‹ Du typhus de l'armée d'OrientChapitre 53 sur 83 · F. PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

F. PROPHYLAXIE

La prophylaxie est capitale ; empêchez ce typhus que vous guérissez difficilement une fois qu'il est développé.

Notre article Étiologie a déjà singulièrement simplifié ce que nous avons à dire ici de la prophylaxie. Nous avons énuméré les causes qui produisent le typhus ; c'est indiquer ce qu'il faut éviter ou éloigner. On a vu que cette maladie n'est point engendrée par le fait même de la guerre, mais par les conditions dans lesquelles on fait la guerre, conditions qui dépendent souvent des hommes qui commandent et de ceux qui administrent.

L'encombrement des hommes détériorés est la cause principale du typhus. Espacez les tentes et les baraques, établissez-les sur un site aéré; n'y accu-

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muiez pas trop de monde; ménagez, des ouvertures et opposez-vous, à l'aide des mesures les plus sévères, à ce que les hommes s'y enferment hermétiquement, en obstruant toutes les issues ; le plus sûr serait même d'établir quelques prises d'air qui ne puissent être bouchées; exigez qu'à un commandement donné les tentes soient ouvertes et relevées dans tout le camp ; donnez au soldat des occupations en plein air ; la fatigue vaut mieux que l'oisiveté dans une atmosphère saturée de miasmes animaux; enfin, évitez surtout l'encombrement dans les ambulances et les hôpitaux.

L'encombrement seul, portant sur des hommes sains, produit rarement le typhus en général, et semble ne pas avoir suffi à le produire à l'armée d'Orient en particulier. Mais s'il agit sur des organismes détériorés par l'influence incessante de mauvaises conditions hygiéniques, par une nourriture qui pèche en quantité et en qualité, par les desiderata d'un vêtement et d'un logement qui ne se modifient pas avec les météores et les intempéries de l'atmosphère, par des émotions morales dépressives et de tout genre; sur des organismes enfin profondément altérés, en outre, par diverses cachexies, par le scorbut notamment, cet encombrement impuissant flans le premier cas, engendrera trop sûrement alors le grand typhus des armées.

L'encombrement des hommes et la détérioration

préalable de l'organisme paraissent les deux conditions ordinairement nécessaires pour la génération du typhus, ce qui facilite les devoirs du commandement, puisqu'en empêchant une seule de ces conditions il met obstacle au développement du typhus ; mais, comme cette affection semble s'être produite quelquefois sans ce double concours, la sûreté commande d'éviter les deux causes.

A l'article Etiologie, nous avons cité certains corps ou certaines fractions de corps qui ont dii leur immunité relative à l'absence ou à la moindre intensité des causes. Ces citations seraient tout aussi bien placées ici, car quelques-uns de ces corps ont fait de la véritable prophylaxie, les uns grâce à une meilleure alimentation, les autres grâce au non-encombrement, etc.

Ce n'est guère dans les régiments d'infanterie et de cavalerie qu'il faut aller chercher les mesures hygiéniques tout à fait exceptionnelles, et étudier les résultats qu'elles amènent, quant à la prophylaxie ; la direction et le régime de ceâ divers corps sont à peu près les mêmes, la routine s'y perpétue plus que dans les corps spéciaux, les moyens pécuniaires sont restreints, et la surveillance se trouve disséminée sur trop de monde pour être bien renseignée et bien efficace. Les batteries d'artillerie, les compagnies isolées du génie, quelques détachements d'ouvriers, de soldats du train, de militaires

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occupés à des travaux qui leur procurenl des bénéfices, etc. : telles sont les fractions qui présentent les conditions les plus diverses et sur lesquelles on peut le mieux étudier l'efficacité des mesures prophylactiques prises à dessein ou qui découlent naturellement de l'état des choses.

La batterie des fuséens (12" d'artillerie, 4" batterie) , campée sur le plateau du Monastère, a présenté l'exemple le plus remarquable d'immunité presque absolue. Ce plateau, dans son ensemble, a été médiocrement maltraité par le typhus, un peu plus par le scorbut ; mais les fuséens, en particulier, n'ont perdu que deux hommes pendant tout le rude hiver de 1853 à 1836. C'est probablement le seul exemple en Crimée; et l'artillerie de la Garde elle-même, quoique dans de meilleures conditions, étant composée d'hommes choisis, jouissant d'une solde plus forte, a été sensiblement éprouvée.

