LARÉ, ÉDITEUR, LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE
ET DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ET CENTRALE DE MÉDECINE VÉTÉRINAIRE Place de l'École de Médecine, S 3 (ancien n” 4)
PRÉFACE
Malgré les efforts des Bordeu, des Alibert, des Anglada, des Pâtissier, des Marchant, des Gerdy, des Jaumcs, des Gaudet, etc. , les eaux minérales sont demeurées comme une superfétation dans la thérapeutique. Elles constituent toujours une médecine séparée qui a ses dogmes, ses principes, sa pratique. La faute en est à nos facultés de médecine, à nos gouvernements qui ont laissé se former une école distincte, une doctrine à part : les premières, pour être restées muettes à l’endroit des eaux, et les seconds, pour avoir institué des médecins inspecteurs à chaque source, n'ayant aucun rapport avec l’enseignement général , n’en ayant même point entre eux. De là est résulté une telle confusion , que l’expérience particulière est devenue illusoire pour la science commune. En effet, là où une organisation scientifique eût été possible, en obligeant chaque médecin inspecteur à des observations régulières, aboutissant à une chaire de nos facultés, qui eût pu rassembler, comparer et conclure, il n'y a eu que des ex- . périences personnelles qui, s’exerçant toujours sur des faits analogues, n’ont pu que s’égarer dans des vues exclusives.
En cet état de choses , il est arrivé qu’un paysan de la Silésie, expérimentanl sur l’eau froide simple, a obtenu des résultats tels, qu’il a même pu faire croire non-seulement que l’eau ordinaire pouvait remplacer toutes les eaux minérales, mais être encore l’agent universel d’une thérapeutique générale. C'est ainsi que, par leur indifférence, nos
écoles sont menacées de voir surgir en dehors d’elles et une
doctrine générale et une nouvelle thérapeutique se substituant à la leur.
Cependant, il ne peut y avoir qu’une seule médecine, de
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même qu’il n’y a qu’une physiologie et qu’une pathologie. Quels étaient les moyens de la trouver ? C’était de prendre la voie inverse qui avait été suivie ; au lieu de faire des observations isolées sur chacune des eaux, il fallait en faire de parallèles sur les plus opposées et les plus distinctes, étudier le mode d’actiou physiologique de chacune d’elles sur nos divers appareils organiques, sur les modifications fonctionnelles qu’elles déterminent, et ensuite comparer à ces études les résultats thérapeutiques obtenus, non-seulement avec chacune de ces eaux , mais encore avec la médecine ordinaire.
C’est ce que nous a permis de faire, pendant plus de vingt ans, la position pratique au milieu de laquelle nous nous sommes trouvé. Entouré des eaux minérales salines froides ou thermales de Manosque , de Saint-Martin, de Pusclat , qui sont sulfureuses, salines et froides; des eaux de Digne, de Gréoulx, d’Àix, qui sont salines, sulfureuses et thermales à divers degrés ; enfin , des eaux de mer, puisque Manosque n’est qu’à douze lieues de Marseille, et que toute la contrée rayonne vers cette grande ville ; nous avons pa comparer les principaux résultats de ces eaux , et ces comparaisons unies aux recherches sur les eaux froides simples, faites à notre hôpital, nous ont donné, avec tous les éléments de la question , l’observation la plus générale.
Joignez à cela cette pratique des campagnes où le médecin est toujours en face des plus grandes difficultés pathologiques, et non des simples malaises de la sensibilité engendrés dans les grandes villes par l’atmosphère des salons, par l’énervation des boudoirs, qu’augmentent encore toutes les passions soulevées dans les contacts si multipliés d’une civilisation raffinée et délicate , et alors vous comprendrez qu'il n’est plus possible de croire seulement à l’influence du voyage, du changement d’habitudes. Avec cette influence que nous ne récusons pas, il faut encore admettre, pour le genre de ma- . ladies et de malades que nous voyons, une puissance médicatrice réelle et bien positive.
