G. ACCIDENTS DIVERS
Les gangrènes, parotidites, abcès, dégénérescences des plaies, paralysies, angines malignes, érysipèles, etc., peuvent survenir pendant les précédentes périodes, notamment pendant la deuxième; mais nous les indiquons ici parce qu'elles appartiennent plus essentiellement à cette époque de la maladie.
Gangrènes. Elles ont été beaucoup plus fréquentes en 1855 qu'en 1856. C'est la gangrène de la bouche, toujours mortelle, que nous avons le plus souvent notée ; puis viennent les gangrènes de larégion parolidienne,de l'aine, du scrotum, etc.
210 DU TYPHUS DE l'aKMÉE d'oKIENT.
Nous avons parlé d'un sujet dont une foule de taches de l'exanthème lyphique étaient devenues autant de points gangréneux. Notons bien ici que, contrairement à ce qui se passe dans la dothinentérie, les gangrènes n'affectent point avec prédilection le sacrum, les régions Irochantériennes, en un mot, les endroits soumis à la pression. Les cheveux ne tombent pas comme dans la fièvre typhoïde, chez les individus qui n'ont parcouru que les premières périodes ; ils tombent même rarement chez ceux qui ont présenté l'état typhique et putride. Il est bon de faire ressortir en passant ces différences, sur lesquelles nous insisterons plus tard.
Notre ami si regretté, le docteur Rampont, qui a succombé au typhus, a observé deux cas de sphacèle des jambes chez des typhiques. Un des deux a survécu à l'amputation qu'il lui avait pratiquée.
Parolidiles. Elles se sont montrées également beaucoup plus fréquentes en 1855 que pendant l'épidémie de 185G ; à cette dernière époque, elles ont même été rares dans mon service. La phlegmasie atteint les parties les plus profondes du tissu cellulaire de la glande et semble l'affecter d'emblée dans toute son étendue. La suppuration s'établit très-vite : après deux ou trois jours de rénilence, de gonflement, de douleur, de rougeur et de chaleur de la région parotidienne, on sent parfois déjà une fluctuation obtuse, et il faut se hâter de
HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l'ÉPIDIÎMIE. 2H
pratiquer deux ou trois incisions profondes. Ces parotidiles, uniques ou doubles, sont toujours très-gi-aves. Elles surviennent d'ordinaire dans la deuxième et surtout dans la troisième période ; mais M. Ganderax et moi, nous en avons vu se manifester dans les premiers jours de la maladie.
Erijsipèles. Ils sont rares, et siègent à la face, à la poitrine, aux cuisses, etc.
Abcès. Il survient quelquefois des abcès froids. M. Ganderax a vu une éruption pustuleuse qui rappelait la morve. Nous avons observé l'ecthyma cachectique, le rupia escharrotica, etc.
Dégénérescences des plaies. En 1855 surtout, il était impossible de mettre des vésicatoires en permanence, et il n'était même pas prudent d'en apposer de volants : la pourriture d'hôpital, qui régnait alors avec intensité, ou même la gangrène, s'en emparaient presque immanquablement ; ou bien la surface du vésicatoire se desséchait, se durcissait, prenait une couleur d'un rouge vineux, et cet îlot était ceint d'une auréole ulcéreuse de mauvais aspect qui gagnait en étendue et en profondeur. En 1856, ces graves complications ont été moins fréquentes, et il était possible de mettre des vésicatoires volants, à la condition de pratiquer de simples mouchetures pour évacuer la sérosité de l'ampoule, et de garantir la surface de toute écorchure, soit par la position du malade, soit par un épais ma-
telassement, mieux encore par les deux moyens réunis.
Angines pultacées. Ces angines sont à peu près toujours mortelles, et ne surviennent guère d'ailleurs que dans les cas graves ou sur des individus déjà détériorés. L'enduit humide pultacé envahit jusqu'au larynx. Elles s'accompagnent souvent d'aphonie et d'impossibilité de la déglutition. La diphtérite est rare.