A. TRAITEMENT DE LA PREMIÈRE PÉRIODE
Après quelques tâtonnements et quelques hésitations, la médication évacuante s’est introduite dans la pratique; elle figure comme l’un des points essentiels de la thérapeutique du typhus à l'armée d’Orient. Tous ne l’ont point adoptée, mais la majorité, je dirai plus, la majorité la plus distinguée, l’a acceptée. La méthode n’est pas neuve, du reste, car Hildenbrand disait qu’un vomitif administré à point au commencement de la maladie lui imprime un caractère plus léger et préviennes complications. Mais on est aujourd’hui plus hardi que Hildenbrand ; on commence d’ordinaire par un vomitif qu’on fait suivre de plusieurs purgatifs. Nous ne donnons le vomitif que dans les cas où l’embarras gastrique est bien marqué; s’il est léger ou s’il n’en existe pas, nous débutons par les purgatifs. Nous répétons le purgatif deux et même trois, rarement quatre jours de suite, et parfois nous y revenons encore une fois après une courte suspension. M. Lallemand pousse plus loin encore cette méthode, car il purge jusqu’à cinq, six et sept jours de suite. M. Catteloup, à Nagara, a eu à se louer beaucoup aussi de 1 emploi des évacuants. M. Masse, moi et quelques
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autres nous avons expérimenté parallèlement sur deux groupes de sujets atteints de typhus, en traitant l’un par les purgatifs, l’autre sans évacuants, et il a été évident que, dans le premier cas, un plus grand nombre de typhus se bornaient à un cours de quelques jours, et que ceux qui poursuivaient leurs périodes avaient généralement moins de gravité, se compliquaient de moins d’accidents, notamment de moins de congestions et de phlegmasies pulmonaires. M.Arnoud n'hésite pas à déclarer que, dans son hôpital , un vomitif fait assez souvent avorter le typhus. Il cite le fait d’une épidémie de typhus se déclarant tout à coup sur l’équipage, sain jusque-là, d’un navire qui avait transporté des troupes infectées ; un vomitif coupe court à un grand nombre de cas, et les autres poursuivent leurs périodes avec les plus incontestables caractères du typhus. Ici, il n’y a pas deux maladies; il n’y en a qu’une, le typhus, et ce sont bien de vrais typhus qui ont avorté sous l’influence de celte médication.
Que les évacuants agissent comme abortifs, spoliatifs, éliminateurs, dérivatifs, perturbateurs, à l’un de ces titres ou à tous à la fois, peu importe : le fait est qu’ils agissent favorablement. Si le tube digestif se prête à l’élimination, à la dérivation, etc., à cause de sa vaste étendue, son intégrité dans le typhus de l'armée d’Orient, où la localisation abdo-
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minale a été si rare, fait aussi une loi de le choisir sans crainte comme théâtre d’énergiques médications.
Les purgatifs salins, le sulfate de soude ou de magnésie, à 30 ou 60 grammes, ont été généralement employés. L’huile de ricin a eu moins de partisans.
On a été généralement très-réservé sur les évacuations sanguines. Il ne faut pas oublier, en effet, au milieu de ces réactions si vives, qu’un génie septique domine toute la maladie, et que le sujet a besoin de conserver des forces pour traverser la seconde période, période de dépression et d’hyposthénie, période ataxo-adynamique. Néanmoins les antiphlogistiques ont leurs indications.
1° Saignée générale. Elleest indiquée dans les cas où le typhus saisit un homme sain, robuste, sanguin, pléthorique, quand le molimen sanguin congestionne et distend les organes, quand ce raptus amène des hémorragies et des phlegmasies. Nous ne pensons pas avoir pratiqué plus de cinq ou six saignées générales sur les centaines de typhiques traités de nos salles. MM. Verollot, Barudel et quelques autres sont plus larges dans la prescription de la phlébotomie, tout en usant de ce moyen avec prudence, et en évitant surtout les saignées copieuses. Le sang est riche et parfois couenneux pendant la première période d’un typhus survenu chez un sujet robuste.
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2° Évacuations sanguines locales. Si la phlébotomie est d’une indication tout à fait exceptionnelle, les évacuations sanguines locales sont d’un emploi assez fréquent, chez les individus robustes, quand la réaction est vive, les congestions prononcées, etc. Les typhus solitaires commandent bien plus souvent ce moyen thérapeutique, que les typhus complexes sévissant sur des individus déjà malades. Dans ce dernier cas, l’indication devient rare. Les sangsues et les ventouses dégagent assez bien la tête et la poitrine. Pour dégager la tête, on les applique à la nuque, aux jugulaires; pour dégager la poitrine, on les appose sur la cage thoracique. Nous préférons de beaucoup l’application à l’anus; l’action est plus sûre, plus manifeste, plus prompte, et l’on parvient à un résultat plus satisfaisant avec moins de sangsues. Dans l’occasion, j’ai répété jusqu’à trois et quatre fois cinq à dix sangsues appliquées à l’anus, rarement davantage. Nous retrouverons de nouveau l’indication de ce moyen dans les périodes suivantes.
Excessivement timide dans l’application des sangsues en 1855 et au commencement de 1856, nous avons abordé ensuite plus franchement ce moyen et avec succès; et M. Catteloup a été également conduit à la même médication à Nagara. M. Verollot, à l’hôpital civil, en usait beaucoup plus souvent et plus hardiment que nous, qui avons toujours conservé la réserve commandée par l’imminence de la période
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nerveuse et par les considérations tirées de l’individu et de la forme de la maladie.
