Le malade se lève un peu
9. — Salins prend toujours son chocolat le matin, et mangea chaque repas 1/2 quart de pain, panade et poisson. Il écrit une longue lettre à sa famille.
10. — Il est retenu au lit par des douleurs dans les jambes; à mon invitation, il les surmonte pourtant dans la soirée, et je le fais conduire, hors des salles empestées, sur la plate-forme de l'hôpital, qui domine le ravin et les jardins de Kirutsouk-Chiflick.
11. — Salins mange le quart. L'appétit est violent. Le 28 janvier 1856, il part pour la France.
Observation IV.
Typhus sévissant sur un sujet qui jouissait d'une excellente santé. Trois jours de prodromes, ou d'élal qui n'exige point la suspension de service. Débute par ophlhalmie et fièvre qui parait simple. Éruption le deuxième jour. On croit aune variole; l'éruption pâlit le quatrième jour ; on la rappelle ; elle pâlit de nouveau le neuvième jour, pour s'effacer définitivement. Fuligo le sixième jour. Peau sans sécheresse. Pouls intermittent, avec épistaxis. Un peu de constipation, puis diarrhée mélœnique. L'intelligence se maintient normale pendant une partie de la maladie, et il n'y a délire que la nuit; la stupeur se manifcsle tardivement; la surdité ne se montre que pendant la convalescence. La maladie est jugée favo-
rablement le neuvième jour. Parotidila suppurée. L'appétit se manifeste de très-bonne heure. — Traitement. Une prise de calomel , potion avec extrait de quinquina, camphre, éther, laudanum ; lavements amylacés opiacés; sinapismes.
Malbet, jeune soldat du 43" de ligne, au service depuis di.x-huit mois, a été en Crimée où il a été atteint de congélation qui s'est manifestée par des douleurs dans les jambes et par l'exfoliation du derme induré d'une partie des pieds. Depuis huit mois, il remplit les fonctions d'infirmier auxiliaire dans mon service, à l'hôpital militaire de Péra. Il avait été évacué sur Constantinople à cause de l'état de ses pieds qui ont encore suppuré une partie de l'été. Sa santé est excellente ; il est florissant, très-fort, gras, lymphatico-sanguin. Il n'a pas eu le scorbut, il n'a point fait de maladie interne grave ; il n'a pas eu la fièvre typhoïde.
Il entre à l'hôpital le 15 décembre 1855. Il est malade depuis quatre jours, mais il a continué son service jusqu'au iA, époque à laquelle il s'est alité. Il avait une fièvre modérée, continue, avec légère céphalalgie, réaction et chaleur sans frissons, légère constipation, état qui lui a permis de faire son service, et de continuer à se nourrir, comme nous l'avons dit. Ce qui frappe le plus son attention et la nôtre c'est une ophthalmie, qui présente les caractères suivants lors de l'entrée du malade dans nos salles. La conjonctive gauche est gonflée, violacée, ecchymotique, c'est-à-dire qu'il y a chémosis. Les paupières sont également tuméfiées, violacées, et le pourtour de l'œil a la même teinte. La fièvre est modérée ainsi que la céphalalgie ; il n'y a ni vertiges, ni tintement d'oreilles, ni prostration, mais seulement la fatigue et le brisement qui accompagnent tout mouvement fébrile datant de quelques jours. Pas de douleurs dans les jambes ni dans le dos, pas de
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rêvasseries la nuit; il dort passablenieni. Langue normale^ selles régulières. Je crois à une simple ophthalmie : diète^ eau gommeuse A litres, 5 sangsues à l'angle externe de rœil, pédiluve sinapisé.
46. — L'état général n'a point changé. Le malade est dans l'état d'un homme qui a une simple fièvre inflammatoire ou une fièvre symptomatique d'une phlegmasie locale : la sensibilité, le sommeil, les organes des sens, les forces, l'aspect du faciès ne présentent rien de particulier; l'intelligence est tout à fait nette et prompte. De nombreuses taches se manifestent sur la plus grande partie du corps, elles sont d'un rouge clair, petites, pâlissant momentanément sans disparaître à la pression. Cette éruption a eu lieu le lendemain du jour où le malade a pris le lit, deuxième jour de l'invasion en comptant à la manière habituelle, c'est-à-dire du moment où le sujet s'alite. Si on compte à partir des premiers phénomènes morbides, l'éruption se manifeste le cinquième jour. Deux ou trois macules résident sur la face, au menton, chose très-rare dans le typhus. Je crois à une variole, dont j'ai quelques cas dans mes salles : diète, lin nitré 4 litres, 3 grammes de calomel (1) dans iO de miel. Ce médicament n'est pas toléré : il amène des selles et des vomissements.
i7. — A peu dormi, a été agité la nuit. Réaction trèsvive, peau très-chaude et moite, 39 degrés sous l'aisselle, pouls à 420, fort et développé, congestion vers la tête,
(1) La médication au calomel à haute dose m'avait rendu d'éminents services dans une épidémie grave qui avait sévi à Thionville. Ce médicament est ordinairement toléré tant que l'éruption est dans son plein. Il nous avait semblé éloigner les complications, empêcher les phlegmasies intercurrentes, modifier profondément l'éruption et diminuer les cicatrices. C'est au docteur Beylot que nous devions cette médication.
turgescence du faciès, quelques douleurs lombaires; quelques nausées. Intelligence nette, selles régulières, 6 sangsues à Tan us.
18, 19, 20. — Nuits agitées, délire. Dans la journée les réponses sont nettes, justes, étendues. Céphalalgie de moyenne intensité, fronto-temporale. Un cercle violet ecchymotique se forme autour de Toeil sain ; sa conjonctive rougit, mais je crois que c'est une extension de l'ophthalmie de l'autre œil, et je ne pense pas encore au typhus, maladie dans laquelle cette rougeur conjonctivale est un signe précieux. Les pupilles sont un peu contractées. Je me contente de lotions d'eau blanche sur les yeux. 11 n'accuse ni vertiges, ni bruits dans les oreilles. Se plaint d'éprouver une chaleur insupportable et se découvre à chaque instant. Cependant la réaction paraît un peu moins vive, la peau est moins chaude, le thermomètre ne marque que 38 degrés etdemi sous l'aisselle, le pouls est à 110, assez développé, souple. Epistaxis le 19. La langue se sèche, et le fuligo est évident le 20 au matin, sixième jour à compter du moment où le sujet s'est mis au lit. Soif, inappétence. Diarrhée légère : deux selles en vingt-quatre heures, elles sont noires, comme dans le uiétena, ventre souple, indolore, sans météorisnie, sans gargouillement ; urines rares et rouges depuis quelques jours. Les taches cutanées sont un peu plus larges, mais elles pâlissent le 18 et s'effacent à peu près complètement le 19. Je crois à une rétrocession de la variole, et j'inscris au diagnostic : variole avec état typhique. Je cherche h rappeler l'éruption par de l'infusion de tilleul très-chaude, des frictions sur toute la peau, de l'acétate d'ammoniaque. Potions éthérées opiacées, potion avec extrait de kina 2 grammes, éther 2 grammes, laudanum 2 gouttes. Lavements émollients, sinapismes répétés, qui laissent des taches violacées
ecchymotiques persistantes. Le 20, l'éruption reparaît. Le malade est toujours plus mal le soir et la nuit, et le faciès est plus rouge.
21. — La nuit a été très-mauvaise ; le malade a beaucoup déliré. Son délire roule sur son service. 11 s'agite, se découvre, mais sans tenter de sortir du lit. Réponses nettes, justes, assez développées, le matin. Il s'offusque beaucoup et se plaint à la sœur, dans la journée, de ce que j'ai demandé s'il délirait la nuit. Il parlemente longtemps et raisonnablement avec la sœur, pour avoir du bouillon. Dans la soirée, il divague parfois en répondant aux questions qu'on lui adresse : il faut qu'on fixe son attention pour obtenir des réponses bien nettes et bien suivies. Faciès rouge, pupilles un peu contractées. Coucber en supination, affaissement, accablement, mais la face n'a point d'expression de stupeur. Céphalalgie répandue sur toute la tête, vertiges et éblouissements; pas de dureté d'ouïe, fuligo très-prononcé, soif modérée, l'appétit n'est pas tout à fait éteint. Ventre souple, indolore, sans météorisme; dans la soirée, mais pas dans la matinée, je perçois quelques craquements humides dans la région cœcale. Le soir selles liquides et autres dans les vingt-quatre heures. Urines rares, rouges, troubles. La rate déborde les fausses côtes. Le foie est dans ses limites. Gêne épigastrique et cardiaque. Les hypochondres ne sont pas tendus. — Peau chaude, moite; 28 degrés et demi sous l'aisselle. Les macules cutanées sont de trois sortes : taches rosées lenticulaires qui ressemblent à celles de la fièvre typhoïde, mais pâlissent moins sous le doigt ; elles sont plus ou moins vives de teinte, et répandues sur la poitrine, le ventre, à l'origine des membres; taches d'un pourpre vif de dimensions variables, entremêlées aux taches de la première espèce, ne pâlissant qu'à peine sous le doigt ; elles sont
plus larges et plus foncées au dos; enfin, à la partie interne des cuisses et aux aines, larges taches sous-cuticulaires, diffuses, violacées, noirâtres, se fondant insensiblement dans la couleur de la peau ambiante. — Toux rare, insignifiante, avec quelques crachats que le malade rejette difficilement. Malbet ne fait des mouvements dans son lit que lorsqu'il veut cracher. Quelques râles muqueux difficilement perceptibles, aux deux bases. — Le typhus est évident. Nous aurions dû le diagnostiquer plus tôt. Il n'y avait pas du tout de variole. Je supprime, à dater du 20, les moyens que j'avais cru devoir employer pour rappeler la prétendue éruption variolique.