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Dans une telle situation pratique, tous les véritables éléments de la pathologie générale et d’une thérapeutique universelle étaient sous notre observation ; pour nous persuader et nous convaincre, il ne s’agissait que de distinguer toute chose, et de trouver un fil conducteur qui, en ralliant ces différentes observations, pût diriger notre esprit dans cette immensité de faits. La comparaison nous conduisit à la physiologie, et bientôt celle-ci put tout dominer, en tout embrassant. Aussi avons-nous dû croire à la fidélité de notre guide, lorsque nous avons reconnu qu’il était aussi bien applicable à la médecine séculaire qu’à celle des diverses eaux froides ou thermales, simples ou minérales. (Voy. notre Synthèse pathologico-thèrapeuthique , ou Médecine expliquée par les mouvements naturels ou provoqués , Bulletin de thérapeutique , 1850.) La vérité ne se déduit-elle pas, en effet, de la généralité d’applications ; et l’expérience ne se réduit-elle pas en principes pour être saisissable? La plus vaste des expériences ne peut être qu’une théorie plus précise, plus rapprochée, mieux arrêtée, c’est-à-dire, une plus grande certitude de pouvoir faire d’une manière plutôt que d’une autre.
En 1847, la Société royale de médecine de Marseille, en mettant au concours cette question que j'ai conservée pour titre à cet ouvrage : Du véritable mode d’action des eaux de mer , me fournit l’occasion de mettre en ordre mes observations sous les principes qui en avaient émané, et je dus persévérer dans ces mêmes travaux après le jugement de cette honorable Société, qu’exprima si énergiquement M. le docteur Dugas, rapporteur de la commission. (Voy. le Compte rendu des travaux de cette Société, 1849, p. 60 et 61.) Les paroles si caractéristiques et si flâneuses d’un homme aussi éclairé que M. Dugas, sur une œuvre dont il ne connaissait pas alors l’auteur, ne purent que m’encourager, et me faire espérer que si je n’avais pas touché le but, j’étais au moins dans la voie qui devait le faire atteindre.
J’ai donc ' travaillé depuis avec un nouveau zèle, et c'est
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dans l’espoir de présenter à cette heure mon travail aussi complet que possible , qu’après beaucoup de nouvelles recherches je le publie aujourd’hui, en embrassant la thérapeutique générale et la thérapeutique particulière des diverses eaux sous les mêmes principes physiologiques. J’ai espéré ainsi mettre un tel ordre dans les faits, la théorie et l’expérience, que le pêle-mêle dans lequel la pratique s’est débattue jusqu’ici, ne devrait plus être possible.
Surtout enfin, suis-je persuadé d’avoir répoodu à un besoin tellement désiré et pressant, qu'il est inscrit partout : dans la question posée par l’Académie de Marseille, dont ce travail est la réponse agrandie, et dans un ouvrage des plus remarquables et des plus récents sur les eaux minérales, où l’auteur dit :
« S’il suffisait d’un grand nombre de faits pour fonder la science des eaux minérales, celle-ci devrait être depuis longtemps faite et connue; car les livres et les notices fourmillent de cas isolés, d’observations multipliées.
« Nous dirions presque de cet assemblage innombrable d'observations, ce qu’Ésope disait du plat de langues qu’il servait à ses maîtres : Elles sont bonnes ou mauvaises suivant le langage qu’on leur prçle.
« Une interprétation rationnelle et doctrinale peut seule jeter un peu de clarté dans ce chaos, dans cette mêlée confuse, et restituer aux choses observées leur valeur, une signification véritables. » (G. Astjué, Ve la médication thermale sulfureuse . Paris. 1852, p. 78.)
Pour arriver à cette fin , il n’y avait qu'une voie : c’était celle des observations parallèles et non pas isolées, fussentelles plus multipliées encore. C’est ce que nous avons soutenu, dès 1847, devant la Société royale de médecine de Marseille. Aussi reste-t-il toujours plus évident: que la pratique réclame, à grands cris, des principes vrais autour desquels elle devra se rallier pour pouvoir être dirigée.
