‹ Du typhus de l'armée d'Orient [electronic resource]Chapitre 53 sur 91 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Élaguons de suite les erreurs, pour ne plus avoir ensuite à nous occuper que du traitement rationnel qui a généralement prévalu.

En Crimée, les médecins russes, désespérés de leur impuissance devant un typhus formidable, ont essayé l’hydropathie et l’homœopathie, comme me l’a appris le général de division Ouschakoff. Inutile de le dire : pas de succès.

Arrivons au procès du sulfate de quinine.

Sous l’empire de l’espèce de monomanie qui a régné et qui règne encore , qüoiqu’à un moindre degré, parmi les médecins militaires de l’armée d’Afrique, monomanie qui consistait : 1° dans la croyance que presque toute maladie est due au miasme palustre; 2° que le sulfate de quinine est comme un spécifique universel, efficace contre à peu près tous le£ maux; sous cet entraînement, disonsnous, qui a déjà arraché au Conseil de santé des armées quelques mesures répressives officielles, on devait s’attendre à voir ce médicament préconisé et

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employé comme spécifique du typhus, ou au moins comme constituant la médication essentielle. En effet, un certain nombre de médecins ont administré ce sel à haute dose, de 1 à 4 grammes par jour, les uns pendant tout le cours de la maladie et même après la convalescence déclarée, les autres au commencement ou à la fin. Les premiers le donnaient ainsi quotidiennement, du commencement à la fin, tantôt sous le prétexte que c’est un tonique névrosthénique nécessaire pour soutenir les forces radicales dans une maladie où elles ont reçu une atteinte profonde par un agent septique, tantôt parce qu’ils voyaient dans le typhus une fièvre pernicieuse palustre; ceux-ci, parce qu’ils croyaient trouver dans tous les cas l’adjonction d’un élément intermittent uni à l’élément typhus ; ceux-là, enfin, pour obéir à leur conviction préconçue, à leur entraînement pour le sulfate de quinine. Quelques-uns le donnaient au commencement, dans la période d’excitation, comme hyposlhénisant ; et d’autres le prescrivaient, dans la période d’affaissement, comme hypersthénisant ; et probablement que ceux qui le formulaient du commencement à la fin lui prêtaient ainsi les deux vertus opposées! En Russie, comme nous l’ont appris MM. Mœringet Alferief, le sulfate de quinine quand bien même a aussi et passagèrement quelques adeptes.

Mais l’expérience et la raison ont bientôt pro-

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nonce : cette méthode a été condamnée, et ses partisans sont devenus de plus en plus rares.

Employé à doses continues et élevées, comme traitement spécifique, le sulfate de quinine est nonseulement un médicament inutile, mais dangereux; c’est un toxique qui dérange les fonctions, et ajoute la stupeur, l’ivresse, la titubation, les vertiges, les tintements d’oreille, le délire même, qui sont la conséquence de son administration à haute dose, à la stupeur, à l’ivresse, à la titubation , etc., qui appartiennent déjà en propre à la maladie.

11 résulte des expériences répétées par une foule de médecins , notamment à Constantinople par MM. Ganderax, Lallemand, Haspel, Garreau, Barudel, Masse et par moi-même , que dans les cas ordinaires de typhus , c’est-à-dire dans la forme continue avec simples exaspérations vespériennes et nocturnes, le sulfate de quinine n’entrave pas la marche, ne modifie pas le type, n’améliore pas les symptômes de la maladie, mais la surchargerait plutôt, au contraire, de phénomènes pathologiques surajoutés.

Dans une autre catégorie de cas, qui ont été fréquents, surtout à certaines époques, quand la maladie débute par desaccèsbien caractérisés et simples, ou par des accès brodés sur un fond typhique continu, il y a certainement lieu d’essayer le sulfate de quinine. En effet , en s’attaquant à la maladie dès

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le commencement , on peut quelquefois réduire de beaucoup sa durée et ses proportions à l’aide de certaines médications , notamment des évacuants. Quand ces commencements se présententsous forme d’accès, on est donc autorisé à chercher à empêcher la progression du mal , en supprimant ces accès. Quelques médecins pensent , en effet, avoir réussi dans un certain nombre de cas ; mais nous avons été moins heureux, MM. Ganderax, Lallemand et moi. Ayant divisé les typhiques en deux catégories, à l’une desquelles nous donnions le sulfate de quinine, tandis que nous nous en abstenions dans l’autre, nous avons vu l'intermittence ou la rémittence faire place aussi rapidement à la continuité dans un cas que dans l’autre. Quand, pendant qu’on administre le sulfate de quinine , la continuité remplace ainsi la périodicité, il ne faut pas en conclure qu’on a dompté , supprimé un élément de la maladie, car cette mutation dans le type est le propre de son évolution normale, et il ne faut point mettre sur le compte du traitement ce qui n’est que la conséquence spontanée de la nature et de la marche de la maladie.

