‹ Du typhus de l'armée d'OrientChapitre 15 sur 83 · A. SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

A. SYSTÈME NERVEUX

L'état des fonctions intellectuelles tient plus de la perversion que de l'abolition; il y a un mélange de stupeur et d'exaltation; le genre dominant de délire se rapproche de l'hallucination. Les phénomènes nerveux et intellectuels de cette période se rapprochent beaucoup de ceux d'une ivresse qui n'est point poussée jusqu'au collapsus crapuleux. Tous les phénomènes nerveux, plus ou moins marqués dès les commencements, prennent vite de l'intensité. On voit des malades délirer la première nuit. Ces phénomènes ne sont d'abord bien remarqués que la nuit; ils s'apaisent presque entièrement le matin, pour reprendre le soir et continuer la nuit suivante;

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puis, la continuité s'établit de plus en plus. Souvent, pendant les deux premiers jours, plus longtemps même dans les cas légers, tel malade qui a déliré la nuit nous répond très-bien le matin.

Le délire tient de l'hallucination, et souvent, comme Hildenbrand l'avait remarqué, il roule autour d'une idée fixe; le malade rêve éveillé, il parle haut, assiste à des scènes, voit des chimères. L'insomnie est opiniâtre et caractéristique, surtout dans la seconde période. Déjà dans la première période la malade se lève quelquefois la nuit, éperdu, délirant. Si on l'interpelle, la nuit même, il répond bien; dans la journée, il rend clairement compte de son état, et paraît peu souffrir. Il y a ordinairement un état vertigmeux, qui se manifeste surtout quand on fait asseoir le malade pour l'ausculter. Dans cette position, il titube parfois et ses mains peuvent être tremblantes, dernier phénomène bien plus rare quand le malade est couché. Des défaillances peuvent aussi survenir. Les tintements d'oreille sont fréquents, mais ils peuvent manquer quelquefois, car, chez plusieurs sujets, l'interrogation la plus instante n'a pu les faire avouer. Les phénomènes spasmodiques ne sont pas très-intenses dans celle période . Nous avons cependant noté parfois le tremblement de la langue et des membres.

La céphalalgie est ordinairement générale, mais avec intensité plus marquée à la région frontale,

surtout orbitaire. Elle est assez intense, sans être très-violente, en général; exceptionnellement elle est atroce. Elle diminue le plus souvent à mesure que la maladie marche. Elle a d'ordinaire un fond gravalif, avec des pulsations et quelquefois des élancements, surtout dans les yeux. Plus rarement elle est purement lancinante. D'autres douleurs peuvent encore se manifester, sans parler du brisement des jambes et du sentiment contusif à peu près constant; ces douleurs, quelquefois vives, siègent dans les membres, dans les articulations, plus rarement dans le tronc, et existent environ dans un sixième des cas. C'est dans les derniers jours de cette période et dans les premiers de la période suivante, que se montrent quelquefois ces hypéresthésies ou ces anesthésies partielles dont nous avons déjà parlé à la Société impériale ottomane. Les premières siègent le plus souvent à l'abdomen et au thorax : le moindre attouchement fait tressaillir le malade. Le docteur Arnoud, médecin en chef de l'hôpital de la marine à Thérapia, nous a fait voir un marin dont le tégument externe présentait ce phénomène. Les anesthésies existent plutôt aux membres. Enfin trois ou quatre fois nous avons noté des douleurs atroces dans les oreilles, au fond des orbites, à l'épigastre, phénomènes accidentels et nerveux. Les paralysies ou semi-paralysies appartiennent plutôt à la deuxième qu'à la première période.

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Les organes des sens sont plus ou moins lésés, quelquefois peu; tintements ou bourdonnements d'oreille, avons-nous déjà dit, mais qui peuvent manquer. Il y a souvent un peu de photophobie, et la vision a perdu un peu de sa netteté. La contraction de la pupille mérite d'autant plus d'être remarquée que, dans la fièvre typhoïde, elle est ordinairement dilatée. M. Fauvel insiste sur ce phénomène.

Nous avons parlé du mélange d'hébétude, voire même de stupeur et d'excitation de cette période. Dans la seconde, la stupeur prendra le dessus. Le mélange d'excitation est bien plus prononcé que dans la fièvre typhoïde. L'hébétude se manifeste presque d'emblée dans le typhus, c'est-à-dire beaucoup plus vite que dans la dothinentérie : c'est sa rapidité plutôt que son intensité qui la caractérise dans le typhus. En effet, elle est souvent peu marquée, à peine saisissable le matin, dans les premiers jours ; et à toute heure on en tire promptement le malade, qui alors répond avec justesse et sans trop ménager ses paroles.

Il y a moins d'assoupissement que dans la fièvre typhoïde; quand le malade reste immobile en supination, plus ou moins isolé de ce qui se passe autour de lui, il laisse souvent les yeux ouverts, ou, quand il les ferme, c'est presque toujours sans sommeiller, et on attire facilement son attention.

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Les frissons sont rares, fugaces, insignifiants, La plupart des nnalades n'en ressentent pas. Nous n'appellerons pas frisson ce sentiment de froid qui saisit parfois le malade en moiteur, qu'on vient à découvrir. Assez rarement un petit frisson précède les exacerbalions vespériennes; les recrudescences plus violentes et plus marquées qui se rapprochent plus ou moins de véritables accès, s'accompagnent ou non de frissons.

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