22. — A très-peu parlé la nuit, il a eu des selles involontaires. L'assoupissement et la stupeur se manifestent, ne se plaint de rien. Hier il répondait assez longuement, aujourd'hui ses réponses sont brèves, mais justes. La chaleur interne l'incommode moins, l'agitation est bien moins prononcée depuis hier déjà. Ses mains tremblent quand on les lui tient en l'air. Je ne perçois point de soubresauts de tendons. Les diverses taches cutanées se sont presque uniformisées : elles sont généralement petites, rapprochées, vives, ineffaçables, peau chaude sans sécheresse. Même état du poumon ; le malade tousse fort peu. Fuligo complet, ventre souple, indolore, gaz cœcaux sans gargouillement. Il a toujours tiré facilement la langue, le malade va un peu sous lui ; les matières ne sont plus noires. Le matin, le pouls est à 100, sans faiblesse ni petitesse ; une pulsation manque de temps en temps dans l'artère comme dans le cœur. Le soir, HO, mais cependant le malade semble mieux, se trouve mieux, répond mieux. Douleur parotidienne gauche, bouillon coupé de bordeaux ; potion camphrée opiacée , plusieurs sinapismes.
23. — C'est le neuvième jour depuis que le sujet a pris le lit. Amélioration évidente, il dit avoir bien dormi, et il n'a pas rêvé haut. On trouve un peu de matières fécales sous lui. Pas d'autres selles dans la journée, physionomie plus éveillée. L'œil malade est presque revenu à l'état normal; pas de surdité; ne se plaint de rien, ni de céphalalgie, ni d'aucune autre douleur, si ce n'est à la région parotidienne gauche. Est couché sur le dos, mais se retourne des deux côtés, ventre normal. Le fuligo est à peu près stationnaire. Malbet a faim et veut du bouillon avant ma visite et ma prescription. Le pouls est à 96, sans développement et sans faiblesse, une pulsation manque toujours. La peau est moins chaude, l'exanthème persiste. A eu des sueurs la nuit ; les urines sont plus abondantes : est-ce une crise ? Bouillon, sinapismes.
24'. — Dit avoir hier reposé, mais les voisins et les infirmiers nous apprennent qu'il s'est un peu plaint. Le mieux est plus prononcé encore qu'hier. Faciès bon; sa turgescence s'efface, les conjonctives sont restées un peu rouges. Les selles sont régulières. La langue se nettoie, l'appétit se manifeste. Les taches pourprées pâlissent. Peau moins chaude, pouls à 106; une pulsation ne manque plus de temps en temps. Le pouls est faible. Bouillon, pomme cuite, orange, quart de bordeaux, potion avec extrait de kin a 2 grammes, et laudanum 20 gouttes, tilleul édulcoré pour boisson.
25. — Le mieux se maintient. Malbet dit qu'il a bien dormi, mais il a parlé haut. Il a eu une selle liquide et noire la nuit, il a pris lui-même le vase de nuit. L'oreillon est très-gros et très-volumineux; dès qu'il s'est montré, j'ai fait des frictions mercurielles beliadonées et prescrit un cataplasme par-dessus. Malbet a mangé de bon appétit hier; il voudrait davantage aujourd'hui : même prescrip-
tien. Deux nouvelles selles dans la journée : lavement amylacé opiacé le soir.
26. — 3 selles la nuit, elles ne sont plus noires. Dort tranquillement, sans rêves ni plaintes; pouls à 100, un peu mou; pas Tombre de stupeur. Les taches cutanées ont disparu. La bouche est nettoyée, le ventre est souple, indolore, sans météorisme, sans gargouillement; une seule selle dans la journée. Il n'a presque pas maigri. Aucun râle dans la poitrine, mais respiration généralement rude, il tousse et crache fort peu, mais les crachats sont difficiles à détacher, et pour cracher, Malbet se met tout seul assis sur son lit. On peut le considérer comme convalescent de son typhus : c'est le douzième jour, mais la parotidite est énorme : le typhus est terminé, mais je crains que cette affection, née du typhus, ne fasse surgir de nouveaux accidents. Une fluctuation très-profonde se fait sentir; j'incise largement et profondément, mais sans arriver au foyer : on met de la charpie dans la plaie : même régime et même prescription qu'hier, 2 lavements amylacés opiacés.
27. — La fièvre est complètement tombée, et le pouls est à 92, un peu dépressible, peu développé. La peau n'a point de chaleur pathologique, une selle consistante la nuit; pas d'autres dans la journée. Je saisis encore quelques traces de l'éruption cutanée : j'achève l'incision; il s'écoule beaucoup de pus louable. Bouillon, deux pommes cuites, eau gommeuse, le malade ne voulant plus do tilleul; quart de bordeaux; lavements amylacés opiacés. Le malade se lève seul et se met sur le vase de nuit.
28. — Une selle la nuit, sommeil réparateur, les forces renaissent. Plus de toux, respiration normale. J'agrandis l'incision : le gonflement étant énorme envahissait le cou, et s'étendait même à l'autre côté de la face; les paupières
étaient fortement œdématiées. Le pouls est à 94, plus fort, plus résistant que les jours passés. L'appétit se prononce de plus en plus. Un peu de surdité se manifeste depuis un ou deux jours. Panade au maigre avec deux œufs dedans, demie de bordeaux, limonade citrique vineuse, potion avec extrait de kina 2 grammes et 20 gouttes de laudanum, deux quarts de lavement amylacé opiacé, que le sujet conserve très-bien.
29. — La diarrhée est décidément arrêtée. Malbet s'assied sur son lit; pouls à 100. Un peu de fièvre le soir. État général excellent. La suppuration est abondante. Un peu de desquamation furfuracée. L'affaiblissement de l'ouïe persiste. Panade avec un œuf, deux pommes cuites, bordeaux, eau gommeuse vineuse, potion avec kina opiacé.
Le 31 le pouls esta 90.
Jusqu'au -4 janvier 1856, Malbet ne mange pas ou ne mange que très-peu de pain, sa parotidite rendant difficiles et douloureux les mouvements de la mastication. Parmi les nombreux typhisés qui ont eu des parotidites ouvertes après suppuration, Malbet est à peu près le seul qui ait guéri. Peau sèche, furfuracée, un grand bain.
Le 4, il se levait deux heures, il se promenait dans la salle. Il mangeait le quart de pain, panade, pomme cuite, et le bordeaux était continué. Le 8, il recevait une côtelette. Le 13, il était aux trois quarts. Les 18 et 20, petits accès tierces. Le malade n'avait pas eu de fièvre intermittente avant son typhus. Le sulfate de quinine à 6 décigr. empêche le troisième accès.
Obsorvation V.
Typhus chez un sujel bien portant. Première période ressemblant à une ûévre inflammatoire durant quatre jours, et pendant laquelle le malade ne garde pas continuellement le lit. Éruption le cinquième jour. Début brusque de la période nerveuse par un délire très-violent ; elle est de très-courte durée. La maladie est jugée le huitième jour, et le malade prend un potage; convalescence et alimentation le neuvième. L'éruption a été pétéchiale, avec quelques plaques morbilliformes postérieures. Elle commence à pâlir le septième jour à compter de son apparition, le malade étant déjà en convalescence depuis deux jours. Pouls à 128, plein et fort, le jour du délire ; à 100, un peu mou le lendemain ; à 100, le surlendemain. — Traitement. 6 sangsues à l'anus, vésicatoires ; pelions avec camphre, camphre et quinquina, camphre, kinaet opium.
Mialhe, du 85^ de ligne, infirmier auxiliaire attaché à mon service, est fortement constitué, sanguin, et jouit d'une excellente santé. Il est au service depuis un an et demi. Il a séjourné peu de temps en Crimée ; il en est revenu depuis six mois.
Il entre comme malade le 22 janvier, salle 3, n° 25. Depuis quatre jours, le sujet se traîne, sans garder continuellement le lit. Il a été pris d'une fièvre entrecoupée de frissons et de chaleur, puis la réaction s'est établie en permanence mais irrégulière, lui laissant, le soir ou le matin, plutôt le matin, des intervalles presque apyrétiques, pendant lesquels il se lève. On dirait une simple fièvre inflammatoire avec céphalalgie modérée, fièvre de moyenne intensité, soif, inappétence, langue rosée aux bords et blanche au centre, fatigue générale, brisement dans les jambes.
Le 23, rien de nouveau; mais les paroles me semblent un peu lentes, quoique prononcées d'une voix ferme. Diète, limonade tartrique. Le sujet garde le lit. Selles régulières
les jours précédents; pas de selles aujourd'hui. A ma visite du soir, je constate déjà une éruption rosée.
