‹ Du Volga a l'IrtischChapitre 5 sur 10 · BATEAU OSTIAK. — GOUVERNEMENT D’OMSK · texte numérisé non relu

BATEAU OSTIAK. — GOUVERNEMENT D’OMSK

DU VOLGA A L’IRTISCH

couvertures soigneusement pliés et disposés circulairement sur des rangées de grands coffres.

Tout ceci indique l’opulence des maîtres. La bigarrure des soieries, le velouté des tapis, la blancheur des toisons de chèvres tibétaines, la brillante devanture des bahuts, l’éclat des vases en cuivre jaune et rouge, forment un décor charmeur pour l’œil d’un coloriste. De meubles, point; on apporte l’escabeau sur lequel le koumis, boisson nationale des Kirghis, va vous être offert. Le koumis est fait de lait de jument fermenté; il est servi dans une grande jatte; à l’aide d’une immense cuillère faite dans un seul morceau de bois, la femme kirghis remplit les bols en porcelaine de Chine. Il faut boire. L’odeur aigre qui s’est répandue n’y invite guère.

Le koumis est conservé dans une peau de bœuf ou de cheval formant sac qui se nomme « sabla ». Un gros bâton à tête sculptée et peinte émerge de ce sac, il sert à battre le liquide, c’est le « pispek ».

Tous les hommes du clan avaient pénétré petit à petit dans la kibitka, et nous contemplaient comme des bêtes curieuses. En fait de gens civilisés, ils n’avaient jamais vu que des fonctionnaires russes en uniforme.

Les habitants de l’aoul, groupés à droite et à gauche de l’entrée, échangeaient bruyamment leurs impressions. Quelques-uns d’entre eux se mirent à chanter des mélodies assez langoureuses entrecoupées de cris sauvages et discordants. Le meilleur musicien de la bande, il se nommait « Osman », tout comme notre ancien ministre, se fit entendre. Il rythmait ses phrases musicales en éloignant et rapprochant du menton son bonnet tenu des deux mains. Par moments il s’accompagnait sur un instrument à deux cordes fabriqué parlui. La « bandoura» kirghis remplace la « balalaïka » russe. On applaudissait en disant : « Bik lakchi ».

Sur la demande du vice-gouverneur, trois jeunes fdles vinrent aussi chanter. Elles arrivèrent se cachant le visage derrière un grand mouchoir, présentant loujours leur dos pour ne pas être vues; elles s’accroupirent dans un coin, réunirent leurs visages et firent entendre des mélopées assez mélancoliques et lentes; quelque chose d’inspiré par le spectacle de cette steppe dont l’horizon est sans fin. Comme entre chaque air, elles relevaient les tapis pour cracher sur le sol, malgré mille précautions leur figure

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cuivrée apparaissait parfois ; le teint mat est souvent ravagé par les traces de la petite vérole, mais les dents sont d’une extraordi-

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