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Mauvaise nuit, le malade dit ne pas avoir reposé

a parlé haut en rêvassant; selle la nuit. L'intelligence

est nette et prompte. Salins cause facilement et répond longuement. Céphalalgie pulsative assez vive, surtout temporo-frontale, lancinante par instants. Les douleurs continuent dans les mollets, un peu de malaise épigastrique. Pas de surdité; vertiges, étourdissements; bourdonnements d'oreilles. Faciès turgescent, joues rouges, conjonctives injectées, pupille contractée. Grand abattement. Fièvre vive, pouls à 120, développé, souple, un peu mou; épistaxis; peau chaude sans sécheresse ; 38° 1/2 sous l'aisselle. Soif vive, bouche sèche ; la langue se sèche aussi; le mucus est brun noirâtre et desséché au centre et à la pointe; c’est un fuligo commençant le cinquième jour; les mucosités sont abondantes dans la bêuche, dans l'arrière-gorge et dans les narines. Une selle diarrhéique dans la soirée, mais pas de selles dans la matinée. Ventre empâté, indolore à la pression ; gaz dans la fosse iliaque gauche, pas à droite. Douleur oppressive sternale; toux; crachats muqueux, fréquents et abondants; respiration courte, un peu spasmodique, fréquente; je ne perçois aucun râle chez ce malade qui ne fait que de petites inspi-

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rations, quoiqu’on lui dise de respirer largement ; la respiration est un peu soufflée à la partie supérieure des deux poumons. Taches rosées, un peu plus vives que celles de la fièvre typhoïde, pâlissant et quelques-unes disparaissant même à la pression, nombreuses, siégeant sur le tronc et sur les membres, plus larges au dos, plus confluentes sur la poitrine que sur l’abdomen, petites, assez nettes, assez régulièrement arrondies. — Pr. bouillon que le malade a désiré, limonade, potion avec extrait de kina 4 grammes pour la journée; et, pour le soir, potion avec camphre 1 gramme, et teinture d’opium 12 gouttes. Dans la soirée, la fièvre n’est pas plus vive, mais le malade trouve son bouillon amer et ne le prend pas.

23. — N’a pas dormi; a parlé et rêvé tout haut. Pouls développé mais mou, à 115. Une selle la nuit, pas dans la journée. Soif modérée; le fuligo augmente ; ventre souple, indolore, sans météorisme ni gargouillement. L’intelligence est toujours normale. Céphalalgie légère, les douleurs des jambes ont à peu près disparu. A peine un peu de toux, pas de râles, expectoration moindre qu’hier. Même régime ; il prend son bouillon avec plaisir.

24. — A dormi, n’a pas rêvé haut. Le fuligo augmente, mais l’intelligence se maintient. Le malade dit ne souffrir nulle part. Le faciès et les conjonctives ont la teinte rouge vineux caractéristique. JPas de selles, ventre indolore et sans gargouillement. Pas de râles, pas de toux ; un peu d’expectoration. La plupart des taches restent à l’état où nous les avons décrites, mais d’autres deviennent pétéchiales, plus profondes, s’élargissent, se frangent, se foncent en couleur, ne pâlissent plus guère à la pression. Le soir la recrudescence est peu marquée. Le malade est donc mieux qu’hier. Le pouls, à 116, est mou, dépressible, quoique assez large. Cet état du pouls, et l'insensibilité

OBSERVATIONS

commençante, qui fait dire au malade qu'il ne ressent plus aucune douleur, m'engagent à continuer les toniques et à y ajouter du bordeaux. Le maintien de la fièvre et de la turgescence à la tête, et la rareté des urines qui sont rouges et épaisses, me paraissent demander l'adjonction du nitre. Bouillon, quart de bordeaux, limonade 5 litres, potion de kina dans la journée, potion camphrée à 1 gramme et nitrée à S décigrammes dans la soirée.

