‹ Du typhus de l'armée d'OrientChapitre 8 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

HISTOIRE, ÉTIOLOGIE ET DESCRIPTION SYMPTOMATOLOGIQUE DU TYPHUS DE l'aRMÉE d'oRIENT,

§ Typhus solitaire et typhus combiné, typhus et état typhique, typhisation à petite dose.

Dans une note lue à l'Académie de médecine, en mai 1855, nous nous exprimions ainsi: « Sur nos « soldats de l'armée d'Orient, on voit réunis deux « à deux ou même trois à trois, le typhus, le scor- « but, le choléra, la fièvre palustre, les profondes lé- « sions de l'intestin, la congélation, et enfin plu- « sieurs maladies intercurrentes. Cetteconcomitance « de maladies diverses, qui se compliquent, s'ag- « gravent, se masquent et se combinent, produit « des états pathologiques complexes qu'il est impos- « sible de comprendre si on les soumet en bloc à « l'étude. En faisant delà symptomatologie, on ris-

DU TYPHUS UE l' ARMÉE d' ORIENT.

« que de rapporter à un élément ce qui est le propre « de l'autre ; et sur le cadavre on est obligé de re- « monter à tout instant à chaque élément, pour lui « attribuer ce qui lui appartient. Si l'on ne suit pas « cette marche, on perd son temps à l'étude et à la « description d'un stérile chaos. » La nécessité d'apporter cet esprit analytique dans l'étude des maladies rendues complexes soit par l'action simultanée de plusieurs causes, soit parce qu'une épidémie vient sévir sur des masses qui sont déjà en proie à d'autres affections, et ruinées pardiverses cachexies; celte nécessité a été proclamée par nous dans presque tous nos travaux sur les maladies des armées et des pays chauds, notamment dans le Mémoire que nous avons lu à l'Académie, le 2 avril 1855, à propos de l'endémo-épidémie qui sévit annuellement à Rome(l).

(1) Je lis avec le plus vif plaisir, dans le compte rendu de la séance de l'Académie du 30 septembre, une intéressante communication, dans laquelle mon savantami, M. Tholozan, adopte franchement et développe en maître les principes que j'ai tant de fois posés et l'épétés, relativement aux maladies complexes qui sévissent aux armées et engendrent des états pathologiques formés d'éléments juxtaposés ou intimement combinés, dont on chercherait en vain la description dans les autexu-s les plus modernes. On se rappelle peut-être que j'ai insisté aussi sur les nombreuses maladies complexes qui font partie do l'endémo-épidémie annuelle des pays chauds, affections auxquelles j'ai essayé de rendre le rôle dont les idées exclusives des médecins algériens les avaient dépouillées en oubliant tout à fait les proporlionnisées de Torti. Dans sa lecture académique,

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C'est d'après ces principes que nous avons procédé lorsque, le premier, nous avons donné une description un peu complète du typhus dans notre dis-

M. Tholozan a suivi une marche conforme à la mienne quant aux principes, mais opposée quant à l'exposition : je décris d'abord les maladies simples, pour arriver ensuite à la compréhension des composées, tandis qu'il commence sur ces dernières.

Puisque ma doctrine fait des progrès et qu'il faut revenir bien des fois aux principes nouveaux, et même aux idées rajeunies, pour les faire adopter, j'en rappellerai ici quelques points capitaux : 1° Variabilité et métamorphose des espèces morbides selon les climats et même selon les grandes conditions dans lesquelles se trouvent les masses; erreur des écoles qui croient connaître une maladie, quand elles n'ont aperçu que la forme régnante sous leur climat, et qui ne sont pas plus autorisées à condamner les descriptions étrangères qui ne cadrent pas avec les leurs, que les étrangers n'ont le droit de suspecter les descriptions françaises par cela seul qu'elles ne sont pas applicables à la pathologie de leur pays. 2° Apparition, sous d'autres climats, de nouvelles espèces fébriles qu'on ne saurait taxer d'entités artificielles, en arguant de ce qu'elles n'existent pas chez nous. M. Tholozan a encore appuyé de sa sanction {Gazette médicale de Paris, 1 856, p. 803), notamment à propos de la fièvre méditerranée des Anglais, ce principe que j'avais professé dans la lecture académique ci-dessus citée, dans la monographie de la gastro-rhumatique romaine présentée à l'Académie en 1854, et, antérieurement à 1853, dans plusieurs de mes publications sur la pathologie italienne. 3" L'endémo-épidémie que chaque saison estivo-aulomnale ramène régulièrement et annuellement dans les pays chauds et palustres, est constituée par deux ordres morbides, savoir: 1" le genre palustre, et 2" un ordre de maladies variables selon les climats (fièvre bilieuse, fièvre gastro-rhumatique, fièvre méditerranée, etc., etc.), que nous avons api)elces climatiques, et dont nous avons rapproché les maladies du foie et les dyssenteries, moins à cause de leur affinité étiologique avec les climatiques, que pour les séparer nettement des pa-

