‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 16 sur 74 · ouvres cfc Heid^ t. ÏII, p · texte numérisé non relu

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nécessité de croire à la vérité de ce qu'on croit , n'est pas mal conclure; car c'est raisonner de l'effet à la cause, du signe à la chose signifiée.

3* D'ailleurs, la valeur des principes est au-dessus de toute démonstration. L'analyse psychologique surprend dans le fait de l'intuition intellectuelle une affirmation absolue, inaccessible au doute; elle la constate, et cela équivaut à une démonstration. Demander une autre démonstration que celle-là , c'est demander à la raison l'impossible, puisque les principes absolus, étant indis- *pensables pour toute démonstration, ne pourraient se démontrer que par eux-mêmes*.

1. Nous n'avons pas jugé à propos de grossir cette leçon d'une exposition et d*une réfutation détaiUée de la Critique de la raison pure et de sa triste conclusion; le peu que nous en disons suffit à notre objet, qui est bien moins historique que dogmatique. Nous renvoyons au volume que nous avons consacré au père de la philosophie allemande, 1" série, t. V, où nous avons repris et développé quelques-uns (li^s arguments qui sont ici, et où nous croyons avoir mis dans une lumière irrésistible ce défaut capital de la logique ti anscendentale de Kant et de toute la philosophie allemande, qu'elle conduit au scepticisme parce qu'elle élève des problèmes surhumains, chimériques, extravagants, et que, bien enleudu, elle ne peut pas les résoudre. Voyea surtout la leçon vi et la leçon viii.

'Objet de la leçon : Quel est le dernier fondement de la vérité absolue? — Quatre hypothèses : La vérité absolue peut résider ou dans nous, ou dans les êtres particuliers et dans le monde, ou en elle-même, ou en Dieu. 1° Nous apercevons la vérité absolue, nous ne la constituons pas. 2° Les êtres particuliers participent de la vérité absolue, mais ils ne l'expliquent pas; réfutation d'Aristote. 3° La vérité n'existe pas en elle-même; apologie de Platon. 40 La vérité réside en Dieu. Platon; saint Augustin; Descartes; Malebranche; Fénelon; Bossuet; Leibnitz.— La vérité médiatrice entre Dieu et l'homme. — Distinctions essentielles.

Nous avons Justifié les principes qui dirigent notre intelligence, nous nous sommes assurés qu'il y a hors de nous de la vérilé, des vérités dignes de ce nom, que nous pouvons apercevoir, mais que nous ne faisons pas, qui ne sont pas seulement des conceptions de notre esprit, mais qui seraient encore quand même notre esprit ne les apercevrait point. Maintenant se présente naturellement cet autre problème : que sont-elles donc en elles-mêmes ces vérités universelles et nécessaires? où résident-elles? d'où viennent-eiles? Ce n'est pas nous qui soulevons ce problème et ceux qu'il renferme dans son sein, c'est l'esprit humain lui-même qui se les propose, et il n'est pleinement satisfait que quand il les a résolus, et qu'il a touché la dernière limite du savoir auquel il peut atteindre.

Il est certain que les principes qui, dans tous les ordres de connaissances, nous découvrent les vérités universelles et nécessaires, font partie de notre raison, laquelle fait assurément sa demeure en nous elest liée inlimement à la personne dans les profondeurs de la vie intellectuelle. Il s'ensuit que la vérité, que la raison nous révèle, tombe par là en une étroite relation avec le sujet qui l'aperçoit et ne semble qu'une conception de notre esprit. Cependant, ainsi que nous l'avons établi, nous apercevons la vérité, nous n'en sommes pas les auteurs. Si la personne que je suis, si le moi individuel n'explique peut-être pas toute la raison, comment expliquerait-il la vérité, et la vérité absolue? L'homme borné et passager aperçoit la vérité nécessaire, éternelle, infinie j c'est là pour lui un assez beau privilège; mais il n'est ni le principe qui la soutient ni celui qui lui donne l'être. L'homme peut dire : Ma raison; rendons-lui cette justice qu'il n'a jamais osé dire : Ma vérité.