Si M. Astrié, si riche en pratique personnelle, ne l’cxpri-
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niait pas hautement par un aveu qui l’honore, il serait facile de comprendre que toute expérience doit nécessairement se réduire en principes; car tous les praticiens sont obligés de convenir, comme l’a dit si justement M. Mérat « que c'était la nécessité de joindre les méditations de l’esprit à l’observation des faits évidents qui faisait toute la difficulté de la médecine. » (Dict. en 60 vol., art. Théorie.)
Or, notre ouvrage peut être regardé comme cette théorie physiologique de nécessité, apportée par les faits les plus nombreux et les plus divers, puisque nous nous fondons sur des observations parallèles de l’hydrothérapie générale, souvent comparées encore à la médecine ordinaire.
Ce sera donc être spécialement utile à la pratique, en lui indiquant comment et pourquoi elle doit se servir des eaux de mer en particulier, et des autres eaux en général ; car, c’est ainsi seulement qu’on peut montrer aux praticiens de quelle manière ils atteindront le but qu’ils cherchent, et aux malades comment ils pourront plus directement y arriver.
Ceci est dit contrairement à ces ouvrages qui s’intitulent Guide des baigneurs. Les baigneurs ne peuvent être guidés que par un médecin expérimenté, et, s’ils s’en persuadent dans mon ouvrage, je croirai leur avoir été vraiment utile. Seulement, y aura-t-il quelques personnes étrangères à la médecine, qui aient le courage de pénétrer avec moi dans les profondeurs si cachées et si étroites de notre organisme, dont le mode d’impressionnabilité , les changements apportés aux matériaux de la nutrition sont la seule action des eaux en général , comme d’ailleurs de tous les autres remèdes ?
PROLÉGOMÈNES
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE PRÉLIMINAIRE POUR COMPRENDRE LE VÉRITABLE MODE D’ACTION DES EAUX ET DIRIGER LEUR APPLICATION SUR LES PHÉNOMÈNES VITAUX ORGANO-PLASTIQUES.
Des fonctions physiologiques ultimes et résultantes, tellement capitales et essentielles qu’elles constituent aussi bien les éléments de la vie que les forces médicatrices que nous pouvons atteindre et diriger.
A nulle époque on n’a peut-être aussi bien compris qu’il ne suffit pas d’observer, mais qu’il faut encore réfléchir et raisonner. Voilà pourquoi on a fini par se convaincre que la maladie est bien positivement sous l’empire des aberrations physiologiques, et non pas dans un être de raison qu’il fallait reconnaître , attaquer et combattre.
Depuis Hippocrate , et bien que ce génie resplendisse de lumières étonnantes à ce sujet, tous les médecins, même ses sectateurs les plus ardents, ne pouvaient se défendre de cette idée , qu’il fallait chercher le remède du mal ou du moins celui deB éléments de la maladie. De là, tous les spécifiques.
Aujourd’hui de telles idées sont sapées de tous côtés, et les progrès de l’anatomie pathologique, les analyses des liquides, les recherches physiologiques ne laissent guère de place à une erreur que vient de détruire complètement à mon avis la médecine hydrothérapique.
Dans son bel ouvrage de chirurgie , mon excellent ami et digne maître M. le professeur Gerdy, dit : « En même temps que la maladie est un état particulier de l’organisation opposé à la santé, c’est, comme tous les états du corps, une
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manière d’être qui n’existe pas séparément des corps vivants, qui n’en a point d’existence indépendante ; en un mot, la maladie n’est point un être physique existant par lui-même.» {Chirurgie pratique complète , t. I , p. 66.)