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cours prononcé davant la Société impériale ottomane de médecine. « Le typhus, disions-nous, le typhus sévissant à son état de simplicité sur un organisme à peu près vierge, voilà ce que nous chercherons d' abord à esquisser. Les sujets d'observation ne manquent pas, car, en deux mois, 600 infirmiers, une foule de médecins, de sœurs de charité, d'aumôniers, etc., ont payé leur tribut à la maladie. Pendant le mois de mars, dans mon service, sur près de 150 individus atteints du typhus, dont 16 seulement l'avaient rapporté tout développé de Crimée, tandis que les autres avaient été contaminés dans les salles, ou y avaient vu se développer un germe contracté en Grimée; sur près de 150 individus, plus d'un tiers étaient en pleine santé, en complète convalescence, ou se trouvaient affectés de maladies légères, sans cachexie, quand ils ont été saisis par le typhus. »

Dans un quatrième discours à la Société impériale ottomane, le 13 juin 1856, il a fallu de nouveau insister sur ce principe. Voici nos phrases textuelles : « Le typhus peut être solitaire ou marcher en concomitance d'autres maladies. Or, ce typhus qu'il faut établir, étudier, décrire, où irez-vous le

lustres, dans lesquelles l'École algérienne voudrait les faire figurer. Les palustres et les climatiques peuvent se manifester à l'état d'isolement ou se combiner chez le même sujet; d'où les proportionnées, comme les appelait Torti, genre composé auquel nous faisons jouer un bien pbis grand rôle que celui que leur conférait le professeur italien.

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chercher? Est-ce dans les cas complexes où son immixtion à d'autres maladies obscurcit ses caractères, ou bien dans les cas où il se montre à l'état' d'isolement avec sa physionomie typique ? Nous avons pensé qu'il fallait procéder du simple au composé, et que, le typhus solitaire ayant été bien saisi et défini, il deviendrait plus aisé de dégager son individualité des cas complexes, et de lui rapporter dès lors la part qui lui revient, tout en attribuant aux autres éléments ce qui leur échoit. » On nous pardonnera d'insister sur ce principe : il est fondamental dans la question. C'est parce qu'il a été méconnu, que quelques observateurs nient ou oublient le typhus solitaire, ne faisant allusion qu'aux cas complexes ; c'est parce qu'il a été méconnu, qu'il faut plutôt aller chercher et démêler la vérité dans l'ensemble des travaux publiés sur le typhus d'Orient, après avoir eu le soin de les soumettre à une critique et à une analyse rigoureuses, que dans chacun de ces travaux particuliers où l'observateur est venu déposer l'impression générale qu'il a reçue du genre d'affections complexes qui ont dominé dans son service.

Nous étudierons conséquemmcnt le typhus solitaire sévissant sur des individus sains ; et quand nous aurons à produire un type, nous le choisirons chez les sujets qui, arrivés récemment en France, ou n'ayant point été en Crimée, ou en étant revenus

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depuis longtemps, n'ont point éprouvé ou ne ressentent plus lesprofondes modifications qui, en Criraée,- ■ préparent le typhus, amènent des cachexies profondes, détériorent l'économie, etc.

En suivant cette marche , nous ferons connaître le typhus, mais on n'aura pas une idée complète de l'épidémie, telle qu'elle a régné à l'armée d'Orient, avec ses complications, ses aUiances, avec les caractères qu'elle a souvent empruntés à la combinaison des éléments morbides.

Après la distinction des typhus solitaires et complexes, spontanés et communiqués, se présente un autre fait fort important : nous voulons parler des typhus et des états typhiques. Ici, la confusion amènerait encore et a déjà amené l'erreur. Une description qui embrasserait les deux cas serait hétérogène, fausse comme description du typhus, fausse comme description d'état typhique. Dès le mois de mai 1855, nous prononcions déjà à l'Académie de Paris les mots de typhus et d'état typhique; et nous sommes revenu plusieurs fois à la Société impériale ottomane sur cet important sujet, que M. Carreau, qui s'en est aussi saisi, a traité avec distinction.

Il nous suffira de rappeler ici les principaux points sur lesquels on est tombé d'accord après les longs débats que le typhus a soulevés à la Société impériale de médecine ottomane.

