Se lève et va d'une salle à une autre
22. — Reste levé toute la journée, se promène avec une canne; est très-gai, a de l'enfantillage, jouit de tout; la mémoire revient; l'appétit est vorace. Guérison.
Obseryation X.
Scorbuto-iyphique. Était aux trois quarts de la portion, quand le typhus le saisit brusquement. Insomnie et assoupissement d'emblée. Délire la troisième nuit. Commencement defuligo le troisième jour; il est très-prononcé le sixième. Diarrhée par intervalles; gargouillement cœcal un jour. Hydrophobie les troisième et quatrième jours. Soubresauts de tendons, raideur des bras. Variation trèsgrande du pouls, 90 à 158; variations dans la calorifîcalion : chaleur fébrile, refroidissement. Éruption morbilliforme et ecchymotique le quatrième jour. Engouement et hépatisalion pianiforme du poumon. Mort le neuvième jour. Ramollissement général de la muqueuse intestinale, plusieurs marques sur les plaques de Peyer, qui sont injectées, sans saillie; pas d'augmentation de volume des ganglions mésentériques.
Brey, du 47' de ligne, est au service depuis dix-huit mois, et en Crimée depuis dix. Il n'a jamais fait de maladie antérieurement à son entrée au service. Pris de scorbut en Crimée, il est évacué sur Constantinople, et entre à l'hôpital de Péra, le 26 décembre 1855, salle 1, n. 14. Il est à peu près convalescent et a conservé de Tembonpoint. Sa constitution est bonne, son tempérament est aujourd'hui difficile à déterminer. Pas de diarrhée, pâleur jaunâtre du faciès, l'appétit est excellent; un peu de lassitude générale persiste, il reste des douleurs dans les jambes et des taches scorbutiques aux mollets, les gencives sont encore douloureuses et un peu molles. Prescription : trois quarts de pain, viande et légumes, portion de vin, café le matin, tisane amère et décoction de quinquina, potions avec acide tartrique et alcoolat de cochléaria.
Le 16 janvier, Brey mange ses trois quarts le matin, mais, dans la journée, il est pris de frissons qui se limitent aux reins, de céphalalgie, puis la fièvre s'établit et s'accompagne immédiatement d'assoupissement et d'accablement. Anorexie, soif modérée; pas de diarrhée.
17. — Insomnie, quelques rêvasseries, pas de délire. Intelligence nette, céphalalgie assez intense avec battements dans les tempes. Fièvre modérée;, pouls à 90, assez développé, sans mollesse, peau chaude sans sécheresse. Les conjonctives sont d'un jaune rougeâtre, le faciès est injecté. Une selle, langue chargée, lèvres sèches, abdomen indolent, soif vive, bouche amère, quelques nausées dans la matinée. Je me contente de mettre le malade à la diète.
18. — Insomnie complète, a un peu déliré et parlé tout haut, a eu 6 selles spontanées la nuit. Intelligence nette; n'accuse plus aucune céphalalgie ; même état du faciès et des yeux; faiblesse et assoupissement; pupilles à peine contractées; vertiges, éblouissements, sifflements d'oreilles;
répond très-nettement et dit ne souffrir nulle part. Peau un peu chaude, sans sécheresse ; thermomètre à 37° 1/2 c. sous Taisselle. Le pouls a 158 pulsations assez développées, un peu molles. Langue couverte d'un mucus jaunâtre, humide ; lèvres sèches, il y a déjà une traînée bleuâtre sur la lèvre supérieure ; une selle dans la journée ; ventre très- • mou et relâché, indolore, avec gargouillements nombreux dans la région cœcale. Tousse un peu; crachats muqueux; râles muqueux et sibilants des deux côtés. Pr. bouillon; tilleul A litres, potion avec extrait de kina 2 grammes, éther2 grammes, et alcoolé d'opium 15 gouttes; lavements amylacés opiacés; sinapismes promenés sur les membres inférieurs.
Dans la journée, le malade perd connaissance : il regarde d'un air étonné et hébété quand on lui parle. Il a les mains froides, la peau fraîche, le pouls très-fréquent et petit. Il se précipite avec fureur sur un camarade qui veut le faire boire ; même accident arrive à la sœur ; le malade est hydrophobe.
