Lucien^ Apulée , Luoius de Patras
plorable mysticisme. Mais combien de fois n'a-t-il pas ramené sous le règne de la religion de Tesprit , toutes les extravagances des religions de la nature ! II devait surtout reparaître à la renaissance des écoles et du génie du paganisme, au îvi* siècle, quand l'esprit humain avait rompu avec la philosophie du moyen âge, sans être encore parvenu à la philosophie moderne*. Les Paracelse, les Van-Helmont renouvelèrent les Apollonius et les Jamblique , abusant de quelques connaissances chimiques et médicales , comme ceux-ci avaient abusé de la méthode socratique et platonicienne altérée dans son caractère et détournée de son véritable objet. Et même , en plein xvm* siècle, Swedenborg n'a-t-il pas uni en sa personne un mysticisme exalté et une sorte de magie, frayant ainsi la route à ces insensés ^ qui me contestent le matin les preuves les plus solides et les plus autorisées de Texistence de Tâme et de Dieu , et me proposent le soir de me faire voir autrement que par mes yeux, de me faire ouïr autrement que par mes oreilles, de faire usage de toutes mes facultés autrement "que par leurs organes naturels, me promettant une science surhumaine , à la condition de perdre d'abord la conscience, la pensée , la liberté , la mémoire,
1. II« série, i, II, Esquisse d'une histoire générale de la philosophie , leçon X, sur la philosophie de la renaissance.
2. On s'occupait alors avec ardeur du magnétisme , et plus d'un magnétiseur, à moitié matérialiste, à moitié illuminé, prétendait nous convertir au système de la parfaite clairvoyance de Tàme obtenue au moyen du sommeil artificiel. Hélas! aujourd'hui de semblables folies sont revenues. Les évocations sont à la mode. On interroge les esprits et ils répondent! Il n'y a que la conscience qu'on n'interroge pas, et la superstition seule contre-pèse le scepticisme.
lao CINQUIÈME LEÇON.
toul ce qui me constitue être intelligent et moral. Je saurai tout alors , mais à ce prix que Je ne saurai rien de ce que je saurai. Je m'élèverai dans un monde merveilleux , qu'éveillé et de sens rassis je ne puis pas même soupçonner, et dont ensuite il ne me restera aucun souvenir ; mysticisme à la fois grossier et chimérique , qui pervertit tout ensemble la psychologie et la physiologie; extase imbécile, renouvelée sans génie de Textase alexandrine, extravagance qui n'a pas même le mérite d'un peu de nouveauté, et que l'histoire voit reparaître à toutes les époques d'ambition et d'impuissance.
Voilà où on en vient quand on veut sortir des conditions imposées à la nature humaine. Charron l'a dit le premier, et après lui Pascal l'a répété : Qui veut faire l'ange fait la bête. Le remède à toutes ces folies est une théprie sévère de la raison , de ce qu'elle peut et de ce qu'elle ne peut pas, de la raison enveloppée d'abord 4ans l'exercice des sens , puis s'élevant aux idées universelles et nécessaires , les rapportant à leur principe, à un être intini et en même temps réel et substantiel , dont elle conçoit l'existence , mais dont il lui est interdit à jamais de pénétrer et de comprendre la nature. Le sentiment accompagne et vivifie les intuitions sublimes de la raison , mais il ne faut pas confondre ces deux ordres de faits , encore bien moins étouffer la raison dans le sentiment. Entre un être fini tel que l'homme, et Dieu , substance absolue et infinie , il y a le double intermédiaire et de ce magnifique univers livré à nos regards , et de ces vérités merveilleuses que la raison conçoit, mats qu'elle n'a point faites, pas plus que l'œil
ne fait les beautés qu'il aperçoit. Le seul moyen qui nous soit donné de nous élever jusqu'à Têlre des êtres , sans éprouver d'éblouisseraent ni de vertige, c'est de nous en rapprocher à l'aide du divin intermédiaire ; c'est-àdire de nous consacrer à l'étude et à l'amour de la vérité, et, comme nous le verrons tout à l'heure, à la contemplation et à la reproduction du beau , surtout à la pratique du bien.