Le camp est assis sur la pente d'une colline resserrée dans deux petites vallées assez humides. Quelques amas de fumiers ont été laissés autour du camp par divers escadrons de Bachi-Bousouks, de cavalerie et du train, qui ont en outre imprégné profondément le sol sur lequel ils campaient. Les tentes sont assez espacées, et la plus stricte propreté est maintenue au dedans et au dehors. Grâce à l'extrême activité avec laquelle on s'est approvisionné au sac de Sébastopol et à l'ingénieux emploi des matériaux,

chaque tente de soldats est inunie d'une sorte de lit de camp et d'une cheminée dans laquelle brûle continuellement un feu dont le bénéfice est double : élever la température et produire le renouvellement de l'air. Les rues sont empierrées, le soldat se donne du mouvement en plein air, quand le temps le permet; un trapèze, un jeu de quilles, en un mot tous les jeux, ou les exercices qui peuvent le tirer de sa tente, sont établis dans le camp. L'hygiène morale n'est pas oubliée, et le commandement, qui est d'ordinaire plus paternel dans les corps spéciaux, se met journellement en communication avec les hommes pour les stimuler et pour les encourager. L'alimentation est surtout l'objet d'une sollicitude particulière. La batterie tient elle-même sa cantine, laisse quinze francs par jour au gérant de l'établissement et touche les bénéfices pour elle. Le vin et les liqueurs sont vendus un peu au-dessous du cours des cantines voisines; les troupes des environs y accourent et l'établissement prospère. Livrer les liquides à beaucoup meilleur marché qu'ailleurs n'eût abouti à aucun résultat favorable : comme il est dans la nature de l'imprévoyant soldat de dépenser tout son argent, il aurait bu davantage pour le même prix, si le cours eût été moins élevé. Au contraire, en faisant tourner à l'amélioration de l'ordinaire les gros gains de la cantine, l'alimentation a pu être abondanle, variée et de bonne qualité. M'associant à cette bonne

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œuvre (I), j'envoyais de Constanlinople des tonneaux d'huile destinés à faire de la salade à la batterie (2).

Grâce à cette installation et à ce régime, la batterie n'a pas envoyé un seul homme à l'ambulance pour scorbut, et n'a eu que cinq typhus, dont trois sur des jeunes gens débarqués depuis quelques jours à peine, sortant de bâtiments empestés où ils avaient contracté le germe de la maladie, et deux sur des artilleurs du camp, contagiés, selon toute apparence, parles troupes voisines qu'ils visitaient sous la tente.

Dans l'enceinte du même camp était arrivée une batterie, côte à côte avec celle des fuséens. Administrée avec sollicitude, mais sans dispositions spéciales, elle a subi de notables pertes et a soutTert du typhus et du scorbut.

Si ces résultats disent hautement l'efticacité des

(\) Le commandant de la batterie était mon frère, le capitaine Léon Jacquot.

(2) Le pissenlit et la chicorée sauvage ne sont pas rares sur le plateau de Chersonèse et dans les ravins. La moutarde, plante essentiellement antiscorbutique, croît en abondance dans quelques vallées humides, notamment le long de la Tchernaïa ; nous en avons trouvé de vastes champs du côté d'inkerman, et fait apporter de grosses bottes à l'ambulance, lors de notre voyage en Crimée. — Les fuséens mangeaient plusieurs herbages en guise d'épinards, cnli-e autres la patience, rumcx patientia, qui n'est point du tout désagréable. Le raifort est abondant dans les steppes de Siniféropol, où nous avons encore trouvé les ti ous que les soldats russes pratiquaient pour extraire celte profonde racine.