19. — Insomnie, quelques rêvasseries tout haut, pas de selles la nuit, mais le malade a uriné sous lui. Le matin, il répond à grand'peine. Stupeur très-prononcée. OEil injecté, hagard, faciès rouge, pupilles contractées. Même état de la poitrine, respiration fréquente, haute, suspirieuse. Pouls un peu faible à 95, peau modérément chaude, sans sécheresse. Une seule selle dans la journée ; ventre sans météorisme, mais un peu douloureux à la pression, et rempli de gaz, sans gargouillement. La langue reste humide ; les gencives sont plus molles que les jours précédents et s'ulcèrent; la traînée brunâtre de la lèvre supérieure a disparu, les lèvres sont moins sèches. Urines rares. Le malade ne peut se soutenir assis sur son lit. Les taches scorbutiques des jambes sont plus prononcées que les jours précédents. Une éruption typhique se manifeste. Sur le
tronc apparaissent quelques taches morbilliformes superficielles, sans saillies, s'effaçant à la pression, ovalaires, ayant au moins 2 centimètres de diamètre et dont quelques-unes portent au centre une petite urticaire saillante. A ces taches sont mêlées des ecchymoses de deux sortes, répandues sur tout le tronc, en avant et en arrière, et sur les membres, notamment à leur naissance : ce sont d'abord des taches profondes, bleuâtres, voilées, dont la circonférence se perd dans la couleur de la peau ambiante ; ensuite des ecchymoses plus superficielles, rouges, très-nettes, petites. Pas d'éruption sur l'abdomen. — Pr. : comme hier; seulement l'éther est porté à 4 grammes dans la potion. Mais le malade ne veut rien prendre, entre en fureur et vocifère quand on lui présente un liquide quelconque ; écume à la bouche pendant ces accès. Quand la sœur veut le faire boire, il souffle avec bruit et par explosion, comme les chats fâchés.
Dans la soirée, le pouls est très-petit et la peau fraîche, mais les mains ne sont pas froides.
20. — Le malade ne parle pas la nuit ; il a une selle ; il a demandé le vase de nuit; il boit facilement; le matin, il répond un peu et nettement. Il dit ne souffrir nulle part, yeux hagards, brillants, toujours injectés, ainsi que le faciès. Il prend à boire sans le secours de personne. La langue reste humide. Abdomen indolore, gaz cœcaux; diarrhée dans la journée. Quelques taches ecchymotiques rouges se montrent sur l'abdomen. Épistaxis; pouls très-petit, à iOO. Peau médiocrement chaude ; 37° 1/2 c. sous l'aisselle, odeur de souris ; presque plus de toux ; râles muqueux. Le malade se met assis sur son lit tout seul, à ma demande. Diète; même prescription qu'hier.
21. — Délire la nuit; il a une selle qu'il va faire par terre dans la salle. Le matin, stupeur, yeux fermés. Par-
il 4 DU TYPHUS DE l' ARMÉE d'oRIENT.
fois il répond bien^ et l'instant d'après il délire dans ses réponses. Le pouls a 120 pulsations petites, peau plus chaude qu'hier, sans sécheresse, un peu de toux. Langue humide mais encombrée, ainsi que la bouche, de mucus brunâtre ; fuligo aux dents et aux lèvres. La pression abdominale semble ne pas éveiller de douleur; il y a des gaz dans les deux fosses iliaques. Quelques tressaillements convulsifs dans les bras, quand j'explore le pouls. Les taches cutanées sont stationnaires, — Pr. bouillon ; tilleul 4 litres, potion avec extrait de kina 2 grammes et camphre 1 gram. ; potion opiacée; 2 lavements émoUients.
22. — Pas de selles la nuit. Le malade n'a pas parlé, mais il s'est plusieurs fois levé automatiquement et a parcouru la salle. Le matin, stupeur complète, soubresauts de tendons, fuligo, pas de réponses, ne tire pas la langue quand on l'en prie, yeux encore injectés, pupilles dilatées depuis hier ; le faciès devient jaunâtre et plombé, Brey ne tousse ni ne crache. Abdomen très-météorisé, mais il semble indolore à la pression. Pouls relevé à 130, — Pr. bouillon, quart de bordeaux, potion de kina camphré. Dans la journée, même état; mais, par moments, le malade me répond avec assez de netteté, puis il retombe immédiatement dans le coma. Il dit que tout lui fait mal. Diarrhée : deux quarts de lavement amylacé opiacé.
23. — On trouve peu de défécations sous le malade, mais il a percé son lit d'urines; il n'a ni parlé ni rêvé haut, mais il a eu delà carphologie toute la nuit. Coma ; quelques réponses monosyllabiques par moments; yeux fermés. Le pouls se maintient relevé, et à 135. Soubresauts de tendons et quelques mouvements convulsifs. Dans la journée, selles involontaires, toux, souffle très-léger, matité à la base droite, pas de sang dans les crachats, peau chaude mais sans sécheresse, — Pr, comme hier.