u A l’École de Taris , continue l’illustre professeur, où nous sommes ultrà-malérialistes, nous disons volontiers que les maladies sont toujours des altérations matérielles appréciables ou non appréciables; mais cela n’empêche pas que ce ne soient des phénomènes. On croit cependant que les phénomènes, qui accompagnent les maladies , tiennent toujours en définitive à une lésion matérielle ; qu’il ne peut pas en être autrement ; et, si vous en demandez la preuve, on vous répond qu’il n’y a pas d’eftèt sans cause. Ce n’est là qu’un raisonnement inexact qui , pour être généralement répété et accrédité , n’en est pas moins faux. En effet, 1° il est impossible de prouver que toutes les maladies consistent primitivement, comme les lésions physiques ou mécaniques , dans une altération matérielle ; et supposer alors une altération inappréciable, ce n’est pas la démontrer. 2° Affirmer que les phénomènes non matériels d’une maladie comme la douleur, dépendent d’une altération matérielle , c’est affirmer sans preuve que ces phénomènes dépendent d’autres phénomènes. En effet, les lésions organiques supposées seraient elles-mêmes des phénomènes, des troubles de nutrition dans les dégénérations, d’accroissement dans les hypertrophies et les atrophies, de formation dans les productions morbides. 3° D’ailleurs, ces derniers troubles , qui sont des phénomènes vitaux , précédant nécessairement les lésions dites organiques , il en résulte que ces maladies viendraient elles-mêmes d’abord d’une lésion phénoménale vitale et non d’une lésion matérielle . » ( Ibid ., p. 81.)
11 y a plus encore, et toutes les observations hydrothérapiques le prouvent jusqu'à l’évidence: tous nos traitements, excepté ceux de la médecine opératoire, s’adressent, non à la lésion matérielle, mais bien à la perturbation phénoménale vitale.
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Je crois avoir démontré ailleurs ( Dogmatisme pratique des maladies dartreuses f Bulletin de thérapeutique , t. XXXVII); Synthèse pathologico-thérapeutique , ou médecine expliquée par les mouvements médicateurs naturels ou provoqués , (Ibid, y t. XXXIX), et je compte surtout mettre en évidence dans un ouvrage prochain , portant pour titre : Des sources des indications thérapeutiques , que tous nos traitements s’adressent aux phénomènes les plus immédiats de la vie, c’està-dire, à ce que nous pouvons concevoir et atteindre de cette prodigieuse merveille, que nous nous bornions à admirer dans son unité insaisissable. Je n’y reviendrai pas ici; mais je m’efforcerai d’expliquer comment les actions des eaux atteignent vraiment les éléments de la vie, les sollicitent et les mettent en jeu pour débarrasser l’organi9me de la lésion matérielle, et pour rétablir l’harmonie fonctionnelle du consensus général .
Pour preuves premières, je n’ai pour ainsi dire qu’à poser ces questions :
1° Comment comprendrez-vous les effets de l’eau, s’adressant également bien à la pléthore et à l’anémie , à l’hypérémie sthénique et asthénique, autrement que par l'impression qu’en auront reçue les moteurs de l’organisme vivant , les phénomènes vitaux influençant tel ou tel organe, telle ou telle fonction?
2° Comment vous rendrez-vous compte de ces observations que : le traitement à l’eau simple froide, marine ou minérale, par le seul effet de quelques sécrétions intestinales , rénales ou cutanées, guérit également bien des rhumatismes, des dartres, des hépatites, etc. ?
Invoquerez- vous la dérivation et la révulsion seulement ? Mais ces mêmes actions provoquées sur l’organisme vivant ne sont que des conséquences d’une impressionnabilité physiologique qui elle-même a une cause; et cette cause ne peut se trouver que dans la vie dont nous reconnaîtrons bientôt les éléments sensibles.
De cet état de choses, il résulte forcément que dans toute pratique , et plus encore dans toute pratique bydria-
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tique, on est obligé de remonter à la connaissance de ces mo< leurs physiologiques qu’on a appelés phénomènes vitaux, et que nous appelons éléments de la vie , parce que nous avons pu réduire toutes les propriétés vitales , si nombreuses pour quelques physiologistes, en quatre conséquences fonctionnelles tellement essentielles, qu’elles sont à la fois les résultantes obligées de tout le mécanisme organo-plas tique de l’économie et les véritables facteurs de ce que nous pouvons appeler la vie. En effet , sans un de ces éléments , nous ne pourrions concevoir rien de vivant.