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mesures prophylactiques en général, elles sont propres aussi à corroborer quelques points en particulier: 1° le peu d'influence d'un campement établi au milieu du fumier des animaux, et attenant à de vastes espaces de terre imprégnés de résidus organiques, quand ceux-ci ne sont pas de provenance trop fortement et trop exclusivement typhique; 2° sauvegarde créée par un bon régime alimentaire et hygiénique, mettant le simple soldat dans les mêmes conditions que les sous-officiers : ceux-ci, comme on le sait, ont eu, proportionnellement à leur effectif, biens moins de typhus et de scorbut que les soldats; 3'* corrélation de l'absence du scorbut et du typhus, fait qu'on retrouve sur une bien plus large échelle chez les Anglais ; 4° absence ou presque absence de la transmissibilité en plein air, malgré la communauté, pour ainsi dire, dans laquelle vivaient ces deux batteries. Les fuséens n'avaient point subi ces modifications organiques qui rendent typhique le miasme humain ou qui favorisent la réceptivité, modifications qui paraissent généralement nécessaires pour que le typhus se propage à l'air libre, mais malgré l'absence desquelles la transmission s'exerce dans les locaux encombrés detyphiques, comme les hôpitaux.

Par opposition à l'immunité dont a joui la batterie des fuséens , au milieu de corps de troupe plus ou moins atteints, citons un régiment décimé,

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tandis que ses voisins jouissaient les uns d'une immunité relative très-marquée, les autres d'une immunité presque absolue. Quelques régiments, notamment le 11*^ de ligne, arrivent de France dans la vallée de Baïdar, en septembre 1855, après la prise de Sébastopol, et n'ont aucun combat à livrer à l'ennemi. Les soldats du 11 inhabitués à la campagne, ne savent ni se ménager un logement commode et aéré, ni un couchage convenable, se laissent croupir dans la boue des baraques mal tenues, ignorent ces ingénieux moyens d'améliorer leur alimentation pei' [as el nefas, si connus des troupes qui font campagne depuis longtemps; enfin le découragement , né dans ces tristes conditions sanitaires, aggrave encore la position de jour en jour. Le scorbut et le typhus ravagent ce régiment, arrivé cependant depuis quelques mois à peine : non-^seumenl beaucoup de malades, succombent à l'ambulance, mais presque chaque matin on trouve des hommes morts dans les baraques. A son embarquement pour France, à la fin de la campagne, il ne compte plus qu'environ 1 ,200 hommes présents sous ses drapeaux, sur un effectif de près de 3,000 qu'il réunissait à son débarquement en Crimée. Dans la région du plateau de Chersonèse, le 31<", arrivé récemment de France et peu au fait des ressources qu'il faut improviser en guerre, souffre cruellement aussi du scorbut et du typhus.

288 DU TYPHUS DE l' ARMÉE d'oRIEM.

Dans la même vallée, à côté du i 1 e de ligne, d'autres corps échappent au danger, par exemple le

chasseurs à pied et le 26^ de ligne, sur lesquels MM. les docteurs Lespiau et Alix nous ont donné verbalement et par écrit les documents les plus étendus. Il en est de même des deux batteries d'artillerie et du 5e chasseurs à pied, bonne installation, baraques mieux faites et munies de cheminées, boue soigneusement enlevée, entretien de la sécheresse, de l'aération et de la propreté dans les habitations, pas d'encombrement, améhoration du régime en y faisant entrer, comme chez les fuséens, du cheval, du mulet, des rats(l ), des herbes cuites, des plantes crues, enfin quelques denrées provenant de l'administration, à laquelle on s'empressait de rendre des services intéressés, etc. Au 26^, les choses se passent presque aussi bien; M. Alix constate que des accidents typhiquesse manifestent dès qu'on met douze hommes au lieu de huit dans les baraques; aussi ap-

(I) Suv plusieurs tables d'officiers les morceaux de cheval et de mulet, provenant d'animaux abattus dans de bonnes conditions, étaient beaucoup plus estimés, sous tous les rapports, que les meilleures viandes de bœuf que l'on pouvait se procurer en Crimée.

Les gros rats, qui étaient devenus une véritable plaie dans les camps par leur nombre et leur audace, fournissaient également au soldat matière à des ragoûts qui n'avaient rien de repoussant; au besoin même c'eût été une ressource qui n'était pas à dédaigner.

{Note du capitaine Léon Jacquot.)

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porte-t-on un soin tout spécial à éviter l'encombrement.