24. — Même état qu'hiei*, coma, quelques réponses monosyllabiques par moments. L'œil est rosé, la face plombée, selles involontaires, et urines copieuses. Odeur de souris fragrante. Des contractures, entremêlées de soubresauts de tendons, raidissent tellement les bras et l'avant-bras, que je ne puis explorer le pouls qu'aux carotides : il est à 435, sans trop de faiblesse. Le malade boit assez volontiers, et la déglutition est facile. Les taches de l'éruption typhique ecchymotique ont pâli, et les macules morbilliformes n'existent plus. Ventre rétracté et qui semble indolore : même prescription ; sinapismes promenés sur tout le corps. Dans la journée, sueur assez abondante, peau chaude, légèrement visqueuse ; soubresauts dans tout le corps ; mort à 7 heures du soir, le neuvième jour de la maladie.
Autopsie le lendemain, 9 heures et demie du matin, par un temps froid et pluvieux.
Habitude extérieure. Cadavre amaigri, pâle, faciès grippé; les ecchymoses scorbutiques des jambes ont disparu; il ne reste plus que ce pointillé violacé folliculaire, groupé par îlots, qu'on observe dans un certain nombre de vieux scorbuts. Il reste quelques traces des ecchymoses typhiques.
Circulation. Sang diffluent, séreux dans les veines ; artères vides. Je cherche vainement des caillots dans les veines crurales et brachiales et dans les sinus de la duremère. Cœur gauche : petit caillot fibrineux et blanc, se prolongeant dans l'aorte. Cœur droit : distendu par des masses de caillots blancs ou jaunâtres, consistants et assez tenaces, mêlés de caillots bruns; ces caillots se prolongent assez haut dans les vaisseaux qui sortent du cœur droit. Rien au péricarde, quelques plaques de teinture vineuse sur l'endocarde droit. Le parenchyme du cœur est un peu mou et un peu jaunâtre.
Respiration. Mucosités assez adhérentes dans le tube
416 DU TYPHUS DE l' ARMÉE d'oIUENT.
trachéal et bronchique. Adhérences pleurétiques gauches anciennes ; engouement à la base, sans ramollissement. Poumon droit : à la base, hépatisation planiforme avec ramollissement; plus haut, engouement plus prononcé que celui qui siège à la base gauche, avec liquide abondant, séreux, rougeâtre, un peu spumeux ; le parenchyme engoué, encore crépitant,, est évidemment ramolli.
Digestion. OEsophage sain. Estomac : Muqueuse d'un jaune rosé, sans ramollissement, avec quelques taches de pointillé d'un rouge jaunâtre, au grand cul-de-sac. Petit intestin : le jéjunum dans sa partie inférieure, et l'iléon dans toute son étendue, sont parsemés de plaques unies d'un rouge clair, jetées sur un fond qui a conservé sa couleur normale. La muqueuse de l'iléon est partout évidemment ramollie et s'enlève facilement par le raclement ; ce ramollissement commence au cœcum et diminue à mesure qu'on monte dans l'iléon ; il n'existe plus au jéjunum. Plaques intestinales : elles ont l'aspect de la barbe fraîchement rasée, dans la partie supérieure de l'iléon ; puis les lésions se montrent de plus en plus profondes. Plaques ovalaires, sans saillie ou avec saillie à peine saisissable, rougeâtres, arborisées, sur un fond uni, de veinules bleues plus nombreuses aux endroits les plus ramollis ; le dos du scalpel enlève, du premier coup, la couche superficielle de la muqueuse, le second coup l'enlève tout entière, et le troisième entraîne les couches sous-jacentes à la muqueuse. Le raclement exprime un peu de liquide et rend visible un pointillé fin d'un rouge brun. Le ramollissement porte en masse sur la plaque, sans ulcérations. Il est plus prononcé sur les plaques que sur la muqueuse ambiante. Nulle part je n'observe ce dépôt de nouvelle formation qui a lieu sous la muqueuse, dans la dothinentérie. Les ganglions mésentériques ne sont d'ailleurs pas hypertrophiés ;
niais quelques-uns sont rougeâtres. Près du cœcuni, large agglomération irrégulière et festonnée de follicules qui se présentent sous l'aspect de cercles blancs très-rapprochés et même souvent tangents les uns aux autres, cercles sans saillie, marqués chacun d'un petit point noir qui occupe leur centre. Gros intestin : En haut, plaques ardoisées, à la partie inférieure, teinture rougeâtre unie. Dans tout eson étendue, mais principalement en bas, assez nombreuses ; petites taches ardoisées, de 8 millim. de diamètre environ, qui me semblent être des follicules isolés, et dont plusieurs sont ulcérés au centre. L'ulcère est un peu rosé; l'ourlet marginal est ardoisé, comme nous l'avons dit ; il n'est point saillant. La muqueuse ambiante ne nous semble pas ramollie, si ce n'est un peu à la partie inférieure du gros intestin. — Foie normal de dimensions, mais jaunâtre. — Rate molle, mais à peine augmentée de volume. — Reins pâles à leur partie supérieure, engorgés en bas.
