Premiers Essais, cours de 1816^ Hume, p
universel ; rexpérience atteste ce qui est, elle n'atteint point à ce qui ne peut pas ne pas être.
Allons plus loin. Non-seulement Terapirisme ne peut expliquer les principes universels et nécessaires ; mais nous prétendons que, sans ces principes, Tempirisme ne peut pas même rendre compte de la connaissance du monde sensible*.
Otez le principe des causes, Fesprit humain est condamné à ne jamais sortir de lui-tnême et de ses propres modifications. Toutes les sensations de Touïe, de l'odorat, du goût, de la vue, du toucher, du tact même, ne vous peuvent apprendre quelle est leur cause ni si elles en ont une. Mais rendez à Tesprit humain le principe des causes, admettez que toute sensation, ainsi que tout phénomène, tout changement, tout événement, a une cause, comme évidemment nous ne sommes pas la cause de certaines sensations, et qu'il faut bien pourtant que ces sensations en aient une, nous sommes conduits natu« rellement à reconnaître à ces sensations des causes différentes de nous-mêmes, et voilà la première notion du monde extérieur. C'est le principe universel et nécessaire des causes qui seul la donne et la justifie. D'autres principes du même ordre l'accroissent et la développent.
Dès que vous savez qu'il y a des objets extérieurs, je vous demande si vous ne les concevez pas dans un lieu qui les contient. Pour le nier , il vous faudrait nier que tout corps est dans un lieu, c'est-à-dire rejeter une vérité de physique, qui est aussi un principe de métaphysique
1. Premiers Essais^ cours- de 1817, Analyse de la connatssance sensible, p. 228-242.
en même temps qu'un axiome du sens commun. Mais le lieu qui contient tel corps est souvent lui-même un corps qui seulement est plus compréhensif que le premier. Ce nouveau corps est à son tour dans un lieu. Ce nouveau lieu est-il aussi un corps? Alors il est contenu dans un autre lieu plus vaste, et ainsi de suite; en sorte qu'il vous est impossible de concevoir un corps qui ne soit pas dans un lieu ; et vous arrivez à la conception d*un lieu illimité et infini» qui contient tous les lieu^ limités et tous les corps possibles : ce lieu illimité et infini, c'est l'espace.
Et je ne vous dis rien là qui ne soit très-simple. Voyez. Niez-vous que cette eau soit dans ce verre? — Niez-vous que ce verre soit dans cette salle? — Niez-vous que cette salle soit dans un lieu plus grand, lequel est à son tour dans un autre plus grand encore? Je puis vous pousser ainsi jusqu'à l'espace infini. Si vous niez une seule de ces propositions, vous les niez toutes, la première comme la dernière; et si vous admettez la première, la dernière est forcée.
On ne peut supposer que la sensibilité toute seule nous élève à l'idée de l'espace, elle qui ne peut pas même nous donner l'idée première de corps. Il faut donc ici l'intervention d'un principe supérieur.
Comme nous croyons que tout corps est contenu dans un lieu , de même nous croyons que tout événement arrive dans un temps. Concevez-vous un événement qui arrive, si ce n'est dans un point quelconque de la durée? Cette durée s'étend et s'agrandit successivement aux yeux de votre esprit, et vous finissez par la concevoir
illimitée comme Tespace. Niez la durée, vous niez toutes les sciences qui la mesurent, vous détruisez toutes les croyances naturelles sur lesquelles repose la vie humaine. Il est à peine besoin d'ajouter que la sensibilité toute seule n'explique pas plus la notion du ternps que celle de Tespace, lesquelles sont pourtant toutes deux inhérentes à la connaissance du monde extérieur.
L'empirisme est donc convaincu et de ne pouvoir se passer des principes universels et nécessaires, et de ne pouvoir les expliquer.
Arrêtons-nous : ou tous nos précédents travaux n'ont abouti qu'à des chimères, ou ils nous permettent de considérer comme un point définitivement acquis à la science, qu'il y a dans l'esprit humain, pour quiconque l'interroge sincèrement, des principes réellement empreints du caractère de l'universalité et de la nécessité.
Après avoir établi et défendu l'existence des principes universels et nécessaires, nous pourrions rechercher et poursuivre cette sorte de principes dans toutes les parties des connaissances humaines, et en essayer une classification exacte ^t rigoureuse. Mais d'illustres exemples nous ont appris à craindre de compromettre des vérités du plus grand prix en y mêlant des conjectures qui, en faisant briller peut-être l'esprit du philosophe, diminuent aux yeux des sages l'autorité de la philosophie. Nous aussi, à l'exemple de Kant, nous avons, l'année dernière*, devant vous, tenté une classification, une réduction même des principes universels et nécessaires,