‹ Du typhus de l'armée d'OrientChapitre 54 sur 83 · DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

Le diagnostic différentiel du typhus a une importance qu'on ne retrouve guère dans l'histoire des autres maladies; en effet, la question de l'identité ou de la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde, c'est-à-dire la question du diagnostic, a préoccupé jusque dans ces derniers temps tout le monde savant, et c'est précisément le typhus de l'armée d'Orient qui est venu donner une large et définitive solution, appuyée sur un nombre formidable d'observations concordantes.

La méningite cérébro-spinale épidémiqiie se distingue du typhus par les caraclères suivants : elle aboutit rapidement, parfois en quarante-huit heures, à la suppuration ; rien de pareil pour le typhus; on ne trouve pas de pus, même à une époque trèséloignée, comme le dixième, le vingtième jour. M. Mœring n'a pas pu découvrir un globule de pus dans deux cents autopsies; j'en ai trouvé une fois.

Le typhus n'offre point les symptômes suivants

de la méningite cérébro-spinale épidémique : exaltation initiale de la sensibilité, avec cris, plaintes ; céphalalgie toujours violente, souvent atroce, rachialgie, douleurs vives dans les membres et dans les articulations; raideur du cou, de la mâchoire, opisthotouos ; décubitus latéral en Z ou abdominal, air de souffrance , aspect douloureux qui fiappe l'observateur. La méningite a une marche beaucoup plus coupée d'exacerbations, souvent multiples dans une journée, et de diminutions très-notables dans les symptômes. La constipation opiniâtre, les vomissements de matières vertes, appartiennent à la méningite ; dans cette maladie le poumon jouit d'une immunité qui contraste avec les lésions si fréquentes dans le typhus. La circulation présente aussi dans la méningite des variations qu'on ne retrouve pas dans le typhus. Dans certains cas, il y a fièvre vive, pouls plein et fréquent; dans d'autres, apyrexie complète, ou même chute de pouls au-dessous de sa fréquence normale, et refroidissement. Les congestions typhiques du foie, de la rate, des reins, et le catarrhe des muqueuses en général, manquent dans la méningite. Assez souvent cette maladie s'accompagne, comme le typhus, de rougeur congestive du faciès et des conjonctives; d'autres fois, c'est la pâleur qu'on observe. La pupille est bien plus souvent dilatée que contractée dans la méningite; c'est tout le contraire dans la

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première période du typhus. M. Boudin dit qu'un sujet qui a eu la méningite est très-exposé aux récidives, et il rapporte le fait d'un militaire qui en a. eu quatre atteintes. Or, il n'y a pas de rechutes de typhus; mais diverses affections consécutives peuvent amener une rechute de maladie, et non pas une rechute de typhus; quant aux récidives, elles sont au moins très-exceptionnelles , et nous n'avons jamais pu en constater à Constantinople. Dans la méningite, l'éruption est très-inconstante et trèsvariée dans ses formes ; elle semble n'avoir eu rien de caractéristique dans aucune des nombreuses épidémies qui ont régné ; la plupart des épidémies du typhus se sont accompagnées, au contraire, d'éruptions qui, dans beaucoup, ont été caractéristiques et à peu près constantes. La méningite ne naît pas de l'encombrement, et on l'a vue attaquer parfois de préférence les chambres les mieux aérées et les moins peuplées; c'est une opposition complète avec le typhus qui naît toujours de l'encombrement. Quelques faits établissent qu'elle est transportable par une troupe changeant de garnison, et qu'elle est, peut-être quelquefois, transmissible; mais il y a une énorme différence entre celte transmissibilité rare et éventuelle et celle du typhus. La méningite ne s'est jamais répandue et établie dans les hôpitaux d'une manière tant soit peu comparable à ce qui est arrivé pour le typhus.

Le typhus peut aboutir à une localisation méningienne, comme à des lésions siégeant dans diverses cavités splanchniques. Cette localisation, poussée jusqu'à la suppuration, a été extrêmement rare à l'armée d'Orient.

Différences du typhus et de V encéphalite. — 11 est impossible de confondre le typhus avec l'encéphalite partielle, qui se manifeste, outre les troubles généraux, par des lésions localisées de la sensibilité et du mouvement. L'encéphalite diffuse est rare, et aboutit à des désordres anatomiques constants, notamment au ramolhssement de la pulpe cérébrale, qui ne s'observent pas dans le typhus. Les spasmes, les contractures, les crampes, le collapsus et la paralysie générale se manifestent de bonne heure dans l'encéphahte diffuse; on ne les observe point, ou pas avec ces caractères, dans le typhus qui, d'ailleurs, a son éruption en plus.

Congestion cérébrale. — Il y a ordinairement de la congestion cérébrale dans le typhus, mais le typhus n'est pas une congestion cérébrale. Cette congestion peut manquer. Quand elle existe, elle est sous la dépendance, comme symptôme, pour ainsi dire, d'une maladie mère et génératrice dont elle suit les phases.