Tête. 80 grammes environ de sérosité limpide dans la cavité arachnoïdienne. Les veines méningiennes sont gorgées et bleues. Un peu de sérosité sous-arachnoïdienne; le fond des circonvolutions est humide. Légères traînées opalines rampant çà et là entre les sinuosités des circonvolutions, à la superficie du cerveau, sans opalescence de la sérosité épanchée. Un peu de sérosité dans les ventricules. Pulpe cérébrale de consistance normale ; elle est un peu sablée et assez humide : le scalpel, promené sur les coupes , fait suinter une sérosité ténue , rougeâtre , assez abondante, phénomène fréquent chez les scorbutiques et chez les scorbuto-typhiques.
Locomotion. Les os sont sains, quelques muscles des mollets conservent des teintures ecchymotiques scorbutiques profondes, d'une couleur violacée. Quelques ecchymoses sous-cutanées peu marquées.
Observation XI.
Typhus sur un scorbutique. Invasion graduelle, avec diarrhée. Accidents cholériques liés au typhus, ou peut-être intervention du choléra lui-même. Ils ne durent qu'un jour. Triple éruption morbilliforme, pourprée et pétéchiale. Mort rapide. — Traitement : Tilleul chaud, frictions, vin de cannelle, pendant les accidents cholériques. Potion aveckina, élher et opium, sinapisraes, 6 sangsues à l'anus contre le typhus. — Autopsie .• Injections des méninges; sérosité sous-arachnoïdienne ; sablé cérébral ? Injections intestinales unies et cadavériques, et injections ramillaires. Pointillé noir, sans saillies des glandes de Payer, qui sont plus pâles que le reste de la muqueuse. Ganglions mésentériques sains. Ramollissement des deux bases des poumons.
Auvergne, du 3^ zouaves, scorbutique depuis trois semaines, arrive de Crimée, et entre dans mon service, salle -1, n° 48, le 19 décembre 1855. 11 est maigre, fatigtié; il a des douleurs dans les jambes et quelques petites ecchymoses rares; les gencives sont molles et saignantes.
Le 6 janvier 1856, Auvergne est aux trois quarts. Un peu de malaise et de diarrhée me font diminuer Taliinentation : quart les 7 et 8. Le 9, la diarrhée est plus intense, il y a de la toux, et le malâde est mis successivement à la panade, puis à la crème de riz. Le 12, quelques vomissements et quelques selles qui ne sont point riziformes, mais verdâtres; quelques crampes dans les mollets; phénomènes accompagnés de refroidissement. Cet état continue dans la journée, sans que les selles et les vomissements deviennent plus nombreux; le froid augmente, la langue ellemême est froide, et le pouls est très-petit et fréquent, la face se tire et se grippe; voix éteinte. Frictions, infusions aromatiques chaudes, vin de cannelle; la chaleur se rétablit dans la soirée. — Ces accidents sont-ils de simples symp-
tômes du typhus? On a vu des phénomènfis pareils survenir, dans cette maladie protéiforme, en dehors de toute influence cholérique régnante. Ou bien est-ce une manifestation, une intervention du choléra même, dont nous avons quelques cas dans les hôpitaux? On verra à l'autopsie de l'intestin, faite, il est vrai, trente heures après la mort, que nous n'avons pas trouvé de psorentérie. La solution est difficile.
13. — La réaction continue doucement; il y a encore quelques vomissements et quelques selles. Pouls mou, à 149; peau assez chaude, sans sécheresse. La tête est lourde et un peu douloureuse; éblouissements, bourdonnements d'oreilles; accablement, supination. — Pr. sinapismes, frictions, potion avec kina, éther et laudanum.
14. — Même état. Même prescription, vésicatoires volants. Plus de diarrhée.
