‹ Du typhus de l'armée d'Orient [electronic resource]Chapitre 35 sur 91 · C. FORMES DUES A LA CONCOMITANCE D’AUTRES AFFECTIONS · texte numérisé non relu

C. FORMES DUES A LA CONCOMITANCE D’AUTRES AFFECTIONS

Ces formes appartiennent aux typhus complexes, elles sont nombreuses. Indiquons celles qui se sont montrées le plus souvent, et qui sont les plus caractéristiques.

Forme asphyxique, quand le typhus surprend un scorbutique plongé dans la cachexie, dans l’anémie et dont le poumon présente ce singulier mélange,

que nous ferons connaître plus-tard, d’œdème, d’anémie, parfois même d’emphysème du sommet et du bord antérieur du poumon, et d’engouement profond des bases et du bord postérieur de cet organe : l’hématose et la circulation, déjà si profondément lésées, ne résistent pas à cette nouvelle cause de destruction : la respiration s’embarrasse, la cyanose survient, et l’individu succombe parfois avec une extrême rapidité. Le typhus est dit alors sidérant, mais il ne fait que bâter une tin funeste préparée par d’autres lésions.

Forme comateuse. Chez les scorbutiques infiltrés, l’apparition du typhus amène parfois une prompte exagération dans l’œdème du cerveau et des méninges, d’où coma et mort prompte.

Forme hémorrhagique. Nous ne l’avons rencontrée que sur un petit nombre de scorbutiques : le sang est rendu par l’intestin, par le poumon, par l’estomac, par la vessie, etc. M. Mouchet paraît l’avoir observée plus souvent en Crimée.

Forme dissolutive. De quelle autre épithète qualifier ces typhus qui surviennent chez desinvidus cachectiques anémiques, porteurs d’affections chroniques, usés par les fatigues, surmenés au moral et au physique? Sous l’influence de cette nouvelle cause de ruine, toutes les fonctions, toutes les forces s’en vont en véritable dissolution, et la mort, déjà menaçante, ne tarde pas à terminer cette

scènelamentable. Nous avons plusieurs observations de ces typhus complexes à forme dissolutive.

Il ne faut pas attacher trop d’importance aux trois divisions que nous avons établies dans les formes, selon qu’elles proviennent de la physionomie générale delà maladie, qu’elles sont dues à la localisation sur un appareil , ou enfin qu’elles dérivent désaffections concomitantes : en effet, comme nous l’avons montré, chemin faisant, la même forme peut être sous la dépendance d’influences générales et locales, organiques et fonctionnelles. Nous avons voulu tout simplement grouper les faits d’après leur affinité la plus ordinaire et les rapporter à leurs causes habituelles.

Ces formes elles-mêmes ne sont le plus souvent que diverses nuances jetées sur un même dessin, dont nous avons tracé les lignes à l’article Symptomatologie.

Nous n’avons pas décrit, à l’exemple de Hildenbrand, un typhus régulier et un typhus irrégulier ou anormal, parce que nous avons fait osciller la régularité du typhus entre deux points assez éloignés pour que presque tous les cas pussent y rentrer, et que cette régularité, loin de consister en lignes inflexibles et mathématiques, comme le voudrait Hildenbrand, ne réside que dans des allures générales et dans la succession de périodes qui ne

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sont tranchées et bien différentes les unes des autres qu’à leur point culminant.

| 15. Crises.

Certains phénomènes se manifestent assez souvent dans le cours du typhus et coïncident avec une amélioration ou une aggravation très-évidente de la maladie : appelons-les crises, sans discuter sur la valeur de ce mot, sans rechercher si c’est la conséquence ou la cause des changements qui surviennent dans la maladie. Ces phénomènes sont une diarrhée séreuse ou fétide, une sueur abondante, l’évacuation d’urines claires et copieuses, ou au contraire très-chargées et sédimenteuses, une épistaxis, des furoncles, etc. Dans bon nombre de cas, il n’a pas été possible de méconnaître l’amélioration ou la solution favorables survenues après quelqu’un de ces phénomènes, notamment après la diaphorèse, dans la deuxième période, et après une épistaxis ou de la diarrhée, dans la première et la deuxième phase de la maladie. La difficulté de se faire toujours bien rendre compte des selles et des urines, et de se les faire présenter, dans un service encombré, sont peut-être les causes pour lesquelles nous n’avons pas aussi nettement apprécié l’influénce de ces sécrétions et les qualités qu’elles présentaient.

