RAMENE BABA », STATUE DE LA STEPPE DE LA RUSSIE MÉRIDIONALE
que saint Georges, mais terrassant, au lieu du dragon, un roi barbare désarçonné. J’ai eu la bonne fortune d’acquérir au bazar de Samara une ancienne icône représentant le même sujet.
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Près de la cathédrale gît une de ces grossières statues anthropomorphes nommées « kamene baba ». Ces sortes de menhirs se retrouvent non seulement dans la Russie méridionale, mais aussi en Sibérie dans le sud de la steppe kirghis et jusqu’à l’iénisséï. Parmi ces sculptures rudimentaires, les unes représentent des hommes, les autres des femmes. Ces dernières statues, provenant de la Russie méridionale, ont les mamelles pendantes et allongées ; celles de la Sibérie ont des seins qui se tiennent dans une position plus conforme à notre esthétique. Peut-être ce détail indique-t-il une différence de race ?
Le temps me manquait pour descendre l’Irtisch jusqu’à Sémipalatinsk d’où j’aurais pu rejoindre mon confrère et ami M. Édouard Blanc, le savant explorateur de l’Asie centrale.
Je quittai Omsk par le transsibérien; mais, le pont sur l’Irtisch n’étant point terminé, il fallut faire un petit voyage par eau, pour gagner la voie ferrée et le campement provisoire qui sert de gare. La ligne du transsibérien n’était pas ouverte officiellement, tout n’était pas organisé, comme nous avons pu nous en convaincre dans le trajet entre Omsk et Ivourgane, parcours que nous avons effectué en compagnie du célèbre géologue Inostranzeff, revenant d’une mission dans l’Altaï. Deux trains par semaine partent d’Omsk. Les wagons de première classe font encore défaut; dans ceux de seconde classe trois personnes peuvent coucher les unes au-dessus des autres. Il est question d’attacher des wagons-églises aux trains destinés à parcourir la traversée de l’Asie. L’eau potable manque dans la steppe le long de la ligne entre Omsk et Kourgane; les puits ne donnent que de l’eau salée. Les stations sont comme des marchés où les paysans des environs apportent des vivres pour vendre aux voyageurs. Le but de mon voyage étant archéologique, je ne vous parlerai pas du transsibérien; la remarquable conférence de M. David Levât vous a fait connaître en détail cette œuvre gigantesque qui est une des gloires du xixe siècle.
Kourgane est une petite ville du gouvernement de Tobolsk. Voici son entrée. Invité par le gouverneur, je m’y suis trouvé à l’ouverture d’une exposition intéressante au point de vue ethnographique et surtout colonial. Les pavillons de sylviculture, d’agriculture, de botanique étaient fort bien aménagés. Les paysans russes pouvaient trouver là tous les enseignements nécessaires pour leur installation (modèles d’habitations de toutes sortes) et
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d’utiles conseils pour la culture de leurs nouvelles terres. Les tra-
vaux manuels des écoles, des prisons, des villages, étaient non moins curieux. Dans le pavillon consacré à l’art hippiatrique, j’ai
KOURGANE. — MARCHÉ AUX CHEVAUX, 17 ET 18 OCTORRE.
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vu des photographies de konovals, vétérinaires empiriques, auxquels les Sibériaks ont encore recours, lorsque leurs bêtes tombent malades. En voici un avec sa trousse et sa sacoche. Gomme vous le voyez, cette sacoche est ornée d’une applique en bronze d’un style très primitif.
A Kourgane, de même qu’à Omsk, le vënt souffle presque toute la journée pour s’apaiser durant la nuit. J’ai rapporté des vues de son bazar d’un caractère très asiatique. On y vend beaucoup de thé en tablette; lesTatares et les Kirgbis n’usent que de ce thé. Son marché aux chevaux, qui a lieu chaque année les 17 et 18 octobre, est l’un des plus importants de la région.
Près le bazar se trouve la maison habitée jadis par Naryschkine, un des plus célèbres parmi les décembristes exilés en 1825 sous le règne de l’empereur Nicolas. Vous savez que la mère de Pierre le Grand appartenait à cette illustre famille. Aux environs de Kourgane, il existe une station de colons très importante. Ils couchent comme les Kirghis sous des kibitka, sortes de tentes couvertes de feutre en poils de chameau. Ges kibitka coûtent moins cher que des maisons en bois.
Peut-être le nom de Kourgane a-t-il été donné à cette ville à cause des nombreux kourganes qui l’entourent? Si l’exposition n’avait pas alors absorbé toutes les attentions, j’aurais opéré dans la région des fouilles suivies, au lieu de me borner à des tentatives superficielles. J’ai pu visiter près du village Kourganskaïa (que voici), à 8 verstes de la ville, au bord de la rivière Tobol, le « tzarevo gorodisché », c’est-à-dire forteresse du Prince, qui, en réalité, est un immense kourgane, muni de fossés, entièrement érigé de main d’homme. De plus petits kourganes sont groupés tout autour. Si vous demandez aux paysans quelques renseignements sur ce grand tumulus, ils vous diront qu’il ne contient plus rien, car jadis on a vu s’en échapper, au milieu de la nuit, une princesse richement parée, traînée par une superbe troïka. Les mobiliers funéraires de ces kourganes sont caractérisés par des flèches en bronze à trois arêtes, semblables à celles des tombeaux scytbiques de l’Ukraïne. Le vent qui souffle toute la journée soulève des tourbillons de sable et rend les fouilles difficiles.
La mauvaise saison commençait déjà et je dus quitter Kourgane pour Oufa. Parti le 4 septembre, le lendemain à 11 heures du matin (heure d’Omsk) et à 9 heures moins 20 minutes (heure de