24. — Hier, vers neuf heures du soir^, Mialhe a commencé à crier, à vociférer, à délirer; il se levait, courait dans la salle, et se débattait des bras et des jambes quand on le ramenait au lit. On lui a mis la chemise de force; il l'a brisée et s'est sauvé dans les corridors. Le matin je le trouve dans l'état suivant : Coucher en supination, grand abattement, lassitude, stupeur légère, réponses normales, mais que le malade ne donne qu'après avoir été nettement interpellé; il est donc un peu isolé de ce qui l'environne. Il dit souffrir, surtout, à la tète, au tronc, au dos, aux membres, à répigastre. Il est plus affaissé qu'inquiet. La conjonctive est très-injectée, la face l'est beaucoup moins; la pupille est contractée et le malade fuit le jour. Éruption pétéchiale pourprée, vive et nette, sur l'abdomen, le thorax et les cuisses; selon leur profondeur, ces taches pâlissent ou ne s'effacent pas à la pression. Soif assez vive; inappétence; bouche et langue humides, gencives rosées, un peu turgescentes, langue un peu rouge, liséré congestif autour des dents; abdomen souple et indolore; gargouillement cœcal; une selle dans la journée. La rate ne dépasse pas les fausses côtes; le foie ne paraît pas plus volumineux qu'à l'état normal. Vertiges, éblouissements, tintement d'Oreilles, sentiment d'ivresse et de tournoiement. Peau moite et chaude. Pouls développé, plein, fort, à 128. Urines à peu près normales. — Pr. diète; limonade lartrique 4 litres; vésicatoires volants aux mollets; potion camphrée à 2 grammes; six sangsues à l'anus. Je revois le malade dans la soirée : il est évidemment mieux, et se possède davantage; il est moins étourdi, la fièvre est un peu moins vive, il répond plus vite que ce matin. Les sangsues ont beaucoup saigné.
25. — Insomnie, le malade rêvasse et parle un peu; pas d'agitation, pas de sorties du lit; réponses raisonnables quand on lui parle.
Même état qu'hier, dans la journée. Le pouls est moins fort, souple, tend à la mollesse, et bat 110 fois. Bouillon ; potion avec extrait de kina 2 grammes et camphre 1 gramme. Une selle dans la journée.
26. — Peu de sommeil; quelques rêvasseries; deux selles; sueurs abondantes. Intelligence nette, prompte, à peu près normale. Le regard est intelligent et assez vif, l'œil nacré, brillant, moins rouge qu'avant-hier; le faciès n'a plus que la légère turgescence des tièvres inflammatoires. Céphalalgie médiocre, fronto-temporale ; douleurs vagues dans les membres et brisement ; pas de bourdonnements d'oreilles, mais quelques étourdissements. Un peu de toux depuis l'entrée du malade; auscultation muette. Les gencives ont pâli ; bouche pâteuse, mais un peu d'appétence; soif assez vive; langue d'un rouge prononcé au pourtour, saburrale au centre; abdomen souple et indolore, sans météorisme ni gargouillement ; pas de selles dans la journée; urines claires et assez abondantes. Pouls plein, souple, à 100. Peau chaude et moite; 38 degrés et demi sous l'aisselle. Les taches pourpres sont unies, ineffaçables, et ont gagné les avant-bras et les jambes; elles ne sont confluentes que sur le thorax. Pas d'épistaxis depuis la maladie. — Rizédulcoré pour boisson; deux lavements émollients; potion avec camphre, kina et opium; potage au tapioka que le malade prend avec plaisir. La maladie est vraiment jugée, jugée favorablement, le quatrième jour depuis qu'il s'est tout à fait alité, le huitième depuis les premiers phénomènes morbides. — La journée est bonne; pas d'exaspération le soir ; 38 degrés centigrades sous l'aisselle.
384 DU TYPHUS DE l'aMIÉE d'oRIENT,
27. — A assez bien dormi et peu rêvé; pas de selles. La convalescence se prononce davantage. Quelques éblouissements à peine, quand il s'assied. Une selle. L'œil n'est plus injecté, la pupille ne m'a paru contractée qu'un jour ou deux. Peau sudorale depuis avant-hier soir. Pouls normal comme intensité, mais battant H2 fois. Toux légère, quelques petits crachats muqueux; respiration plus obscure à droite, sans matité et autres signes. Mialhe prétend qu'il pourrait se lever s'il voulait. Il a de l'appétit. — Pr. demiquart de pain, bouillon et confiture; bordeaux; limonade tartrique.
28. — Mialhe a peu dormi et beaucoup rêvé, mais sans parler haut; une selle. Ce matin il est plus abattu qu'hier et son visage a une légère teinte de stupeur, mais son intelligence est très-nette et ses réponses normales, seulement le sujet semble un peu paresseux de paroles : il répond assez longuement quand on lui parle, mais il ne prend point l'initiative de la conversation. Il est brisé, fatigué; sa céphalalgie est légère; il a quelques douleurs dans les jambes. Abdomen souple, indolore; langue humide et sans saburres; soif médiocre, appétit léger. Il y a évidemment quelques taches morbilliformes, de 2 centimètres environ de diamètre, s'effaçant sous le doigt, mêlées aux taches pétéchiales ineffaçables et ayant paru un peu après ces dernières. Pouls à 81. Même régime qu'hier. — Dans la journée, Mialhe se lève un peu, fait son lit tout seul, puis se recouche aussitôt.
29. — Même état, mais a moins rêvé la nuit. Les pétéchies perdent de leur netteté et se fondent dans la couleur de la peau qui les environne. Le malade ne se lève pas, mais se tient, par intervalles, assis sur son lit et va seul aux lieux, loin de la salle. Même prescription, plus un œuf à la coque; Umonade vineuse.
Le 30, le faciès est amaigri, et les yeux sont un peu caves. Le 31, Mialhe se lève une heure et demie et se promène un peu dans la salle. Le 2 février, il est au régime suivant : quart de pain, côtelette, deux pommes cuites, bordeaux- Il a un peu maigri; il était gras et florissant avant sa maladie. Les forces reviennent vite. Le 6, il reste levé toute la journée. Le 7, il est complètement guéri et mange la demi-portion. Je n'ai pas noté l'époque de la disparition complète de l'exanthème.
Observation VI.
Typhus cérébro-pecloral. Début brusque avec délire la première nuil; un peu de rémission le lendemain ; le délire reprend la troisième nuit et devient très-violent; l'intelligence se conserve assez bien pendant le jour. Le troisième jour, congestion du faciès et des conjonctives, avec photophobie. Stupeur. Raideur passagère du cou, qui reparaît le jour de la mort. Céphalalgie peu intense. Diarrhée légère initiale, puis météorisme et douleur abdominale, accidents qui se calment ensuite; fuligo le cinquième jour. Pouls développé et mou, puis petit et mou; varie de 77 à 120. Toux le troisième jour, crachats rouilles, pneumonie des deux bases. Éruption pourprée superficielle du quatrième au cinquième jour; éruption plus profonde le lendemain. Amélioration trompeuse les sixième et septième jours; puis accidents graves, et mort du septième au huitième jour. Traitement. Inf. de tilleul ; 12, puis 8 sangsues à la poitrine; potions avec camphre, kina, élher, opium; sinapismes; lavements arayl. op.; fomentations sur le ventre. — Autopsie. Plaques comme sablonneuses de glandes de Pacchioni, adhérentes aux méninges qui adhèrent elles-mêmes entre elles en regard de ces amas glandulaires. Congestion des méninges et des sinus. Sérosité limpide sous-arachnoidienne. Pulpe cérébrale ramollie (putréfaction?) et contenant du sang rosé liquide qui, en suintant, lui donne l'aspect sablé Rachis sain. Pneumonie des deux bases, avec lésion qui tient de l'hépatisalion planiforme et de la splénisation. Pointillé noir des plaques de Peyer. Ganglions mésentériques sains.
LabrUj du 30« de ligne, malade depuis quinze jours, m' arrive de Crimée le d9 décembre 185S, pour douleurs dans la jambe droite et congélation superficielle des orteils. On le place salle 1, n. 19. Il est sanguin, assez bien conservé. Il mange les trois quarts de la portion, se lève, et marche avec un bâton, à cause de ses douleurs et de la congélation des orteils.
Le 4. janvier 1856, il est pris de fièvre, avec frissons irréguliers et passagers alternant avec de la chaleur ; deux selles; céphalalgie peu intense. Il avait mangé ses trois quarts le matin, il n'y touche pas le soir.
5. — Il a déhré la nuit. Le matin la fièvre est très-modérée, le pouls à 77, médiocrement développé, souple, la chaleur est douce et halitueuse; il n'y a qu'un peu de pesanteur de tête et des bourdonnements d'oreilles ; le malade a pourtant des appréhensions sinistres; langue saburrale, ventre indolore, deux selles dans les vingt-quatre heures, intelligence tout à fait lucide ; soif, mais conservation d'un peu d'appétit. La brusque apparition du délire, la nuit, et la rémission du matin m'engagent à prescrire le sulfate de quinine, au cas où j'aurais affaire à un accès grave : bouillon, eau gommeuse, potion opiacée avec sulfate de quinine 6 décigr. A ma visite du soir, j'en prescris encore 4. La réaction est un peu plus vive, mais le faciès n'est pas plus rouge que dans une simple fièvre inflammatoire. Point de frissons dans la journée.