15. — La nuit, le malade a vomi deux fois sa tisane, mais il n'a pas eu de selles; il y a eu aussi du hoquet à plusieurs reprises. Stupeur légère. Le malade ne se plaint de rien; il répond raisonnablement quand on lui parle; mais, abandonné à lui-même, il divague et marmotte. Je le découvre et j'aperçois une éruption confluente; on m'apprend qu'elle a paru le 13. Elle est constituée par trois espèces de taches : i° Des plaques morbilliformes larges de plusieurs centimètres, s'effaçant à la pression ; 2" de petites taches très-nettes, d'un brun rouge vif, presque pourprées, confluentes, répandues sur tout le corps, les mains comprises, pâlissant à la pression; 3° enlin des ecchymoses sous-cuticulaires, ombrées, diffuses, fondues, existant surtout au thorax, à l'abdomen, sur le dos. Pouls à 100, souple, développé, souple sans mollesse. Peau chaude, sans sécheresse. Tête brûlante, céphalalgie obtuse, congestion rouge violacée du faciès et rougeur des
conjonctives; yeux un peu égarés et roulant dans leur orbite. Langue sèche, couverte au centre d'un enduit noirâtre; dents fuligineuses; abdomen normal; pas de selles dans la journée; quelques spasmes dans les muscles de la face et dans les avant-bras. Le malade urine sous lui. — • Toux, dyspnée, crachats diffluents, contenant du sang noirâtre; râles muqueux. — Pr. limonade, même potion, sinapismes, compresses d'oxycrat sur la tête, six sangsues à l'anus.
16. — Même état; selles et urines involontaires dans la matinée; pas d'excrétions dans la soirée ; le râle commence dans l'après-midi.
Mort le 17, à midi. 11 est difficile de déterminer à quel jour de l'affection typhique le décès a eu lieu, à cause de l'état de maladie graduel et croissant, et amené depuis longtemps. Peut-être faudrait-il supputer, en supposant que l'éruption est survenue le quatrième ou le cinquième jour. Le décès aurait eu lieu alors le sixième ou le septième jour.
Autopsie le 17, à 3 heures après midi; mais je n'ai pas le temps de voir l'intestin qui est étalé sur une table et réservé pour le lendemain oîi je l'examine à 6 heures du soir, trente hem-es après le décès. — 1° Habitude extérieure. Persistance des taches cutanées, dont un grand nombre ont pourtant pâli ; le faciès reste rouge, mais d'une couleur moins prononcée que pendant la vie. Le cadavre est encore chaud; mais je ne puis attendre pour faire l'autopsie, car on va enlever tous les corps qui encombrent chaque jour l'amphithéâtre. A l'ouverture de la poitrine et de l'abdomen, une vapeur chaude, mais sans fétidité pourtant, s'élève des viscères et m'incommode fortement. Le lendemain j'ai éprouvé des frissons et une céphalalgie qui ont cédé à un vomi-purgatif, a une sudorèse provoquée, etgà
de longues promenades à cheval, sur les hauteurs qui dominent le Bosphore.— 2" Tête. Méninges fortement congestionnées, surtout dans la scissure de Sylvius. 90 grammes environ de sérosité dans la cavité arachnoïdienne. Sérosité sous-arachnoïdienne abondante, limpide, existant jusqu'au fond des circonvolutions. Quelques traînées opalines serpentent entre ces circonvolutions; maislasérosité y conserve sa limpidité. Toiles choroïdiennes injectées. Un peu de sérosité dans les ventricules, surtout latéraux. Le cerveau paraît sablé quand on le coupe, du sang très-liquide suintant des vaisseaux. — 3° Circulation. Sang diffluent, cœur rétracté, assez ferme; peu de sérosité dans le péricarde; long caillot, en partie noir, en partie fibrineux, dans les veines iliaques, caillots noirâtres dans le cœur gauche, blanchâtres dans le cœur droit. — 4° Respii^ation. Aux deux bases siège un ramollissement rouge : le doigt s'enfoncefacilement dans le parenchyme, qui cependant crépite encore un peu et nage entre deux eaux. Les bronches contiennent du mucus im peu filant. — 5° Abdomen. Je n'ai rien noté dans la rate, dans le foie, dans les reins, dans les ganglions mcsentériques. Le jéjunum est teint dans son entier, en ardoisé et en rougeâtre; il y a également des taches éparses dans Testomac et dans l'iléon. Quelques colorations sont tout à fait unies, comme si elles étaient dues à l'imbibition cadavérique; d'autres sont parsemées de rameaux vasculaires. Pas de ramollissement évident de la muqueuse. Les glandes de Peyer sont très-visibles, ayant conservé une couleur plus pâle que le reste de la muqueuse et étant pointillées de points noirs, sans saillie. Je n'aperçois aucune psorentérie cholérique. Mes notes ne font pas mention du gros intestin. Ganglions mésentériques sains.
DU TYPHUS DE l'aRMÉE d'oRIEM.
Observation XII.
