‹ Du typhus de l'armée d'Orient [electronic resource]Chapitre 52 sur 91 · VARIA · texte numérisé non relu

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Parfois putréfaction très-rapide ; et, presque aussitôt après le décès, larges plaques hypostatiques sur le dos. Le cadavre d’un de nos infortunés con-

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frères, mort du typhus , a dû être mis dans de la sciure de bois douze heures après le décès , tellement la putréfaction était déjà avancée.

Les autopsies ont été pratiquées depuis quelques heures jusqu’à vingt-quatre heures après le décès. Des mesures administratives nécessitant par fois des inhumations précipitées, nous avons dû pratiquer aussi précipitamment nos autopsies. — Nous avons ouvert des sujets morts depuis le quatrième jusqu’au vingt-cinquième jour et plus de la maladie.

Ce tableau, qui nous a exigé le plus grand labeur, donne une idée complète de tous les détails d’anatomie pathologique qu’on peut trouver sur les typhisés ; mais il importe de le compléter par des vues d’ensemble, par des interprétations et par quelques réflexions.

Dans la première période, tous les organes sont turgescents, engorgés : viscères, muscles, muqueuses, vaisseaux, etc. De plus, les membranes muqueuses sont tapissées de mucus. Le professeur Mœringa trouvé le mucus surabondant et fluent, et a reconnu la matière épithéliale sur toutes les muqueuses , voire même dans les calices des reins. Mais, chez nous, cette hyposécrétion catarrhale paraît moins abondante.

Dans la seconde et dans la troisième période, il s’opère des changements : parfois les organes restent congestionnés activement, et cetfe congestion

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peut aboutir à une phlegmasie; ou bien ils sont distendus passivement, et le ramollissement des organes ou un état torpide général peuvent s’ensuivre ; ou ils rentrent plus ou moins dans l’état normal; ou enfin ils subissent diverses altérations profondes, indurations , décolorations , derniers phénomènes qui surviennent surtout dans la troisième période. M. Mœring dit qu’à cette époque le mucus devient souvent plus fluide et plus abondant sur les membranes, qui s’en débarrassent par une sorte de débâcle.

Y a-t-il une lésion propre au typhus? non. Et, après avoir vu passer sous nos yeux tant de centaines de typhiques, après nous être 'éclairé des observations concordantes de nos collègues, nous ne pouvons que répéter textuellement ce que nous disions, après quelques semaines seulement passées en Orient, dans une note lue à l’Académie impériale de médecine de Paris, en mai 1855 :

« Les lésions du typhus n’ont rien de constant, rien de caractéristique, rien de pathognomonique; c’est une affection totius substaniiœ, sans localisation précise, forcée, toujours la même, comme dans la fièvre typhoïde. On peut y rencontrer éventuellement les désordres les plus divers siégeant dans les différents appareils. Les lésions que nous avons indiquées comme pouvant se rencontrer dans le typhus ne sont certainement pas les seules; la

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liste s’en augmentera avec les autopsies. » Ajoutons que, selon les temps, les lieux, les conditions individuelles, les milieux hygiéniques, le génie de l’épidémie régnante, le typhus affectera telle ou telle localisation de préférence à une autre, de sorte que chaque épidémie offrira non pas sa lésion pathognomonique, mais un certain ensemble de lésions, banales si on les considère une à une, mais significatives par leur groupement.

La tête et les poumons ont appelé plus particulièrement l’attention, et présentent en effet le plus de lésions. A l’armée française, on a considéré comme les plus importantes les lésions qui siègent dans la tête,' tandis que les Russes, d’après M. Mœring, auraient attaché une plus grande importance aux altérations pulmonaires.

Dans près des deux tiers des cas, les méninges étaient injectées, mais l’injection n’avait, le plus souvent, pas dépassé les veines d'un certain calibre. Cette lésion est plus remarquable par sa fréquence que par sa signification. Les sinus sont souvent aussi engorgés.