6. — La nuit a été bien meilleure ; il n'y a pas eu de délire, mais le malade n'a pas dormi. Même état qu'hier, c'est-àdire réaction modérée, sans frissons. Mais le faciès est congestionné, la conjonctive rouge, la pupille contractée; il y a de la céphalalgie et des douleurs contusives générales ; diarrhée, soif, anorexie; pouls à 112, assez développé, mou, accablement, prostration, supination, toux légère.
C'est un typhus. Pr. potion avec extrait de kina et éther 2 grammes de chacun, et 20 gouttes de teinture d'opium ; bouillon.
7. — Déhre et grande agitation toute la nuit; le malade se meut dans son lit, gesticule, parle haut ; plusieurs selles. Parole un peu embarrassée, mais réponses raisonnables et étendues; pas de délire dans la journée. Le faciès est congestionné d'un rouge brun vineux, et l'œil est fortement injecté, avec contraction manifeste des pupilles. Agitation continuelle des jambes; il se plaint qu'elles sont douloureuses. Céphalalgie, vertiges, bourdonnements d'oreilles. Beaucoup moins d'appréhensions sinistres. Urines rares et rouges. Langue rouge au pourtour, un peu saburrale au centre, soif, diarrhée ; ventre météorisé, tendu, douloureux à la pression. Toux, crachats muqueux; je n'ausculte pas.
Pr. comme hier : fomentations sur le ventre ; deux quarts de lavement amylacé opiacé. — Le malade prend son bouillon; une seule selle dans la journée.
8. — On a été obligé de mettre le corset de force au malade qui sortait à chaque instant du lit ; pas de selles la nuit. Face stupéfiée, et toujours vineuse. Répond encore avec justesse et avec assez de détails quand on l'interpelle; ne délire pas dans la journée.
Le malade fuit la lumière, a les paupières baissées et cache la pupille sous l'arcade sourcilière, quand on écarte les voiles membraneux de l'œil ; pupille contractée. Mais, quand on l'en prie, il vous regarde directement et en face un instant, puis il referme les paupières. La conjonctive reste fortement injectée, humide, brillante. Le cou est raide; je ne puis fléchir le menton sur la poitrine, et, pendant celte manœuvre, Labru se plaint. La céphalalgie est modérée, il n'accuse point de douleurs dans le cou. Pouls
petit, un peu mou, à H7; une épistaxis légère. Fuligo déjà prononcé ; météorisnie, les muscles de Tabdomen se contractent vivement et immédiatement sous la main; le ventre, difficile à explorer à cause de ces contractions, est douloureux, surtout dans la fosse iliaque droite. Toux fréquente ; râles muqueux des deux côtés, mais surtout à droite, sans crépitation, sans souffle, sans matité; crachats visqueux rouillés, et contenant en outre des stries de sang non combiné ; respiration précipitée, courte, 26 par minute. Peau moite, chaude, éruption de taches pourprées, nombreuses déjà, sur la poitrine, Tabdomen, le dos, un peu sur les membres, nettes, irrégulièrement arrondies, bien découpées, de 4 à 8 millimètres, tenant le milieu entre la pétéchie et la plaque morbilliforme, plus superficielle que la première et pâlissant à la pression, mais plus profonde, plus vive de couleur que la seconde et ne s'effaçant pas complètement pour un moment sous la pression du doigt. — Pr. délivrer le malade de son corset de force, potions comme hier, sinapismes; infusion de tilleul. — Il est assez tranquille dans la journée, n'a qu'une selle et prend lui-même le vase de nuit. Dans la soirée il commence à divaguer légèrement.
9. — Les divagations ont cessé, et le malade n'a pas dormi, mais ni parlé ni déliré la nuit, au dire des infirmiers etdes voisins; deux selles. Ce matin il est mieux; beaucoup moins de stupeur, réponses très-lucides et détaillées. Dit n'avoir aucune douleur, mais seulement la tête embarrassée ; des tournoiements, des bruits dans les oreilles. La voix est assez assurée et ferme. Le faciès et les conjonctives sont dans le même état, mais la pupille a cessé d'être contractée, et il n'y a plus de photophobie. Le malade n'a plus d'idées tristes; il rit volontiers et demande du tabac qu'on lui refuse. Pouls souple, presque sans mol-
lesse, à 120, peau un peu chaude, tendant à la sécheresse. La langue commence à se nettoyer, les dents sont encore fuligineuses ; ventre souple, non météorisé, sans gargouillement, sans douleur à la pression ; pas de selles dans la journée. L'éruption est générale, sur les membres comme sur le tronc ; à côté des taches pourpres vives, il en existe de plus pâles, de plus diffuses, de plus fondues, de plus profondes, dont Tapparition est postérieure à celle des taches plus superficielles. La raideur du cou a cessé. Tousse beaucoup, mais les crachats sont moins l'ouillés, moins adhérents ; râles crépitants à la base du poumon gauche, obscurcis par l'abondance des râles muqueux ; matité à la base gauche, submatité à la base droite ; un peu de souffle à gauche. — Pr. bouillon, infusion de tilleul, potion avec extrait de kina 2 grammes dans la journée, avec camphre 1 gramme et opium dans la soirée; 12 sangsues du côté gauche de la poitrine. Sinapismes tous les jours. L^amélioration se maintient toute la journée et la soirée.
10. — Le malade a beaucoup parlé la nuit et a eu deux selles. Dans la journée, même état qu'hier ; le mieux semble même augmenter, car il y a moins de prostration et le malade peut s'asseoir sur son lit sans se faire aider. La langue, qui semblait vouloir se nettoyer hier, est en effet couverte de moins de mucosités fuligineuses, mais elle est sèche, brune, raccourcie. Le ventre est de nouveau météorisé ; la pression y fait mouvoir des gaz, non mêlés à des liquides, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de gargouillement. Le pouls s'est élevé, il a 115 pulsations assez amples et assez fortes. Les crachats sont plus visqueux et plus rouillés qu'hier; on perçoit toujours des crépitus h gauche, des râles muqueux fins à droite. Céphalalgie légère ; douleur dans la jambe malade. Soif vive, pas d'appétence pour les aliments. Beaucoup de taches sont devenues tout
à fait pétéchiales, ineffaçables, d'un brun bistre. — Pr. potion avec extrait de kina 2 grammes et teinture d'opium, 20 gouttes; deux quarts de lavement amylacé opiacé, 8 sangsues à la base gauche. — Dans la journée, même état que le matin ; pas de selles, un peu d'assoupissement, délire fugace par moments.
H. — Vers minuit, me dit-on, le cou est devenu raide, le malade a eu des étouffements et a cessé de parler. A ma visite, je le trouve râlant ; mort à midi ; l'invasion ayant eu lieu dans la journée du A, le décès se place ainsi à la fin du septième ou au commencement du huitième jour.
Autopsie 1^12, à 9 heures du matin, par une température tiède.
1° Habitude extérieure. Pâleur générale du cadavre; nombreuses plaques violacées hypostatiques aux parties déclives du corps et des membres; persistance des taches pourprées et bistrées ; légère cyanose autour de la bouche. — 2° Tête. 80 grammes de sérosité dans la cavité arachnoïdienne. Les glandes de Pacchioni sont très-saillantes, blanches, par plaques comme sablonneuses, fort adhérentes au cerveau et à toutes les méninges situées au-dessus d'elles : là tous les feuillets sont adhérents les uns aux autres, y compris l'arachnoïde viscérale avec l'arachnoïde pariétale ; de sorte qu'en voulant dégager le cerveau et les méninges, nous produisons quelques déchirures. Injection veineuse bleue très-prononcée des méninges et des sinus cérébraux. Sérosité sous-archnoïdienne assez abondante, limpide, avec petits soulèvements opalins, la sérosité restant claire sous ces légères élevures. Les méninges ne sont que congestionnées, et le sang disfend même plutôt les veines moyennes que les capillaires ; point d'adhérences des méninges entre elles, ou avec le cerveau, si ce n'est en regard des plaques de glandules de Pacchioni. La surface du
cerveau est arborisée de grosses ramifications bleues, et couverte d'un réseau de fines injections rouges. Un peu de sérosité danslesventricules.Toileset plexus choroïdesd'un rouge brun vif, et parcouru par une grosse veine bleue, flexueuse, très-distendue par le sang. La pulpe cérébrale et cérébelleuse paraît sablée à la coupe, les petits vaisseaux laissent immédiatement suinter un sang rose très-liquide. Quand on racle doucement pendant quelque temps cette pulpe, on finit par en exprimer presque tout le sang, et la coupe ne vient plus sablée. Il n'y a donc pas incorporation du sang avec la pulpe. Celle-ci est déjà ramollie; est-ce un phénomène cadavérique ? Observons que, dans le typhus, la putréfaction marche vite, et qu'il existe déjà beaucoup de larges plaques violettes aux parties déclives. Rien au rachis. — 3° Appareil delà respiration. Plèvre saine, sauf quelques légères adhérences anciennes, et un peu de sérosité. Pneumonie du lobe inférieur gauche : le tissu est homogène, on ne reconnaît plus la texture aréolaire du poumon ; les petites bronches sont conservées et restent béantes à la coupe ; il n'y a plus de crépitation sensible, mais les tranches coupées dans la partie malade nagent cependant encore entre deux eaux ; le tissu est très-ramoUi, ne présente pas de petits mamelons à la coupe comme dans l'hépatisation, il est planiforme, comme on l'a appelé; il est gorgé de liquides de la même couleur que le parenchyme malade, c'est-à-dire violacés, liquides, qui ruissellent quand on coupe le poumon. Au lobe inférieur gauche, la lésion est moins avancée, le tissu, gorgé de sucs, crépite encore et surnage: sa couleur est d'un brun violet moins foncé qu'au poumon droit, et semé de plaques noirâtres qui existent aussi au lobe supérieur, et qui semblent des ecchymoses. — 4" Circulation. Peu de sérosité péricardique ; parenchyme du cœur sain ; un petit caillot jaunâtre