Malheureusement, me voilà de suite placé sur le terrain d’une question physiologique, que, à grand tort, dit bien éloquemment M. le professeur Rostan, dans son livre sur l’Organicisme , on & voulu placer sur le domaine de la psychologie. La vie est pour nous un résultat, et non, comme le veulent l’École de Montpellier et les théologiens, un principe spontané. Cependant nous ne croyons pas pour cela mériter la qualification de matérialiste , car, pas plus que nous , personne ne sait si Dieu a ordonné à telles conditions de la matière de produire la vie, ou s’il a créé la vie dans de telles relations avec la matière.
Toujours est-il que , pour nous, médecin , nous n’aurions qu’à reproduire les nombreux et savants arguments que M. le professeur P. Bérard a apportés à cette question dans les prolégomènesde sonbel ouvrage de physiologie ; mais nousdirons seulement que cette prétendue guerre n’en est pas une , parce que dans le mot vie, de même que M. Bérard, nous n’entendons comprendre ni l’intelligence ni Pâme qui paraissent en être parfaitement distinctes , puisque la force de la vie n’est pas ordinairement en rapport avec le brillant de l’intelligence ni avec les qualités de l’ame.
Déclarons donc qu’il y a là des questions séparées, et que tout en voulant rendre, autant que qui que ce soit, à Dieu ce qui est à Dieu , nous , praticien , nous ne pouvons pas faire autrement que de nous arrêter aux derniers faits rendus sensibles ou évidents par l’expérience, et de reconnaître que la vie s’éteint ordinairement peu à peu par les obstacles
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organiques à l’accomplissement mécanique des fonctions, tandis que , dit M. Bérard , « la transition doit être brusque aux yeux de ceux pour qui la vie est un principe et non un résultat. » ( Cours de Physiologie , t. I, p. 18.)
Cependant, si nous regardons la vie comme le résultat de toutes les conséquences fonctionnelles qui se résument en quatre fonctions principales, nous démontrons pareillement à notre tour que si chacun de ces éléments , en particulier, est la conséquence des fonctions organiques, dépendant même directement de certains organes et de fonctions spéciales, ces mêmes résultats physiologiques deviennent la force motrice d’autres organes et d’autres fonctions. C’est même là le point de jonction de ce cercle sans fin de la vie, c’est là ce consensus unus d’Hippocrate et de l’École de Montpellier. De sorte que , loin de rien altérer de ces doctrines, nous y apportons les faits évidents d’une physiologie sensible, pouvant être suivie dans tous ses détails et enseignée dans toutes ses conséquences.
Aussi ces quatre éléments physiologiques , à la fois fonctions de certains organes et moteurs de certains autres, unissent si bien ce cercle de la vie, qu’on peut représenter ainsi l’organisme vivant dans ses fonctions agissantes :
Appareils dont les élé- Éléments de la vie ou ments de la vie sont facultés résultantes
les fonctions. dirigeant.
Actions et réactions de Conséces mêmes facultés quence.
sur l’organisme, produisant.
Le système nerveux . .
Le système fibrillaire .
Tous les systèmes élaborateurs et sécréteurs
Le système respiratoire et circulatoire jusque dans les fonctions des capillaires
La sensibilité
La contractilité
La nutrition
La caloricité
Les fluides \
Les solides
Les liquides
La composition et décomposition . . .
Vie.
Cette conséquence est si vraie :
1° Qu’il n’est pas possible de concevoir dans notre organisme animal un organe sans la jouissance de ces quatre facultés, de même qu’on ne saurait concevoir et s’expli-
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quer la mort que par l’absence absolue au moins de l’une d’elles. Ce sont donc bien là les quatre éléments de la vie ;
2° Que , quelque agent de notre matière médicale qu’on recherche, l’on verra que constamment il va aboutir à l’une ou à l’autre de ces quatre facultés, qui embrassent d’ailleurs à la fois et entièrement tous les systèmes vitalistes , solidistes et humoristes qui ont régné dans les divers âges de la science.