Nous allons nous occuper avec détail de la sérosité sous-arachnoïdienne : le tissu sous-arachnoïdien était sec cinq fois, recélait une humidité qui ne nous a pas semblé pathologique vingt fois; mais qui. seize fois, était certainement d’une abondance anormale. Dans près de moitié des cas, où il existait

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de la sérosité, elle avait perdu sa limpidité par places ou en masse, ou bien l’arachnoïde présentait des traînées opalines.

M. Mœring pense que les épanchements séreux méningiens sont des phénomènes de déclivité cadavérique, siégeant dans les parties les plus basses, et dont la position varie selon celle qu’on donne au cadavre. Mais, chez nous, la sérosité sous-arachnoïdienne est à peu près répandue sur toute la surface des hémisphères et n’obéi I que peu à la pesanteur.

Cette sérosité, quand elle n’est pas considérable, ne semble point pathologique. M. Magendie a établi qu’à l’état normal un fluide céphalo-rachidien circule sous les méninges. MM. Masse, Lallemand et moi, ayant fait comparativement et avec beaucoup de soins l’autopsie d’individus qui avaient succombé au typhus et à des maladies étrangères, nous avons trouvé aussi une certaine quantité de sérosité sousarachnoïdienne dans ces derniers cas. Enfin , M. Tholozan, au même hôpital, note dix-huit fois l’œdème de la pie-mère sur 79 sujets ayant succombé à des maladies complexes.

Cette sérosité ne circule pas couramment sur les hémisphères, dans un espace libre, entre les feuillets méningiens, et l’incision ne donne issue qu’à quelques gouttelettes provenant de l’endroit divisé parle scalpel.

Mais dans d’autres cas l’abondance de la sérosité

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est évidemment pathologique, et, quand on écarte les circonvolutions, on trouve les profondeurs du sillon humides et même quelquefois ruisselantes. Chez les scorbuto-typhiques, porleursd’œdèmes, et anémiques, ces dispositions sont bien plus fréquentes et bien plus prononcées que dans les typhus solitaires. C’est également dans ces cas complexes que nous avons trouvé l’œdème de la pulpe cérébrale, qui était très-humide, gorgée de sérosité blanche ou rosée; dans quelques cas le parenchyme était ramolli par cette espèce de macération.

La sérosité ne peut pas être limpide et présente souvent la disposition suivante : le long de quelques circonvolutions, les méninges cérébrales sont comme un peu soulevées, en forme de petits serpents, et contiennent une sérosité d'apparence opaline : c’est ce que nous avons appelé, dans ce tableau, opalinats et soulèvements. Parfois l’aspect est comme laiteux. Eh bien! incisez les méninges sur la traînée saillante, et vous ne les trouverez pas plus souvent opaques qu’à l’état normal ; examinez ensuite la sérosité, et vous constaterez qu’elle est transparente. Il faut croire que les changements survenus dans les méninges et dans la sérosité, si changement il y a, sont trop peu sensibles pour être appréciés isolément, et qu’il faut, pour devenir visibles, qu’ils se prêtent mutuellement secours. D'autres fois, la sérosité est vraiment opaline, ou bien ce sont les feuil-

lets des méninges qui ont perdu leur transparence autour des petites veines qui serpentent entre les circonvolutions.

Quand la sérosité méningienne est un peu abondante, elle dissèque parfois, pour ainsi dire, les feuillets méningiens, qui peuvent être alors plus facilement séparés, soit les uns des autres, soit de la pulpe cérébrale qu’ils recouvrent, remarque qui n’a pas échappé à Genner.

Dans les derniers temps du typhus à Constantinople, etàThionville depuis notre retour en France, nous avons interrogé le cerveau des sujets morts de différentes affections, et nous avons constaté que l’on rencontre souvent ces opalescences autour des veines qui ondulent en suivant les interstices des circonvolutions. Dans ces cas, ces tractus opalins et nacrés sont dus aux méninges elles-mêmes évidemment opaques le long des petits vaisseaux, et semblent n’avoir rien de pathologique.

Les méninges sont généralement injectées, comme tous les organes du reste, clans la première période ; mais le plus souvent le sang ne pénètre ostensiblement que dans les gros vaisseaux. La pie-mère a été trouvée deux fois friable.

