsi préparé, il sera très exact à accourir au premier appel, pour aider ceux qui sont en danger ; tout retard pourrait être fatal au malade, que la mort ou la perte de la connaissance exposeraient à perdre un bien qui ne pourrait jamais être recouvré. Saint Grégoire (1) raconte qu'un prêtre, appelé Sévère, fut appelé par un père de famille à toute extrémité, pour le confesser et l'aider de ses prières. Ses serviteurs arrivèrent pendant que le prêtre taillait sa vigne. Comme il était sur le point de finir son ouvrage, il voulut Tachever d'abord, et dit aux serviteurs de partir, les assurant qu'il allait les suivre. Quand il arriva, ceux-ci lui dirent : Père, pourquoi avez-vous tardé ? Vous pouvez repartir ; le malade est mort. Sévère fut très affligé de ce malheur ; s'accusant de ce que cet homme était mort sans confession, il se rendit sur la tombe du défunt, et là, prosterné et pleurant amèrement, dans sa douleur il se frappait la tête contre le sol. Il était depuis longtemps à prier

(1) Lib. I Diaiog., c. xii.

et à demander miséricorde, quand le mort ressuscita et lui raconta que, entraîné par des hommes noirs et hideux dans une route très obscure, il vit une grande lumière jaillir tout à coup et un jeune homme resplendissant de clarté dit aux démons : Laissez cette âme retourner dans son corps, car Dieu a accordé cette grâce aux larmes de Sévère. Joyeux et réconforté, le saint homme entendit la confession du ressuscité, qui vécut encore sept jours dans les meilleures dispositions et mourut en paix. Nous avons cité cet exemple pour faire entendre aux prêtres que, puisqu'ils n"ont pas le privilège de ressusciter les morts, ils doivent être ponctuels à soigner les vivants, s'ils ne veulent pleurer toute leur vie le mal que leur paresse pourrait causer aux malades. Si le Sauveur (1), averti par Marthe et Marie de la maladie de Lazare, différa deux jours de se rendre auprès de lui, c'est qu'il avait la puissance de le ressusciter, comme il le fit en effet ; mais le prêtre, qui n'a pas ce pouvoir, ne doit pas différer d'accourir.

En chemin, il doit observer le conseil d'Elisée àGiézi, son serviteur, à qui le prophète avait donné son bâton pour ressusciter un petit enfant (2) : Ceins tes reins^ prends mon hàion^ et va. Si un homme te rencontre, ne le salue point : et si quelqu'un te salue, ne lui rrponds point. C'est-à-dire : Agis avec la plus grande diligence, sans te laisser distraire par autre

(1) Joan. XI. 3-6.

(2) Accinge lumbos tuos et toile baculum meum iu manu tua, et vade. Si occurrerit tibi homo, non salutes eum ; et si salutaverit te quispiam. non respondeas illi. (IV Reg. iv, 29.)

chose ; appuie-toi sur lacroixde Jésus-Christ, comme sur un bâton, et aie confiance en sa miséricorde. Que le confesseur ne cause donc pas inutilement et ne s'arrête pas à écouter ; qu'il marche en élevant son cœur à Dieu, avec qui il doit parler pour le supplier de lui être favorable dans son entreprise. Gela n'empêche pas pourtant qu'il ne puisse s'informer dans sa route, auprès de ceux qui sont allés l'appeler, des dispositions du mourant , si elles ne lui sont pas connues.

§ m. — Ce que doit faire le confesseur quand il entre chez le malade.

A son entrée chez le malade, le prêtre doit penser qu'il est renvoyé de Dieu, comme Isaïe, pour lui remettre un message semblable à celui que le prophète porta au roi Ézéchias (1). Voici ce qiie dit le Seigneur : Mets ordre à ta maison^ parce que tu moiirras^ toi, et tu ne vivras pas. Ces paroles touchent à deux points principaux, que ne doit pas perdre de vue le confesseur prudent. En premier lieu, quand la mort ou le danger de mort sont certains, selon l'avis des médecins, il doit, avec douceur et prudence, mais avec clarté pourtant, en informer le malade ; parce que la confession et les dispositions de ce dernier seront bien différentes, selon qu'il saura qu'il doit mourir ou qu'il ne connaitrapas le danger. Or, comme souvent, pour ne pas l'épouvanter, les

(1) IltPC (licit Doininus : Dispone domui tuœ, quia morieris tu et non vives. (Is. xxxviii, 1.)

parents et les amis du malade se refusent à lui annoncer cette nouvelle, il arrive qu'il meurt sans le savoir, et que, sous une apparence de compassion, on commet ainsi une horrible cruauté, dont le confesseur ne doit pas être complice. Car si le malade guérit, la connaissance du danger et la préparation à la mort ne lui nuiront aucunement ; et s'il meurt, tout cela lui aura été très utile. Que le prêtre considère la liberté avec laquelle Isaïe parla au roi, qui devait ressentir d'une manière terrible cette lugubre nouvelle, en mourant jeune encore et sans postérité. Le prophète ne lui dit pas seulement : Tu mourras \ il ajouta : Et tu ne vivras plus, pour que le prince ne crût pas que cette mort n'arriverait qu'après de longs jours, mais pour lui faire entendre qu'elle était imminente.

