VI AYANT-PROPOS
Les dix-huit leçons qui comprsent le présent volume ont en effet ce trait particulier que, si l'histoire de la philosophie en fournit le cadre, la philosophie elle-même y occupe la première place, et qu'au lieu de recherches d'érudition et de critique elles présentent une exposition régulière de la doctrine, dès lors arrêtée dans notre esprit, qui depuis n'a cessé de présider à tous nos travaux.
Ce livre contient donc l'expression abrégée mais exacte de nos convictions ' sur les points fondamentaux dç la science philosophique. On y verra à découvert la méthode qui est l'âme de notre entreprisé', nos principes, nos procédés, nos résultats.
Sous ces trois chefs , le Vrai , le Beau , le Bien , nous embrassons la psychologie , placée par nous à la tête de la philosophie tout entière , l'esthétique , la morale, le droit naturel, le droit public même en une certaine mesure , enfin la théodicée , ce périlleux rendez-vous de tous les systèmes, où les ditTérents principes sont condamnés ou justifiés par leurs conséquences.
»C'est l'affaire de notre livre de plaider lui-même sa cause. Nous souhaitons seulement qu'il soit apprécié et jugé sur ce qu'il est réellement , et non sur une opinion trop accréditée.
On s'obstine à représenter l'éclectisme comme la doctrine à laquelle on daigne attacher notre nom. Nous le déclarons : l'éclectisme nous est bien cher,
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sans doute, car il est à nos yeux la lumière de Thistoire de la philosophie, mais le foyer de cette lumière est ailleurs. L'éclectisme est une des applications les plus importantes et les plus utiles de la philosophie que nous professons, mais il n'en est pas le principe.
Notre vraie doctrine, notre vrai drapeau est le spiritualisme , cette philosophie aussi solide que gé* néreuse, qui commence avec Socrate et Platon^ que l'Évangile a répandue dans le monde, que Descartes a mise sous les formes sévères du génie moderne , qui a été au xvir siècle une des gloires et des forces de la patrie, qui a péri avec la grandeur nationale au xviii*, et- qu'au commencement de celui-ci M. Royer-Collard est venu réhabiliter dans l'enseignement public, pendant que M, de Chateaubriand , M"** de Staël , M. Quatremère de Quificy la transportaient dans la littérature et dans les arts. On lui donne à bon droit le nom de spiritualisme, parce que son caractère est de subordonner les sens h l'esprit, et de tendre, par^tous les moyens que la raison avoue, à élever et à agrandir l'homme. Elle enseigne la spiritualité de l'âme, ta liberté et la responsabilité des actions humaines, l'obligation morale , la vertu désintéressée , 1^ dignité de la justice, la beauté de la charité ; et par delà les limites de ce monde elle montre un Dieu , auteur et type de riiumanité , qui , après l'avoir faite évidemment
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pour une fin excellente, ne l'abandonnera pa& dans le développement mystérieux de sa destinée. Cette philosophie est l'alliée naturelle de toutes les bonnes causes. Elle soutient le sentiment religieux; elle seconde l'art véritable, la poésie digne de ce nom, la grande littérature; elle est l'appui du droit; elle repousse également la démagogie et la tyrannie ; elle apprend à tous les hommes à se respecter et à s'aimer, et elle conduit peu à peu les sociétés humaines à la vraie république , ce rêve de toutes les âmes généreuses, que de nos jours en Europe^peut seule réaliser la monarchie constitutionnelle.
Concourir, selon nos forces,- à relever, à défendre, à propager cette noble philosophie , tel est l'objet qui dé bonne heure nous. a suscité, et qui nous a soutenu dans le cours d'une carrière déjà longue, où les difficultés ne nous ont pas manqué. Grâce à Dieu, le temps a plutôt augmenté qu'affaibli nos convictions, et nous finissons comme nous avons commencé : cette nouvelle édition d'un de nos premiers ouvrages est un nouvel effort en faveur de la sainte cause pour laquelle nous combattons depuis près de quarante années.
Puisse notre voix être entendue des générations présentes comme autrefois elle le fut de la sérieuse jeunesse de la Restauration! Oui, c'est à vous que nous adressons particulièrement cet écrit, jeunes gens qui ne nous connaissez plus, mais que nous