La congestion n’aboutit prescpie jamais à la méningite. Nous n’avons trouvé de pus qu’une seule fois, et M. Mœring, procédant avec le plus grand soin à l’aide des réactifs et du microscope, n’en a

jamais rencontré un seul globule, sur plus de 200 cadavres autopsiés.

M. Mœring a trouvé des exsudations sanguines dans les méninges; elles lui ont paru provenir de la rupture des petits vaisseaux : nous n’avons rien noté de semblable.

Les lésions de la pulpe cérébrale méritent une certaine attention, quoiqu’elles ne soient pas constantes. Le sablé, fréquent surtout dans la première période, esta noter : il a été seize fois prononcé sur quarante et un cas, sept fois peu prononcé et sans signification précise; enfin il a manqué dix-huit fois. Cette lésion paraît être sous la dépendance du typhus, sans en constituer un caractère anatomique constant ; c’est un accident fréquent. Chez les scorbutiques, on observe plutôt l’anémie et l’œdème de la pulpe cérébrale; et, chez les scorbutotyphiques, des lésions qui tiennent des deux, par exemple un léger sablé sur une pulpe humide ou pâle. Quand l’individu typhisé est profondément ruiné par les flux intestinaux chroniques, par le scorbut, par les misères de toute sorte, le cerveau est souvent anémique, les ventricules pleins de sérosité, et la pulpe périventriculaire est parfois ramollie jusqu’à diffluence, rarement indurée; c’est ce qui résulte des recherches anatomo-pathologiques de M. Tholozan sur les maladies complexes qui ont régné à l’armée d’Orient. D’après mes pro-

près observations, ces ramollissements dépendent surtout du scorbut ancien, dont un des principaux, résultats est d’anémier, de ramollir les parenchymes et même les membranes, principalement quand d’autres causes de détérioration de l’organisme lui viennent en aide. Mais le typhus solitaire peut aussi aboutir accidentellement à ces ramollissements, car, sur 41 autopsies, nous trouvons : ramollissements évidents, 8 fois, indurations, 2 fois. Dans le typhus, le ramollissement, quand il existe, est généralement étendu, diffus. Dans le scorbut avec œdème de toute la pulpe cérébrale, la lésion est également diffuse ; mais, dans les cas où il n’y a de la sérosité que dans les ventricules, c’est particulièrement autour de ceux-ci que siège le ramollissement. La macération, s’exerçant sur une pulpe anémique dont la vitalité et la faculté de réagir sont descendues audessous du niveau normal, contribue certainement beaucoup au ramollissement, soit dans l'œdème cérébral, soit dans l’hydropisie ventriculaire. D’autres fois, la pulpe ne se laisse point dénaturer par la sérosité, elle s’en empare, lui fait partager sa vie, et il peut alors en résulter de l’induration. On retrouve, du reste, les mêmes phénomènes dans le poumon œdémateux des scorbutiques.

Dans les cas de typhus solitaire, la sérosité existe bien moins dans les ventricules que dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Chez les scorbuto-ty-

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phiques, les ventricules contiennent plus souvent du liquide.

La grande cavité arachnoïdienne recèle de la sérosité à peu près dans autant de cas que les ventricules. L’épanchement sous-arachnoïdien est donc le plus fréquent.

Les modifications qu’éprouvent souvent les glandes de Pacchioni, jusqu’ici sans fonctions connues, frapperont sans aucun doute. M. Lallemand a aussi noté ces altérations, qui paraissentdé pendre du typhus. M. Tholozan n’en parle pas dans ses autopsies de maladies complexes.

Le tableau donne une idée suffisante des lésions pulmonaires. C’est l’organe dans lequel le sang se précipite avec le plus d’activité, ou stagne le plus longtemps, ou produit le plus de désordres.

M. Mœring a signalé à la Société impériale ottomane, l’emphysème du bord antérieur, dû aux efforts exagérés de la respiration, dans le but de suppléer aux fonctions des parties engorgées et inactives. Souvent on n’a pas affaire à un véritable emphysème, mais à une pâleur œdémateuse, ou encore à un état du parenchyme pulmonaire qui, décoloré et privé de sang, peut faire croire que les vésicules sont amplifiées. Le véritable emphysème n’existe guère qu’au bord antérieur du poumon œdémateux des scorbuto-typhiques.