Quand le confesseur a donné cette nouvelle au malade, si celui-ci ne la connaît déjà par une autre voie, il doit examiner comment elle est accueillie. S'il remarque une tristesse et un abattement excessifs, ou de rimpatience et de la révolte contre la volonté de Dieu, il doit habilement s'efforcer d'amener le mourant à une résignation parfaite, et à la soumission de sa volonté à la volonté divine, en employant dans ce but les motifs de consolation que nous avons longuement étudiés dans le traité des maladies(l) et que nous résumerons ici.

(1) De la perfection du chrétien en général, o« traité, ch. vi.

§ IV. — Motifs dont le confesseur se servira pour exciter le malade à se résigner à la mort.

Le premier et le principal est celte parole dlsaïe : Voici ce que dit le Seigneur. C'est le Seigneur qui ordonne au prêtre d'annoncer cette nouvelle ; c'est lui qui veut que notre vie se termine, parce qu'il en est le maître et qu elle est un de ses dons. Quand il l'enlève, il ne fait tort à personne ; il ne prend pas un bien étranger, mais ce qui est à lui. C'en est assez pour que nous acceptions ses ordres, que nous voulions ce qu'il veut, en lui rendant grâces pour les années de vie qu'il nous a accordées, et en lui offrant de prendre cette vie quand il le voudra.

Cette première raison est confirmée beaucoup mieux encore parla seconde : c'est que la Providence a indiqué et disposé avec une souveraine sagesse les années de la vie et le moment de la mort d-e chacun de nous, sans qu'il soit possible, comme le dit le saint homme Job (1), de dépasser les limites qu'elle a fixées. Or, puisqu'il faut mourir, quelle heure pourrait être préférable à celle que Dieu a marquée? C'est celle qui sera la plus convenable pour prouver à Dieu notre soumission à ses desseins. Car (2; la vie est dans sa bonne vcdonté , dit f Écriture, et comme c'est un Père aimant, il dispose ses plans divins pour le plus grand bien de ceux qui s'y conforment.

Un troisième motif est la grande prudence qu'il y

(1) Job. XIV, 0.

(2) Vita in voluntate ejus. (Ps. xxix, 6.)

a à faire de nécessité vertu, et à supporter de bonne grâce ce que Ton doit forcément souffrir, pour en adoucir la douleur et la rendre plus utile. Or, comme la mort est le plus terrible de tous les maux temporels, en Tacceptant de votre plein gré, vous faites à Dieu une offrande qui Foblige à vous aider à bien mourir, et à payer ainsi une grande partie des dettes d'une vie coupable. Ce sera comme une sorte de purgatoire, qui rendra celui de l'autre vie plus court et plus léger.

La quatrième raison est que, pour les justes, la mort met fin au péché, aux tentations, et commence le repos éternel. Aussi rEcclésiastique nous dit-il (1) : Retrre-toi de Vïnjuste et les maux s^ éloigneront de toi. On naît en effet pour lutter, travailler et mourir ; on meurt pour jouir, se reposer et vivre de la vie bienheureuse. Celui qui écoute ma ;)a?'o/e, dit le Sauveur (2), a passé de la mort à la vie, car il ne meurt que pour vivre éternellement. C'est pourquoi (S) la mort du insie est précieuse^ ei plus heureuse que la vie temporelle qu'il abandonne. Si vous dites que vous n'êtes pas juste, acceptez la mort de bonne grâce, en vous y disposant comme il convient, car c est le moyen de le devenir ; et avec la grâce de Dieu, il dépend de vous que votre mort soit précieuse.

Si vous regrettez ce que vous laissez dans cette vie, songez que vous recevrez dans l'autre un bien

(1) Discede ab iniquo, et déficient mala abs te. (Eccli. vu, 2.) {2) Qui verbum meum audit, transiit de morte ad vitani. (Joan.

v,^24.) (3) Pretiosa in conspeccu Domini mors sanctorum ejus. (Ps.

cxv, 1j.)

plus glorieux encore. Là-haut vous attendent des richesses, des plaisirs, des honneurs, des dignités, des amis, des parents et d'autres biens sans nombre qui dépassent incomparablement ceux d'ici-bas ; qui ne sont point périssables, mais éternels ; qui rassasient sans dégoût et réjouissent sans amertume ; qui sont sans mélange de maux et qu'on ne craint point de perdre. Ne regardez pas les biens que vous laissez, considérez plutôt les péchés, les périls, les embûches et les maux auxquels vous échappez, et dont les biens de ce monde ont été l'occasion. Qui sait s'il ne vous eût pas été nuisible de les posséder plus longtemps? C'est pour cela que Dieu veut que vous vous en sépariez, et qu'il est bon que vous le vouliez aussi, puisqu'il vous en donne en échange d'autres plus sûrs et plus magnifiques.