M. Catteloup a trouvé le sulfate de quinine tout aussi inefficace dans le typhus de Nagara que ses confrères dans l’épidémie de Constantinople.

Mais, si le sulfate de quinine n’est pas un spécifique, c’est un médicament précieux pour répondre

à certaines indications que, le premier, nous avons nettement précisées à la Société impériale ottomane. Les préceptes ont été sanctionnés par M. l’inspecteur Baudens, qui s’est exprimé dans le même sens devant la Compagnie ; et M. Scrive, médecin en chef, auquel j’en ai parlé en Crimée, formulait aussi les mêmes indications , d’après l’expérience qu’il avait acquise en inspectant les différents services médicaux.

1° Quand un typhus débute avec la forme intermittente, il est rationnel de donner le sulfate de quinine ; mais il est nécessaire d’y joindre un évacuant, pour tâcher d’empêcher, ou au moins de mitiger la maladie. Quand ce ne sont point des accès brodés sur un fond déjà visiblement typhique ou qu’on soupçonne tel, qui commencent la maladie, mais de simples accès, on ne peut pas savoir s'il y a un typhus derrière eux, et il faut évidemment toujours donner le sulfate de quinine; mais, en temps de typhus, on fera encore bien de joindre un évacuant qui, dans la supposition d’une fièvre d’accès simple, ne peut pas faire de mal et ajoute même ordinairement à l’efficacité du fébrifuge.

2° Quand la provenance de L individu, le fait de fièvres intermittentes qu'il a présentées antérieurement et qui ont pu récidiver, enfin quand le caractère des accès présentant nettement troisstades, font présumer qu’un élément palustre est joint à Télé-

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ment typhique, le sulfate de quinine est encore indiqué ; il dédouble la maladie.

3° Quand un typhus déclaré, sans adjonction de l’élément palustre, présente des accès plus ou moins caractérisés, ou des exaspérations régulières trèsmarquées, accompagnées de phénomènes alarmants, de congestions vives, etc., recrudescences qu’on retrouve aussi dans la résorption purulente, dans la phthisie, dans diverses affections septiques, le sulfate de quinine est encore d’un utile secours; il régularise la maladie, il la débarrasse de phénomènes alarmants, il diminue les exacerbations et les dangers qu’elles entraînaient. Le type est modifié, la maladie est simplifiée, mais le fond reste le même.

Presque tous les médecins qui, sortant de la facile routine de la médecine des symptômes, se sont mis à la recherche de la médication qui convient le mieux au typhus, sont d’accord pour déclarer que c’est surtout dans les commencements que la thérapeutique a de la puissance : alors, en effet, on abrège, on mitige, on simplifie, parfois même on coupe la maladie ; plus tard, les divers agents de la thérapeutique et de l’hygiène ont beaucoup moins d’action, et l’on est réduit à cette médecine des symptômes qui, souvent, n’est presque qu’un aveu d’impuissance. A l’origine de la maladie, l’habileté, le tact du médecin se dessinent, et la différence des capacités devient évidente par les résultats obtenus.

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Quand le typhus a alteintsa période d’état, lemédecin d’élite ne rend pas toujours beaucoup plus de services que les confrères qui lui sont néanmoins beaucoup inférieurs ; les ressources de l’art sont trop faibles pour la lutte. Plus tard, quand arrive le moment de la solution, les différences recommencent, car il faut savoir saisir les indications et aider la nature.

Or, est-il téméraire de chercher une médication qui puisse mitiger ou même plus ou moins enrayer la maladie, quand on voit journellement les phénomènes bien évidents de ce que nous avons appelé la typhisation à petite dose, phénomènes qui trahissent l’absorption du principe septique, se dissiper par un purgatif, un vomitif, une sudorèse, une course en plein air; puis ces phénomènes reparaître encore après une nouvelle absorption, et disparaître derechef sous l’influence d’un autre travail d’élimination spontané ou provoqué; quand on voit journellement aussi des typhus arrivés au deuxième, troisième, quatrième, cinquième jour, etc., et ayant présenté un ensemble de phénomènes qui ne laissent pas de doute sur la nature de la maladie, se terminer sans poursuivre plus loin leur cours, soit spontanément, soit à la suite d’une médication appropriée, soit après des mouvements et des évacuations critiques? L’étude de la marche de la maladie, de l’effet des médications, des résultats, des efforts

éliminatoires naturels, est. donc pleine d’enseignements; elle commande d’agir, principiis obsla.

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