392 DD TYPHUS DE l' ARMÉE d'oRIENT.
dans le cœur droit; artères vides, veines contenant du sang sous forme de gelée très-foncée. — 5» Abdomen. A. Foie, rate, reins, sains. B. Vessie énormément distendue par de l'urine. C. Estomac : quelques plaques d'injection pointillée, d'un jaune rougeâtre, au grand culde-sac. D. Petit intestin : la muqueuse n'est pas ramollie; point d'injections ni d'ecchymoses. Les plaques de Peyer sont d'autant plus visibles qu'on approche du cœcum : leur aspect rappelle la barbe fraîchement faite. Le pointillé est dû à l'agglomération des petits follicules qui se présentent sous forme de cercles blancs portant un point noir au centre. Le doigt passé sur la muqueuse sent qu'elle est moins lisse sur les plaques ; ce sont de légères rugosités molles et à peine saillantes. E. Gros intestin : quelques taches d'arborisation, couleur lie de vin claire, insignifiante. F. Ganglions mésentériques sains.
Observation Vil.
Typhus cérébral. Fièvre continue, sans caractère spécial, pendant onze jours ; amélioration le douzième, le malade se lève un peu^ le treizième invasion subite, délire, agitation, congestion du faciès, état très-grave d'emblée. Deux périodes. Ataxo-adynamique, puis adynamique et comateuse. Éruption carminée le jour de l'invasion; elle brunit le surlendemain; deux autres poussées, les quatrième et cinquième jours. Ecchymoses ultimes. Pouls assez développé, puis petit. Légère constipation, puis diarrhée; la langue brunit le premier jour de l'invasion. Hypéresthésie cutanée abdominale. Légère amélioration trompeuse les deux derniers jours. Engouement pulmonaire, et pneumonie de la base droite. Mort du neuvième au dixième jour à compter de l'invasion. — Traitement : Potions avec camphre, exlr. de kina, élher, opium ; 6, puis encore 6 sangsues à l'anus; vésicatoires; sinapismes; lavements émollients ; limonade simple et vineuse. — Autopsie : Congestion des gros vaisseaux ; caillots dans les sinus cérébraux; pulpe cérébrale humide de sang séreux; peu de sérosité méningienne. Près-
que rien à l'intestin. Hépatisation de la base du poumon droit. Foie volumineux et ramolli. Concrétions sanguines dans le cœur droit et dans une veine iliaque.
Mathys, condamné militaire, très-fort, bien constitué, gras, lymphatique, blond, pâle, entre le 29 mai 1855, à l'hôpital militaire de Péra, salle 2, n° 45. 11 arrive des pontons ancrés près de la pointe du sérail. Ces pontons nous ont fourni, à cette époque, un certain nombre de typhiques. Depuis sept jours, dit-il, il est en proie à une fièvre continue, avec céphalalgie légère. Je l'examine avec soin : je ne trouve qu'une simple fièvre continue, sans symptômes saillants, sans diarrhée, le cerveau n'est- point entrepris, aucun organe ne manifeste sa souffrance d'une manière spéciale. Diète et limonade les 30 et 31. Le 1" juin, l'amélioration est assez prononcée pour que, cédant au désir du malade, je lui accorde une soupe au lait, qu'il mange avec plaisir; il se lève un peu. Le 2, il est un peu moins bien : pouls à 70, peau un peu sèche et chaude, la bouche et la langue ont également un peu d'aridité. Je supprime le potage. L'inteUigence est toujours normale; il y a de la fatigue, du brisement, sans prostration proprement dite. Selles régulières, ou rares depuis quelques jours.
3 juin. — Très-mauvaise nuit; a crié, s'est agité, a déliré, s'est levé plusieurs fois; pas de selles la nuit. Dans la journée, intelligence assez nette quand on l'interpelle. Face un peu stupéfiée, rouge et congestionnée, conjonctives injectées, regard un peu hagard. Céphalalgie assez vive, avec vertiges, tintements d'oreilles. Pouls à 112, assez développé, souple; peau chaude, sans sécheresse. La langue se couvre de mucus qui brunit déjà ; soif, pas de selles dans la journée, 22 mouvements respiratoires à la minute, expectoration muqueuse. Tout le corps est couvert, tronc et membres, de taches d'un rose carminé, irrégulières, de
394 DU TYPHUS DE l'aRIWÉE d'oRIENT.
toute forme, de quelques millimètres à un centimètre, confluentes, se réunissant parfois en îlots, ne s'efFaçant pas sous le doigt. — Pr. diète, limonade tartrique; potion avec camphre 1 gramme; 6 sangsues à l'anus; compresses d'oxycrat sur la tête; A vésicatoires camphrés volants; 2 lavements émoUients, compresses d'oxycrat sur la tête, continuées les jours suivants.
4. — La nuit est plus mauvaise encore. La journée est également mauvaise : à chaque instant le malade veut sortir de son lit, son délire est continuel, et on a peine à lui tirer quelques réponses raisonnables ; petite toux difficile, expectoration abondante ; le malade bave ses crachats qui tombent sur le lit, ou les projette partout. Fièvre vive, 40 degrés C. sous Taisselle, peau chaude, pouls à 1 10, un peu mou, mais encore assez développé. Mathys tire encore la langue,quandonren prie: elle est fuligineuse. Pas de selles; abdomen douloureux à la pression la plus superficielle, par suite d'une hypéresthésie cutanée qu'on rencontre quelquefois dans le typhus. Le faciès est turgescent, les conjonctives très- rouges. — Pr. diète, hmonade, potion avec extrait de kina 4 gramme et camphre 5 décigr.; encore 6 sangsues à l'anus; sinapismes.
5. — Même état la nuit; il faut lier ce malade. Dans la journée, il comprend à grand'peine et crie à chaque instant; il est dans une stupeur interrompue par de l'agitation. Pouls à 420, plus développé qu'hier, mais peu résistant. Les taches cutanées changent de couleur : un petit nombre restent d'un rose carminé, mais les autres se foncent, brunissent et semblent devenir plus profondes. Il n'y a pas eu de nouvelle poussée. Pas d'odeur particulière. On m'assure que le malade ne tousse pas, et cependant les deux poumons sont pleins de râles muqueux; il crache comme par régurgitation en bavant ; il y a de la submatité à la base droite.
L^abdomen est moins sensible à la pression superficielle : le moindre attouchement ne fait plus tressaillir le malade>' comme hier. Un peu de diarrhée. — Pr. limonade vineuse, potion avec extrait de kina .4 grammes, camphre i gramme, et éther sulturique 4 grammes.
6. — Le malade entre dans une autre période : l'excitation tombe, l'adynamie et le coma se déclarent. Il a été beaucoup plus tranquille la nuit. Il passe sa journée dans le coma, délirant par moments ; plus de cris, plus de sorties du lit. On obtient encore des réponses monosyllabiques. Il dit ne pas souffrir. Fuligo très-prononcé ; selles involontaires diarrhéiques. Pouls petit, à 110. Même état du poumon qu'hier. Les pétéchies prennent de plus en plus une teinte ombrée, et leurs contours se perdent ; quelques nouvelles taches carminées apparaissent. L'œil reste ouvert et le regard semble encore intelligent; le malade nous suit de l'œil. Il tire la langue, mais l'oublie un instant entre les dents. — Pr. bouillon; limonade vineuse; potion comme hier; sinapismes.
7. — Même état. Le ventre est un peu plus douloureux qu'hier. Le pouls est plus développé. Les pétéchies sont stationnaires; encore quelques nouvelles taches carminées. La pupille est contractée. Selles involontaires. Toux péni- ^ ble, difficile, peu sonore, comme avortée. Expectoration abondante: le malade crache partout ; ses crachats sont absorbés par les draps, ou foulés aux pieds à terre ; je ne puis les examiner : 26 à 30 inspirations à la minute. Râles muqueux, mais surtout aux deux bases, plus fins à droite.
8. — La nuit, le malade a parlé, sans raison. Il n'a pas eu de selles sous lui; il appelle les infirmiers pour demander le bassin. Il y'a un peu de mieux; il répond plus facilement; il y a moins de chaleur à la peau; les éruptions successives ont rendu l'éruption très-confluente ; ab-
domen douloureux à une pression assez profonde, plus d'hypéresthésie cutanée, continuation de la diarrhée, la bouche se nettoie; vessie remplie d'urines; je pratique le cathétérisme, les urines sont claires; pouls à 100, petit. — Pr. comme hier. Le malade, qui ne prenait que quelques cuillerées de son bouillon, le prend en entier aujourd'hui. Lavements amylacés opiacés prescrits dans la soirée. Exaspération vespérale peu marquée.
