Voyez la lettre à Perrault
Pour jamais dans la txnnbe eut eufermé Molière, etc.
Et cette épilaphe d'Arnauld, si simple et si grande :
Aux pieds de cet autel de structure grossière Gît sans pompe, enfermé dans une vile bière. Le plus savant mortel qui jamais ait écrit; Arnauld, qui sur la grâce instruit par Jésus-Christ, Combattant pour l'Église, a, dans l'Église même , Souffert plus d'un outrage et plus d'un anathème ,.... Errant, pauvre, banni, proscrit, persécuté ; Et même par sa mort leur fureur mal éteinte N'aurait jamais laissé ses cendres en repos. Si Dieu lui-même ici de son ouaille sainte A ces loups dévorants n'avait caché les os *.
Voilà , je pense , d'assez grands poêles , et nous en avons d'autres encore : je veux parler de ces esprits charmants ou sublimes qui ont élevé la prose jusqu'à la poésie. La Grèce seule, en ses plus beaux jours, offre peut-être une telle variété de prosateurs admirables. Qui peut les compter? D'abord Rabelais et Montaigne; plus tard. Descartes, Pascal et Malebranche ; La Rochefoucauld et La Bruyère; Retz et Saint-Simon; BQurdaloue, Fléchier, Fénelon, Bossuet; ajoutez tant de femmes éminentes, à leur tête M°** de Sévigné; et cela, en altendantMontesquieu, Voltaire, Rousseau et Buffon*.
1. Ces vers n'ont paru qu'apros la mort de Boileau, et ils ne sont ni assez connus, ni assez admirés. Jean-Biiptiste Rousseau, dans une lettre à Brossette , dit avec raison que « ce sont les plus beaux vers que M. Despréaux ait jamais faits.
2. ÉTUDES SUR Pascal. Avant-propos, p. m : C'est dans la prose qu'est notre gloire littéraire la plus certaine... Quelle nation moderne compte des prosateurs qui approchent de ceux de notre nation? La patrie de Shakspeare et de Milton ne possède guère qu'un seul écrivain qui remplisse toute Tidée d'un prosateur du premier ordre, J'auteur des Essais et du grand livre De Vutilité et ravancement de la Science. La patrie du Dante, de Pétrarque, de l'Arioste, du Tasse, est fière à juste titre de Machiavel, dont la diction saine et mâle est
Par quel contraste bicarré uo pays où les arts de l'esprit ont été portés à cette perfection serait-il resté médiocre dans les autres arts? Le sentiment du beau manquait-il donc à cette société si polie, à cette cour magnifique , à ces grands seigneurs et à ces grandes dames passionnées pour le luxe et pour l'élégance, à ce public d'élite, épris de tous les genres de gloire, et dont l'enthousiasme défendit le Cid contre Richelieu?
cependant , comme la pensée qu'elle exprime , destituée de grandeur. L'Espagne a produit, il est vrai , un admirable écrivain , mais il est unique, Cervantes... La France peut montrer aisément une liste de vingt prosateurs de génie, Froissard, Rabelais, Montaigne, Descartes, Pascal, La Rochefoucauld , Molière, Retz, La Bruyère, Malebranche, Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, M^e de Sévigué, Saint-Simon, Montesquieij, VQltaire, Rousseau et Buffon; sans parler de taat d'autres qui seraient au premier rang partout ailleurs, Comines, Amyot, Calvin, saint François de Sales, Balzac^ Arnauld, Nicole, Fleury, Fléchier, Hdassillon, Saint -Évremond, I^""* de la Fayette, M"* de Maintenon, Fontenelle, Vauvenargues, Le Sage, etc. On peut le dire avec la plus exacte vérité : la prose française est sans rivale dans l'Europe modernç; et dans Tantiquité même, supérieure à la prose latine, au moins pour la variété et l'aboadance; elle n'a d'égale que la prose grecque, en ses plus beaux jours, d'Hérodote à Démosthène. Nous ne préférons pas Démosthène à Pascal , et nous aurions de la peine à ip^ttre Platon lui-même au-dessus de Bossuet. Platon et Bossuet^ à nos yeux , voilà les deux plus grands maîtres du langage humain qui aient paru parmi les hommes, avec des différences manifestes, coumie aussi avec plus d'un trait de ressemblance : tous deux parlant d'ordinaire comme le peuple, avec la dernière naïveté, et par moments montant sans effort à une poésie aussi magnifique que celle d'Homère, ingénieux et polis jusqu'à la plus charmante délicatesse, et par instinct majestueux et sublimes. Platon, sans doute, a des grâces incomparables, la sérénité suprême et comme le demi-sourire de la sagesse divine. Bossuet a pour lui le pathétique, où il n'a de rival que le grand Corneille. Quand on possède de pareils écrivains, n'est-ce pas une reli- ^on de leur rendre l'honneur qui leur est dû, celui d'une étude régu-
ière et approfondie ?»
