‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 14 sur 74 · I" leçon, p. 27 et · texte numérisé non relu

I" leçon, p. 27 et

iVen peut pas être de même quand il s'agit de la substance qui soutient les phénomènes de conscience, nos qualités, nos actes, nos facultés même; car cette substance n'est pas directement observable ; elle ne s'aperçoit pas, elle se conçoit. La conscience aperçoit la sensation, lavolition, la pensée; elle n'aperçoit pas leur sujet. Qui a jamais aperçu l'âme? Et n'a-t-il pas fallu , pour atteindre cette essence invisible, partir d'un principe qui ait la vertu de rattacher le visible à l'invisible, le phénomène" à l'être, à savoir le principe des substances*? L'idée de substance est nécessairement postérieure à l'application du principe, et par conséquent elle n'en peut expliquer la formation.

Entendons-nous bien : nous ne voulons pas dire que nous ayons dans l'esprit le principe des substances avant d'apercevoir un phénomène, tout prêts à appliquer le principe au phénomène, dès que celui-ci se présentera; nous disons seulement qu'il nous est impossible d'apercevoir 'un phénomène sans concevoir à l'instant même une substance, c'est-à-dire qu'au pouvoir de percevoir directement un phénomène, soit par les sens, soit par la conscience, se joint celui de concevoir la substance qui lui est inhérente. C'est ainsi que se passent les faits : la perception des phénomènes et la conception de la substance qui les soutient ne sont pas successives, elles sont simultanées. Devant cette impartiale analyse tombent à la fois deux erreurs égales et

4. Voyez le tome I de la I»"® série, premiers essais, cours de 1816, pa^sim, et II« série ^ t. III, leçon xyiii.

contraires : Tune, que rexpérience, extérieure ou intérieure, peut engendrer les principes; l'autre, que les principes précèdent l'expérience*.

En résumé, la prétention d'expliquer les principes par les idées qu'ils contiennent est une prétention chimérique. En supposant que toutes les idées qui entrent dans les principes leur fussent antérieures, il faudrait montrer comment de ces idées on tire des principes ; c'est la première et radicale difficulté. De plus, il est faux que dans tous les cas les idées précèdent les principes, et ce sont souvent les principes qui précèdent les idées; seconde difficulté, également insurmontable. Mais que les idées soient antérieures ou postérieures aux principes, les principes en sont toujours indépendants; ils les surpassent de toute la supériorité de principes universels et nécessaires sur de simples idées*.

Nous aurions presque à vous demander grâce pour l'austérité de cette leçon. Mais les questions philoso^

!, Nous avons développé cette analyse et mis en lumière ces résultats dans la leçon xvii du t. I II de la II* série.

2. Nous sommes revenus deux fois encore , et dans le plus grand détail, sur l'impossibilité d'expliquer légitimement les principes universels et ni^essaires par une association ou induction quelconque fondée sar aucune idée paiticulière, 11" série, t. IIP, Examen du système de Locke, leçon xix et III* séiie; Philosophie contemporaine, Introduct, aux œuv. de M. de Biran , p. 319. Nous avons fait connaître aussi l'opinion de Reid, l'« série, Philosophie écossaise, leçon viii. Enfin le pins profond des disciples de Keid, le juge le plus éclairé que nous conuaissioûs des choses philosophiques, M. Hamilton , professeur de logique à l'Université d'Édinbourg, n'a point hésité à adopter les conclusions de notre discussion, à laquelle il veut bien renvoyer 8PS lecteurs Discussions on ^philosojjhy and literatura , etc. Londou, 1852.

phiques veulent être traitées philosophiquement : il ne nous appartient pas d'en changer le caractère. D'autres sujets/ un autre langage. La psychologie a le sien, dont tout le mérite est une précision sévère, comme la loi suprême de la psychologie est la fuite de toute hypothèse et le respect inviolable des faits. Cette loi, nous l'avons suivie avec religion. En recherchant l'origine des principes universels et nécessaires, nous nous sommes surtout proposé de ne pas détruire la chose à expliquer par une explication systématique. Les principes universels et nécessaires sont sortis entiers de notre analyse. Nous avons fait l'histoire des formes diverses qu'ils revêtent successivement, et nous avons montré que dans toutes ces vicissitudes ils demeurent les mêmes et avec la même autorité, soit qu'ils entrent spontanément et involontairement en exercice, et qu'ils s'appliquent à des objets particuliers et déterminés, soit que la réflexion les replie en quelque sorte sur eux-mêmes pour les interroger sur leur nature, ou que l'abstraction les fasse paraître sous la forme où éclatent leur universalité et leur nécessité. Leur certitude est la même sous toutes leurs formes, dans toutes leurs applications ; elle n'a ni génération ni origine ; elle n'est pas née tel ou tel jour, et elle ne s'accroît pas avec le temps, car elle ne connaît point de degrés : nous n'avons pas commencé par croire un peu au principe des causes, des substances, du temps, de Tespace, de l'infini, etc.; nous n'y avons pas cru ensuite un peu plus, et enfin tout à fait. Ces principes ont été, dès le premier jour, ce qu'ils seront encore le dernier, tout -puissants, nécessaires, irrésistibles. La conviction

qu'ils entraînent est toujours absolue; seulement elle n'est pas toujours accompagnée d'une conscience claire, Leibnitz lui-même n*a pas plus de confiance dans le principe des causes, et même dans son principe favori de la raison suffisante , que le plus ignorant des hommes ; mais celui-ci applique ces principes sans réfléchir sur leur pouvoir, qui le gouverne à son insu, tandis que Leibnilz s*étonne de ce pouvoir,^ Tétudie, et, pour toute explication, le rapporte à la nature de l'esprit humain et à la nature des choses, c'est-à-dire qu'il élève Tignorance du commun des hommes jusqu'à sa source la plus haute, pour emprunter la belle expression de M. Royer- Collard'. Telle est, grâce à Dieu, la seule différence qui sépare le pâtre du philosophe, par rapport à ces grands pnncipes en tout genre qui, d'une manière ou d'une autre, découvrent aux hommes les mêmes vérités indispensables à leur existence physique, intellectuelle et morale, et dans leur vie éphémère, sur le point circonscrit de l'espace et du temps où le sort les a jetés, leur révèlent quelque chose d'universel, de nécessaire, d'infini.

1. Œuvres de Reid^ t. iV, p. 435. «Quand on se révolte contre les faits primitifs , on méconnaît également la constitution de notre intelligence et le but de la philosophie. Expliquer un fait, est-ce donc autre chose que de le dériver d'un autre fait , et ce genre d'explications , s'il doit s'arrêter quelque part, ne suppose-t-il pas des faits inexplicables? La science de l'esprit humain aura été portée au plus haut degré de perfection qu'elle puisse atteindre , elle sera complète, quand elle saura dJriver l'iguoiance du sa souico la plus élevée. »

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