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A ceux qui ne considéreraient que comme simples états typhiques les typhus qni ne durent que peu de jours, nous opposerons les arguments suivants :

1° Deux affections débutent pareillement, présentent pendant quelques jours les mêmes symptômes, voire même l'éruption cutanée; puis l'une cesse, l'autre continue. Qui nous autorise à dire qu'elles ne sont pas les mêmes, que l'une est un typhus, et l'autre un simple état typhique?

2" Vous refusez le nom de typhus à celles de ces affections qni ne durent que peu de jours; mais où arrêterez-vous l'état typhique pour faire commencer le vrai typhus, puisque, ainsi qu'il résulte des statistiques , ces affections présentent toutes les durées possibles, depuis deux, trois ou quatre jours jusqu'à dix ou onze, qui est la moyenne, et qu'elles peuvent exceptionnellement aller à vingt et trente jours ?

3° Puisque vous professez que l'état typhique n'est qu'un accident, une complication d'une autre maladie, si un tel état se manifeste, comme c'est fréquent, sur un homme sain, et qu'il ne dure que quelques jours, il faut, malgré cette durée éphémère, confesser que c'est un vrai typhus. 11 ne saurait être un accident, une complication, un parasite enté sur une autre affection et lié à son existence, puisqu'il n'y a pas d'autre maladie, point de tronc, point de support.

Si DU TYPHUS DE l'aRMÉE d'oRIENT.

L'état typhique est une complication, une forme des maladies intercurrentes, survenant sous l'influence de la constitution médicale ou de l'épidémie régnante ; de même que l'état typhoïde survient fréquemment sous l'intluence de certaines constitutions médicales putrides, ou d'une épidémie de lièvre typhoïde. L'état typhique n'est pas plus un typhus qu'une pneumonie typhoïde n'est une dolhinentérie. L'état typhique n'est pas une maladie ayant son existence propre ; c'est une forme revêtue par une affection quelconque, sous une certaine influence. Les symptômes typhiques n'ont point une évolution, une durée à part ; leur évolution et leur durée sont liées à celles de la maladie mère ; mais il peut arriver que cette influence typhique réagisse à son to.ur sur la maladie et la rende plus grave et plus longue. Un vrai typhus se comporte autrement quand il vient s'associer à une affection intercurrente : il conserve son individualité, son évolution , sa marche, etc. L'état typhique présente assez rarement, d'ailleurs, l'ensemble complet des symptômes du vrai typhus, comme nous le disions dans la séance du 29 mars de la Société impériale ottomane. On ne retrouve souvent que quelques-uns de ses symptômes isolés, éparpillés, pour ainsi dire. Ainsi nous avons noté : céplialalgie avec vertiges, stupeur, parotidiles, rêvasseries ou hallucinations, insomnie, etc., soit isolément, soit combinés deux à deuv ou trois à

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trois, survenant pendant le cours de maladies trèsdiverses, lorsque le typhus régnait épidémiquement.

Dans certaines maladies qui, tout en conservant une nature toujours la même, revêtent pourtant des formes très-variées, comme la fièvre palustre grave, l'influence typhique peut se manifester par des signes bien plus tranchés. C'est ainsi qu'on a vu des fièvres palustres affecter la forme pernicieuse typhique, sous l'influence de l'épidémie régnante. M. Garreau a déjà insisté avec autorité sur ces cas.

Après l'état typhique, il nous reste à indiquer un autre phénomène pathologique digne d'attention : c'est ce que nous appellerons la typhisation continue à petites doses. Parmi les individus vivant dans les hôpitaux, comme les médecins, ceux qui n'ont pas eu le typhus proprement dit, ont présenté les phénomènes de la typhisation lente , que nous ferons connaître au chapitre de la symptoraatologie.

Après avoir établi la distinction du typhus solitaire et combiné, après avoir indiqué en quelques mots les caractères du typhus et de l'état typhoïde, et signalé rapidement la typhisation à petite dose, j'arrive au cœur de mon sujet proprement dit.

Les documents et observations sur lesquels j'appuie mon travail sont les suivants : les impressions générales ctquotidiennes que j'ai reçues pendant les épidémies de 1855 et 1856, dans mon service, qui a compté jusqu'à près de 300 malades, dont une forte

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proportion typhisés; mes visites dans les autres hôpitaux de Constantinople ; mon exploration des ambulances amies et ennemies en Crimée, enfin les observations complètes que j'ai recueillies moi-même, jour par jour, au lit du malade. Je possède près de 80 observations et un nombre à peu près pareil d'autopsies. Celles-ci appartiennent en partie aux individus dont j'ai l'observation et en partie à des sujets que j'ai traités, mais dont je n'ai pu recueillir l'histoire qu'en quelques mots.