9. — Coma inégal la nuit ; plus d'agitation qu'hier. Pouls à 110, faible, mou; peau médiocrement chaude, stupeur; visage livide, œil violacé, pâleur jaunâtre de la peau. Le malade répond assez bien aux questions ; il demande le vase de nuit quand il a un besoin. Il urine parre-
* gorgement ; on le sonde. L'éruption eststationnaire. Fuligo, diarrhée, abdomen souple, sans météorisme ni gargouillement, mais très-douloureux à la pression. — Pr. comme hier, potion avec extrait de kina -4 grammes et teinture d'opium 10 gouttes; sinapismes.
10. — Nuit moins agitée, mais le coma augmente. La fièvre est plus vive qu'hier, le pouls plus élevé. L'éruption pâlit. Diarrhée légère. — Pr. Comme hier. — Dans la journée, spasmes, contractions fibrillaires dans les membres, carphologie.
11. — Nuit assez bonne. On dirait qu'il y a du mieux. Le malade est plus tranquille, le coma n'a point augmenté ; l'œil est même plus intelligent. La congestion foncée du faciès a fait place à une couleur d'un jaune pâle. Le pouls est à 112, souple, un peu mou, pas petit. Respirationlarge, haute, suspirieuse. Plus de diarrhée . Lapoitrine reste dans ce même état; matité à la base droite ; souffle léger; crachats teints de sang noir qui colore les draps du lit. Odeur de souris intense et pénétrante. L'intelligence est évidemment meilleure. — Pr. bouillon, limonade citrique, pas de potion.
bordeaux. — Dans la soirée, les spasmes recommencent, le visage se plombe, les extrémités se refroidissent, le pouls est très-fréquent, presque insensible, irrégulier, intermittent; les battements du cœur sont confus, sans rhythme. De larges ecchymoses se forment sur plusieurs parties du corps.
12. — Mort à deux heures du matin. Autopsie à huit heures et de mie par un temps chaud. ï" Habitude extérieure. Larges pétéchies, ecchymoses violettes, irrégulières, les unes arrondies et déchiquetées, de 2 à 3 centimètres de diamètre, les autres en forme de longues traînées, semblables à des raies formées par les doigts remplis de sang et promenés sur le cadavre. Les anciennes pétéchies ont à peu près disparu ; cependant on trouve encore un piqueté rouge aux pieds. Peau d'une pâleur livide; faciès trèspâle. Les vésicatoires ont mauvais aspect, et sont entourés d'une zone ecchymotique de 5 à 6 centimètres de largeur. — 2» Tête. Congestion de grosses veines méningiennes ; 30 grammes de sérosité dans la cavité arachnoïdienne, trèspeu dans le tissu sous-arachnoïdien et les ventricules; sinus du cerveau contenant de longs caillots blancs ou gélatineux, assez consistants, qu'on peut étaler sur la table sans les rompre. Pulpe cérébrale très-humide, contenant du sang séreux rougeâtre qui s'échappe des vaisseaux, à la coupe et donne l'aspect sablé. Le sang n'est pas incorporé; le dos du"scalpel l'exprime des vaisseaux. — 3° Circulation. Péricarde sain ; une quarantaine de grammes de sérosité. Cœur normal, parenchyme non ramolli, mais un peu flasque. Cœur gauche vide; cœur droit rempli d'un énorme caillot d'un blanc rosé, consistant, enchevêtré entre les colonnes du cœur, et se prolongeant dans les ouvertures vasculaires de cet organe; endocarde teint en rouge. Artères vides; sang diffluent, sorte de sérosité rougeâtre.
dans les veines. Dans la veine iliaque gauche, longue ficelle formée par une concrétion fibrineuse semblable à celles des sinus cérébraux. — Respiration. Adhérences pleurétiques droites, anciennes. Hépatisation du lobe inférieur. Engouement de la base gauche. — 5° Digestion. A. Foie très-volumineux, surtout au grand lobe; ramollissement général, portant principalement sur cette même partie ; il est de couleur normale, mais gorgé de sang trèsliquide, qui suinte à la coupe. .Vésicule très-distendue par une bile épaisse , noire , poisseuse. B. Rate normale. C. Vessie pleine. D. Estomac : quelques injections mamelonnées, saillantes, violacées, un peu dures. E. Petit intestin : sain, insignifiantes injections éparses ; les glandes agminées ne sont visibles que près du cœcum, où chaque glandule se dessine en petit cercle blanc, sans saillie. F. Gros intestin : injections insignifiantes, quelques teintures unies, cadavériques.
Observation YIII.
Typhus cérébral. Début brusque par lièvre et pleurodynie. Appréhensions sinistres, puis caractère ombrageux. Réaction soutenue, avec pouls développé et sans mollesse; insomnie. Délire très-proiioncé le septième jour; le malade chante vêpres et fait un sermon. Epistaxis abondantes, 1° le cinquième, 2° le sixième jour. Éruption le troisième jour; nouvelles poussées, notamment le neuvième jour; les pétéchies passent au violet; quelques taches rouges ont été saillantes ; larges ecchymoses et suffusions comme hyposlatiques ; exfoliation furfuracée. Pupilles dilatées et paresseuses, puis contractées. Raideur du cou pendant quelques jours. Spasmes des muscles de la déglutition et de la poitrine ; soubresauts des tendons. Injection du faciès et des conjonctives. Commencement de fuligo passager, le neuvième jour. Toux, râles sibilants et muqueux ; légère malité à la base droite. Douleurs nerveuses pleurodyniques, articulaires, cutanées, abdominales; puis insensibilité. Odeur de souris. Excrétions involontaires le dixième jour. Convalescence le
qualorzième jour. — Traitement. Lim. lartr.; tilleul ; eau {jommée nilrée; riz gom. 8, puis 8 sangsues à l'anus; potion vomilive; potion aveckina, élher, opium, camphre; 3 vésicaloires ; lav. émoll.; catapl. laudan. surl'abdom.; trois fois 1 gramme de calomel en 10 pilules; le dixième jour, cautérisation iranscurrente racbidienne, qui amène une amélioration immédiate et soutenue. '
Giraudj du 91' de ligne, est au service depuis un an, et en Crimée depuis six mois. Il n'a jamais été malade avant son incorporation ; en Crimée, il a eu le scorbut, mais il n'en présente plus la moindre trace : gencives saines, pas d'ecchymoses aux jambes, pas d'anémie, pas d'aversion pour le mouvement, teint fleuri, tempérament sanguin ; le sujet, âgé de 22 ans, a un certain embonpoint. Évacué de Crimée, il entre à l'hôpital de Péra, salle 1, n° Al, le 19 décembre 1855, pour douleurs sciatiques droites. Ce malade, lassé comme tous les autres de la guerre de Crimée, exagère son mal, afin de se faire renvoyer^en France. Je lui donne les trois quarts de la portion, et j'applique quelques points de feu sur le trajet du sciatique, à la fois comme épreuve et comme agent curatif.
Le7 janvier 18o5,Giraud était aux trois quarts et en bonne santé, quand, dans la soirée, il fut pris d'une douleur pleurétique gauche assea vive, qui alla bientôt en diminuant d'intensité, et d'alternatives de frissons et de chaleur, avec céphalalgie. Il y eut de la sueur dans la nuit du 7 au 8. Constipation les 5, 6, 7 et 8. Appréhensions sinistres.
8. — A un peu rêvé la nuit, et n'a que très-peu reposé, ce matin, fièvre, peau chaude et moite, céphalalgie modérée, soif, nausées, langue blanche; rien de caractéristique en un mot. — Pr. bouillon, limonade tartrique.
9. — Insomnie, a rêvé et parlé tout haut la nuit. Ce matin les signes du typhus sont des plus évidents. Faciès animé, rouge; conjonctives injectées; pupilles dilatées et
se contractant avec lenteur à la lumière. Céphalalgie trèsvive et générale. Par moments, douleurs articulaires trèsviolentes; elles disparaissent complètement après plus ou moins de temps, pour se montrer de nouveau. Appréhensions sinistres; le sujet se croit mourant. Cou un peu raide. Intelligence normale, réponses promptes et raisonnables. Pouls à 96, peu développé, un peu sec et vibrant. Peau moite et assez chaude. Le matin j'aperçois quelques taches à peine rosées, un peu saillantes, pâlissant à la pression, disséminées à la base de la poitrine. Très-peu de toux ; aucun râle. Langue blanche et chargée ; soif, quelques nausées, gencives rouges; abdomen souple, parfois insensible, puis, le moment d'après, très-douloureux à une légère pression. Dans la soirée déjà une teinte de stupeur se répand sur le faciès, mais les réponses sont toujours normales. Sentiment d'ivresse, vertiges, et tintements d'oreilles. Deux selles dans la journée. — Pr. bouillon, Hmonade tartrique; potion avec ipéca et émétique qui provoque des vomissements; lavement émoUient ; cataplasme laudanisé sur l'abdomen.