Un mot sur les lésions pulmonaires présentées

par les scorbutiques avancés ne sera point déplacé ici, caron les retrouve, diversement combinées, sur les scorbulo-typhiques.Le poumon présente souvent un singulier mélange des lésions suivantes :

1 0 Au bord antérieur et au sommet , le parenchyme est pâle, sec, exsangue, maculé de taches violacées ou ardoisées, parfois emphysémateux; 2° plus bas, on trouve le parenchyme, également pâle et tacheté de violet, gorgé de sérosité incolore, qui ruisselle en fine écume quand on incise le poumon ; le parenchyme est normal de consistance, ou ramolli; 3° la tranche pulmonaire suivante est encore gorgée de sérosité, mais celle-ci est rosée ou rousse; 4° Enfin, le bord postérieur et les bases sont le siège d’un engouement violet, lie de vin ou laque rouge, avec ou sans ramollissement. La pneumonie, avec hépatisation granuleuse ou planiforme, mais plus souvent avec splénisation, peut se mêler à ces lésions. Nous avons décrit celles-ci par tranches, en leur assignant, pour la facilité du tableau, la place qu’elles occupent le plus souvent, et en les supposant réunies toutes, ce qui est rare.

La parenchyme macéré dans la sérosité pure ou rousse, ou dans le sang, se ramollit le plus souvent ; mais, comme pour le cerveau, uneautre terminaison peut se présenter. C’est ainsi que nous avons observé trois ou quatre fois une sorte d’induration blanche qui nous a paru le résultat de l’incorporation de la sé-

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rosité avec le parenchyme, curieuse lésion que nous décrirons dans un petit travail sur le scorbut, et qui se montre tantôt à l’état d’infiltration, pour ainsi dire, tantôt en noyaux parfaitement limités, et qui n’est pas incompatible, dans les commencements du moins, avec un reste de crépitation (1).

Cœur. — On a vu par le tableau que les lésions du cœur sont assez remarquables, mais inconstantes: 7 fois sur 39, il y avait décoloration et flaccidité, ou ramollissement. Dans les premiers jours du typhus solitaire, il y a plutôt congestion. Le volume et le poids se rapprochent de la normale. Chez les scorbuto-typhiques, et chez les sujets qui présentent la dyssenterie en outre de ces deux éléments, le cœur est souvent flasque, décoloré, état qui peut s’accom-

(1) Mes recherches anatomo-pathologiques originales, pour lesquelles je tiens à prendre date, m’ont conduit à classer ainsi les lésions organiques des scorbutiques cachectiques, avec accompagnement de dyssenterie ou non : 1° les organes sont œdémateux; 2U œdémato-sanguins; 3° congestionnés avec ramollissement ou non; 4° enfin, petits, durs et secs, ou petits et ramollis, avec ou sans changement de coloration. L’induration atrophique mérite attention : j’ai vu la plèvre sèche et plissée comme de la baudruche, appliquée sur un poumon ratatiné, et la capsule de Glisson également aride enveloppant un foie trèspetit.. Dans le scorbut de l'armée d’Orient, la sérosité a paru s’épancher assez souvent avant le sang et lui ouvrir ainsi les voies dans le tissu cellulaire et dans les organes. A l’extérieur cette filiation était parfois très-facile à saisir : ainsi, dans nombre de cas, la lassitude, des douleurs, la bouffissure des joues avec ou sans teint bistré, terreux, parfois même l’œdème malléolaire, ont précédé toute apparence d’ecchymose : la sérosité s’extravasait avant les globules du sang.

pagner de la diminution de volume. Ces lésions ressortissent surtout du scorbut qui , comme nous l’avons indiqué plus haut , aboutit à quatre sortes de désordres anatomiques dont l’un consiste dans l’atrophie des organes, avec dureté ou ramollissement, avec ou sans changement de coloration.