Non : la France du xvu* siècle est une , et elle a prodiiit des artistes qu'elle peut mettre à côté de ses poètes, de ses philosophes, de ses orateurs.
Mais pour admirer nos artistes, il faut les comprendre: Nous ne croyons pas que Timagination ait été moihô libéralement départie à la Prànce qu*à aucune autre nation de l'Europe. Elle a même eu son règne jparmi nous. C'est la fantaisie qui domine au xvi* siècle, et inspire la littérature et les arts de la Renaissance. Mais une grande révolution est intervenue au commencement du xvii" siècle. Là France à ce moment semble passer dte la jeunesse à la virilité. Au lieii d'abandonner Timagination à elle-même, nous nous appliquons dès lors à la contenir sans la détruire, à la modérer, ainsi que Vont fait les Grecs, à l'aide du goût, comme dans le progrès de la vie et de la société on apprend à réprimer ou à dissimuler ce qu'il y à de trop individuel dans les caractères. C'en est fait de la littérature dô l'âge précédent. Une nouvelle poésie, une prose nouvelle commencent à paraître, qui pendant un siècle entier portent d'assei beaux fruits. L'art suit le mouvement général : d'élégant et de gracieux qu'il était, il devient sérieux à son tour : il ne vise plus à l'originalité et aux effets extraordinaires; il tf étincelle ni fl'éblouit; il parle surtout à l'esprit et à l'âme. De là ses qualités et aussi ^es défauts. En général il manque un peu d'éclat et de coloris, mais il est au plus haut degré expressif.
Depuis quelque temps nous avons changé tout cela. Nous ayons découvert, un peu tard, qUe nous n'avions pas assez d'imagination; ïibus sôinmes en train de nous
en donner, il est vrai , aux dépens de la raison , hélas ! aussi aux dépens de Tâme, oubliée, répudiée, proscrite. En ce moment la couleur et la forme sont à Tordre du jour, en poésie, en peinture, en toute choae. On commence à raffoler de la peinture espagnole. L'école flamande et récole vénitienne prennent de plus en plus le pas sur la grande école de Florence et de Rome. Rossini balance Mozart, et Gluck va bientôt nous sembler insipide.
Jeunes artistes, qui, d^égoûtés à bon droit de la manière sèche et inanimée de David, entreprenez de renouveler la palette française, qui voudriez ravir au soleil sa chaleur et son éclat, songez que de tous les êtres de l'univers le plus grand est encore l'homme, et que ce que l'homme a de plus grand c'est son intelligence, et surtout son cœur; qu'ainsi c'est ce cœur qu'il faut mettre et répandre sur votre toile. Voilà l'objet le plus élevé de l'art. Pour l'atteindre, ne vous faites pas les disciples des Flamands, des Vénitiens, des Espagnols; revenez, revenez aux maîtres de notre grande école nationale du xvn" siècle.
Nous nous inclinons avec une admiration respectueuse devant l'école florentine et romaine, à la fois idéale et vivante; mais cell^-là exceptée, nous prétendons que l'école française égale ou surpasse toutes les autres. Nous ne préférons ni Murillo, ni Rubens, ni Corrége, ni Titien lui-même à Lesueuret à Poussin, parce que si les premiers ont une main et une couleur incomparable, nos deux compatriotes sont bien autrement grands par la pensée et par l'expression.
•Quelle destinée que celle d'Eustache Lesueur* ! Il naît à Paris vers 1617, et il n'en sort jamais. Pauvre. et humble, il passe sa vie dans les églises et les couvents où il travaille. La seule douceur de ses tristes jours, sa seule consolation était sa femme : il la perd , et va mourir à trente-buit ans dans ce cloître des Chartreux que son pinceau a immortalisé. Quelle ressemblance à la fois et quelle différence avec la destinée de Raphaël , mort jeune aussi, mais au sein des plaisirs, dans les honneurs et déjà presque dans la pourpre ! Notre Raphaël n'a pas été l'amant de la Fornarine et le favori d'un pape : il a été chrétien ; il est le christianisme dans l'art.
Lesueur est un génie tout français. A peine échappé des mains de Simon Vouèt , il s'est formé lui-même sur le modèle qu'il avait dans l'âme. Il n'a jamais vu le ciel J'Italie. Il a connu quelques fragments de l'antique, quelques tableaux de Raphaël, et les dessins que lui envoyait le Poussin. C'est avec ces faibles ressources et guidé par un instinct heureux qu'en moins de dix ans il monte par un progrès continu jusqu'à la perfection de son talent, et expire au moment où, sûr enfin de lui-même, il va produire de nouveaux et plus admirables chefs-d'œuvre. Suivez-le depuis le Saint-Bruno achevé en 1648, à travers le Saint-Paul de 1649, jusqu'à la Vision de saint Benoît en 1651, et aux Muses à peine terminées avant sa mort. Lesueur va sans cesse ajoutant à ses qualités essentielles qu'il doit à son propre génie et au génie national, je veux dire la composition