‹ Du typhus de l'armée d'Orient [electronic resource]Chapitre 11 sur 91 · ANIMALES · texte numérisé non relu

ANIMALES

Parent Duchâtelet a certainement exagéré l’innocuité des émanations animales; à la Société impériale ottomane de médecine , on a généralement exagéré leur nocuité. Cherchons à arriver à une juste appréciation.

Nos soldats campaient la plupart du temps sur un terrain infiltré de leurs déjections, et engraissé par le fumier des animaux, épars sur terre ou entassés tout près du camp ou dans le camp même en énormes monceaux (par exemple dans le ravin des cuirassiers) ; des charognes à peine recouvertes de terre ou même pourrissant en plein air, augmentaient les exhalaisons animales ; enfin les cimetières réguliers ou les cadavres humains enterrés à la hâte sur les champs de bataille, ou sur le lieu des affaires, des surprises, des combats, aggravaient encore la position.

(1) Le scorbut, source de tant d’autres maladies, dit Van Swieten dans ses commentaires de Boerhave.

Un tel état de choses n’a pas eu cependant une aussi grande influence qu’on aurait pu le supposer à priori. Certes, le terrain était plus engraissé pendant les étés de 1855 et de 1856 que pendant les hivers précédents et correspondants ; et certes encore, les matières animales ne devaient pas donner lieu à de notables exhalaisons miasmatiques. Cependant le typhus a régné l’hiver et s’est éteint avec les chaleurs de l’été. Donc, en tout cas, le campement sur de tels sites ne peut pas être tenu pour la cause productive du typhus ; ces détritus animaux considérés isolément , ne semblent pas suffire à sa génération , mais ce sont sans doute des circonstances aggravantes quand l’épidémie est développée. Nous parlons ici des débris animaux de provenance vulgaire ; s’ils sont d’origine typhique, leur rôle change probablement comme nous le verrons bientôt.

On a dit : Si les Anglais n’ont pas eu de typhus , c’est qu’ils avaient leurs lignes derrière les nôtres, vers Balaklava, sur des hauteurs, loin des terrains engraissés par les batailles. Mais d’abord, sur ces terrains, les Anglais avaient, comme nous, leurs propres détritus et ceux des animaux ; les cadavres humains seuls leur manquaient. On a oublié aussi que le centre de la grande ligne d’investissement de Sébastopol était occupé par les Anglais, par exemple vers le Moulin , et que là ils campaient comme nous sur les cadavres, les charognes et les fumiers!

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Eh bien ! entre deux ailes en proie au typhus et au scorbut, les Anglais n’ont eu ni l’un ni l’autre, grâce aux conditions hygiéniques si supérieures aux nôtres , que nous avons déjà fait en partie ressortir et queM. l’inspecteur Baudens a nettement confessées, soit dans la séance du 26 avril 1856 de la Société impériale ottomane de médecine, soit dans un écrit postérieur. Après ces déclarations officielles, on ne saurait nous inculper d’émettre notre opinion. «Les camps de nos alliés ont été largement pourvus de tous les bienfaits du confortable; aussi les Anglais ont-ils été préservés, en 1856, du scorbut et du typhus, etc. (1).»

Certains corps ou plutôt certaines fractions de corps, comme des batteries d’artillerie, ont aussi joui d’une remarquable immunité relative, quoique vivant dans des milieux funestes aux autres troupes ; ce qu’il faut attribuer, d'après les renseignements que nous avons recueillis, au non-encombrement , à l’aération des tentes, à l'amélioration du régime, aux soins hygiéniques, etc.

Si l’on peut échapper au typhus, quoique campé sur des détritus animaux, on peut lui payer son tribut sur un site qui n’en recèle pas. Dans la magnifique vallée de Baidar, qu’aucune bataille n’avait engraissée de cadavres , le 1 1° de ligne, qui se trou-

(1) Baudens, Une mission médicale à l’armée d'Orient. Revue des Deux Mondes, 1857, t. VII, p. 87G.

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vait dans de mauvaises conditions, surtout quant à l’alimentation et à l’habitation, a été fort maltraité par le typhus, tandis que les régiments voisins lui ont presque échappé.

Mais si les matières animales communes n’engendrent pas le typhus , il paraît ne plus en être ainsi de celles qui ont subi certaines élaborations , qui sont devenues un ferment typhique et à fortiori de celles qui proviennent d’individus tués par l’épidémie. Quand une troupe en proie au typhus a campé sur un terrain , ses déjections , ses provenances excrémentitielles quelconques, imprègnent le sol de matières dont les exhalaisons seront funestes aux troupes qui lui succéderont.

Ainsi environ 1,500 hommes, campés à Casath et n’ayant pas le typhus, viennent s’établir sur un terrain contaminé, à Kamiesch, au-devant du théâtre, et le typhus ne tarda pas à se développer. De tels exemples pourraient être multipliés. La mesure prophylactique la plus importante, quand le typhus règne dans un camp, c’est de transporter ailleurs les tentes et d’abandonner les baraques. Nul doute que * l’épidémie de 1 856 ne se fût dissipée plus promptement et plus complètement, si les autorités militaires et administratives eussent appliqué plus promptement et plus complètement les mesures qui leur avaient été proposées à ce sujet

Est-il nécessaire de réfuter ici ceux qui ont conçu

HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l’ÉPJDÉMIE.

l?idée de faire jouer un rôle important , capital même , aux exhalaisons palustres , dans la génération de l’épidémie de typhus, et qui ont cherché la cause du règne du typhus chez les troupes françaises, à l’exclusion des Anglais, dans les sites que les premiers occupaient plus près de la marécageuse Tchernaïa ?

Conférer un pareil rôle aux surfaces palustres, par un froid continu qui va parfois jusqu’à 22 et 24 degrés au-dessous de zéro, c’est assurément une insoutenable hypothèse. Les fièvres palustres ont régné sans doute pendant la saison chaude, mais leur extension et leur intensité étaient bien loin d’être comparables à celles qu’elles atteignent à pareille saison en Algérie et à Rome ; il est donc impossible que ce miasme palustre, assez modéré dans son intensité et son extension pendant la saison chaude, puisse être retrouvé l’hiver dans cette grave épidémie qui a envahi une partie de l’armée, en Crimée et à Constantinople, tant au voisinage des marais que bien loin de tout foyer palustre, tant dans des localités à lièvres intermittentes que dans des lieux où elles ne régnent jamais à l'étal endémo-épidémique.

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