‹ Du Vrai de beau et du bierChapitre 47 sur 74 · Voyez plus haut, leçon xii®, p. 289. v · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, leçon xii®, p. 289. v

2. Pbilosopbie ÉCOSSAISE, //w/ctoow, leç. m, p. 130: «Sile bien est cela seul qui doit être le plus utile au plus grand nombre, où trouver le bien et qui le peut discerner ? Pour savoir si telle action, que je me propose de faire, est bonne ou mauvaise, il faut que je m'assure si, malgré soa utilité visible etdirecte dans le temps prt'sent, elle ne deviendra pas nuisible dans un avenir que je ne connais pas encore. Je dois rechercher si,

ver toujours quelque raison éloignée d'intérêt général , qui nous dispensera d'être fidèles dans le moment présent à nos amis, dès qu'ils seront dans l'infortune. Cet homme dans la misère s'adresse à ma générosité. Mais ne pourrai-je pas faire de mon argent un emploi plus

utile aux miens et à ceux qui m'entourent, elle n'aura pas des contrecoups fâcheux pour le genre humain, auquel je dois songer avant tout. Il importe que je sache si l'argent que je suis tenté de donner à cet infortuné qui en a besoin, ne serait pas plus utile autrement employé. En effet, la règle est ici le plus grand bien du plus grand nombre. Pour la suivre, quels calculs me sont imposés ! Dans les ténèbres de Ta venir, dans l'incertitude des conséquences un peu éloignées de toute action, le plus sur est de ne rien faire qui ne se rapporte à moi, et le dernier résultat dune prudence si raffinée est Tindifforence et Tégoïsme. Je suppose que vous ayez reçu un dépôt d'un opulent voisin, vieux et malade, une somme dont il n'a aucun besoin, et sans laquelle votre nombreuse et jeune famille court le risque de mourir de faim. 11 vous redemande cette somme; que devez-vous faire? Le plus graod nombre est de votre côté et la plus grande utilité aussi; car cette somme est insignifiante pour votre riche voisin, tandis qu'elle sauvera votre famille de la misère et peut-être de la mort. Père de famille, je voudrais bien savoir au nom de quel principe vous hésiteriez à retenir la somme qui vous est nécessaire. Raisonneur intrépide, placé dans l'alternative de tuer cet homme vieux et malade ou de laisser mourir de faim votre femme et tous vos enfants, vous le devez tuer en toute sûreté de conscience. Vous avez le droit, vous avez même le devoir de sacrifier le moindre avantage d'un seul au plus grand bien du plus grand nombre ; et puisque ce principe est l'expression de h vraie justice, vous n'êtes que son ministre en faisant ce que vous fai es. Un ennemi vainqueur ou un peuple furieux menacent de détruire ime ville entière, si on ne leur livre la tête de tel homme, qui pourtant est innocent. Au nom du plus grand bien du plus grand nombre, on immolera cet homme sans scrupule. On pourra même soutenir qu'innocent la veille, il a cessé de l'être aujourd'hui, puisqu'il est un obstacle au bien public. La justice ayant été une fois déclarée l'intérêt du plus grand nombre, l'unique question est de savoir où est cet intérêt. Or, ici, le doute est impossible; donc il est parfaitement juste d'offrir l'innocence en holocauste au salut public. Il faut accepter cette conséquence ou rejeter le principe. »

utile à rhumanité? Demain là patrie n'en aura-t-elle pas besoin? Gardons-le-lui vertueusement. D'ailleurs là même où l'intérêt de tous semblait évident , il reste encore quelque chance d'erreur; il vaut donc mieux s'abstenir. La sagesse sera toujours de s'abstenir. Oui , dès qu'il faudra , pour bien faire , être sûr de servir le plus grand intérêt du plus grand nombre , il n'y aura que des téméraires et des insensés qui oseront agir. Le principe de l'intérêt général enfantera , J'en conviens , de grands dévouements, mais il enfantera aussi de grands crimes. N'est-ce pas au nom de ce principe que les fanatiques de toute sorte, fanatiques de religion, fanatiques de liberté, fanatiques de philosophie , se faisant forts de connaître les intérêts éternels de l'humanité, se sont portés à des actes abominables, mêlés souvent à un désintéressement sublime?

Une autre erreur de ce système est de confondre le bien lui-même avec une seule de ses applications. Si le bien est le plus grand intérêt du plus grand nombre, la conséquence est claire : il n'y a qu'une morale publique et sociale et point de morale privée; il n'y a qu'une seule classe de devoirs, les devoirs envers les autres et point de devoirs envers nous-mêmes. Mais c'est retrancher précisément ceux de nos devoirs qui garantissent le plus sûrement l'exercice de tous les autres*. Les relations les plus constantes que je soutiens sont avec cet être qui est moi-même. Je suis ma société la plus habituelle. Je porte en moi, comme l'a très-bien dit Platon*,

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