Typhus chez un scorbutique très-avancé, anémique, apyrétique, atteint d'œdème des poumons; mort en 36 heures. Irruption subite du typhus, avec réaction fébrile, congestion du faciès et des conjonctives, délire, stupeur; ces phénomènes tombent rapidement; ils sont suivis de cyanose légère, de refroidissement; mort. — Traitement : Toniques, vin, révulsifs. — L'autopsie rencontre des lésions scorbutiques ; œdème du cerveau, du foie, du poumon, ecchymoses et ramollissement de beaucoup de parenchymes et de membranes; état eccliymotique remarquable des plaques de Peyer; traînées ardoisées dans le gros intestin ; psorentérie cholériforme blanche à la fin de l'iléon.
Un artilleur, évacué de Crimée sur Constantinople, est admis salle 3, n° M. Il est fortement constitué ; il n'a point de maigreur. Affecté de scorbut depuis plusieurs mois, il présente Tétat suivant : Pâleur jaunâtre générale, anémie avec souffle au premier bruit du cœur, inconstant, saisissable parfois seulement. Perte des forces, fatigue au moindre mouvement, parfois état lipothymique quand il descend du lit pour aller sur le vase. Bouffissure de la face, gonflement des pieds. Peau sèche, aride, sans chaleur, sur les membres, notamment à la partie externe des cuisses ; elle est hérissée de petites sailHes rugueuses et violacées, qui sont les bulbes pileux rendus proéminents par un épanchement ecchymotique. De larges extravasations sanguines violettes maculent les deux jambes, surtout la gauche ; elles sont séparées les unes des autres par des teintes plus pâles, jaunâtres, reste d'anciennes ecchymoses; les jambes sont très-gonflées, dures, comme ligneuses. Il existe aussi une large ecchymose à la partie interne de la cuisse gauche, et quelques-unes plus petites, éparses en regard
lies fausses côtes. Enfin, on trouve une suffusion rougeâlre, diffuse, au bord interne du biceps droit et une ecchymose rouge sur la conjonctive du même côté. Un peu de diarrhée séreuse ; appétit peu prononcé; langue blanche et humide ; abdomen empâté, indolore à la pression. Douleurs dans les mollets et dans les genoux. Tête un peu lourde, mais sans douleur; sens peut-être un peu obtus. Pas de fièvre : pouls un peu mou, pas développé, à 62; chaleur normale de la peau ; le malade se plaint de froid aux pieds. Intelligence tout à fait nette. Dyspnée continuelle, redoublant par moments; petite toux fréquente; expectoration assez abondante, muqueuse et spumeuse ; râles nmqueux assez fins, plus abondants aux bases : c'est là cet œdème pulmonaire si fréquent chez les scorbutiques avancés. — Pr. Aliments légers, vin de Bordeaux, potion avec extrait de kina laudanisé, frictions excitantes, sinapismes sur les membres et sur la poitrine, etc.
Le 8 janvier 1836, dans la soirée, le malade est pris de fièvre avec bouffées de chaleur à la tête et de céphalalgie assez vive.
9. — Le malade, jusqu'ici calme et apyrétique, a été agité, a eu du subdélire toute la nuit, a parlé tout haut. Ce matin la fièvre se maintient; pouls à 112, mou, assez développé, peau chaude ; les conjonctives sont injectées à leur angle interne, le visage, auparavant pâle, est animé et congestionné, les pupilles sont légèrement contractées, la céphalalgie persiste, il y a un état vertigineux continuel, le malade est comme suspendu et errant dans les nuages, selon ses propres expressions; il répond très-nettement quand on l'interroge et se l'emet en rapport avec les objets environnants, puis il retombe dans le vague et prononce parfois des paroles incohérentes. La diarrhée augmente, le ventre se ballonne ; la dyspnée est plus intense. — Près-
cription : diète ; je ne change rien aux médicaments; sinapismes répétés. — Dans la journée, le même état persiste. Dans la soirée il y a une recrudescence, le malade délire et parle haut, il sort deux fois de son lit et, d'un air égaré, il parcourt dans la salle la longueur de quelques lits, avec une facilité qu'il n'avait point auparavant, car les douleurs enchaînaient ses mouvements et l'état syncopal était toujours menaçant. Ces phénomènes n'appartiennent pas du tout à la période ultime du scorbut avec anémie et œdème pulmonaire et môme cérébral, cas dans lequel le malade succombe sans réaction et souvent sans agitation, avec le pouls petit et la peau froide. — Vers 8 heures du soir, le malade se calme, et s'affaisse rapidement. Dans la nuit, me dit l'infirmier de garde, il étoufte, il râle, sa face bleuit, et ses membres se refroidissent. Il succombe le 10, à une heure du matin, sous la double influence du typhus et d'un œdème pulmonaire amené sans doute tout à coup à un haut degré d'activité, par le raptus séreux sollicité par la réaction typhique.
