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b)nheur, sans lequel la vie ne serait pas supportable un Jour, ni la société possible une heure; nous nous sommes proposé d'éclairer cet instinct , de lui montrer rharmonie cachée mais réelle qu'il soutient avec la vertu, et de lui ouvrir des perspectives infinies ^
Avec ces éléments empiriques, l'idéalisme est mis à l'abri de cet enivrement mystique qui peu à peu le gagne et le saisit quand il est tout seul , et le décrie auprès des esprits sains et sévères. Pourquoi ne le dirions-nous pas? Dans nos travaux, nous avons souvent présente la pensée de Locke que nous tenons pour un des hommes les meilleurs et les plus sensés qui aient été. Il est parmi ces conseillers secrets et illustres que nous donnons à notre faiblesse. Nous lui devons plus d'une inspiration; et nous nous demajidons souvent si des recherches dirigées avec la méthode circonspecte que nous tâchons d'apporter dans les nôtres ne pourraient pas être acceptées par sa sincérité et par sa sagesse. Locke est pour nous le vrai représentant, le plus original et tout ensemble le plus tempéré de l'école empirique. Dans les liens d'un système , il conserve encore une rare liberté d'esprit : sous le nom de réflexion , il admet une autre source de connaissance que la sensation ; et cette concession au sens commun est bien considérable. C'est Condillac qui en ôtant cette concession a outré et gâté la doctrine de Locke, et en a fait un système étroit, exclusif, entièrement faux , le sensualisme, à proprement parler, Condillac oçère sur des chiriièros
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réduites en signes avec lesquels il se joue à son aise. On cherche en vain dans ses écrits , surtout dans les derniers , quelque trace de la nature humaine. On se croit en vérité dans le royaume des ombres, jp^rmanm régna * . L'Essai sur l' entendement humain produit l'impression contraire, Locke est un disciple de Descartes , que les excès de Malebranche ont jeté dans un excès contraire : il est un des fondateurs de la psychologie : c'est un des plus fins et des plus profonds connaisseurs de la nature humaine , et sa doctrine un peu chancelante , mais toujours modérée, est digne d'avoir une place dans un véritable éclectisme^.
A côté de la philosophie de Locke , il en est une bien autrement grande, et qu'il importe de préserver de toute exagération pour la maintenir à toute sa hauteur. Fondé dans l'antiquité par Socrate , constitué par Platon, renouvelé par Descartes, l'idéalisme compte dans son sein, même parmi les modernes, les plus belles renommées. Il parle à l'homme au nom de ce qu'ily a de plus noble dans l'homme. Il revendique les droits de la raison ; il rétablit dans la science, dans l'art et dans la morale des principes fixes et invariables, et du sein de cette existence imparfaite il nous élève vers un autre monde, le monde de l'éternel, de l'infini, de l'absolu.
Cette grande philosophie a toutes nos préférences :
1. Sur CondiUac, I'« série, I«r vol., Premiers Essais, Condillac, p. d28, etc., et paiticulièremeut t. III : Philosophie sensualiste^ leçons II et III.
2. Nous n'avons jamais parlé de Locke qu'avec un respect sincère, même en le combattant. Voyez Philosophie sensialiste, bçon If«, tockCy et surtout II« série, t. III. Examen du système de Locke, passim.
on ne nous accusera pas de lui avoir £ait une trop petiiie part dans ces leçons. Au xviii' siècle elle est surtout rtreprésenlée à des degrés diflérents par Reid et par Kant. Nous acceptons Reid tout entier, moins ses vues histo-> riques , qui sont par trop insuffisantes et souvent mêlées de graves erreurs*. Il y a dans Kant deux parties : la partie analytique et la partie dialectique , comme il les appelle*. Nous admettons l'une, nous repoussons l'autre. Dans tout ce cours, combien d'emprunts n'avonsnous pas faits à la Critique de la raison spéculative, à la Critique du jugement ^ à la Critique de la raison pratique? Ces trois ouvrages sont à nos yeux d'admirables monuments du génie philosophique : ils sont remplis de trésors d'observation et d'analyse ^
Avec Reid et Kant, nous reconnaissons la raison comme la faculté du vrai, du beau et du bien. C'est à sa vertu propre que nous rapportons directement la connaissance dans sa partie la plus humble et dans sa partie la plus élevée. Toutes les prétentions systématiques du sensualisme se brisent contre la réalité manifeste des vérités universelles et nécessaires qui sont
1- Voyez I" série, t. IV, Philosophie écossaise, les leçons sur Reid.