‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 12 sur 74 · Pheuiëbs Essais, Fragments du cours de 1817, p. 3b6^ etc · texte numérisé non relu

Pheuiëbs Essais, Fragments du cours de 1817, p. 3b6^ etc

et de toutes les notions qui y sont engagées. Ce travail n'a pas perdu pour nous son importance; mais nous ne le reproduirons point. Dans Tintérêtde la grande cause que nous servons, et ne songeant ici qu'à asseoir sur de solides fondements la doctrine qui convient au génie français du xix* siècle, nous fuiront avec soin tout ce qui pourrait paraître personnel et hasardé ; et, ay lieu d'examiner, de critiquer* et de remplacer la classification que le philosophe de Kœnigsberg a donnée des principes universels et nécessaires, nous préférons, nous trouvons bien autrement utile de vous faire pénétrer davantage dans la nature de ces principes, en vous faisant voir quelle est celle de nos facultés qui nous les découvre, et à laquelle ils se rapportent et correspondent.

Le propre de ces principes, c'est qu'à la réflexion chacun de nous reconnaît qu'il les possède mais qu'il n'en est pas l'auteur. Nous les concevons et les appliquons, nous ne les constituons point. Interrogeons- noire conscience. Nous rapportons-nous à nous-mêmes, par exemple , les définitions de la géométrie , comme nous le faisons certains mouvem^ents dont nous nous sentons la cause? Si c'est moi qui fais ces définitions, elles sont donc miennes. Je puis donc les défaire, les modifier, les changer, les anéantir même. Il est certain que Je ne le puis. Je n'en suis donc pas l'auteur. Il est aussi démontré que les principes dont nous avons parlé ne peuvent dériver de la sensation variable, bornée, inca-

1, Voyez cette critique, If* série, t. V, Philosophie de Kantj leçon viii.

pable de produire et d'autoriser rien d'universel et de nécessaire. J'arrive donc à cette conséquence nécessaire aussi : la vérité est en moi et n'est pas à moi. De même que la sensibilité me met en rapport avec le monde physique, ainsi une autre faculté me met en communication avec des vérités qui ne dépendent ni du monde ni de moi, et cette faculté c'est la raison.

Il y a dans l'homme trois facultés générales qui sont toujours mêlées ensemble et ne s'exercent guère que simultanément, mais que l'analyse divise pour les mieux étudier, sans méconnaître leur Jeu réciproque, leur liaison intime, leur unité indivisible. La première de ces facultés est l'activité, l'activité volontaire et libre, où paraît surtout la personne humaine, et sans laquelle les autres facultés seraient comme si elles n'étaient pas, puisque nous ne serions pas pour nous-mêmes. Quon s'examine au moment où une sensation se produit en nous : on reconnaîtra» qu'il n'y a perception qu'autant qu'il y a un degré quelconque d'attention, et que la perception finit au moment où finit notre activité. On ne se rappelle pas ce qu'on a fait dans le sommeil absolu ou dans la défaillance, parce qu'alors on a perdu l'activité, par conséquent la conscience, et par conséquent encore la mémoire. De même, souvent la passion, en nous enlevant la liberté, nous enlève du même coup la conscience de nos actions et de nous-mêmes : alors, pour nous servir d'une expression juste et vulgaire, on ne sait plus ce qu'on fait. C'est par la liberté que l'homme est véritablement homme, qu'il se possède et se gouverne; sans elle il retombe sous le joug de la

nature; il n*en est qu*une partie plus admirable et plus belle* Mais, en même temps que Je suis doué d'activité et de liberté, Je suis passif aussi par d'autres endroits; Je subis les lois du monde extérieur; Je soutfre et Je Jouis sans être moi-même l'auteur de mes Joies et de mes souffrances; Je sens s'élever en moi des besoins, des désirs, des passions que Je n'ai point faites, et qui tour à tour remplissent ma vie de bonheur ou de misère malgré que J'en aie et indépendamment de ma volonté. Enfin, outre la volonté et la sensibilité, l'homme a la feculté de connaître, l'entendement, rinlelligence, la raison, peu importe le nom, au moyen de laquelle il conçoit des vérités d'ordres différents, et entre autres des vérités universelles et nécessaires qui supposent dans la raison, attachés à son exercice , des principes entièrement distincts des impressions des sens et des résolutions de la volonté*.

L'activité volontaire, la sensiWlité, la raison, sont toutes les trois également certaines. La conscience vérifie l'existence des principes nécessaires qui dirigent la raison tout aussi bien que celle des sensations et des

1. Cette classification des facultés humaines qu*on cbercherait en

d'CifC'Xîli^os cours, est notre ouvrage, et, sauf quelques différences

1 1 jTp' ^^® réelles, elle est, aujourd'hui généralement adop-

• ^ ^îond de la psychologie de notre temps. Voyez nos écrits,

le puisbs : Premiers essais. De r identité du moi, p, 177 et 182;

démonti ^^^^^^^^^^) P- 282; Philosophie sensualiste, leçon m,

Philosophie écossaise, leçon ix, Reid; Philosophie de Kant,

.peuveni^xawien de la théorie de Kant; Philosophie • contkmpo-

men des leçons de Laromiguière ; Introduction aux œuvres

ùarif etc.

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