Cette opposition dans les conditions hygiéniques se traduit par un contraste dans l'élat sanitaire. Au 26^, les typhus sont assez rares et assez peu graves, pour permet Ire de cacher leur existence et de taire le mot. Au 5^ chasseurs à pied, on compte à peine trois ou quatre scorbutiques, de décembre 1855 à avril 1856, et, dans les statistiques de M. Lespiau, je ne trouve pas le mot typhus porté au diagnostic des hommes envoyés à l'ambulance, au voisinage d'individus typhisés.

M. l'inspecteur Baudens (1) rapporte deux faits de même nature que ceux dont le récit précède : c'est la complète opposition sanitaire présentée par deux régiments de ligne qui, partis en même temps du camp de Saint-Omer, et campés côte à côte en Crimée, soumis aux mêmes travaux et aux mêmes vicissitudes atmosphéri(|ues, ont subi les pertes suivantes : l'un, commandé par un colonel qui surveillait avec activité et intelligence tout ce qui a trait au régime, à l'habitation, à l'hygiène en général, avait conservé, au i'^'' avril 1856, 2,224 soldats sur un effectif de 2,675 : tandis que l'autre n'en comptait plus, à la même date, que 1,239, sur un effectif de 2,327. Dans cette statistique figurent seulement

(I) Baiulens. Une mission médicale en Crimée. Revue des Deux Mondes, I8.ï7, t. VII, p. 891 ot <J0O.

les déchets par maladies internes; les blessures par armes de guerre ont été laissées de côté.

M. Baudens retrace ensuite brièvement les condilionsfavorables dans lesquelles laconstan te sollicitude et l'intervention du colonel dans ces détails hygiéniques, avaient placé le Si^àe ligne, dont l'effectif est resté presque intact. C'est à peu près le tableau que nous avons fait du camp des fuséens. De tels exemples sont des plus propres à établir que, même dans les grands rassemblements d'hommes qu'on appelle régiments, une direction éclairée influe puissamment sur la santé des troupes.

En France, l'esprit de l'armée est trop exclusif, la préoccupation purement militaire absorbe trop les autres soins, les chefs de corps se bornent trop à ne considérer le soldat qu'au moment de l'exercice, des manœuvres ou du combat, et semblent souvent oublier que, pour trouver leur personnel nombreux et valide à un moment donné, il faut le maintenir en robuste santé et en bonnes dispositions morales à l'aide d'une incessante solhcitude portant sur toute la matière de l'hygiène.

Quand les masses typhisées ont séjourné quelque temps dans un site, au camp ou aux hôpitaux, qu'elles ont saturé l'air d'émanations, qu'elles en ont infiltré les objets, qu'elles ont imbibé le sol de déjections de provenance typhique, ce site est devenu un foyer de génération incessante, dans

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lequel les hommes prédisposés et les arrivants sont également saisis par l'épidémie. Il est alors indispensable d'abandonner l'hôpital, si on le peut, ou de changer l'emplacement du camp, ce qui est le plus souvent possible. Cette dernière mesure demandée avec instance en Crimée, n'a été exécutée qu'incomplètement, ou tardivement, et quelquefois point du tout. Ce qui en a été fait suffitpour établir péremptoirement son efficacité.

Le campement sur un terrain contenant des cadavres d'hommes et d'animaux est une condition trèsfàcheuse qui, si elle ne suftit pas seule ordinairement pour créer le typhus , exaspère beaucoup l'épidémie une fois que celle-ci est développée. Quand des détritus animaux typhiques viennent se mêler à ces détritus de provenance non spécifique, il paraîtrait que toute la masse acquiert de nouvelles propriétés et devient un large foyer d'émanations typhiques. Il faut donc éviter ou fuir les cimetières, les abattoirs, les terres engraissées de charogne; et, dans un camp établi sur un sol vierge, il est indispensable de reléguer au loin tous les dépôts d'immondices et de détritus animaux, et de les couvrir profondément de terre. Les mesures les plus sévères doivent être prescrites; il faut passer sur bien des inconvénients et des embarras, pour conjurer un immense danger à venir. Enfin, après les batailles, il est urgent de consacrer tous les bras et le temps

nécessaires pour creuser des fosses profondes. Couvrir les cadavres de chaux serait une excellente mesure.

