II. Durée
La durée du typhus a été plus longue en France qu’à Constantinople, mais la mortalité a été bien moindre. Voici quelques chiffres relatifs à la durée du typhus en France jusqu’à la convalescence. M. Bally, à Marseille, donne dans un passage quatorze à vingt jours, et dans un autre neuf à quatorze, dernier chiffre qui se rapprocherait davantage de la moyenne de Constantinople, qui est de dix à onze jours en 1856. M. Garcin, à Neufchâteau, arrive probablement à treize ou quatorze jours, d’après le compte rendu que j’ai lu de sa note à l’Institut (séance du 16 juin 1856). M. Canat, à Chalonsur-Saône, vingt jours. M. Chauffard, à Avignon,
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fait commencer la période de rémission du quatorzième au vingtième jour, mais aune époque plus rapprochée du premier que du second chiffre ; sa période de rémission n’est pas encore la convalescence. ( Leclure à /’ Académie de médecine de Paris, le 17 juin 1856.) M. Godelier, au Val-de-Gràce, quatorze à quinze jours jusqu’à la convalescence. {Lecture à l'Académie, en juillet 1856.) M. Billot met la convalescence au huitième ou dixième jour, et ne donne pas la durée des cas mortels. Ailleurs (p. 14) il dit que les accidents atteignent leur plus haute période le troisième ou quatrième jour, pour ne plus se dissiper que vers le quinzième ou seizième jour. Contradiction !
Médecins de la marine. — M. Montgrand, typhus des vaisseaux en 1855 [Gazette des hôpitaux, décembre 1855), quinze jours jusqu’à la convalescence, vingt-six jusqu’à la guérison complète. M. Arnoud, à l’hôpital de la marine à Thérapia, près Constantinople, a donné, dans une de ses lectures à la Société impériale ottomane, dix jours de durée au typhus, comme nous à peu près ; mais il s’agit du typhus sur place. Je n’ai point de documents précis sur les typhus de la marine dépaysés; mais, à lire leurs descriptions, à voir leur marche parfois si lente, on peut croire que leur durée a été également plus prolongée. Cela est évident, entre autres pour le Sané.
Donc, en résumé, hors du foyer épidémique, les typhus semblent avoir été plus longs. Reste à savoir si celte longueur ne vient pas de ce qu’on n’a pas compté les typhus légers et de courte durée.
IIE. Début.
1 0 Marine. — Il a beaucoup varié. M. Arnoud, qui a étudié avec le plus grand soin le début des différentes épidémies qui ont sévi sur les navires de la marine impériale, a constaté de grandes différences, et il est parvenu à en rattacher quelques-unes, la forme catarrhale, par exemple, aux conditions dans lesquelles les hommes s’étaient trouvés. Sur le Vauban, le début est catarrhal (Arnoud). Sur le Fleuras le début simule la grippe, avec son état catarrhal et ses sensations douloureuses. ( Lettre de M. Charpentier , chirurgien du bord, à M. Arnoud.) M. Simon, chirurgien du Magellan, croit pendant quelques jours qu’une simple épidémie grippale et catarrhale sévit sur les marins, et M. Macret, médecin en chef de l’hôpital de la marine à Kalk, constate les mêmes phénomènes ; mais c’est le vrai typhus, ainsi que la suite le prouve. Sur le Sané , les débuts sont également lents, graduels et ne présentent d’abord que d’insignifiants symptômes , comme courbature, fièvre, céphalalgie très-légère, langue humide et blanchâtre. ( Lettre de M. Remiel ,
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chirurgien du bord, à M. Arnoud.) Sur Y Eldorado, d’après une lettre de M. Lemaire, chirurgien du bord, le début se serait rapproché de celui que nous avons donné comme la règle dans les typhus sévissant sur des hommes sains : la congestion et la réaction pouvaient faire croire à une fièvre synoque.
2° France. — A Avignon, d’après M. Chauffard, le début a présenté un signe pathognomonique, ce sont les bourdonnements et les tintements d’oreille tout à fait à l’origine ; puis viennent bientôt l’embarras de la parole, le tremblement des mains, etc. Les hommes observés par M. Godelier venaient de voyager par le froid humide, et sans moyens de protection suffisants : pendant trois ou cinq jours, avant la déclaration de la maladie, ils ont présenté de l’embarras gastrique, quelques troubles dans la calorification et dans le sommeil, de la lassitude, quelques douleurs, etc. Les débuts intermittents disparaissent, dans le typhus dépaysé, pour faire place aux débuts continus ; cependant quatre sujets, sur neuf typhiques, ont présenté des accès intermittents à M. Garcin. M. Billot, à l’hôpital du Lazaret du Frioul, écrit que le typhus débute brusquement et arrive vite à sa plus haute période d’acuité.
3° Crimée. — Les débuts y ont été les plus divers : tantôt très-brusques, tantôt graduels à forme advnamique ou à forme catarrhale, tantôt continus,
tantôt rémittents, tantôt intermittents. M. Mouchet assigne au début ou à la période d’invasion une durée qui (lotte entre moins d’un jour et cinq jours. Ces prodromes sont ainsi caractérisés : « malaise subit, lassitude générale, céphalalgie, insomnie ; presque tous les malades déclarent le même fait ; fièvre d’abord intermittente dont les accès reviennent avec régularité, se rapprochent et deviennent bientôt continus ; presque tous les malades ont de l’embarras gastrique. »