10. — Insomnie; n'a pas rêvé, ni parlé haut; deux selles. Continuation de la céphalalgie. Plus de douleur à l'abdomen ni dans les articulations, mais la pleurodynie gauche a reparu. Tête chaude, battement des artères temporales, injection du faciès et des conjonctives, pupilles dilatées, photophobie. Tournoiements et éblouissements quand le sujet descend du lit ou s'assied sur le Ht pour prendre le vase; tintements d'oreilles.PoulsàllS, développé, sans mollesse. Peau chaude et moite; 39° ^/^ centigr. sous l'aisselle. Langue saburrale, mais humide, soif vive. Quelques selles liquides. Urines abondantes , rouges , épaisses, sédimenteuses. Raideur du cou. InteUigence nette, mais la teinte de stupeur persiste. — Pr. : diète;
8 sangsues à l'anus, qui saignent beaucoup. — Dans la journée délire; le malade chante vêpres pendant des demiheures entières d'une voix haute et ferme ; interrogé, il répond parfaitement, mais il a toujours des idées sinistres. Le bruit et les questions le fatiguent et il cherche à s'isoler. Pas de spasmes.
11. — Nuit tranquille, mais sans sommeil; pas de selles. La céphalalgie continue ; cou moins raide. Mouvements saccadés et spasmodiques s'emparant par intervalles des muscles de la déglutition, et de la respiration, ce qui gêne alors ces fonctions. Toux nerveuse, sans râles, sansexpectoration. Plaintes, pleurs, appréhensions sinistres; mais répond avec une entière intelligence. Pouls fort, développé à 120. Soif vive, pas de selles, abdomen souple et indolore, langue saburrale et humide . Les taches roses saillantes existent, trèsdiscrètes, sur tout le corps; elles sont plus vives qu'avanthier. A ces taches, petites et nettes, se mêlent des suffusions plus profondes, larges, très-inégales, frangées et lobées, d'un rouge peu vif, pâlissant à peine à la pression ; et, sur la figure, un granité de petits points roses saillants, répandus sur les anfractuosités laissées par la variole. — Pr. diète; tilleul; potion avec extrait de kina 2 grammes, éther suif. 2 grammes, teinture d'opium 20 gouttes, lavement émollient. — Pas de délire dans la journée; recrudescence vespérale assez marquée , épistaxis trèsabondante.
12. — Insomnie; rêves, pas de délire. Dans la journée, réponses normales, mais le malade est porté à prendre ombrage, à se fâcher et à s'inquiéter de tout, par exemple, de ce que je l'ausculte, de ce que j'examine l'éruption, de ce que je prends des notes; il me dit, lui si inquiet les jours passés, que je m'exagère la gravité de son état, et qu'il se sent beaucoup mieux. Plus de céphalalgie; aucune
douleur. Vertiges quand il se lève. Pouls fort, développé, à 102 ; deux épistaxis abondantes. Tousse beaucoup, crache un peu; quelques râles sibilants à droite. Soif, ventre souple et indolore, gaz cœcaux, une selle dans les vingt-quatre heures. L'éruption est générale, confluente, et existe même sur la face, phénomène très-rare dans le typhus; elle est formée de taches [d'un rose prononcé, les unes petites et nettes, les autres diffuses, pâlissant ou non à la pression, se joignant surtout de manière à constituer des groupes; la base de la poitrine et les cuisses sont comme badigeonnées, tant l'éruption y est confluente; quelques-unes sont saillantes, surtout au centre, le plus grand nombre sont plates; l'ensemble présente quelque analogie à une variole dans les premiers jours de l'éruption. Le faciès reste congestionné. — Pr. diète ; limonade sulfurique ; lavement émoUient.
13. — Insomnie, mais nuit tranquille; une selle, même état qu'hier. Plus de douleurs, ni de céphalalgie. Ventre souple; gaz cœcaux; 2 selles. La langue et les bras tendent à la sécheresse. Pouls fort, à 102. La poitrine se prend : râles sibilants et muqueux des deux côtés avec toux et expectoration muqueuse. Supination. Pupilles normales. Le malade n'a plus le caractère ombrageux et inquiet d'hier. — Pr. diète, limonade sulfurique et eau gommeuse ; vésicatoires volants sur la poitrine. Potion camphrée; 8 sangsues à l'anus qu'on oubhe de mettre. Vers trois heures, Giraud perd en grande partie l'intelligence, et répond à peine ; son regard est égaré, son expression étrange, la bouche est pleine de mucosités écumeuses, ces phénomènes sont observés par M. Laguens, médecin et aide attaché à mon service. Vers quatre heures, le malade commence un sermon, à haute et forte voix ; impossible de le faire taire ; sa prédication dure jusqu'à six heures ; on l'interrompt de temps en temps pour lui présenter de la
tisane qu'il prend avec avidité. La sœur prétend que le sermon ne manquait pas de suite, et qu'il y avait même du profit à l'écoute)'. Après son sermon le malade s'endort.
là. — Le sommeil se prolonge la nuit, que le malade passe tranquillement; une selle. Le malade a généralement son intelligence, mais, de temps en temps, il divague un moment, puis il répond de nouveau raisonnablement. Il dit ne souffrir nulle part. Faciès et conjonctives toujours congestionnés; expression effarée, regard errant, étonné, ou fixe et un peu stupide. Pas de surdité. S'assied encore seul sur son lit et prend le verre. Pousse de temps en temps quelques plaintes. Le cou n'est pas raide. Pouls moins développé, sansjmollesse, à 126; 38" 1/2 c. sous l'aisselle. Bouche sèche, mais sans fuligo ; abdomen souple, douloureux à la pression ; deux ou trois selles. Les pétéchies prennent une teinte violacée et augmentent en étendue : il y a de véritables ecchymoses larges, les unes irrégulières, les autres en forme de coups de fouet. Toux, expectoration pénible et difficile, respiration gênée ; râles muqueux à droite; à gauche, ils sont plus fins et plus secs, sans matité à la percussion. — Pr. bouillon, que le malade demande; tilleul; deux potions avec camphre 1 gramme et teint, d'opium 12 gouttes pour chacune; mettre les 8 sangsues prescrites hier, mais oubliées ; elles saignent beaucoup ; deux vésicatoires volants camphrés aux cuisses. — Vers trois heures après midi, Giraud veut sortir du lit, à plusieurs reprises. Plus tard, délire raisonnant; mais il répond bien quand on lui parle. Le soir, ses tentatives incessantes pour sortir du lit obligent à lui mettre le corset de force. Une selle dans la journée.
15. — Délire et une selle dans la nuit. Est aplati, affaissé dans son lit. Répond juste et fait ce qu'on lui demande, mais délire et marmotte aussitôt qu'on l'abandonne à lui-
même. Le malade tantôt urine sous lui^ tantôt appelle les infirmiers. Langue encore humide, couverte au limbe d^un mucus un peu brun ; traînées de fuligo sur les dents; soif assez vive, abdomen indolore et souple, gaz cœcaux ; dit ne pas souffrir. Pouls élevé, sans mollesse, à Peau assez chaude, sans sécheresse; front peu chaud. L'éruption est toujours violacée; il y en a beaucoup aux mains; les taches qui étaient saillantes conservent leur saillie. Éruption de nouvelles taches pourprées. Le faciès a une teinte rouge brun, puis foncée ; la même teinte existe aux conjonctives, mais seulement aux angles internes. Pupille contractée, après avoir été dilatée dans les premiers jours. Ni la rate ni le foie ne dépassent les fausses côtes. Tousse un peu, crachats épais; résultat de l'auscultation, comme hier. — Pr. bouillon, que le malade prend; eau gommeuse-nitrée 4 litres; 10 pilules de 1 décigr. de calomel chacune. — Dans la soirée même état qu'hier soir; on met de nouveau le corset de force au malade; il va plusieurs fois sous lui.
-16. — Coma, subdélire ; on enlève le corset de force, le malade s'agite moins; défécations involontaires. Le matin , coma, face stupéfiée, réponses très-difficiles, probablement surdité; le malade tire à grand'peine la langue; placé assis, il s'y tient encore un peu. Insensibilité; tressaillement des tendons, pas de grands spasines ni de contractures. Conjonctives injectées; faciès blafard ; lèvres pâles. Pouls à 1 12, moins fort que précédemment, dépressible. Peau médiocrement chaude. Fuligo, ventre empâté, une selle dans la journée; toux difficile. Le malade bave plutôt qu'il ne crache des mucosités verdâtres. Poitrine sonore ; râles muqueux, surtout aux bases. Forte odeur de souris. Le sujet a conservé de l'embonpoint; il a des excoriations au sacrum, et trois vésicatoires en activité; on devait les
mettre volants, mais, pansés au cérat simple, ils ont suppuré. — Pr. limonade tartrique ; un gramme de calomel en 10 pilules ; potion avec extrait de kina et éther 2 grammes de chacun. En faisant coucher le malade sur le ventre, pour la cautérisation, j'aperçois au dos et au bassin de larges suffusions ecchymotiques violettes et unies, ressemblant fort à l'hypostase cadavérique ; avec un cautère hastile, j'applique 4 raies de feu, 2 de chaque côté de la colonne vertébrale, de l'atlas au sacrum ; le malade ne pousse que quelques plaintes pendant l'opération. — Pas d'exaspération le soir : on ne met pas le corset de force.