Autopsie le mêmejour, à neuf heures du matin. — i° Habitude extérieure. Pâleur générale , teintes bleues aux lèvres et au pourtour des yeux ; persistance des ecchymoses scorbutiques; amaigrissement peu prononcé. — 2° Te^e.Les méninges sont parcourues par des ramifications bleuâtres, grosses et moyennes ; les petits vaisseaux sont peu congestionnés. Un peu de sérosité limpide dans la cavité arachnoïdienne et dans les ventricules cérébraux ; il y en a davantage dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Le cerveau est humide de sérosité rougeâtre ou de sang séreux, qui suinte aussitôt qu'on pratique des coupes dans la pulpe qui est un peu ramollie. — 3" Respiration. Sérosité spumeuse dans l'arbre aérien; œdème de la face inférieure de répiglotte : celle-ci est rigide, relevée. Un peu de séro-
OBSERVATIONS. 4âî>
sité pleurale. Poumon gauche : le tissu est violacé, ramolli, crépitant peu, surnageant imparfaitement, contenant du liquide rougeâtre, ténu, un peu aéré à la base et au bord postérieur. Le sommet et le bord antérieur sont pâles, exsangues, mous etcotonneux au toucher, surnagent, contiennent très-peu de sérosité à peine colorée, ne semblent que fort peu ramollis ; ils sont tachés de macules ecchymotiques d'un bleu ardoisé, striées de lignes plus foncées dessinant les lobules. Le milieu des poumons présente un état intermédiaire; les macules ecchymotiques y sont plus nombreuses, le tissu est ramolli , encore crépitant, gorgé d'une abondante sérosité rosée, ténue, ruisselant à la coupe, rendant une infinité de très-petites bulles d'air. Le poumon droit présente des lésions à peu près semblables, seulement le sommet et le bord antérieur sont moins pâles, plus ramollis, plus humides. Ganglions bronchiques : beaucoup sont mélaniques. — A" Cù'culation. Artères vides ; sang diffluent, mêlé de caillots moins noirâtres, dans l'arbre veineux. Cœur graisseux, vide à gauche, avec teintures unies violacées de l'endocarde; à droite, caillots fibrineux blancs, mêlés k des grumeaux violacés et mous. Ecchymoses sous-péricardiques. Un peu de sérosité dans le péricarde. — 5" Digestion. A. Estomac : muqueuse d'un blanc jaunâtre, avec de larges plaques constituées par un pointillé violet . B . Intestin généralement sain et pâle, avec un peu de ramollissement de la muqueuse, et des injections qui siègent surtout à l'iléon. Ce sont de larges plaques, occupant parfois tout le calibre du cylindre, alfectant les unes une couleur rouge jaunâtre, les autres une teinte d'un rouge plus vif, injections fines avec des rameaux délicats et très-rapprochés, et des taches ou des traînées de teintes plates, violacées, ecchymotiques. Les plaques de Peyer sont toutes rendues visibles par leur plus
vive injection en ardoisé foncé, qui tranche sur la muqueuse pâle ou sur les injections moins vives. Cet état est dû à une véritable infiltration ecchymotique qui, tantôt reste limitée à la plaque, et tantôt dépasse celle-ci en présentant des teintes 'décroissantes. Quelques-unes de ces plaques sont gorgées au point de devenir saillantes. Vers le cœcum, dans un espace de 30 centimètres environ, il y a un semis de points blancs ou jaunâtres saillants, qui rappellent assez bien la psorentérie cholérique. Au gros intestin, les follicules isolés sont également ecchymosés^, avec un point noir au centre de chacun d'eux. Cet intestin est sillonné dans sa longueur par quatre à cinq tramées ardoisées, entre lesquelles se montre la muqueuse un peu pâle, maculée de petites ecchymoses irrégulières. La muqueuse est un peu ramollie. Quelques ganglions mésentériques sont mélaniques et augmentés de volume. C. En ouvrant la cavité abdominale on a trouvé un peu de sérosité ; et des taches diffuses et fondues, ombrées, bleuâtres, apparaissaient sous la tunique péritonéale des intestins. D. Rate un peu molle , un peu augmentée de volume. E. Foie jaunâtre, un peu pâle, gorgé de sérosité roussâtre, pas ramolli, maculé d'ecchymoses d'un violet pâle. F. Reins un peu congestionnés. G. Ecchymoses profondes dans les muscles du mollet; je ne cherche pas ailleurs.