Mes observations complètes de typhus solitaire sont au nombre de 38, et les autopsies pratiques dans le même cas, de 41 .

Telles sont les bases de ce travail.

% 2. — Unrchc des deux épidémies.

Les deux épidémies de typhus ont débuté en Crimée avec les premiers froids rigoureux en décembre 1854 et en décembre 1855. Né à une même époque en Crimée, le typhus s'est importé deux fois, aussi à une même époque, dans des hôpitaux éloignés, un mois après son explosion à l'armée active, c'est-à-dire en janvier 1855 et en janvier 1856. Ces hôpitaux sont devenus à leur tour des foyers actifs, où le typhus se propageait par contagion et où il se fabriquait probablement aussi de toutes pièces, grâce à l'accumulation de tant d'individus ruinés par

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les fatigues, par les privations, et atteints de cachexie scorbutique et d'afîections diverses.

L'épidémie de 1854-1855 débute en décenibre 1854 à l'armée de Crimée. Les Anglais, qui se trouvaient dans des conditions pires que les nôtres à tous égards, sontatteints les premiers ; mais l'armée française ne tarde pas à être envahie. Sa position, moins détestable que celle des Anglais surpris par une grande guerre continentale à laquelle ils n'étaient pas préparés, se trouvait relativement meilleure ; mais, d'une manière absolue, elle était loin d'être satisfaisante. Les Russes étaient, envahis par le typhus avant les armées alliées, d'après MM. Mœring et Alferief. En Asie, les troupes turques et russes payaient également leur tribut. En un mot, le typhus naissait partout où se trouvaient accumulés des hommes fatigués, mal logés, mal vêtus, en proie à des préoccupations continuelles, enfin, dont la nourriture n'était point de nature à contre-balancer ces desiderata hygiéniques. Environ un mois après le développement du typhus en Crimée, il paraissait à Constantinople et s'y répandait dans tous les hôpitaux français, ainsi qu'à l'hôpital anglais de Scutari. C'est le typhus de Constantinople qui va fournir presque tous nos développements: à Constantinople on a traité et étudié le typhus; en Crimée, on n'a pu que le traiter, et un ou deux médecins seulement y ont pratiqué des autopsies. Mais nous aurons soin

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de compléter nos observations en les confrontant avec ce qui se passait contemporairement en Crimée, dans les troupes alliées et ennemies.

D'après les documents officiels , l'apogée , la période d'état de l'épidémie, occuperait mai et juin, et aurait succédé à une période d'augment , comprenant les quatre premiers mois de l'année ; puis la descente aurait commencé en juillet et continué en août. Ajoutons que le typhus n'a jamais complètement disparu, qu'il a régné toute l'année à l'état sporadique , pour se réveiller et reprendre l'état épidémique en janvier 1856. Pour notre part, nous avions eu continuellement quelques typhiques dans nos salles.

Je crois qu'on tomberait dans l'erreur, si l'on se basait exclusivement surles documents officiels, qui ne sont que le résultat des rapports individuels de chaque service. Je pense que la période d'état doit comprendre aussi le mois d'avril et peut-être une partie de février, époques très-chargées de typhus , comme cela ressort des observations des médecins qui ont su découvrir dès l'origine les véritables caractères de la maladie régnante (IMM. Lévy, Fauvel, Haspel , Valette , Ganderax , etc.) ; mais époques aussi où ce mot n'était pas encore écrit, ou n'était écrit qu'en hésitant par beaucoup d'autres médecins. Bon nombre , en effet, surpris par l'épidémie nouvelle, cherchaient des rapprochements dans leur

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observation personnelle, et non dans les grands enseignements de l'histoire et dans l'étude de l'étiologie si significative pourtant : on disait fièvre typhoïde ; on écrivait ce mot sur ses rapports , de sorte que le typhus existait sans être nommé. Bien plus , le général en chef ayant défendu de parler de typhus et d'en écrire le nom, de peur d'effrayer l'armée de Crimée et les familles en France, un certain nombre de médecins avaient poussé la complaisance jusqu'à supprimer le mot dans leurs rapports purement scientifiques adressés à l'autorité médicale.

