‹ Du VagabondageChapitre 19 sur 44 · ONE · texte numérisé non relu

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En résumé, l'application des mesures répressives est confiée, en Allemagne, à l’action conrbinée de la justice et de l'administration.

L'initiative privée a complété l’œuvre de la législation pénale et, en matière d'assistance, elle a seule une action prépondérante. L'Assistance publique elle-même n'intervient pas (1).

L'Allemagne possède trois créations portant secours aux ouvriers malheureux, « créations qui présentent un « tout, de telle sorte que l’une est le complément des « deux autres » (2).

1° L'Auberge hospitalière ou der Herberge zù Hemiatiz, où la nourriture et le gîte ne sont donnés que pendant un séjour de courte durée et moyennant un prix réduit.

2° La Station, ouverte à l’ouvrier qui voyage. Celui-ci obtient des secours à la condition de fournir un travail équivalent à la dépense faite par lui.

Ces deux fondations ont pour but d’aider l’ouvrier accidentellement sans travail et qui en cherche.

3° La Colonie ouvrière, der Arbeïiter Kolonie, destinée

(1) L'assistance publique est réglementée par le Code général prussien (2° partie, titre XIX), les lois du 6 juin 1870 et 8 mars 1871.

(2) Rapport présenté par M. G. Berry devant le Conseil municipal de Paris au nom de la commission d'organisation de la colonie de la Chalmelle sur l'assistance donnée en Allemagne aux ouvriers sans travail (15 janvier 1892), ï

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à recevoir le vagabond et à tenter de le relever moralement et matériellement (1).

La première auberge hospitalière date de 1849. Elle a été créée à Berlin. Puis, peu à peu, il s’en créa dans l'Allemagne du Nord et enfin dans tout le pays. C'est ainsi qu'au 31 décembre 1893, il existait en Allemagne 426 auberges hospitalières contenant 15,462 lits; — 1,528,563 personnes y avaient passé dans le courant de l'année 2,686,914 nuits (2).

Un comité central, présidé au début par M, le pasteur de Bodelschwingh, est chargé de l’organisation de ces auberges hospitalières. Ainsi que nous l’avons indiqué plus haüt, l'auberge hospitalière donne asile à ceux qui ne font que passer, se dirigeant vers un point du pays où ils savent qu’ils seront employés. Le pensionnaire de auberge y vit pour 75 pfennings par jour, soit à peu près 0 fr. 90 centimes.

Ainsi comprise, cette organisation ne pouvait profiter à cette nombreuse catégorie d'individus errant sans ressources, dans les villes et à travers les campagnes. C’est alors que l’auberge hospitalière subit une transformation heureuse et qu’on créa à côté d'elle ce qu’on

appelle la Station de secours en nature ou Naturaloer-

plegungstationem.

(1) De 1887 à 1889, le chiffre des colons non condamnés a été de 23,1 °/,

et celui des condamnés de 76,9 °/..

(2) Rapport présenté par M, Louis Rivière au Ve Congrès pénitentiaire

international, 1895.

Les premières tentatives avaient été faites à Stuttgard ; on les généralisa au Congrès de Caunstadt du 24 novembre 1880 dans tout le Wurtemberg et le royaume de Saxe, et enfin dans l'Allemagne entière.

En 1890, on comptait 1,957 stations (1). Seuls, le Mecklembourg -Schwerin, le sud-ouest de l'Alsace- Lorraine et la partie septentrionale du grand-duché de Bade n'en possèdent pas.

Aujourd’hui l’organisation de ces stations est complète. La direction est entre les mains d’un comité central constitué à Cassel, le 12 janvier 1892, sous la présidence de M. le comte d’Eulenberg, alors Ministre de l'Intérieur en Prusse, et grâce au concours du comité des colonies ouvrières, les principes suivants furent posés pour le fonctionnement de cette œuvre :

1° Les stations de secours sont un moyen de lutter contre la mendicité et le vagabondage et non une œuvre de relèvement;

2° Elles sont destinées aux gens valides dénués de ressources et non aux malades et vieillards dont le soin incombe à l'assistance publique ; |

3° Les stations de secours doivent être réparties suivant un plan uniforme, à une distance moyenne de quinze kilomètres et soumises au même régime ;

4 La nourriture doit être suffisante pour soutenir

(1) Rapport de M. le Conseiller supérieur du Gouvernement de Manen, président du Comité central (1891). (Rapport cité F. Rivière.)

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les forces d’un travailleur, tout superflu étant rigoureusement proscrit. Le travail doit être imposé en représentation du secours reçu. Une discipline exacte doit être maintenue et tout insubordonné remis à la police.