La congestion cérébrale légère est éphémère et brusque. Rien de pareil dans le typhus. La congestion cérébrale grave développe tout à coup ses sym-

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ptômes : chute, paralysie, insensibilité, contractures, spasmes, perte de connaissance plus ou moins prononcée; elle aboutit rapidement à la plus grande gravité, à la mort même, ou à la convalescence. Le typhus ne présente pas ces caractères.

Fièvre pernicieuse palustre. — La confusion n'est pas possible, quand même on considérerait la perniciosité comme due non pas à l'énergie du miasme palustre, mais à l'état cachectique de l'individu sur lequel la maladie sévit (Cazalas), puisque des sujets très-sains sont affectés. Ce n'est pas une fièvre palustre, parce que cette dernière ne règne à l'état endémo-épidémique qu'en été et en automne, et que, deux années de suite, le typhus a régné en hiver et au printemps, époques où les laboratoires d'effluves sont inactifs , souvent couverts de neige, glacés à 22 degrés au-dessous de zéro, et que l'épidémie s'est éteinte précisément en été, époque où les miasmes végéto-animaux s'exhalent des foyers palustres. Ce n'est point une fièvre intermittente, parce qu'on aurait trouvé des fièvres intermittentes simples mêlées à ces fièvres pernicieuses; or, à cette époque, il n'y avait de fièvres intermittentes en nombre, ni chez les médecins, ni chez les infirmiers,ni dans la population civile de Constanlinople. Les recrudescences du typhus sont le plus souvent vespérales, nocturnes, banales; dans les fièvres palustres, au contraire, les accès s'accumulent dans

la matinée et au milieu du jour. Le typhus ne laisse pas après lui, comme les fièvres palustres, l'anémie, la cachexie palustre, l'hypertrophie constante de la rate. Le sulfate de quinine, héroïque contre les fièvres intermittentes pernicieuses, échoue contre le typhus. Enfin le typhus a une éruption caractéristique qui manque dans la fièvre palustre. — Deux affections ne peuvent pas être plus différentes ; on comprend à peine qu'on ait pu les confondre et que cette étrange erreur ait pu séduire un instant des hommes haut placés.

Fièvres éruplives. — Le typhus n'est point une fièvre éruptive : c'est une fièvre qui s'accompagne ordinairement d'un exanthème. Cet exanthème a généralement manqué dans quelques épidémies, grandes et petites ; mais, dans la plupart, il a été très-fréquent ou même à peu pi ès constant. Le typhus n'a point une durée nécessaire comme les fièvres éruptives. L'éruption n'est que bien rarement suivie de la détente qui arrive quand l'exanthème des vraies fièvres éruptives est sorti. L'exanthème du typhus n'est pas tout à fait le même dans toutes les épidémies ; ainsi en Silésie la roséole dominait, chez nous c'était la pétéchie, ailleurs les deux formes se mêlent. On ne peut confondre le typhus avec la variole, qui a des pustules. Un peu d'attention ne permettra pas de le prendre pour une scarlatine, pour une rougeole.

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Fièvre typhoïde (1). — Les différences sont également bien tranchées. Je ne prétends pas tracer ici le diagnostic différentiel de la fièvre typhoïde et du typhus en général, mais bien du typhus de l'armée d'Orient. Certaines épidémies se rapprochent plus de la dothinentérie par certains points et s'en éloignent davantage par d'autres.

A. ÉTIOLOGIE.

Le typhus naît toujours de l'encombrement, de l'accumulation, de la concentration des masses, surtout. et peut-être seulement quand diverses circonstances l'ont préparé en détériorant l'économie animale. La fièvre typhoïde peut se développer dans I les meilleures conditions générales et individuelles, à la campagne, dans des maisons isolées, dans des châteaux où l'on jouit de tout le confortable désirable, et elle atteint des individus jouissant d'une irréprochable santé. On peut faire naître le typhus à volonté, pour ainsi dire ; rien de pareil pour la fièvre typhoïde. Celle-ci atteint surtout les individus de 18 à 30 ans; le typhus frappe tous les âges. La fièvre typhoïde se développe rarement chez les convalescents ; le typhus atteint avec prédilection

(1) Je reproduis mes discours des 29 mars cl 13 juin 18S6. J'ai, le premier, tracé im parallèle complet et détaillé entre les deux maladies.

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les convalescents, les malades, les gens dont l'économie est usée, débilitée.

Jenner a établi avec le plus grand soin, dans son remarquable ouvrage, que les causes et le contage du typhus ne produisent que le typhus, que les causes et le contage de la fièvre typhoïde n'engendrent que la fièvre typhoïde, de manière qu'il n'y a pas plus promiscuité entre ces deux affections qu'entre la scarlatine et la variole ; et, dans un tableau dressé avec le plus grand soin, il fait voir que certaines localités, certaines maisons, fournissaient soit du typhus exclusivement, soit des fièvres typhoïdes seulement : il ne cite qu'une exception à cette règle, parmi les nombreux malades fournis au London-Fever-Hospital, en 1848, par une foule de localités.

B. COMMCNlCABILITIt.

A Paris, on ne considère généralement pas la dothinentérie comme communicable ; mais les praticiens de province ont péremptoirement établi qu'elle est parfois transmissible . Quoi qu'il en soit, la transmissibihté est la règle pour le typhus, l'exception pour la dothinentérie.

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