Ces raisons nous autorisent donc encore à dire : qu’en même temps que ces quatre facultés sont les éléments de la vie , elles sont aussi les véritables forces médicatrices que nous pouvons mettre en jeu ; car si l’une d’elles, une fois touchée et impressionnée fait agir les autres, elle devient véritablement cet impetum faciens qu’Hippocrate reconnaissait et admirait à juste raison , mais sans savoir où le trouver ni comment l’atteindre. La suite de cet ouvrage montrera que rhydrothérapie a éclairé ce mystère, et qu’en reconnaissant les principes que nous posons , le médecin peut parfaitement, en excitant telle de ces facultés, faire mouvoir nos organes et nos fonctions, d’après tel ou tel impetum faciens plus particulièrement nécessaire à la modibcation recherchée.
11 résulte clairement de ces motifs que nous sommes à la fois organiciens , vitalistes et humoristes , et cela d’une manière tellement unitaire , comme l’est la vie et notre machine organique, que sans notre humorisme nous ne pourrions pas être vitalistes , et sans notre vitalisme, notre organicisme ne saurait avoir de raison d’être. Par conséquent, si nous pouvons dire avec M. Rostan : organes sains , fonctions saines ; organes malades , fonctions malades, nous ne saurions nous écrier avec l’éloquent professeur : Voilà toute la médecine ! (Ouv. cit., p. 85.)
Immédiatement, nous sommes obligé d’y ajouter : fonctions troublées, organes malades. D’où il suit que nous proclamons également dans toute l’acception du mot, que si l’organe fait la fonction, la fonction fait l’organe. Il est en effet d’une trivialité d’observatijpn, que si le muscle détermine la contraction , l’exercice de cette contraction , qui d’ailleurs
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u’est pour nous, comme pour M. Rostan, que la contractilité, développe le muscle. En même temps l’hydrothérapie a déjà démontré comment la fonction modifiée modifie tout l’organisme.
Mais il y a plus. Qu’est-ce qu’un organe sain? N’est-ce pas celui qui jouit intégralement des quatre facultés ou fonctions précitées, fonctions dont trois lui viennent d’ordinaire d’autres, organes, sensibilité, nutrition, caloricité. La contractilité seule peut lui appartenir en propre. C’est anatomiquement incontestable.
Qu’est-ce qu’un organe malade? N’est-ce pas celui qui a sa propre faculté ou fonction diminuée, ou qui se trouve paralysé dans sa puissance, précisément par les perturbations survenues dans les autres fonctions? Voilà donc encore des fonctions troublant l’organe malade. C’est évident.
L’organe peut donc directement et indirectement être malade par le fait des fonctions. Par conséquent , déjà l’importance isolée de cet organe n’est pas si grande, si d'une part sa propre fonction dépend de l’intégrité des autres, et si d’autre part les fonctions altérées des autres l’altèrent luimême. H reste donc évident que ce n’est que par le concours de tout l’ensemble , organes et fonctions , que peut résulter, l’harmonie fonctionnelle ou la santé , et qu’en conséquence le retour à celle-ci, dans le cas de maladie, réclame d’abord le retour de certaines fonctions à l’harmonie générale, même pour y ramener l’organe malade.
D’ailleurs, comme on ne peut considérer isolément chaque orgaue, toujours lié ou dépendant du consensus qui doit arriver à la résultante vie, je suis parvenu, en analysant les divers appareils, à la synthèse des quatre principales fonctions qui en résultent, fonctions sans lesquelles on ne peut pas plus comprendre le but de l’organisme que le résultat vie.
Or, maintenant, je répète que ces quatre fonctions cardinales sont si véritablement, à la fois, l’expression ultime do toutes les fonctions de l’organisme et les forces motrices qu’il est donné au praticien d’atteindre pour attaquer le mal, que :
1° Il est impossible de comprendre que des causes de ma-
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ladies (autres que les causes physiques qui déterminent une plaie , cassent un os , compriment un organe , en étranglent un autre, etc.), agissent différemment sur un organe que sur sa sensibilité , sur sa contractilité, sur sa nutrition, sur sa caloricité.