Si les vérités absolues sont hors de l'homme qui les aperçoit, encore une fois, où sont-elles donc? Un péripatéticien répondrait : Dans les choses. Est-il besoin, en effet, de leur chercher un autre sujet que les êtres mêmes qu'elles régissent? Qu'est-ce que les lois de la nature, sinon certaines propriétés que notre esprit dégage des êtres et des phénomènes où elles se rencontrent, pour les considérer à part ? Les principes mathématiques ne sont rien de plus. Par exemple, l'axiome ainsi exprimé : Le tout est plus grand que la partie, se trouve dans un tout et dans une partie quelconques. Le principe de contradiction, considéré à juste titre CR

DIEU PRINCIPE DES PRINCIPES. Gd

logique comme la condition de tous nos jugements, de tous nos raisonnements, lait partie de l'essence de tout être, et nul être ne peut exister sans le porter avec soi. L'universel existe, dit Aristote, mais il n'existe pas à part des êtres particuliers *.

La théorie qui considère les universaux comme ayant leur fondement dans les choses est déjà un progrès sur le pur conceptualisme que nous avons indiqué d'abord et écarté. Aristote est bien plus réaliste qu'Abélard et Kant. Il a bien raison de prétendre que les universaux sont dans les choses particulières; car les choses particulières ne seraient point sans eux ; ce sont eux qui leur donnent leur fixité, même d'un jour, et leur unité. Mais de ce que les universaux sont dans les êtres particuliers, en faut-il conclure qu'ils y résident tout entiers et exclusivement, et qu'ils n'ont pas d'autre réalité que celle des objets où ils s'appliquent? Il en est de même des principes dont les universaux sont les éléments constitutifs. C'est, il est vrai, dans le fait particulier d'une cause particulière produisant un événement particulier que nous est donné le principe universel des causes; mais ce principe est bien plus étendu que le fait, car il s'applique non-seulement à ce fait-là, mais à mille- autres. Le fait particulier contient le principe: mais il ne le contient pas tout entier, et il se fonde sur le principe, bien loin de le fonder. On en peut dire autant des autres principes.

1. Voyez notre^crit intitulé : De la Afétaphysique d' Aristote, 2« éd., passim. Dans Aristote lui-même, voyez surtout Métaphysique, livre VII, chap. XII, et livre Xlll, chap. ix.

Peut-être répliquera-t-on que si un principe est cefrtainement plus étendu que tel fait ou tel être, il n'est pas plu& étendu que tous les faits et tous les êtres, et que la nature, considérée dans son ensemble, peut expliquer ce que ehaque être en particulier n'explique pas. Mais la nature, dans sa totalité , 1i' est encore qu'une chose finie et contingente, tandis que les principes qu'il s'agit d'expliquer ont une portée nécessaire et infinie. L'idée de l'infini ne peut venir ni d'aucun être particulier ni de l'ensemble des êtres. La nature entière ne nous fournira pas l'idée de la perfection, car tous les êtres de la nature sont imparfaits. Les principes absolus dominent donc tous les faits et tous les êtres ; ils n'en relèvent point.

Faudra-t-il en arriver à cette opinion que les vérités absolues, n'étant explicables ni par l'humanité ni par la nature, subsistent par elles-mêmes, et sont à elles-mêmes leur propre fondement et leur propre sujet?

Mais cette opinion renferme plus d'absurdités encore que les précédentes; car, je le demande, qu'est-ce que des vérités, absolues ou contingentes, qui sont par ellesmêmes, hors des choses où elles se rencontrent et de l'intelligence qui les conçoit? La vérité n'est alors qu'une abstraction réalisée. Il n'y a point de métaphysique quintessenciée qui puisse prévaloir contre le bon sens ; et si telle est la théorie platonicienne des idées, Aristote a raison contre elle. Mais une pareille théorie n'est qu'une chimère qu' Aristote a créée pour avoir le plaisir de la combattre.

Hâtons-nous de faire sortir les vérités absolues de cet

DITlU principe des principes. 71

état ambigu et équivoque. Et comment? En leur appliquant à elles-mêmes un principe qui maintenant doit vous être familier.

Oui, la vérité appelle nécessairement quelque chose au delà d'elle. Comme tout phénomène a son sujet d'inhérence, comme nos facultés, nospensées,*nos volitions, nos sensations n'existent que dans un être qui est nous, de même la vérité suppose un être en qui elle réside, et les vérités absolues supposent un être absolu comme elles, où elles ont leur dernier fondement. Nous parvenons ainsi à quelque chose d'absolu qui n'est plus suspendu dans le vague de l'abstraction, mais qui est un être substantiellement existant. Cet être , absolu et nécessaire, puisqu'il est le sujet des vérités nécessaires et absolues, cet être qui est au fond de la vérité comme son essence même, d'un seul mot on l'appelle Dieu*.