25. — A beaucoup rêvé et parlé haut, a été agité la nuit, mais dit avoir dormi ; trois ou quatre selles la. nuit; ce malade appelle l'infirmier quand il a des besoins, ou il prend lui-même le vase. Intelligence nette, mais moins de promptitude et d'étendue dans les réponses. Grand abattement. Le malade se couche sur le dos, ou sur l'un et l’autre côté. La sensibilité est exacte aujourd'hui : le malade n'aime pas qu'on le touche, il a des douleurs dans la tête, le dos, les bras, les jambes; il se plaint presque continuellement, mais tout doucement. La respiration, depuis hier déjà, n’est plus courte et saccadée, mais haute, large, un peu suspirieuse; la toux est un peu revenue, avec râles bronchiques muqueux mêlés de quelques râles sibilants. Le fuligo augmente; soif ; ventre douloureux à la pression, sans météorisme ni gargouillement. Pas de surdité. L'embonpoint est conservé. Les taches ont presque toutes tourné à l’ecchymose et sont ineffaçables : celles qui sont restées rosées disparaîtront avant les ecchymotiques. Le pouls est plus fort qu'hier, à 102 dans la journée, le malade délire et se lève éperdu; reconduit à son lit, il se couche, et, quand on l'interroge, il répond sensément, pour délirer quand on l'abandonne à lui-même. Un peu de diarrhée. Prescription : bouillon, que le malade prend bien, quart de bordeaux, riz gommé A litres, potion avec extrait de kina A grammes, et laudanum 12 goût-

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tes, un quart de lavement amylacé opiacé, cataplasme laudanisé sur le ventre.

26. — Diarrhée la nuit; le malade a été sous lui; il s’est plaint, a déliré, sans agitation bien considérable, sans tentatives pour sortir du lit. Dans la journée, deux selles. Intelligence nette quand on parle au malade, mais du délire par moments quand on ne lui adresse plus la parole. Il répond, du reste, moins bien qu’hier. Le malade croit avoir manqué à son capitaine, mais il en prend gaîment son parti, dit-il. Si on le raisonne, il reconnaît aisément que c’est un rêve. Soif vive; ventre toujours douloureux, mais souple; je palpe et percute la rate qui ne déborde pas, mais la pression éveille des douleurs. Épigastre et hypochondre un peu tendus. Le fuligo est considérable; la bouche est obstruée de mucosités, et le malade arrache ses crachats avec ses doigts. Respiration gênée, haute, suspirieuse, accélérée; toux fréquente, expectoration difficile; le malade a craché partout, à terre, sur son lit, pas dans son crachoir ; quelques crachats ont teint de sang les draps du lit. Râles muqueux, fins et sibilants à gauche. Pouls à 112, assez développé, souple sans mollesse. J’examine avec soin l’éruption : elle est confluente, les cuisses en sont couvertes ; il y a au dos quelques pétéchies d’un centimètre de diamètre; on distingue toujours des taches d’un pourpre clair ou d’un rose vif, et des taches pétéchiales plus foncées. — Prescription : diète ; infusion pectorale 6 litres; huit ventouses scarifiées sur la poitrine, à gauche ; potion avec extrait de kina 2 grammes, et laudanum 20 gouttes, un quart de lavement amylacé opiacé.

27. — La nuit est meilleure, mais le malade parle encore tout haut; il a eu deux selles et a pris luimême le vase. Le matin, je trouve la fièvre très-vive, la peau très-chaude sans sécheresse, le pouls à 122, déve-

OBSERVATIONS

loppé, assez résistant, le thermomètre marque un peu plus de 38 degrés sous l’aisselle. Le malade dit ne souffrir nulle part, et il prétend ne jamais avoir eu de céphalalgie; l'insensibilité est donc revenue. Le faciès et les yeux conservent leur coloration. J’observe pour la première fois quelques soubresauts de tendons. Pas de surdité, mais bourdonnements d'oreilles, vertiges, sentiment d’ivresse extrême ; décubitus gauche. Le fuligo persiste ; pas de selles dans la journée. Réponses moins nettes et moins promptes, mais le malade tire et rentre assez facilement sa langue. Le ventre est encore un peu douloureux à la pression, sans gargouillement. L’éruption est à son apogée comme confluence et comme couleur* Vingt-quatre inspirations par minute ; respiration suspirieuse; râle crépitant limité à la partie moyenne du poumon gauche, toux; crachats visqueux, pneumoniques, avec du sang en partie combiné aux mucosités, en partie séparé; le sang n’est pas vermeil, mais rouge brun. — Prescription : diète ; infusion pectorale 6 litres; potion camphrée à un gramme et nitrée à un gramme ; vingt-quatre sangsues en regard du noyau pneumonique. Je revois ce malade à trois heures aprèsmidi. Les sangsues ont bien saigné; le pouls est plus large, mais moins fréquent puisqu’il bat 115 fois, le malade s’agite beaucoup. Vers neuf heures du soir la fièvre tombe encore.