0° Il est désirable qu’un bureau de placement auxiliaire fournisse des indications sur le travail offert dans la localité, |

6° La direction doit être morale et chrétienne. Le repos dominical est rigoureusement observé (1).

Les stations sont généralement subventionnées, soit par les cercles, soit par les communes, soit par les sociétés privées qui les ont créées. La direction se compose de trois employés : 1° un préposé municipal (amveisungshbeamte) qui accorde l'entrée après renseignements pris et pièces produites; — 2° un intendant (stationsvorstcher) qui est le représentant de l'association et tient le livre et la caisse; — 3° un directeur {stationshalter) qui est chargé de la nourriture, du travail et de la discipline.

Dans ces stations est accueilli tout homme valide disposé à travailler et ne possèdant pas sur lui une somme de trois marks. Il doit travailler jusqu’à midi, pour représenter la dépense causée par sa nourriture et son coucher (2). L’après-midi doit être employée à continuer la route. L'homme qui s'est bien conduit reçoit

(1) V. Rapport F, Rivière, loc, cil.

(2) Malheureusement 1/7 environ disparaît avant le repas du matin pour ne pas effectuer le travail.

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une feuille de route qui lui facilitera son entrée à une

station suivante.

Les travaux à effectuer sont généralement des travaux communaux. | En 1890, les 1,957 stations ont hospitalisé 1,936,091

individus (1).

Les colonies ouvrières (die arbeiter Kolonie) ont pour but de prévenir les délits et les crimes en fournissant immédiatement de l'ouvrage aux bras innoccupés. Elles ont été fondées, par principe d'humanité, pour assurer un travail d’une certaine durée, la nourriture, le vêtement et un abri aux malheureux valides, dénués de ressources, à la seule condition de travailler et de se soumettre aux règlements intérieurs (2).

Les colonies ouvrières sont dues à l'initiative de M. de Bodelschwing qui, encouragé par les nombreux services rendus par les stations, imagina de créer un abri qui, cette fois, ne serait plus temporaire mais bien permanent, destiné à tous ces individus inoccupés et cherchant vainement du travail. Il forma une société, réunit des fonds et ouvrit, le 22 mars 1882, avec quatre-vingts travailleurs, une colonie du cent soixante-six hectares de terres sans grande valeur qu’il nomma Wilhemsdorif en l'honneur de son souverain. Rapidement améliorées, ces terres ne donnèrent pas tout d’abord un revenu suffisant

(1) F. Rivière, loc, cit. (2) Rapport G, Berry, loc, cil., p. 10.

pour faire vivre les travailleurs et payer les frais généraux. La première année 966 colons passèrent dans la colonie et 830 furent placés et tirés de la vie errante (1).

D’autres colonies ne tardèrent pas à être fondées sur le même plan, en Hanovre, Sieswigh-Holstein, Brandebourg et Poméranie, et aujourd’hui il existe vingt-quatre établissements de ce genre, dont vingt-deux sont exclusivement agricoles. Un s'occupe à la fois de travaux agricoles et industriels, celui de Magdebourg; et un “dernier est complètement industriel, celui de Berlin qui a une succursale agricole à Tégel.

L'organisation générale de ces colonies est confiée à un Comité central dont le siège est à Wustrau près de Postdam.

On entre et on sort librement dans ces colonies. Seulement, au début, l’arrivant prend l'engagement de ne . Sortir sous aucun prétexte pendant un mois. S'il ne tient pas cet engagement et s’il sort avant un mois, il ne peut plus rentrer. Pour être admis, il faut être apte au travail et sans infirmité contagieuse. Il faut de plus présenter des papiers en règle. Le travail est rémunéré, mais les gains hebdomadaires ne sont remis qu’en partie, le reste constituant un pécule réservé et touché à la sortie. La punition, contre tout pensionnaire insubordonné, est le renvoi avec inscription.

Une de ces principales Goltnes agricoles est ele de

(1) Rapport F. Rivièrr, loc. cit.

FR que

Friedrischeville. Cette colonie a une superficie de cent vingt hectares et peut occuper deux cents travailleurs. Elle reçoit tous ceux qui se présentent et essaie de leur faire reprendre le goût du travail en les préparant à occuper des places chez des particuliers. Pendant un délai de quinze jours l’arrivant est mis à l'essai et ne reçoit que la nourriture etle coucher. Passé ce délai d’épreuve, il reçoit par jour, s’il s’est bien conduit, une somme de 20 à 25 pfennings, quis’élève progressivement à 30 pfennings. Il doit se vêtir sur ce salaire, à des. prix très modérés, les colonies ayant des colons tailleurs, cordonniers, etc.