17. — Nuit tranquille, subdélire, urine sous lui, mais appelle pour aller à la selle ; une selle. Dans la journée, amélioration prononcée : supination, accablement, pas de délire et presque pas de soubresauts de tendons ; répond nettement, exprime ses besoins, appelle les infirmiers et la sœur. Encore de la stupeur sur le faciès ; pupilles contractées, conjonctive encore injectée, le faciès a une légère teinte rouge brun, comme profonde et voilée. A plus de force pour rejeter ses crachats; râles muqueux et sibilants. La langue se nettoie ; elle n'est plus sèche, mais couverte de mucus pulpeux ; le ventre se météorise un peu, mais n'est pas douloureux à la pression ; pas de selles dans la journée. Pouls à 120, relevé, assez fort, un peu violent. — Pr. bouillon, que le malade prend bien ; potion et calomel comme hier. — Le mieux se continue dans la journée; pas d'exaspération.
18. — Diarrhée abondante la nuit; appelle les infirmiers quand il a des besoins, mais, ne pouvant pas toujours attendre, se salit quelquefois. Stupeur et assoupissement; décubitus dorsal, malgré les douleurs que lui cause la cautérisation. Il ne se plaint pas d'autre chose. Parle trèsbien, raisonne lentement, demande du bordeaux pour se
refaire. Se plaint de frissons. Tousse et crache beaucoup ; râles sibilants et muqueux. Pouls à 146^ mou, dépressible, peau médiocrement chaude, moite. Surdité légère. Les pétéchies se sont effacées en grande partie ; celles qui restent sont violacées. La bouche se nettoie ; abdomen à peine météorisé, indolore. — Pr. bouillon ; bordeaux ; potion avec kina, éther, laudanum ; riz gommé pour boisson.
19. — Nuit tranquille, un peu de sommeil ; pas de selles. L'odeur de souris existe toujours. Intelligence nette; parle normalement et avec détails. Crache et tousse. Bouche encombrée de mucosités filantes qui vont de la langue aux parois; bouche mauvaise, soif, abdomen souple ; une selle dans la journée. Se plaint de son dos. Pouls à 102 pulsations fortes. Il reste encore des pétéchies violacées ; faciès jaunâtre, plus d'injection des conjonctives. Les deux écorchures du bassin sont au vif ; elles ont bien 6 centimètres; on voit le derme ponctué de villosités rouges ; elles ont bon aspect, ainsi que les vésicatoires qui sèchent. La maladie est jugée; Giraud demande h manger et veut du vin.
— Prendre A bouillons, pruneaux; bordeaux; biscuit, et malaga;riz gommé; potion avec kina, éther, laudanum.
20. — Sommeil tranquille et réparateur. Selles régulières; la bronchite persiste ; le malade reste cinq minutes assis sur son lit; pouls à 100 ; se plaint du dos, du bassin, des vésicatoires. — Pr. 4 bouillons, pruneaux, biscuit, bordeaux et malaga, potion avec kina et éther.
21 . — Le mieux augmente, mais la poitrine reste prise ; légère matité à la base droite, et râles muqueux à gauche.
— Tapioka, biscuit, bordeaux et malaga. — Convalescence ; exfoliation furfuracée, par îlots, sur une partie du corps.
22. — Le pouls est à 96; le malade ne se plaint pas du dos. Même régime.
23. — Le sujet parle de se lever; mais il est retenu par ses douleurs de dos.
24. — Convalescence nette ; il ne reste que de la faiblesse ; pouls à 80. Demi-quart de pain, tapioka, pomme cuite, malaga. La poitrine se dégage un peu. Giraud se réjouit d'être rétabli, pour aller chanter vêpres à la chapelle. Avant sa maladie, il aimait beaucoup à chanter, et il allait souvent au lutrin avant son entrée au service. Ces habitudes expliquent le caractère qu'a revêtu son délire. Le 25, il s'amuse à chanter vêpres à haute voix. L'intelligence est très-nette.
Le 26, l'appétit est dévorant. Le 30, (iiraud est au quart et se lève plusieurs heures; le 31, il est à la demie. Il conserve de l'originalité de caractère; l'avait-il avant sa maladie? Il part pour la France le 13 février 1856.
Observation W%.
Typhus cérébral très-grave, après neuf jours de prodromes. Le douzième jour, à partir de l'invasion, coma, insensibilité, perte de connaissance, pouls filiforme, refroidissement, syncopes; cautérisation iranscurrente le long du rachis; amélioration immédiate trés-remarquable; convalescence très-prompte; l'appétit se prononce de suite, malgré la persistance de quelques symptômes, comme langue sèche et brune, etc.
Binçonneau, du 85" de ligne, sujet lymphatique, ayant de l'embonpoint, mais une faible santé, est au service depuis trois ans, et a séjournédeux mois en Crimée. Il y a eu le scorbut avec anémie, affection pour laquelle on l'a évacué sur Constantinople. Depuis cinq à six mois il est guéri, etil est attaché à mon service : il est très-inteUigent, il me sert de secrétaire, tient mon cahier de visite et écrit mes notes.
11 a eu la fièvre typhoïde ; diaprés les détails qu'il me donne, le fait ne me paraît pas douteux.
Il prend le lit le 4 février 1857, salle 2, n. 4, pour typhus contracté dans les salles. Il était souffrant depuis dix jours, mais il cherchait à lutter contre le mal, il se levait une partie de la journée et mangeait encore un peu. Il y avait des alternatives de bien et de mal, les exacerbations étaient irrégulières, mais préférablement vespérales et nocturnes ; fièvre légère, pesanteur de tête, faiblesse, embarras gastrique, constipation. Il s'ahte le 3.
Le typhus se dessine dès le 3 et la fièvre ainsi que les divers symptômes acquièrent rapidement beaucoup d'intensité les jours suivants. Stupeur, faciès d'un rouge vineux. Conjonctives injecfées,pupillescontractées, Insomnie, rêves, délire la nuit avec sorties du lit; bientôt les divagations se prolongent pendant le jour. Le délire roule sur une idée fixe : Binçonneau fait la visite et formule des prescriptions aux malades. Perte de la mémoire. Éruption cutanée pétéchiale très-confluente et générale. La diarrhée succède à la constipation; pas de gargouillement; la langue se sèche rapidement et noircit. Bientôt le pouls se précipite et faiblit, le délire est continuel, le malade veut à chaque instant sortir du lit, la nuit surtout, et ne reconnaît plus personne ; on est obligé de lui mettre le corset de force. Le 12, coma, insensibilité, pupille dilatée et presque insensible à la lumière, pouls filiforme, refroidissement, syncopes répétées; je le regarde comme perdu.
Le traitement a été : lot. avec camphre et opium ; sinapismes ; extrait de kina, et bordeaux ; 6 sangsues à l'anus ; lav. amyl. op.
Le 12, dixième jour depuis l'invasion, je promène quatre foisle cautère hastile le long du rachis, de l'atlas au sacrum, et, avec le cautère olivaire, j'applique des points de feu
entre les raies. Le malade se plaint fort peu ; il n'a pas gardé souvenir de l'opération.
13. — Le malade a passé la nuit dans un coma moins profond ; sa peau est moite. Le matin, il est inondé de sueur, le pouls est relevé, souple, onduleux, à 72 ; la peau est assez chaude. La journée est bien meilleure que la précédente ; une douce réaction se maintient, mais il y a encore quelques syncopes ; le malade me reconnaît, il me répond même un peu, mais il retombe dans le délire, sans idée prédominante, aussitôt qu'on ne fixe plus son attention. Diarrhée légère. — Pr. Lot. avec kina et opium ; sinap.; bordeaux.
14. — Nuit meilleure encore, avec peu de rêvasseries. Dans la journée, le mieux se consolide. Plus de diarrhée ; la langue est encore un peu sèche et brunâtre. Le malade a de la surdité, il ne délire plus, il reconnaît, comprend, parle un peu et veut absolument manger. Il ne se plaint de rien, si ce n'est un peu du dos, que j'ai fait panser avec du cérat opiacé étendu sur des compresses, et matelasser d'épaisses couches de ouate. Pouls à 70 ; peau d'une chaleur normale. — Pr, Lot. comme hier ; encore des sinap. ; chocolat le matin ; une crème de riz à chaque repas; le malade la prend avec plaisir; une orange; bordeaux.
15. — Convalescence déclarée, gaieté, joie de se sentir revivre et de rentrer en communication avec le monde, une selle dans les vingt-quatre heures, pouls à 70, pas de fièvre; il reste un peu d'assoupissement; les réponses sont faciles et détaillées; la soif est modérée, l'appétit développé. Le faciès conserve une teinte légère d'un brun obscur, les conjonctives ne sont plus congestionnées; desquamation cutanée furfuracée,peau moite. Le malade voudrait fumer un cigare et devient presque fanfaron, ce qui
est du reste dans son caractère. — Pr : chocolat le matin; vermicelle au gras ; une orange ; bordeaux ; lot. avec kina et opium. Vers midi il se fait donner un cigare par un camarade et fume quelques instants; il lit quelques paragraphes de feuilleton^ mais il n'y voit pas très-bien, et ne saisit pas clairement le sens. Il abandonne la lecture, et, de son lit , regarde par la fenêtre : tout l'intéresse, Fétonne et l'égayé.
46. — A bien dormi, sans parler haut. La convalescence se prononce. Binçonneau a perdu la mémoire et conserve de la surdité. — Pr : comme hier ; en plus, biscuit et malaga ; je supprime la potion.
47. — Demi-quart de pain, côtelette, confiture, chocolat, orange, bordeaux.