M. Tholozan, pour lequel nous rouvrons ces lignes déjà closes, afin de corroborer nos résultats les uns par les autres , opérant sur 79 cadavres d’individus ayant succombé à des maladies complexes (typhus, scorbut et dyssenteriej, a noté 26 fois la diminution de volume du cœur, 23 fois la décoloration du parenchyme, etc. Ayant fait porter nos recherches sur les cas simples séparément , puis sur les cas complexes, nous pouvons déclarer dès aujourd’hui que le scorbut a la plus grande part dans ces lésions , puisqu’après avoir hémorrhagié et œdématisé les organes, il lui arrive souvent de les atrophier, de les dessécher, de les décolorer ; vient ensuite la dyssenterie, surtout ancienne, qui soustrait du sang aux organes et les flétrit ; enfin, nous venons de voir que le typhus solitaire a aussi parfois par lui- même quelque influence. L’ensemble de ces agents , qui tendent au même but, est encore aidé par l’action détériorante de toute la matière de l’hygiène , notamment par la mauvaise alimentation. Ces lésions, qu’une seule influence ne suffirait pas communément à produire, naissent, au contraire, plus sou-

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vent et plus facilement sous le coup de toutes les influences combinées.

Le sang, dans le typhus solitaire, offre parfois un curieux mélange de sérosité rousse et de caillots noirs et mous, ou fibrineux, blancs et solides. Ces caillots fibrineux, quelquefois trop solides, trop consistants pour ne dater que de l’agonie, obstruent dans quelques cas le cœur, surtout droit, et l’origine des gros vaisseaux dans lesquels ils remontent même plus ou moins. Plus communs en 1855 qu’en 1856, ils nous avaient paru un moment, mais à tort, une lésion caractéristique; puis ils ont manqué. Un jour, devant M. Ganderax, nous avons tiré des deux veines iliaques primitives, par une étroite incision , de longues ficelles fibrineuses blanches, pennées de caillots noirs, que nous avons pu étaler sur la table sans aucune rupture. Elles avaient bien chacun 20 à 30 centimètres, et résistaient autant à la traction qu’un fil d’Écosse de moyenne force. Chez les scorbuto-typhiques , cette coagulation du sang est beaucoup plus rare.

Un mot de cette singulière lésion que nous avons trouvée une fois seulement, et que nous avons appelée pulmonisation du foie, par opposition à l’ hépatisation du poumon (1). Le parenchyme était d un brun verdâtre livide, criblé de vacuoles, aérolaire,

(I) Le docteur Barudel nous a dit avoir trouvé deux fois une lésion semblable.

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spongienx, mou, friable, évidemment crépitant, contenant un peu de liquide spumeux mêlé de bulles de gaz. Celte lésion était si inattendue, si originale, que nous avons cru nous être égaré dans l'autopsie, en cherchant au-dessus et non au-dessous du diaphragme; mais il n’y avait pas d’erreur. Presque tout le parenchyme hépatique élait ainsi transformé. Nous donnerons plus loin cette observation complète.

La sécheresse et l’humidité du parenchyme du foie réduit de volume, avec une sorte de dessèchement de la capsule de Glisson, qui ressemblait à du parchemin, ont été trouvées sur quelques scorbutotyphiques.

Les lésions intestinales devaient attirer particulièrement l’attention. Nous croyons avoir, le 'premier, décrit exactement et en détail celles qu’on a trouvées dans le typhus de l’armée d’Orient. Yoici comment nous nous exprimions à la Société impériale ottomane, séance du 20 mars 1856 :

La lésion caractéristique de la dothinentérie ou fièvre typhoïde manque dans le typhus. Il n’est pas inutile de rappeler que la lésion dothinentérique est essentiellement constituée par un bouton parcourant avec une certaine régularité des périodes d’évolution , et que ce bouton est du à une matière de nouvelle formation déposée sous la muqueuse qui recouvre les glandes intestinales agminéeset isolées;

que, dans les cas où cette matière est dure, blanche, cassante, le bouton ou plaque a l’apparence qu’on a nommée plaque gaufrée ou dure; que , dans les cas où cette matière est à l’état mou ou à l’état d’infiltration, la plaque s’appelle molle ou réticulée. L’ulcère dothinentérique est également caractéristique. Rappelons enfin que l’engorgement des ganglions mésentériques est aussi fréquent dans la dothinentérie qu’il est rare dans le typhus.

