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Premiers Essais, fragments da cours de 1816, passim

DE L'ORIGINE DES PRINCIPES. 5i

contraires : Tune, que l'expérience, extérieure ou intérieure , peut engendrer les principes ; l'autre , que les principes précèdent Texpérience * .

En résumé, la prétention d'expliquer les principes par les idées qu'ils contiennent est une prétention chimérique. En supposant que toutes les idées qui entrent dans les principes leur fussent antérieures, il faudrait montrer comment de ces idées on tire des principes ; c'est la première et radicale difficulté. De plus^ il est faux que dans tous les cas les idées précèdent les principesy et ce sont souvent les principes qui précèdent les idées; seconde difBculté, également insurmontable. Mais que les idées soient antérieures ou postérieures aux principes, les principes en sont toujours indépendants; ils les surpassent de toute la supériorité de principes universels et nécessaires sur de simples idées * .

Nous aurions presque à vous demander grâce pour l'austérité de cette leçon. Mais les questions philosophiques veulent être traitées philosophiquement : il ne nous appartient pas d'en changer le caractère. D'autres

i. Nous sommes revenu deux fois encore sur l'impossibilité d'expliquer légitimement les principes universels et nécessaires par une association ou induction quelconque fondée sur aucune idée particulière. Voyez PmLosoPBiE de Locke, leçon vii, et Fragments de Philosophie CONTEMPORAINE, IntroducHon aux œuvres de M. de Biran, p. 319. Le plus profond des disciples de Reid^ le juge le plus éclairé que nous connaissions des choses philosophiques, M. Hamilton, professeur de logique à l'Université d'Edimbourg, n'a point hésité à adopter les conclusions de notre discussion, à laquelle il veut bien renvoyer ses lecteurs , Discussions on philosophy and literalure, appendix Â, p. 5889 London, 1862.

5î DEUXIÈME LEÇON.

b'ujels, un autre langage. La psychologie a le sien, dont tout le mérite est une précision sévère, comme la loi suprême delà psychologie est la fuite de toute hypothèse et le respect inviolable des faits. Cette loi, nous l'avons suivie avec religion. En recherchant l'origine des principes universels et nécessaires, nous nous sommes surtout proposé de ne pas détruire la chose à expliquer par une explication systématique. Les principes universels et nécessaires sont sortis entiers de notre analyse. Nous avons fait l'histoire des formes diverses qu'ils revêtent successivement , et nous avons montré que dans toutes ces vicissitudes ils demeurent les mêmes et avec la même autorité, soit qu'ils entrent spontanément et involontairement en exercice, et qu'ils s'appliquent à des objets particuliers et déterminés, soit que la réflexion, suspendant leur exercice, les interroge sur leur nature, ou que l'abstraction les fasse paraître sous la forme où éclatent leur universalité et leur nécessité. Leur certitude est toujours la même; elle n'a ni génération ni origine; elle n'est pas née tel ou tel Jour, et elle ne s'accroit pas avei le temps, car elle ne connaît point de degrés : nous n'avons pas commencé par croire un peu au principe des causes, des substances, du temps, de l'espace, de l'infini, etc.; nous n'y avons pas cru ensuite un peu plus, et enfin tout à fait. Ces principes ont été, dès le premier jour, ce qu'ils seront encore le dernier, loutpuissants, nécessaires, irrésistibles. La conviction qu'ils entraînent est toujours absolue ; seulement elle n'est pas toujours accompagnée d'une conscience claire. LeibnitZ' lui-même n'a pas plus de confiance dans le principe des

causes , et même dans son principe favori de la raison suffisante, que le plus ignorant des hommes; mais celui-ci applique ces principes sans réfléchir sur leur pouvoir, qui le gouverne à son insu, tandis queLeibnitz s'étonne de ce pouvoir, Tétudie, et, pour toute explication, le rapporte à la nature de Tesprit humain et à la nature des choses, c'est-à-dire qu'il élève l'ignorance du commun des.homnies jusqu'à sa source la plus haute, pour emprunter la belle expression de M. Royer- Collard'. Telle est, grâce à Dieu, la seule différence qui sépare le pâtre du philosophe, par rapport à ces grands principes en tout genre qui, d'une manière ou d'une aulre, découvrent aux hommes les mêmes vérités indispensables à leur existence physique, intellectuelle et morale, et dans leur vie éphémère, sur le point circonscrit de l'espace et du temps où le sort les a jetés, leur révèlent quelque chose d'universel, de nécessaire, d'infini.

1. Œuvres de Reid, t. IV, p. 435. « Quand on se révolte contre les faits primitifs, on méconnaît également la constitution de notre intelligence et le but de la philosophie. Expliquer \m fait, est-ce donc autre chose que de le dériver d*un autre fait, et ce genre d'explications, s'il doit s'arrêter quelque part, ne suppose-t-il pas des faits inexplicables? La science de l'esprit humain aura été portée au plus haut degré de perfection qu'elle puisse atteindre, elle sera complète, quand eUe saurît dériver Tignorance de sa source la plus élevée. »

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