2° De meme , il est impossible de voir les causes originelles des maladies, que j’appelle radicules pathologiques, ailleurs que dans ces conséquences organiques, qui sorrt en mémo temps les éléments cardinaux de la vie, ses pôles les plus immédiats. En effet , supposez telle lésion , telle inflammation , tel virus, telle spécificité que vous voudrez , toujours vous serez obligé d’en aller chercher les radicules dans une de ces quatre fonctions, qui, par leur éminence et leur réciprocité d’action, deviennent des facultés. (Voyez notre Synthèse pathologique , déjà citée.)
3° Tout pareillement, concevez un traitement, quel qu’il soit, et non-seulement jamais vous ne pourrez l’appliquer exclusivement à tel ou tel organe , mais encore vous ne pourrez le faire porter en dehors de ces quatre facultés qu’il possède lui-même, comme tout le reste de l’organisme. De prime abord même, vous toucherez une de ces facultés, et ce ne sera que par l’impulsion toute particulière que vous communiquerez à celle-ci, qu’elle donnera à son tour aux autres organes et aux autres fonctions, une impulsion, qui devient la véritable force médicatrice que l’on a tant cherchée, et que l’on regardait comme introuvable. C’est donc après cela que nous croyons avoir surtout le droit de nous écrier à notre tour : Voilà toute la médecine! En effet, nous découvrons toutes les conséquences de l’organisme, ses tins physiologiques, les aboutissants étiologiques , les radicules pathogéniques, en même temps que le but que le médecin doit atteindre, en lui dévoilant les forces médicatrices auxquelles il peut s’adresser et qu’il doit mettre en action.
La force médicatrice est donc dans l’intelligence du médecin , comme le montrent d’ailleurs tant d’observations , comme l’avouent les hommes les plus éclairés , et non pas dans l’antagonisme du remède contre le ma). Dans ce sens,
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l’axiome d’Hippocrate , contraria contrariis curantur , ne souffre pas d’exception, puisqu’il s'agit de diriger dans un sens opposé les facultés physiologiques déviées.
C’est particulièrement ce que démontrera tout ce travail qui, avec les principes philosophiques ou dogmatiques que nous posons, n’a d’autre but que d’être utile à la pratique et de guider le médecin dans ses applications.
Mais pour y parvenir plus sûrement , il faut encore que nous exprimions l’idée que l’observation et les progrès de la science nous ont conduit à admettre sur la pathogénie de l’inflammation. C’est une question importante, qui change toute la pratique , et qui porte les lumières les plus évidentes sur la pathologie et la thérapeutique; car elle dévoile, par les faits cliniques mêmes, comment les inflammations les plus spécifiques se guérissent par un même moyen, réveillant l’action organique fonctionnelle ; et d’analyse en analyse, comment peuvent se former ces mêmes spécificités que nous admettons, mais que nous ne pouvons encore individualiser que par l'ensemble de leur physionomie.
Ce n’est pas que je désespère que l’analyse chimique ou les observations microscopiques ne puissent parvenir un jour à connaître ces individualités, comme l’anatomie est parvenue à localiser les maladies ; mais je dis que déjà nous pouvons assurer de leur mode de formation et de leur élimination possible. Il est vrai que nous ne le démontrons pas par des faits matériels et visibles ; mais la force des choses y conduit la raison d’une manière si directe, qu’il est impossible de comprendre qu’il puisse en être autrement. Dira-t-on encore que ce ne sont pas là des preuves suffisantes ? Dans ce cas , je répondrai que nous en sommes réduits là pour les plus grandes vérités qui nous consolent, comme pour les prin- . cipes qui nous dirigent. En médecine même, nous ne pouvons poser un diagnostic, souvent le plus matériel, que par voie d’exclusion. ;
D’ailleurs, en pratique, que fera même la connaissance de ces individualités pathologiques originelles, si nous n’avons rien pour les combattre, et s’il faut toujours simplement mettre
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en jeu le mécanisme organo-fonetionnel pour en débarrasser l’organisme? Dans ce cas , ne vaudrait-il pas mieux étudier comment peuvent se faire ses altérations, et comment nous pouvons nous en débarrasser? L’histoire de l’art, depuis Hippocrate jusqu’à l’hydrothérapie de nos jours, apporte bien des faits à cette manière de considérer la pathologie dans sa physiologie.