Dans le typhus , rien de tout cela. On ne trouve que les lésions banales qu’on rencontre aussi parfois dans la scarlatine , la rougeole, le choléra, la variole, au commencement de la dyssenterie, etc.; et ces lésions ne sont pas le premier degré d’un bouton qui fût devenu caractéristique , si la mort n’eût pas coupé court à son développement ; car, à quelque époque qu’on ouvre le cadavre, au vingtième ou au trentième jour, on ne le trouve pas plus avancé.

Yoici l’état des glandes agminées et isolées, dans le typhus :

1° Un simple pointillé noir, l’apparence d'une barbe fraîchement faite , comme on l’a dit avec beaucoup de justesse. Les follicules isolées ou agminées peuvent présenter cet aspect.

2° La plaque de Peyer est couverte par une foule de petits cercles blancs qui se touchent : le centre de chaque cercle est occupé par un point noir; on

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dirait la glande et son perluis. Les cercles sont séparés par des rainures moins blanches qu’eux. On lesdirait saillants; mais c’est un pur effet d’optique, comme celui du clair obscur. Le doigt trouve la surface lisse et de niveau avec la muqueuse intestinale qui entoure les plaques.

3° Même aspect, mais les ronds sont évidemment un peu saillants, car le doigt, passé dessus, sent des rugosités molles et légères qui contrastent avec l’état lisse et uni de la muqueuse ambiante. Les glandules isolées ou de Brunner peuvent présenter ces deux états dans le petit et dans le gros intestin. Souvent, à la fin de l’iléon, vers le cæcum, au lieu de plaques agminées formées de cercles blancs tous tangents, on trouve un semis très-étendu de ces cercles confluents mais isolés les uns des autres. Ces divers aspects rappellent parfaitement ce que MM. Gely, Thomas et Catteloup ont dit des lésions commençantes de la dyssenterie.

4° Ces mamelons ou cercles, au lieu de rester comme des points bien circonscrits et bien séparés, se réunissent en croupes blanches et tortueuses, semblables aux arêtes des chaînes de montagnes figurées sur les caries géographiques. Ces croupes semées de points noirs plus ou moins visibles, sont séparées les unes des autres par des lignes sinueuses d’une couleur plus foncée. Comme les cercles qui constituent les deuxième et troisième espèces , ces

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croupes sont d’ailleurs de niveau avec la muqueuse ou en légère saillie. La plaque a alors un aspect aérolairc, mieux vergeturé. J’adopte ce mol parce qu’il indique une lésion tout à fait différente delà plaque molle ou réticulée. Dans celle-ci, en effet, la plaque est saillante et le tissu sous-muqueux est comme parenchymateux, infiltré par de la matière de nouvelle formation qui y est déposée ; de plus, la muqueuse est ramollie, disséquée en ulcérations ou par petits ponts qui deviennent visibles et se soulèvent, comme l’a remarqué M. Chomel, quand on verse de l’eau sur la plaque. Lien de semblable dans la plaque vergeturée. Elle est peu ou pas saillante; le tissu sous-muqueux n’est pas visiblement engorgé; la muqueuse n’est pas disséquée par des ulcérations.

Dans trois cas, la muqueuse intestinale était ra> mollie, amincie, surtout par places ; et sur les plaques de Peyer, le ramollissement, poussé plus loin encore qu'ailleurs, avait amené quelques exulcérations, comme par usure, sans saillie notable de la plaque, sans engorgement du tissu sous-muqueux, a fortiori sans dépôt de la matière dothinentérique, sans augmentation des ganglions mésentériques enfin. On ne peut appeler ces ulcères dothinentériques. L’anatomie pathologique des diverses affections peut, du reste, présenter des ulcérations des glandes de Peyer, notamment le choléra (2e espèce de lésion

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du choléra simple, figurée dans l’allas du professeur russe Pirogoff; le même et M. Bouillaud signalent des ulcères gangréneux dans la même maladie).