Les déplétions sanguines locales agissent mieux sur le cerveau que sur le poumon. Quand celui-ci devient le siège d’une congestion trop vive, que taire alors? Les évacuants intestinaux et les sinapismes exercent déjà de la dérivation qui contribue à dégager le cerveau et la poitrine. Quelques médecins recommandent le tartre stibié ; il ne nous a pas paru mériter tous les éloges qu’on lui a donnés, et il congestionne parfois plus fortement la tête. 11 a pourtant ses indications : quand le poumon est pris fortement, que les évacuants ne le dégagent pas, que l’état des choses repousse les évacuations sanguines, que la tête n’est pas trop engagée, etc.
Les révulsifs ne sont pas d’un emploi ordinaire dans cette période d’excitation. Pourtant, les sinapismes promenés à plusieurs reprises sur la peau, notamment sur les extrémités inférieures, sollicitent le mouvement centrifuge, dégagent les viscères et appellent le sang à la périphérie. Il n’est guère question des vésicatoires dans cette période.
Il a paru à quelques médecins qu’il y avait lieu de solliciter la sortie de l’exanthème, quand il ne se montrait pas malgré la réaction, ou quand il s’arrêtait à cause d’une chute de la réaction, et que cette éruption dégageait souvent les viscères du sang qui les congestionnait, en appelant le mouvement fluxion-
naire à la périphérie. Celte indication est réelle, maiselle seprésente rarement; l’exanthèmesort presque toujours avec facilité. On peut le favoriser, quand il y a lieu, par le tartre stibié qui amène une réaction, par des sinapismes, par des frictions aromatiques, des infusions chaudes, un bain de. vapeur donné dans le lit, etc.
Quand le délire existe d’emblée, ou quand on est arrivé au milieu de la période où il est manifeste, il faut s’occuper de ce symptôme. Les évacuants et les sangsues à l’anus contribuent à le diminuer sans doute, mais les antispasmodiques doivent être employés aussi. Nous prescrivions d’ordinaire une potion avec camphre, un à deux grammes, additionnée de laudanum, quand l’insomnie fatiguait trop le malade. Le laurier-cerise manquait dans nos hôpitaux de Constantinople, dont la pharmacie était pauvre en antispasmodiques.
Des hyposthénisants ont été essayés dans cette période d’excitation : la vératrine et d’autres agents de cette nature nous manquant, nous avons eu recours à la digitale pourprée, sans en obtenir d’effets bien manifestes.
Les excitants n’ont pas d’indication dans celte période de la maladie. Les Ioniques, bien rarement administrés aussi dans les cas de typhus solitaires, trouvent néanmoins des indications dans les circonstances où l’adynamie se dessine de bonne heure.
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Dans les cas de typhus complexes, sévissant sur des individus usés, fatigués, malades, les toniques trouvent au contraire leur emploi dans un nombre notable de cas : c’est ce qui s’est présenté surtout en 1855.
Les acides minéraux, notamment l’acide sulfurique, ont été préconisés en Allemagne, comme constituant le traitement principal. M. Netter, qui les a essayés dans quelques cas, croit qu’ils agissent favorablement. i\I. Verollot, au contraire, a renoncé aux acides minéraux et végétaux pour les boissons alcalines. Il faut distinguer : les boissons alcalines conviennent dans les typhus sévissant sur des individus à sang riche, chez lesquels des congestions intenses se produisent : fluidifier le sangest alors indiqué. Au contraire, chez les scorbutiques, cachectiques, les acides minéraux, l’eau de Rabel, etc., se présentent comme indication. Dans les cas ordinaires, on peut donner une boisson indifférente, comme l’eau gommeuse, ou une limonade légèrement acidulée avec les acides tartrique ou citrique.
Des compresses d’oxycrat, ou mieux d’eau sédative, seront appliquées sur le front. Nous n’avons jamais pu nous faire donner de glace à l’hôpital de Péra, quoiqu’on en conserve et qu’on s’en procure facilement toute l’année à Constantinople.
Il est important de placer le malade dans une salle vaste et aérée, d’ouvrir le plus possible les fenêtres,
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de le changer souvent, de l’isoler, d’entretenir une stricte propreté; chaque malade devra avoir deux lits pour faciliter ces soins.
Dans les premiers jours d’un typhus à début lent, ou quand des accès laissent entre eux des intervalles de quasi-santé, nous recommanderons au malade, avec Hildenbrand, de ne pas garder la chambre, d’aller à l’air, de se promener même à cheval, s’il le peut. .
La diète est de rigueur dans cette période; cependant, aux cachectiques qui manifestent quelque appétence, on peut accorder des bouillons.
Letraitement que nous venons de tracer concerne les individus robustes; mais quand le typhus sévit sur une constitution ruinée et coïncide avec une cachexie ou une maladie organique profonde, il est clair que devant ce deliquium général des organes et cette destruction des forces radicales, on s’abstiendra de toute débilitation pour recourir aux toniques, au vin, aux boissons aromatiques, aux révulsifs, etc. La potion avec extrait de kina et éther, le café, le chlorhydrate d’ammoniaque rendent alors des services.