Si vous croyiez, d'une foi vive, que vous avez été créé pour voir l'auguste Trinité et en jouir un jour, et qu'on n'obtient le repos qu'en atteignant sa fin dernière, vous devriez vous réjouir de voir arriver l'heure où vous atteindrez ce but tant désiré. Votre Père céleste vous regarde, il a les bras ouverts pour vous recevoir ; Jésus-Christ votre Rédempteur vous ouvre les portes du ciel et vous prépare un trùne ; la Vierge sainte, comme votre mère désire vous avoir avec elle ; les chœurs des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs et des vierges vous appellent et vous invitent à aller demeurer avec eux. Le passage qui vous conduira à leur vie bienheureuse et en leur douce présence, c'est la mort acceptée de plein gré. Tous les justes sont montés dans ce royaume en traversant d'abord les flots amers de la mort Le Sau-

veur lui-même n"a pas voulu s'y soustraire. // fallait^ nous dit-il (1), que le Christ souffrit et (nlrât ainsi dans sa fjloire. Elle est morte aussi, la très sainte Vierge. Ils sont morts dans les tourments les plus cruels, les apôtres et les martyrs, pour monter au ciel et y jouir de leur récompense. Puisque votre mort est moins pénible, n'est-il pas juste que vous la receviez en vous conformant à la volonté divine, en protestant avec foi que, selon la parole de saint Paul (2), vous n'avez pas ici-bas de cité permanente, mais que vous en cherchez une autre dans le ciel, où vous trouverez le repos ?

Si vous vous lamentez pour l'abandon dans lequel vous laisserez les vôtres, une épouse, un mari, des enfants, ou pour les affaires que vous aviez entreprises et que vous laissez inachevées, considérez que la Sagesse divine a vu tout cela, et qu'elle vous ordonne pourtant de tout quitter. C'est une marque qu'elle veut que vous ayez confiance en la Providence divine, qui aura soin de remédier à l'abandon et aux préjudices qui résulteront de votre mort, si toutefois vous l'acceptez parce qu'elle lordonne. Dites à Dieu que vous quittez tout volontiers pour lui obéir, et luimême prendra tout à sa charge pour que rien ne souffre. Tâchez de mourir de telle sorte que vous alliez au ciel : là-haut, vous pourrez accomplir par vos prières ce que votre présence devait faire ici-bas. Quand

(1) Nonnfe h;ec oportebat pati Chri^tuin, et ita intrare in gloriam suam ? (Luc. xxiv. 26.)

{•>) Non habemus hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus. (^Ilebr. xiii, li. — Il Cor. v. 1.)

le Christ mourut, il laissait aussi sa Mère et ses disciples ; mais il se contenta de prier pour eux et de les recommander à son Père. Ainsi devez-vous vous contenter vous-même de lui recommander ce qui était à voire charge, en remettant toutes vos sollicitudes à la Providence. N'ayez donc pas d'autre souci que de bien mourir, pour que vous vous occupiez dans le ciel d'y faire monter auprès de vous ceux que vous laissez sur la terre.

Enfin, si vous êtes affligé par la vue du jugement rigoureux qu'il vous faudra subir, par les comptes terribles que vous aurez à rendre et par vos mauvaises dispositions, vous pouvez remédier à tout cela en acceptant la mort de bon cœur. Ne fuyez pas votre juge ; ne vous cachez pas comme Adam et Eve ; ne niez pas votre péché comme Caïn. Soyez disposé, au contraire, à aller au-devant du Seigneur, car il vous appelle ; faites ce qu'il vous ordonne en vous préparant comme vous le pourrez, car sa divine miséricorde n'abandonne jamais celui qui se soumet humblement aux lois de sa justice.

Ce sont là en résumé les motifs principaux qui peuvent aider à la résignation et à l'acception de la mort. Mais il faut examiner d'abord adroitement la cause du découragement du malade, pour y appliquer le remède qui y est opposé. Il en est aussi qui supportent impatiemment les souffrances ; ceux-là doivent encore être aidés par des raisonnements qui modèrent leur impatience, et les amènent à souffrir ce que Dieu leur envoie dans sa Providence paternelle. C'est pour leur faire subir en ce monde leur purgatoire ; pour leur rendre plus précieuse, par leur plus grand mérite, la

couronne de gloire ; pour qu'ils soient plus semblables à N.-S. Jésus-Christ et à ses martyrs ; pour éprouver leur constance et leur fidélité ; pour qu'ils prient, qu'ils s'adressent à Dieu plus instamment et avec plus de confiance ; pour que Dieu montre, en les secourant, sa toute-puissance, et qu'il en soit par là même plus glorifié, et pour d'autres motifs nombreux, que l'on a exposés dans les sept méditations sur la patience dans les maladies (1).