En décembre 1855 , une seconde épidémie commence en Crimée. Les Anglais, qui, dans l'intervalle, ont complètement modifié leur régime et réformé leur administration ; les Anglais, incomparablement mieux installés et mieux logés que nous, occupant en général de meilleurs sites, plus confortablement vêtus , beaucoup mieux nourris, moins fatigués, exempts du scorbut qui sévit sur l'armée française ; les Anglais échappent au typhus qui s'abat sur nous avec une intensité bien plus grande que l'année précédente. Les Piémonlais sont un peu moins atteints que l'armée française. En janvier 1856 , le typhus est importé à Constanlinople, mais l'hôpital anglais de Sculari en est exempt comme les troupes anglaises de Crimée. Tous les hôpitaux français sont envahis : ceux du plateau qui s'étend de Ramis-Chiflick à Daoud-Pacha , l'hôpital de Candilié sur le Bos-

phore. Il y a eu jusqu'à vingt hôpitaux ou ambulances àConstantinople et dans ses environs ; le typhus n'en a respecté aucun.

Hors de Constantinople, le typhus fait irruption dans les hôpitaux de Gallipoli et de Nagara, sur les Dardanelles. Les navires marchands et les bâtiments de l'État chargés du transport des malades sont décimés. Le typhus est importé dans les hôpitaux de Marseille , de Toulon , de Porquerolles, du Frioul , d'Avignon , du Val-de-Grâce à Paris , et des individus isolés vont mourir du typhus dans beaucoup de localités , à Chalon-sur-Saône , à Neufchâteau, etc. Heureusement , ni à Constantinople , ni en France , il ne franchit l'enceinte des hôpitaux. Il n'en est plus de même dans les villes assiégées ou dans les places à peu près bloquées où la troupe est casernée côte à côteavec la population: par exemple, dans le village de Tchistinakaia, près Simféropol , où nous avons passé une journée ; là, la population civile est plus ou moins atteinte.

Pour achever de donner une idée de l'extension du typhus à cette époque, ajoutons que, chez les Russes , il avait franchi les limites de la Crimée et régnait à Odessa, à Nicolaïef et dans diverses autres localités. Varna , occupé par les Français , en était aussi atteint. Enfin l'armée turque d'Anatolie et l'armée russe lui payaient un cher tribut.

A Constantinople, avons-nous dit , le typhus n'a

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poinl sévi sur la population civile , mais il a régné aux camps de Maslack et de Daoud-Paclia, et sur le vaste ponton stationné dans la Corne-d'Or, où nos pénitenciers étaient entassés. A Maslack, deux régiments qui n'avaient pas été en Crimée, les l^"" et 84" de ligne, n'ont présenté qu'un très-petit nombre de cas isolés qu'on peut rapporter à la contagion. Il n'y a pas eu de génération spontanée. Mais les troupes qui avaient été en Crimée, et le dépôt établi à Maslack pour recevoir les convalescents sortis des hôpitaux militaires de la ville, ont fourni un grand nombre de typhiques. A Daoud-Pacha, où les petits dépôts étaient composés en partie de troupes venant de France, en partie de militaires arrivés de Crimée et d'hommes sortant des hôpitaux, le typhus a régné au camp.

Il a sévi avec autant de violence qu'en Crimée sur la longue file de tentes établies sur une terrasse, entre les vieux remparts byzantins et le fossé, à peu près en face de Maltepé et de Daoud-Pacha; les deux cinquièmes des hommes ont été atteints du typhus, et on a été obligé de lever le camp pour le transporter ailleurs. Enfin le typhus a régné aussi dans les baraques de Foudoukli , où étaient logés les infirmiers chargés d'aller chercher à bord les malades venant de Crimée, de les débarquer et de les mettre sur les arabas (voiture turque) qui devaient les conduire dans les divers hôpitaux.

L'épidémie prend beaucoup plus d'extension, se montre plus contagieuse, fait plus de victimes en 1856 qu'en 1855. Développée à Constantinople, en janvier, elle atteint rapidement sa période d'état , qui s'étend de la mi-février à la moitié de mai environ ; puis, à partir de cette époque , la descente commence très-rapidement. Dans la période d'état, qui comprend trois mois, du milieu de février au milieu de mai, on doit distinguer l'apogée, qui occupe mars et la première moitié d'avril.

Le tableau suivant donnera une idée exacte des phases, de l'extension , de la gravité de l'épidémie. Avertissons seulement qu'il est au-dessous de la réalité, quelques rares médecins ayant persisté jusqu'au bout à supprimer le mot typhus de leur diagnostic.

HISTOIRE Eï DESCUll'TION DE l'ÉPIDÉMIE.

MOUVEMENT, par décades, destyphiques traités dans les hôpitaux

MILITAIRES DE CONSTANTINOPLE, PENDANT LE l<^'' SEMESTRE 1856.

en

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