Le typhus, une fois engendré par les conditions que nous avons cherché à apprécier, se propage par contagion ou infection en dehors de ces conditions ; mais, comme nous l'avons vu, sa communicabilité ne ressemble pas à celle de la variole, maladie qui peut se transmettre au milieu des meilleures conditions, et dont un atome de virus peut suffire à produire le plus grand incendie. L'air confiné paraîtrait seul susceptible de propager le typhus, au moins dans la plupart des cas, et cette maladie serait conséquemment plutôt infectieuse que contagieuse proprement dite.

Les hôpitaux isolés des habitations sont préférables. A Constantinople ils étaient à peu près tous isolés, et le typhus n'a pas envahi la population civile. Les hôpitaux constitués par des baraques séparées et espacées, sont préférables aux grands établissements composés d'un seul corps de logis, comme Péra, Ramis-Chifiick, l'Université, Maltépé, Daoud-Pacha, etc. La proposition faite par l'inspecteur médical Baudens de diminuer de moitié le nombre des malades des hôpitaux intra-muros et de les transporter dans les baraques vierges espacées aux Eaux-Douces d'Europe et sur le grand plateau qui va de Daoud-l\icha à Hamis-Chiflick, aurait produit

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les résultats les plus avantageux, en diminuant l'enconibrcment des vieux hôpitaux et en transportant la population hospitalière dans des baraques isolées. La propagation par contagion du typhus dans les hôpitaux de Constantinople n'eût certainement pas atteint des proportions aussi terribles, si cette mesure avait été acceptée et exécutée. La dissémination des cholériques sous des tentes, prescrite avec autorité par M. l'inspecteur Lévy, directeur du service de santé de l'armée d'Orient, avait déjà produit les efl'ets les plus incontestables au commencement de la campagne : ce moyen, qui avait arrêté la propagation de plusieurs épidémies, était donc complètement sanctionné comme prophylaxie, et ecommandé à l'autorité par ses premiers et brillants résultats.

En faisant camper dans les champs les troupes typhisées revenues du théâtre de la guerre, on ne risquera pas la propagation de l'épidémie ; mais on courra ce danger si on les admet dans les habitations. Cette prescription est capitale.

En arrivant en France, les troupes infectées devront, comme cela a été fait, séjourner quelque temps dans les lazarets, sur des îles, camper sur la plage. Les faits que nous avons cités prouvent que le typhus peut encore se déclarer après six ou huit semaines chez les troupes débarquées, mais ces faits sont exceptionnels.

Les troupes débarquées ne devront pas êlre agglomérées, mais éparpillées par détachements, si cela est possible, et changer assez souvent d'emplacement. Il sera bien préférable de les faire camper, que de les caserner dans les forts ou dans de grands bâtiments.

Si les soldats pouvaient prendre des bains et laver ou fumiger leurs effets avant le débarquement, les risques de la contagion seraient sans doute diminués; et la même opération, répétée au débarquement, contribuerait aussi à sauvegarder les populations. Ces mesures n'ont pu être prises. Le Moniteur de V armée, journal demi-officiel du ministère de la guerre, a dit que les hommes recevaient un bain savonneux àKamiesch, au départ, el en France, à l'arrivée. Or, il n'y a pas eu de baignoires à Kamiesch. En parlant de ces bains et de l'approvisionnement de l'armée en légumes frais, le Moniteur a pris un louable désir pour une réalité.

La création de salles spéciales de typhiques, à deux lits par malade, est une bonne mesure que l'administration n'a exécutée qu'en partie, et qu'on aurait dû prendre avant que tous les locaux ne fussent profondément infectés, avant que le typhus ne fût partout. Prise tardivement, elle ne remédie plus guère à la propagation et entraîne peut-être l'inconvénient d'engendrer un foyer plus énergique par la concentration.

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Changer le typhique de lit tous les jours etfumiger chaque fois les fournitures du couchage qu'il quittait, a été également prescrit, mais pas toujours exécuté à Constantinople. Les effets d'habillement subissaient aussi la fumigation. Nous avons vu que, dans quelques cas, exceptionnels il est vrai, la transmission semblerait avoir eu lieu par ces effets, ou par l'exhalaison des miasmes dont ils s'étaient chargés, par l'atmosphère, pour ainsi dire, qu'ils avaient transportée avec eux dans leurs pores et leurs interstices.