§ IG. l*rono8tic.

La pronostic est. grave, puisque, d’après la statistique officielle, il y a un décès sur deux cas de typhus. Il est d’autant plus grave que le typhus atteint un sujet cachectique ou déjà affecté sérieusement [d’une autre maladie, et qu’il se déclare dans le foyer typhique même. Le typhus est moins grave quand il est solitaire, que le sujet a une constitution moyenne, qu’il se déclare hors du foyer typhique et à une époque plus reculée. Les tempéraments essentiellement nerveux ou essentiellement pléthoriques semblent donner de la gravité au typhus, en favorisant soit le molimen congestif et les phlegmasies, soit les accidents nerveux.

Le typhus spontané est plus grave que le typhus communiqué, puisque, comme nous l’avons vu, il semble avoir été amené, préparé de longue main par des modifications profondes survenues graduellement dans l’économie, sous l’influence d’une nourriture mauvaise et insuffisante et de l’action délétère des agents hygiéniques en général.

L’apparition rapide du délire, l’adynamie anticipée, la teinté bistrée et terreuse du faciès et de l’exanthème, la cyanose, la gêne extrême de la respiration avec conslriction au gosier, les sueurs froides et visqueuses, les grands spasmes, les rigidi-

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tés musculaires étendues, les syncopes, la langue et la peau sèches, la petitesse, l’irrégularité et la fréquence du pouls, etc., sont généralement de mauvais augure. Le retour du sommeil, la diminution de fréquence du pouls sans petitesse, ou bien un pouls petit se relevant et devenant souple, la cessation de la sécheresse de la peau, l’apparition d’urines claires et abondantes, une sueur légitime et copieuse, des selles muqueuses, une épistaxis, le retour de la raison, l’humidification d’une langue préalablement sèche, la manifestation de l’appétit, la diminution de la soif, etc. , etc., sont, au contraire, souvent d’un bon augure.

17. Rechutes, immunité acquise ou non par une première atteinte ou par une fièvre typhoïde antérieure.

Il n’y a point de rechutes du typhus, mais il est des typhus qui éprouvent un ou deux ralentissements pour reprendre ensuite leur cours avec intensité; il est aussi des lésions organiques qui, nées pendant le typhus, poursuivent leur cours ascendant quand la maladie mère a cessé; et c’est une nouvelle maladie et non pas une rechute de typhus.

Nous n’avons pas recueilli d’exemple d’individus ayant eu deux fois le typhus, mais il paraîtrait que M. Mouchet en a vu en Crimée. Nous avions la précaution de placer dans notre salle spéciale du ty-

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plius les infirmiers qui avaient eu celle maladie : aucun ne l’a contractée une seconde fois. Nous n’avons pas vu, disons-nous, de deuxième atteinte du typhus, mais nous ne nions pas que d’autres n’aient observé ce phénomène. La variole atteintparfois aussi deux fois le même individu.

Une fièvre typhoïde préserve à peu près constamment d’une nouvelle atteinte de cette maladie, mais elle ne préserve pas du tout du typhus. C’est un argument en faveur de la non-identité des deux affections, que nous faisons ressortir en passant. Des médecins militaires, soignés pour une dothinentérie à la clinique du Val-de-Gràce, ont eu le typhus en Orient , et plusieurs fois on a trouvé des cicatrices d’ulcères intestinaux doth inentériques sur le cadavre d’individus morts du typhus. Ces faits sont avérés, incontestables et incontestés. M. Landouzy a fait, du reste, les mêmes remarques pendant l'épidémie du typbus de Reims : il ajoute qu’aucune des sœurs qui avaient été atteintes du typhus en 18 14 n’a présenté cette affection en 1839 et 1840.

Une atteinte antérieure de typhus ne préserve pas plus delà fièvre typhoïde qu’une atteinte de la fièvre typhoïde ne garantit du typhus. En terminant cet ouvrage, en octobre 1856, nous avions déjà pu recueillir quelques cas semblables à l’hôpital militaire de Thion ville, sur des militaires du 44e de ligne, régiment qui avait souffert du typhus en Crimée.

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