Cette théorie, qui conduit de la vérité absolue à l'être absolu, n'est pas nouvelle dans l'histoire de la philoso- . phie : elle remonte jusqu'à Platon.

PlatonS en recherchant les principes de la connaissance, vit bien, avec Socrate son maître, que la moindre

1. Il y a sans doute t)ien d'autres voies encore pour arriver à T)ieu, comme nous le verrons successivement; celle-ci est la voie de la métaphysique. Nous n'excluons aucune des preuves connues et accréditées de l'existence de Dieu, mais nous commençons par celle qui domine toutes les autres. Voyez plus bas, 11^ partie. Dieu, principe du beau, et II1« partie. Dieu, principe du bien, et la dernière leçon, qui résimie le cours entier.

2. Nous avons dit un mot de la théorie platonicienne des idées, I" série, t. I^', Premiers essais, p. 53; t. IV, Puilosophie écossaise^ leçon iz. Voyez encore^ t. Il de la II« série, la leçon vu sur Platon et sur

72 quatuî::me leçon.

(iLuinlion, sans laquelle nulle connaissance précise ne peut avoir lieu, suppose quelque chose d'universel et d'un, qui ne tombe pas sous les sens et que. la. raison seule découvre; ce quelque chose d'universel et d'un, il l'appela Vldée.^

Les Idées qui possèdent l'universalité et l'unité ne viennent pas des choses matérielles, changeantes et mobiles; elles s'y appliquent, et par là nous les rendent intelligibles. D'un autre côté, ce n'est pas l'esprithumain qui constitue les Idées ; car l'homme n'est point la mesure de la vérité.

Platon appelle les Idées les véritables êtres, ri ovtwç (>vTa, parce que seules elles communiquent aux choses sensibles et aux connaissances humaines leur vérité et leur unité. Mais s'ensuit-il que Platon donne aux idées une existence substantielle, qu'il en fasse des êtres à proprement parler*? Il importe de ne laisser aucun nuage sur ce point fondamental de la théorie platonicienne.

D'abord, si quelqu'un prétendait que dans Platon les Idées sont des êtres subsistant par eux-mêmes, sans lien entre eux et sans rapport à un centre commun, on lui opposerait les nombreux endroits du Timée, où Platon

Aristote, surtout III« série, 1. 1, Philosophie ancienne, un morceau Sur la langue de la théorie des Idées, p. 121 ; notre écrit De la Métaphy-sique d* Aristote, p. 48 et 149, et notre traduction de Platon, passim. Voyez aussi plus bas la v» leçoa où la doctrine platonicienne est soigneusement séparée de la doctrine alexandrine.

I , C'est Aristote qui le premier a dit cela. Les péripatéticiens moderres l'ont répété, et après eux tous ceux qui ont voulu décrier la philosf phie ancienne, et la philosophie en général , en prêtant l'apparence d'une ahsurdité à son plus illustre représentant.

parle des Idées comme formant dans leur ensemble une unité idéale qui est la raison de Tunilé du monde visible*.

Dira-t-on que ce monde idéal forme une unité distincte, séparée de DieuîlVIais, pour soutenir cette assertion, il faut oublier tant de passages de la République oh les rapports de là vérité et de la science avec le Bien, c'est-à-dire avec Dieu, sont marqués en caractères éclatants.

Ne se souvient-on pas de celte magnifique comparaison où, après avoir dit que le soleil produit dans le monde physique la lumière et la vie, Socrate ajoute : Il De même tu peux dire que les êtres intelligibles ne tiennent pas seulement du Bien ce qui les rend intelligibles, mais encore leur être et leur essence*. » Ainsi les êtres intelligibles, c'est-à-dire les Idées, ne sont pas des êtres qui existent par eux-mêmes.

On s'en va répétant avec assurance que le Bien, dans Platon, c'est seulement l'idée du bien, et qu'une idée n'est pas Dieu : je réponds que le Bien est en effet une idée, selon Platon, mais que l'idée ici n'est pas une pure conception de l'esprit, un objet de la pensée, comme l'entend l'école péripatéticienne; j'ajoute que l'Idée du Bien est dans Platon la première des Idées, et qu'à ce titre, tout en. restant pour nous un objet de la pensée, elle se confond, quant à l'existence, avec Dieu. Si l'Idée du Bien n'est pas Dieu même, comment expliquera-t-on

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