§ V. — Comment le confesseur invitera le malade à recevoir les sacrements et à faire son testament.

Quand on a averti le malade du danger qu'il court, on doit lui donner le second avis : Mettez ordre à votre maison ; disposez votre personne et vos biens pour le grand voyage. Ces dispositions sont renfermées dans ces quatre points : confession, communion, testament, extrême-onction. On observera, avec le plus grand soin, les avis qui ont été donnés dans les divers traités des sacrements (2), surtout dans celui de la pénitence, qui est le plus nécessaire. On tâchera de savoir si le malade est satisfait de ses confessions passées et s'il a des doutes sur quelques-unes, pour remédier au préjudice qu'elles lui ont causé et qui serait irréparable, s'il ne profitait de cette dernière occasion. On se servira utilement pour cela des raisons données ailleurs (3).

(1) De la perfection du chrétien en général, o« traité, ch. m.

(2) Ici., 3% 4% o' traités,

(3) De la perfection du chrétien dans l'Etat ecclésiastique, o' traité, chap. ix.

On doit recommander aussi avec le plus grand soin au malade de faire son testament, ce que le prophète Isaïe prescrit si sérieusement à Ézechias ; car c'est là surtout le sens de ces paroles : Mettez ordre à votre maison. L'homme a bien des choses dont il doit disposer. Le corps, qui a été pendant tant d'années la maison de son âme, recevra d'après les dispositions du mourant une demeure convenable, c'est-à-dire la sépulture. L'âme, qui a été une maison que Dieu avait consacrée pour qu'elle fût sa demeure, doit recevoir tout ce qui lui est nécessaire pour être, pendant toute l'éternité, une maison digne de Dieu. Le mourant ordonnera d'offrir pour elle des sacrifices, des prières, des aumônes et d'autres suffrages, pour qu'elle sorte au plus tôt du purgatoire et aille dans cette maison du ciel où elle doit éternellement demeurer. La réunion de tous les serviteurs s'appelle plus proprement ici la maison^ dont il faut disposer avec beaucoup d'ordre et de clarté, en laissant à chacun ce qui lui est dû à titre de justice, de reconnaissance ou de faveur. C'est alors, qu'on se rappellera la parole de saint Paul (1) : Si quelqu'un na pas soin des siens, et surtout de ceux de sa maison^'il a renié la foi, et il est pire quun infidèle, car il né leur garde pas la fidélité qu'il leur doit et, par sa négligence, proteste qu'il ne les connaît pas. Le malade se souviendra aussi d'accomplir à cette occasion le précepte du Sauveur (2) : Faites-vous des

(1) Si qiiis autem siioriim et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit. (I Tim, v, 8.)

(2) Facile vobis amicos de mammonà iniquitatis, ut cum defeceritis, recipiant vos in œterna tabernacula. (Luc, xvi, 9.)

amis avec des 'richesses injustes^ afin que, lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Le mourant doit se faire trois sortes d'amis : les pauvres de la terre, par ses aumônes temporaires ou perpétuelles ; les saints du ciel, par des legs destinés à les faire honorer dans leurs temxpies ; les âmes du purgatoire, par des messes qui se diront pour elles. Nous ne parlons pas des créanciers dont il doit se concilier l'amitié, en ayant soin que ses dettes leur soient payées. En effet, ce qui est de stricte obligation doit passer avant les dons purement gracieux, et la justice avant la piété. D'ailleurs, dans tout ce quil ordonnera par son testament, le mourant ne doit avoir en vue que la gloire de Dieu et le bien de son âme, sans y mêler des intentions mondaines, qui détruiraient ou diminueraient le mérite de ses œuvres. Pour que ses dernières volontés soient accomplies, il nommera aussi des exécuteurs testamentaires, peu nombreux, pour éviter la confusion et le trouble, mais plus d'un cependant, car on trouve difficilement dans une seule personne la science, la prudence, Tautorité, le zèle et la charité nécessaires à l'exécution de nombreuses dispositions. Il convient donc qu'ils soient peu nombreux et tels qu'ils puissent s'aider les uns les autres ; si l'un a la science et la sagesse, l'autre aura la puissance et l'habileté, et un troisième, la charité qui s'occupe avec soin de ce qui regarde ceux que l'on aime.

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