Pathogénie de l'inflammation.
Pour Bichat, la cause de l’inflammation était la sensibilité organique augmentée; pour Broussais c’était l’irritation ; ce qui peut être regardé comme la même chose, d’autant que tous deux plaçaient la cause dans les solides, et répondaient également ainsi au vieil axiome : ubi stimulus, ibt fluxus. Idée fausse sur beaucoup de points, donnant à la maladie l’expression d’une activité individuelle agissante qu’elle n’a pas, et laissant en dehors une infinité de faits qu’on a cru dénommer par les mots d’inflammation passive.
C’est à peu près l’inverse qui se passe, et l’observation, aussi bien que les expérimentations analytiques des phénomènes, le démontre. Voici, en effet, ce que j’observe :
Quatre individus font une route pénible par un temps froid et venteux. Ils sont obligés pendant deux heures de monter une longue rampe abritée du vent, et arrivés au sommet, ils parcourent une vaste plaine exposée à toutes les agitations atmosphériques.
De ces quatre individus, le premier, jeune, fort et vigoureux, ne ressent rien; le second, ayant eu plusieurs inflammations de la gorge, a une angine violente; le troisième, qui avait toutes les dents vacillantes, encroûtées de tartre, les gencives tuméfiées, a une gengivite générale; le quatrième, qui a eu plusieurs hémoptysies, qui depuis vingt ans est catarrheux, qui a eu différentes inflammations de poitrine, est atteint de la plus grave des pneumonies, à laquelle il n’a échappé qu’à grand’peine. Il était d’ailleurs amaigri, presque cacochyme.
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Quelle conclusion tirer de ces faits ?
1° Que c’est l’individu le plus robuste, le plus fort, qui n’a rien eu, et que c’est le plus faible, celui dont les tissus présentent le moins de force, et, partant aussi, le moins de puissance de réaction , c’est-à-dire de contractilité, qui a eu la maladie la plus grave;
2° Que, chez ces trois derniers individus, rinflammation , ou, ce qui est plus conforme à l’observation, l’hypérémie, s’est portée sur l’organe le plus affaibli, et, faut-il le dire, le moins contractile, parce qu’il avait eu à subir diverses stagnations sanguines qui, chaque fois, avaient fait perdre de sa puissance au ressort organique.
D’où l’on peut induire, que la cause irritante était dans les liquides, cl la cause localisante de l’inflammation du tissu dans l’extensibilité prédisposante ou acquise des capillaires. '
,Lcs choses sont nécessairement ainsi, parce qu’elles ne peuvent être autrement. En effet, que peut-il s’être passé dans cette marche forcée, pendant l’ascension de cette longue rampe? Nécessairement l’organisme en action, excitant la respiration et la circulation, et par elles le mouvement de toutes les molécules interstitielles, poussait à la décomposition. C’est ce que prouve l’augmentation de toutes les sécrétions pendant l’exercice. La décomposition était donc augmentée ; la caloricité accrue par le carbone et l’hydrogène comburés dans tous les interstices des tissus : faits physiologiques admis aujourd’hui par tout le monde, sans compter que les expérimentations de MM. Àndral et Gavarret établissent que les caractères fondamentaux de toute phlegmasie aiguë consistent dans l’élévation de la température animale et l’augmentation de la fibrine du sang ; de la fibrine qui , comme nous le verrons plus tard, vient, dans ces cas, d’une véritable digestion musculaire.
Cette décomposition, dont la chimie ignore encore tous * les divers éléments, se portait surtout, par le mouvement centrifuge, à la peau pour être éliminée, lorsque l’impression longtemps soutenue de l’air froid, du vent agissant comme