Deux autres fois, nous avons rencontré de douze 'à quinze petits ulcères épars dans tout l’intestin grêle, iléon et jéjunum, sur les plaques ou hors des plaques de Peyer, ulcères nets, parfaitement détergés, entourés d’un cercle bleu et rougeâtre ecchymotique. La muqueuse était saine ailleurs; les ganglions ri’étaient pas affectés. Sont- ce des ulcères gangréneux, comme certains auteurs en ont signalé dans le typhus? En tout cas, ce ne sont pas des ulcères dothinentériques.

Rappelons, en passant, que nous avons trouvé quelques ramollissements, soit de la muqueuse seule, soit du tube intestinal en masse dans des cas de typhus solitaire. Chez les scorbuto- typhiques, ces ramollissements sont assez fréquents, et l’on trouve parfois la muqueuse comme usée, atrophiée , lisse, amincie. Les lésions appartiennent au scorbut, surtout aidé par d’autres causes de détérioration , et non au scorbut.

M. Lallemand nous a parlé de grappes formées de petites utricules contenant une matière gélatineuse, visibles à la loupe seulement et siégeant sur les plaques de Peyer. J’ai communiqué cette observation à M. Mœring, auquel le microscope n’a rien révélé de semblable, ce qui n'infirme pas les remarques de

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notre collègue. Nous n’avions pas de microscope à Constantinople.

L’absence des lésions dothinentériques dans le typhus de l’armée d’Orient est aujourd’hui une vérité acquise: il ne reste, à notre connaissance, qu’un médecin qui soutienne le contraire, c’est M. Cazalas ; mais, comme il confesse qu’il ne peut distinguer un typhus d’une fièvre typhoïde, son assertion n’a dès lors plus rien d’étrange. Dans le bloc hétérogène des maladies qu’il considère, les unes laissent en effet des désordres intestinaux dothinenthériques, et les autres n'en laissent pas.

Voici quelques détails statistiques indiquant les médecins qui, à notre connaissance, ont pratiqué des autopsies ; leur nombre est beaucoup plus grand que celui que nous allons citer.

Mœring, professeur à l'université de Kief, 200 autopsies négatives ; Arnoud, chirurgien de la marine à Thérapia, 20 autopsies négatives; MM. Ganderax, Haspel, Garreau, Barudel, Valette, Volage, Tholozan, Marmy, Masse, Lacronique, Netter, Thomas, médecin en chef, Rampont, Puel, Lallemand, Jacquot, etc., etc., une multitude d’autopsies négatives; je dis une multitude, carM. Lallemand, par exemple, a pratiqué plus de 100, et moi près de 80 autopsies. En France, les médecins de la marine, MM. Barailler, qui a vu plus de 1500 cas au bagne de Toulon , Jules Roux , Romain et d’autres encore

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cherchaient en vain la lésion dothinentérique. Déjà, auparavant, MM. Pellicot, Fleury, etc., avaient pratiqué des autopsies négatives dans les typhus des bagnes, ainsi que MM. Forget et Parisot dans le typhus des prisons de Strasbourg et de Nancy . Enfin MM. Chauffard à Avignon, Godelier à Paris, etc., ayant traité des typhisés provenant de l’armée d’Orient, déclarent nettement que l'intestin ne présente pas les lésions de la fièvre typhoïde.

En Crimée, les Russes ont fait des autopsies en 1855 et en 1856, et les Anglais en 1855. Les médecins français, privés d’instruments ad hoc (1) et surchargés de travail, n’en ont guère pratiqué. Je crois cependant que MM. Cordier et Mouchet ont interrogé un certain nombre de cadavres. Leurs observations concordent avec celles qu’on a faites à Constantinople.

L’unanimité ne peut pas être plus complète; on ne peut s’appuyer sur une plus imposante masse de faits.

(1) Plusieurs grands hôpitaux de Constantinople manquaient aussi de boîte à autopsie, et les médecins étaient obligés d’y suppléer péniblement en recourant à des instruments qui n’avaient point cette destination.

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