A. ÉTAT TORPIDE
Cet état a quelque analogie avec celui qui survient assez souvent après le choléra : parfois il semble
dû à la prolongation des congestions, qui deviennent passives et engorgent des organes dont les parenchymes ne réagissent plus; d’autres fois, l’état torpide existe sans congestion cérébrale. Le malade est hébété et reste en supination; son cerveau congestionné, ou profondément frappé, ne fonctionne plus bien, ni quant à l’intelligence, ni quant à la sensibilité et à la motilité. Il y a parfois des paralysies ou semi-paralysies. Les sens sont obtus comme la raison : l’état mental ressemble souvent à l’enfance sénile : le sujet ne vil plus que pour ses besoins physiques et a perdu une partie de sa mémoire et de ses sentiments affectifs. Le faciès est congestionné et d’un rouge vineux foncé, parfois jaspé. Le pouls est généralement mou, assez développé, presque sans fréquence, la peau chaude est ordinairement plutôt moite que sèche. Les organes digestifs sont sans activité; l’appétit ne renaît ordinairement pas, l’intestin est paresseux : tantôt il laisse fluerles selles sans la participation du malade, et tantôt il y a de la constipation. Le poumon, le foie, la rate demeurent également congestionnés. Le poumon surtout doit appeler l’attention. 11 reste distendu par le sang qui s’accumule surtout à la base et au bord postérieur; de là, des ramollissements rouges, des pneumonies hypostaliques, etc. C’est aussi la stase sanguine qui amène parfois alors des plaques d’un rouge vineux sous les plèvres et même sous le péri-
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l’ÉPIDÉMIE. 205
carde. La plèvre contient assez souvent de la sérosité, et à peu près toujours il y en a sous l’arachnoïde.
Assez souvent le sang afflue de nouveau, parfois comme par irruption subite, vers les principaux viscères, surtout vers le cerveau et les poumons, et le malade ne résiste guère à ce nouvel accident. Notre collègue le docteur Frette-Damicourt a succombé de cette manière.
Cet état torpide peut durer des semaines ; c’est ce qui est arrivé à notre collègue le docteur Cuvillon, qui a fini par échapper à ce long danger, tandis que le médecin principal Barby y a succombé après une série d’améliorations et de rechutes.
Il est toujours grave, mais surtout chez les individus sanguins, chez lesquels, du reste, il se manifeste principalement.
Cet état torpide peut être simple, ou marcher avec l’état typhoïde ou avec l’adynamie dont nous allons tracer les principaux traits. Alors il est à peu près toujours mortel.