28. — Parle, délire, s’agite toute la nuit ; deux selles molles et abondantes. Assoupissement, paupières baissées par instants, d’autres fois œil ouvert mais hagard. Fièvre vive, peau chaude sans sécheresse, pouls fort, développé, à 112. Salins tousse peu et ne crache plus; peut-être avale- t-il ses crachats? Signes moins prononcés, fournis par l’auscultation à gauche. A droite, râles muqueux généraux ; ronflements à la base, et, au sommet, muqueux fins, assez secs, mêlés de plus grosses bulles; de côté cra-

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quement sec; 52 inspirations par minute. Thermomètre à 38° 1/2 sous Faisselle. Répond encore assez longuement, et raisonnablement, mais d'une voix chevrotante. Abdomen un peu météorisé, un peu douloureux à la pression, sans gargouillement; une selle dans la journée. — Prescription : bouillon, 3 litres de lin nitré à 5 grammes par litre, potion camphrée opiacée, 1/4 de lavement amylacé opiacé , que le malade garde quelque temps.

29. — A beaucoup parlé la nuit; a eu deux selles. Assoupissement, surdité ; il faut crier et insister pour avoir des réponses qui, du reste, sont raisonnables. Se plaint parfois et parle haut. L’éruption est stationnaire. Pouls fort, plein, sans mollesse, à 112. La poitrine va mieux : 35 inspirations faciles; les crachats ne sont plus sanglants, je ne perçois plus de râle crépitant au poumon gauche, mais seulement des râles muqueux aux deux bases. Ce brusque changement me paraissant singulier, j’ausculte de nouveau dans la soirée : même constatation. Pas de matité. Deux selles dans la journée. Diète, potion camphrée opiacée; lin nitré comme hier; 1/4 de lavement amylacé opiacé, qui est conservé par le malade.

30. — A parlé, rêvé toute la nuit, a eu de la carphologie ; une selle. Dans la journée répond très-bien et assez longuement; la surdité a diminué. La fièvre est moindre : pouls à 88 seulement. Le fuligo se maintient. Le visage est d’un rouge moins sombre. Météorisme et douleur abdominale à la pression. Un peu de toux seulement. Pas de diarrhée. Amélioration évidente; le malade a faim. Vers cinq heures, délire violent, agitation, loquacité, sorties de lit, application du corset de force. Cet état se prolonge toute la nuit. Une infusion de tilleul; camphre et opium; deux vésicatoires ordonnés à la visite du soir.

OBSERVATIONS

31. — Même état. Aucune selle. Odeur de souris; ce malade urine sous lui.

1er janvier 1856. — Perte de connaissance, délire continu, carphologie, soubresauts de tendons, le pouls est à 100, odeur de souris, l'éruption pâlit. Pas de diarrhée; météorisme léger. Coma; peu de sensibilité. Dans la journée, l'agitation se calme, mais le malade marmotte et conserve de la carphologie. 11 répond en tremblotant, mais très-juste et assez longuement, quand on l'interroge à haute voix. La fièvre est tombée : pouls à 82, souple, ample. Amaigrissement considérable. — Prescription : potion camphrée opiacée; tilleul.

2. — A été mieux la nuit. La sensibilité revient, le coma a fait place à la simple stupeur. Se plaint de céphalalgie. Le malade fume sa pipe, les joues étant paralysées. Plus de diarrhée. La fièvre est fort modérée. Il y a un mieux évident dans la journée. Le soir, redoublement fébrile, sueurs et urines abondantes et critiques. Potion camphrée opiacée.

3. — Mieux marqué; peau encore sudorale; réponses plus faciles ; pouls ample, souple, à 58 seulement. La langue se nettoie. Ventre un peu inétéorisé mais indolore. Le malade dit ne souffrir nulle part. Il ne fume plus sa pipe. 11 tousse fort peu; plus de râles pulmonaires. Pas de diarrhée. Il répond très-bien, par petites phrases suivies. Potion camphrée opiacée.

4. — Le mieux continue et se consolide. Potion avec kina et camphre.

5. — La convalescence est déclarée. Sommeil réparateur. Intelligence très-nette, le malade parle parfaitement. Plus de fuligo. Il a faim. Il s’assied seul sur son lit. Chocolat avant la visite du matin, panade au gras, quart de bordeaux, qui est continué les jours suivants, tilleul, potion avec 2 grammes de kina, et laudanum 10 gouttes.

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6. — La convalescence est très-rapide; le malade parle d’une manière normale ; le fuligo a disparu très-vite. 11 ne reste que de légères traces de pétéchies, et des furfures à la place de celles qui ont disparu. L’intelligence est revenue à son état naturel avec une remarquable promptitude. Appétit prononcé. Chocolat ; panade au maigre avec deux œufs; quart de bordeaux ; potion avec kina laudanisé. Le laudanum procure du calme, et sert de correctif à l’alimentation qui pourrait ramener de la diarrhée.

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