Les propriétaires des environs recherchent beaucoup les pensionnaires de Friedrischeville, mais on ne leur permet de se placer qu'au bout d’un certain temps.

Les cultures principales de la colonie sont : celles du tabac, du houblon, du seigle et des pommes de terre.

L'administration provinciale accorde à la colonie une subvention de 6,000 marks par an.

L'achat des terres de la colonie a coûté 100,000 marks.

La colonie de Magdebourg est la seule colonie mixte, la seule qui soit industrielle et agricole. Ses pensionnaires vont travailler en ville et pour donner une idée des individus qu’elle reçoit, il nous suffira de rappeler la remarque faite par M. G. Berry, dans sa visite à cette

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colonie (1) où il a rencontré : un notaire condamné pour faux, un pasteur et un officier chassé de l'armée.

Dans cette colonie l’administration et le régime sont les mêmes qu’à la colonie de Friedrischeville. Elle a réalisé en 1890 un bénéfice de 3,000 marks (environ 3,100 francs) provenant en grande partie de la vente des produits (2).

C’est surtout la colonie industrielle de Berlin qui recrute le vagabond déjà frappé de plusieurs condamnations. Le vagabond admis librement et sans papiers est immédiatement placé aans un atelier où on a besoin de bras, à moins qu’il n'exerce un métier spécial. Il peut ne rentrer qu'à titre d'essai et s’en aller quand il veut, mais ce n'est qu'après un séjour de quatre semaines dans

la maison qu’il peut chercher une place en ville.

La durée du travail est de neuf heures et demie par jour dans chacun des cinq ateliers de la colonie. Le salaire est proportionné au mérite de chaque individu et les entrepreneurs qui fournissent ce travail le paient le même prix qu'aux employés du dehors. Sur ce salaire, la colonie retient 75 pfennings par jour pour la nourriture et opère également une retenue pour indemnité de raccommodage des effets et achats de vêtements.

On évalue de 1 mark 40 à 1 mark 80 pfennings le gain journalier individuel.

(1) G. Bern Rapport au Conseil municipal, loc, cit. (2) G. Benrx, même rapport.

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Les dépenses générales sont très restreintes puisque, saufle Directeur et l’Inspecteur, tous les autres employés sont des colons payés sur le même pied que les autres réfugiés.

La colonie possède une bibliothèque. Elle offre chaque dimanche, à ses pensionnaires, des matinées théâtrales et leur donne tous les soirs des leçons de chant et de musique.

Malgré ses louables efforts et ses appréciables succès, l'assistance pour les gens sans abri, en Allemagne, a été l’objet de critiques sévères. On lui a reproché une trop grande tolérance pour les admissions dans les maisons de secours ayant pour conséquence d'encourager les

travailleurs à laisser trop facilement leur emploi.

Il est certain qu'il y a encore des progrès à faire et que notamment un règlement uniforme et officiel s’impose. On y arrivera, si on n’y est pas déjà arrivé, puisque, à la séance du 16 avril 1894, devant le Landtag de de Prusse, M. le comte d'Eulenberg, Ministre de l’Intérieur, Président du Conseil, répondant à une question de M. le député de Pappenheim, a pris l'engagement de préparer un projet de loi en ce sens (1).

Quoiqu'il en soit, l’organisation allemande telle que nous venons de l’étudier a produit et produira encore de

(1) Rapport F. Rivière, loc, cit. — Ce projet de loi a été présenté le 29 avril 1895 par un autre ministre, M. de Kæller, mais il à été rejeté, le 1° juillet 1895 par le Landtag.

bons résultats (1) puisque, comme le dit M. G. Berry (2), «elle est en même temps morale et matérielle et que son « assistance sait relever les gens tombés tout en leur « procurant les choses nécessaires à l'existence. D'autre

« part, ajoute-t-il, elle impose peu de sacrifices aux « coopérateurs de l’œuvre ».

Pour terminer, nous croyons intéressant de reproduire les tableaux de statistique empruntés à M. G. Berry (3)

donnant des chiffres instructifs sur l’organisation alle- mande.

(1) On a constaté une diminution de 30 °/o dans le nombre des crimes et délits.

(2) Rapport au Conseil municipal de Paris, loc. cit., p. 28.

(3) Loc. cit.

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Etat général et Résultats d'exploitation des différentes colonies pour l'exercice 1888-1889 (Rapport Berry)

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