Observation XIII.
Deuxième aUeinte de typhus chez un sujet amaigri et à peine convalescent d'une diarrhée ancienne. Le typhus ne ramène point la diarrhée; il y a plutôt constipation. Forme spasmodique et nerveuse, avec délire passager; absence de période réactionnelle. Après quelques heures d'indisposition la veille au soir, le typhus débute brusquement la nuit, avec un appareil spasmodique, el ac-
quierl d'emblée toute son intensité. Éruption morbilliforme le jour de l'invasion, lendemain des prodromes, elle a disparu le sixième jour. L'appétit se montre le quatrième jour, à compter de l'invasion. Convalescence le sixième jour. — Traitement : Pot. avec kina, éther, opium; bordeaux ; bouillons; lav. émoll.
Martin, du 10° d'artillerie, arrive de Crimée le 29 janvier 1856, salle 13, n" 5. 11 a une petite diarrhée depuis plusieurs mois, et il vient d'être affecté de fièvre grave, pendant laquelle il a perdu connaissance, il a battu la campagne, il a souvent quitté son lit dans son délire; enfin ce malade ajoute qu'il a été couvert de taches rouges, comme ses voisins à l'ambulance. A ce portrait, il serait ilifficile de méconnaître le typhus. Martin est sorti de son typhus depuis trois semaines, mais il lui reste de la diarrhée, de la faiblesse, et il est fort amaigri. Je viens assez rapidement à bout du flux intestinal et, le 5 février, Martin a le régime suivant : café le matin; demi-quart de pain, crème de riz, pomme cuite ; bordeaux ; potion avec extrait de kina et teinture d'opium. Une seule selle le 5.
Le A au soir, Martin avait eu un peu de mal de tête dont il ne s'était pas plaint; il avait pris tous ses aliments malgré cette céphalalgie. La journée du 5 est bonne, l'apyrexieest complète, la tête est bien libre.
Dans la nuit du 5 au 6, il est pris de fièvre, sans frisson préalable, et avec une céphalalgie très-légère ; mais des phénomènes spasmodiques se manifestent immédiatement: il y a de l'inquiétude, de l'anxiété, de légers spasmes dans les jambes, mais des contractions plus énergiques qui lui tendent les bras, dit-il, et qui durent plusieurs heures. Insomnie, pas de rêves ni de délire.
La journée du 6 est assez bonne. Intelligence nette, réponses normales; il balbutie en parlant; la langue est blanche, humide, tremblante; pas de selles dans les vingt-qua-
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tre heures. La peau a «ne température normale, le pouls à H2, est vibrant, serré, nerveux, irrégulier, sans développement pathologique. Le malade a des spasmes, parfois quelques tremblements, il pleure, il soupire, sans savoir pourquoi, il s'inquiète et se rassure alternativement et sans raison. Céphalalgie de moyenne intensité, vertiges et bourdonnements d'oreilles; dans la matinée je constate déjà que le faciès et la conjonctive sont injectés, et j'aperçois une éruption discrète de plaques morbilUformes, les unes petites, les autres de 3 centimètres, éparses sur le thorax, Tabdomen et les membres. Petite toux sèche. Dans la soirée, le malade est un peu plus agité, et la peau un peu plus chaude. — Pr. bouillon; potion avec kina, éther et laudanum.
7. — A rêvé et divagué une partie de la nuit. L'intelligence est présente pendant la journée. Même état qu'hier, mais pouls moins nerveux, ua peu plus souple, pas de selles, abdomen tendu et un peu douloureux à la pression, la langue se sèche un peu ; soif modérée, pas d'appétit ; expression de la physionomie inquiète, regard errant. — Pr. comme hier; lavement émollient.
8. — L'état du malade est stationnaire ; pourtant les spasmes se calment, il y a une selle, il n'existe presque plus de céphalalgie, l'abdomen est à peine tendu, et la pression n'y provoque plus de douleur. — Pr. comme hier.
9. — Le malade a dormi. Amélioration évidente, le pouls est à 90, souple, régulier, un peu faible ; la peau a une chaleur douce; il reste quelques bourdonnements, mais à peine quelques vertiges quand le malade s'assied sur son lit; la tête est dégagée, le faciès et les conjonctives conservent à peine une légère teinte rouge, l'abdomen est normal, l'appétit se fait sentir. 11 n'y a eu qu'une éruption de taches; elles pâlissent. Le malade se plaint de faiblesse.
de brisement et demande du vin. — Pr. panade à l'œuf; bordeaux; potion avec extrait de kina 2 grammes.