Dans les hôpitaux, l'expérience ou la croyance recommandent les fumigations aromatiques ou guytonniennes, et il faut souvent blanchir les parois, laver au chlore les planchers ou les dalles, passer les effets au soufre, etc. On devra maintenir une aération continuelle, malgré l'incommodité que cela peut causer à quelques malades. Pour empêcher ceux-ci de fermer obstinément les fenêtres la nuit, nous avions brisé un certain nombre de carreaux, M. Carabay et moi, dans nos salles de l'insalubre hôpilal de Péra.

A bord des bâtiments on devra laisser ouverts le plus possible les écoutilles, les sabords, les hubelots, et multiplier les manches-à-vent. J'aime mieux les soldats sur le pont que dans les faux ponts. Après avoir débarqué des troupes suspectes ou typhisées, il faudra aérer le navire, le laver, le blanchir à l^i chaux à l'intérieur.

296 DU TYPHUS DE l'aBMÉE d'oRIENT.

Après ces mesures destinées à prévenir la génération et l'extension de l'épidémie, disons un mot des précautions propres à garantir les individus.

Les gens que d'impérieux devoirs n'y appellent pas, ne devront pas visiter les typhiques, ou ne les visiter que les fenêtres largement ouvertes, se tenir près des baies et éviter l'haleine du malade, si funeste à nos aumôniers. Du reste, l'autorité militaire et l'administration, sauf quelques exceptions, ont montré qu'elles comprenaient l'importance de ce précepte médical.

Le médecin aura un bon régime : viandes rôties, légumes frais, vin généreux, etc.; il prendra quelques excitants, comme du café, du thé, du vin chaud avec de la cannelle ; il évitera les refroidissements, les préoccupations d'esprit, le travail de tète ; il se livrera à un exercice modéré ou un peu plus que modéré; loin de se retirer dans sa chambre en sortant de l'hôpital, il ira chercher le grand air, à pied ou mieux à cheval, sur les collines et au bord de la mer. 11 aura des effets d'hôpital, qu'il prendra en arrivant et qu'il ne rapportera pas chez lui; ou, au moins, il s'enveloppera du sarrau dont on se revêt habituellement pour la visite. Il ne commencera celle-ci qu'après avoir fait ouvrir les fenêtres. Il n'ira pas à l'hôpital à jeun, mais après avoir pris du chocolat bien chaud, du thé au lait ou tout autre aliment en rapport avec ses goûts, ses habitudes.

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les exigences de son estomac. Il sera prudent de se faire donner un verre de Porto ou de Madère, que nous préférons au Bordeaux dans ces cas, avant d'entrer dans la salle des typhiques, pour entretenir une douce excitation et un salutaire mouvement centrifuge.

Le praticien pourra se contenter de l'interrogation et des explorations nécessaires pour asseoir la thérapeutique, et l'on ne saurait exiger des autopsies, qui nous paraissent entraîner des dangers. Le savant, l'homme avide de connaître à fond, de décrire l'épidémie régnante pour léguer une utile leçon à l'avenir, ne se livrera à des explorations plus intimes , ne cherchera les lésions dans les entrailles du cadavre, qu'aux dépens de sa santé, souvent aux dépens de sa vie.

Les infirmiers qui ne sont pas de service ne devront pas séjourner dans les salles , bien moins encore y coucher comme cela arrivait dans plusieurs hôpitaux à Constantinople , notamment à Péra. L'encombrement était tel que, pour un moment, les infirmiers de l'hôpital du Terrain de manœuvres ont dû céder leurs lits aux malades et se coucher dans les salies, par terre, partout où ils pouvaient.

Les médecins ne devraient pas habiter les hôpitaux. Bien des fois j'ai donné à Volage, à Ramponl, à Leclerc, etc., etc., à tant d'autres victimes, le conseil de quitter leur logement de Ramis-Chiflick,

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pour une tente dressée dans la campagne ou pour une des baraques établies à peu de distance. Ils ont craint d'épouvanter, par cette espèce de fuite, disaient-ils; ils sont tous morts.

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