‹ Du typhus de l'armée d'OrientChapitre 31 sur 83 · H. PARALYSIES, IMBÉCILLITÉ, ETC · texte numérisé non relu

H. PARALYSIES, IMBÉCILLITÉ, ETC

Les paralysies diverses des muscles de la vie de relation ou des organes appartenant à la vie végétative surviennent surtout, mais pas exclusivement, chez les sujets dont la maladie a atteint et parcouru la troisième période. Nous en dirons autant de la diminution de l'ouïe, de la vue, de la mémoire, cnfinde l'imbécillité plus ou moins longue qui survit parfois au typhus.

40 Typhisation à petite dose.

Il est peu de médecins militaires, d'aumôniers, de sœurs, d'infirmiers attachés aux salles, qui n'aient ressenti quelque influence de typhus. Quelquefois cette influence est légère et passagère, mais dans d'autres circonstances les phénomènes sont plus graves, et nous semblent mériter le nom de

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typhisation à petite dose. Pendant deux mois et demi, février, mars et la première quinzaine d'avril 1856, nous avons présente nous-même un des exemples les plus complets de typhisation à petite dose, et nous nous servirons beaucoup de notre propre observation pour tracer la symptomalologie de cet état, qui est vraiment déjà pathologique. Avec un peu d'énergie morale, on peut continuer à vaquer à ses occupations : ainsi, nous n'avons gardé la chambre et le lit que deux jours. Mais après les fortes poussées, après les vives recrudescences dans les symptômes, il sera prudent d'employer quelque médication, que nous ferons connaître bientôt, et de s'abstenir deux ou trois jours de s'intoxiquer de nouveau dans le foyer méphitique des salles encombrées.

Bon nombre de médecins sont arrivés, par cette typhisation à petite dose, à une sorte d'assuétude, de tolérance, de saturation typhique insensible ; mais, chez d'autres, le vrai typhus s'est déclaré à une époque variable de cette typhisation ; et, dans quelques cas, il a été plus grave et plus rapide.

En réunissant tous les symptômes de la typhisation, rarement coexistants chez le même individu, ou pourrait presque composer un vrai typhus qui, au lieu de parcourir son évolution en peu de jours et de marcher avec des symptômes graves et aigus, déroulerait ces symptômes mitigés dans un plus

long espace de temps et avec moins d'acuité.

Embarras gastrique, perte de l'appétit, quelques nausées, même des vomissements, léger malaise épigastrique, un peu de constipation quelquefois entrecoupée de diarrhée fétide. Céphalalgie obtuse, plus vive par intervalle. Nouç avons eu une céphalalgie obtuse pendant deux mois et demi, qui se dissipait dans la journée par la promenade en plein air, pour reparaître le lendemain matin à l'hôpital. La tête était embarrassée, le travail intellectuel fatigant et pénible. Dans la journée la céphalalgie ' disparaissait, mais les idées et même la vue restaient comme obtuses, voilées. La sommeil est souvent entrecoupé et des rêves pénibles et suivis l'agitent. Quelques personnes ont des idées bizarres, tristes, lugubres, de sinistres pressentiments. Le docteur Leclerc , qui a succombé au typhus à Ramis Chiflick, a été tourmenté de ces idées pendant quinze jours. Un autre confrère collait du papier sur les interstices de son plancher, croyant que c'étaient autant de bouches vomissant le miasme typhique. Tous, du reste, mus par le sentiment du devoir, continuaient obstinément leur service malgré cet état mental. Quelques confrères, notamment le docteur Barudel, qui n'a jamais discontinué sa visite, croyaient voir des trappes ouvertes sous leurs pas, phénomène qui s'est représenté chez les deux sœurs de mon service (sœur Clotilde et sœur

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Justine). Ces religieuses se sont même laissées choirplusieurs fois. croyant tomber dans cesgouffres béants entre les lits des malades qu'elles n'ont quittés que pour s'aliter elles-mêmes, frappées par la commune épidémie. Enfin il n'était pas rare de \oir un médecin défaillir, tomber un moment sur le lit d'un typhique, se relever et continuer sa visite. Un sentiment vertigineux, quelques bourdonnements d'oreilles, des lassitudes spontanées, du brisement des jambes, ont souvent accompagné la typhisation.

Cet état est rarem'ent tout à fait apyrétique ; il y a souvent le soir un petit mouvement fébrile, précédé on non de quelques frissons, qui se continuent une partie de la nuit. Dans la journée on ressent parfois des bouffées de chaleur à la tête, des étouff'ements, avec moiteur subite. Plus rarement ce sont des frissons intenses : nous en avons eu qui ont duré quatre ou cinq heures. Enfin on a noté quelques accès vraiment intermittents qu'il n'était pas possible d'attribuer à l'impaludation.

Une sueur abondante, provoquée ou non, desselles spontanées ou dues à un purgatif, voire même une libation copieuse ayant amené de l'excitation et de la diaphorèse, pouvaient débarrasser par intervalles de ce malaise , mais celui-ci reparaissait le plus souvent, le sujet continuant à remplir ses fonctions dans des milieux typhiques. Nous avons été passa-

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gèrement dégagé quatre ou cinq fois, puis i)ientôt repris. A notre arrivée en France nous avons encore probablement purgé un reste de miasme, car une série d'accidents ont recommencé, accidents qui nous étaient inconnus avant le typhus de l'armée d'Orient (1).

Mon père, ancien médecin de l'armée d'Espagne, sous le premier empire , auquel je communiquais mes observations à ce sujet, en a trouvé de concordantes dans son souvenir; seulement dans ce typhus, plus souvent caractérisé par des paralysies que le nôtre, la typhisation à petite dose se manifestait plus souvent aussi par des douleurs et de la diminution dans la sensibilité et la motilité d'un ou de plusieurs membres.

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