‹ Du vandalisme et du catholicisme dans l'artChapitre 27 sur 31 · DE L'ANCIENNE ÉCOLE DE FERRARE · texte numérisé non relu

DE L'ANCIENNE ÉCOLE DE FERRARE

PAR M. LADERGHI.

C'est avec le plus vif plaisir que nous voyons se développer graduellement en Italie l'amour et l'appréciation de l'art chrétien du moyen âge , opposé à l'art païen des siècles modernes , qui a régné jusqu'à présent despotiquement sur cette belle contrée. Notre satisfaction redouble quand nous voyons ce mouvement de justice et de science à la fois, partir du centre même de l'unité, des états romains. Déjà l'année dernière , M. le chevalier Minardi , président de l'Académie des Beaux- Arts de Rome , avait établi, dans un discours qui fit beaucoup d'effet, la supériorité de l'inspiration chrétienne des écoles primitives sur la prétendue peinture religieuse des siècles récens. Voici maintenant que , se conformant à un usage italien , un citoyen de Ferrare , M. Camillo Laderchi , à l'occasion des noces du jeune comte Costabili avec la comtesse Malvina Mosti , publie une description de la galerie Costabili , à laquelle il rattache un essai historique tout-à-fait original sur l'ancienne école de Ferrare. L'ouvrage porte le

titre suivant : Descrizione délia quadreria Costabilt, parte prima; VAntica scuola Ferrarese, par M. Camitlo Laderchi ; Ferrara, 1837. — La sympathie que Fauteur exprime dans son ouvrage pour les idées de M. Rio et nos faibles efforts en faveur de la réforme de l'art religieux , est un motif de plus pour que nous contribuions, en rendant compte de ses travaux , à resserrer ce lien religieux et littéraire entre la France et l'Italie. L'opuscule de M. Laderchi est même spécialement destiné à combler une lacune que présente l'ouvrage publié par M. Rio sur l'Art chrétien en Italie y ouvrage que l'auteur ferrarais signale avec tant de raison comme le plus complet et le plus important qui ait encore paru sur cette matière. Adoptant tous les principes posés par M. Rio, quant à l'influence prépondérante de la piété catholique sur la peinture du moyen âge , et à sa répugnance légitime pour le naturalisme et le paganisme, M. Laderchi nous donne une série de renseignemens détaillés et très curieux sur seize peintres ferrarais, depuis Gelasio di Nicolo, qui florissait en 1240, jusqu'à Michelli Cortellini, dont on a des tableaux datés de 1517. On ne trouve ailleurs que des notions très rares et très inexactes sur ces artistes , tous exclusivement consacrés à la peinture mystique, et dont M. Laderchi nous fait connaître avec le plus grand soin la vie et les œuvres. Il s'étend avec raison sur les astres vraiment rayonnans de cette école : Panetti, né en 1460 ; Ercole Grandi , né en 1/191 ; Mazzolino, né en 1481 , et surtout Lorenzo Costa. M. Rio avait déjà reconnu l'identité du but, de l'esprit et des inspirations qui dominaient à la fois l'école de Bologne (à laquelle il rattache celle de Ferrare) et l'école d'Ombrie, celle de Gentile de Fabriano, du Pérugin et de Raphaël. Il en avait conclu à priori qu'il avait dû y avoir des communications matérielles entre elles deux. Or, M. Laderchi est venu répandre la lumière la plus satisfaisante sur ces diverses ramifications de l'école mystique, en démontrant

que Lorenzo Costa , en même temps que Gentile de Fabriano, fut l'élève de Benozzo Gozzoli, lui-même élève chéri et fidèle du bienheureux Fra Angelico da Fiesole, qui se trouve ainsi la tige commune des plus fécondes branches de la poésie mystique dans l'art. M. Laderchi démontre encore que Costa a été le maître de Francia, et non pas son élève , comme tous les auteurs Font dit jusqu'à présent. « Ce maître « insigne, dit l'auteur, fondateur de trois écoles , à Ferrare, « à Bologne et à Mantoue , doit être placé avant son tendre « ami et compagnon Francesco Francia, avec Perugino, « avec Leonardo, Lorenzo di Credi et quelques autres, dans « un cercle d'artistes élus , au milieu desquels siège le bien- « heureux de Fiesole, et où doit se concentrer l'admiration « de quiconque comprend la peinture chrétienne. >

Tout voyageur catholique , par respect pour le grand nom de Ferrare , pour les souvenirs chevaleresques et poétiques du Tasse , de FArioste , de la première et si illustre maison d'Esté , doit s'arrêter dans cette ville ; il y admirera la magnifique façade de la vieille cathédrale (si indignement vandalisée au dedans) , la statue du glorieux pèlerin dont date l'éclat de la maison d'Esté , le vaste château qui rappelle leur grande et féodale existence ; enfin la petite mais charmante galerie de tableaux. Guidé par l'excellent opuscule de M. Laderchi, il ajoutera à ces visites obligées celle de la galerie Costabili. Nous ne pouvons que lui souhaiter de trouver souvent, pour d'autres villes, un guide aussi fidèle, aussi sûr et aussi religieusement intelligent.

M. Rosini , de Pise, vient aussi de publier le premier essai d'une Histoire de la peinture en Italie, accompagnée de gravures , où l'on voit avec satisfaction revenir sur les fausses appréciations de Lanzi et de beaucoup d'autres , et annoncer de longues et solides études sur les grands peintres de l'époque chrétienne.

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