‹ Du vrai, du beau & du bienChapitre 37 sur 71 · Rue d'Enfer, no · texte numérisé non relu

Rue d'Enfer, no

2. On peut voir à Juilli une autre statue du cardinal de Bérulle, faite pour rOratoire, par François Anguier. Le caractère en est tout différent. Dans le BéruUe de Sarazin, ce qui domine est la ferveur; dans celui de François Anguier, c'est la mansuétude.

3. Le musée du Louvre ne possède de Sarazin qu'un très -petit nombre d'ouvrages et d'assez peu d'importance : un buste de Pierre Séguier, frappant de vérité, deux statuettes pleines de grâce, et le petit monument funèbre de Hennequin , abbé de Bernay, membre du parlement, mort en 1651, qui est un chef-d'œuvre d'élégance.

Regardez le tombeau de Jacques-Auguste de Thou, par François Anguier : la figure du grand historien est réfléchie et mélancolique , comme celle d'un homme las du spectacle des choses humaines; et rien de plus aimable que les statues de ses deux femmes, Marie Barbançon de Cany et Gasparde de La Châtre * . Le mausolée de Henri de Montmorency décapité à Toulouse en 1§32, qui se voit encore à Moulins, dans l'église de l'ancien couvent dies filles de Sainte-Marie, est un ouvrage considérable du même artiste , où la force est manifeste , avec un peu de lourdeur*. C'est à Michel Anguier qu'on attribue les statues du duc et de la duchesse de Tresmes, et celle de leur illustre fils, Potier, marquis de Gêvres ^. Le voilà bien l'intrépide compagnon de Condé, arrêté dans sa course à trente-deux ans devant Thionville, après la bataille de Rocroy, déjà lieutenant général, et quand Condé demandait pour lui le bâton de maréchal de France , déposé sur sa tombe ; le voilà jeune , beau , hardi, comme ses camarades moissonnés aussi à la fleur de l'âge, Laval, Chàtillon, La Moussaye. Un des meil-

J. Ces trois stataes étaient réunies au musée des Petits-Augustins, Lenoir, Musée royal, etc., p. 94; nous ne savons pourquoi on les a séparées : on a mis Jacques- Auguste de Thou au Louvre, et ses deux femmes à VersaiUes.

2. François Anguier est aussi l'auteur du monument des Longue- Tille, qui, avant la révolution, était aux Célestins et se voyait en 1815 au musée des Petits -Augustins, Lenoir, ihid. , p. 103; il est maintenant au Louvre. C'est un obélisque dont les quatre faces sont couvertes de bas-reliefs allégoriques. Le piédestal , orné aussi de basreliefs, a quatre figures de femme en marbre , représentant les vertus cardinales.

3. Aujourd'hui à Versailles; Lenoir, p. 97 et 100; voyez son portrait peint pai Champagne et gravé par Morin.

leurs ouvrages de Michel Anguier est le mohutnent de Henri de Chabot , cet autre compagnon , cet ami fidèle de Condé, qui par l'éclat de sa valeur, surtout par les grâces de sa personne , sut gagner le cœur et la main de la belle Marguerite, la fille du grand duc de Rohan. Le nouveau duc mourut jeune encore, en 1655, à trente-neuf ans. Il est représenté couché , la tête inclinée et soutenue par un ange ; un autre ange^ est à ses pieds. L'ensemble est frappant, et les détails sont exquis. La figure de Chabot est de toute beauté, comme pour répondre à sa réputation, mais c'est la beauté d'un mourant. Le corps a déjà la langueur du trépas, languescit moriens, avec je ne sais quelle grâce antique. Ce morceau , s'il était d'un dessin plus sévère , rivaliserait avec le Gladiateur mourant qu'il rappelle, peut-être même qu'il imite * .

J'admire en vérité qu'on ose parler aujourd'hui si légèrement de Puget et de Girardon. On ne peut refuser à Puget des qualités du premier ordre. Il a le feu, la verve, la fécondité du génie. Les cariatides de l'hôtel de ville de Toulon, qui ont été apportées au musée de Paris, attestent un ciseau puissant. Le Milon rappelle la manière de Michel- Ange; il est un peu tourmenté , mais

1. Groupe en marbre blanc qui était aux Gélestins, église voisine de ITiôtel de Rohan-Chabot à la place Royale; recueilli au musée des * Petits- Auguslins, Lenoir, ibid., p. 97; il est maintenant à Versailles. Il faut rapprocher de ce bel ouvrage le mausolée de Jacques de Souvré, grand prieur de France, le frère de la marquise de Sablé; mausolée qui venait de Saint-Jean-de-Latran, a passé par le musée des Petits-Augustins, et se trouve aujourd'hui au Louvre. Les sculptures de la porte Saint^Denis sont dues aussi à Michel Anguier, ainsi que l'admirable buste de Golbert, qui est au musée.

DE L'ART FRANÇAIS. Ul

on ne peut nier que Teffet n'en soit saisissant. Voulezvous un talent plus naturel , et ayant encore de la force et de l'élévation? Donnez-vous la peine de rechercher aux Tuileries, dans les jardins de Versailles, dans plb sieurs églises de Paris, les ouvrages dispersés de Girardon, ici le mausolée des Gondi *, là celui de Castellan*, celui de Louvois^ etc. ; surtout allez voir dans l'église de la Sorbonne le mausolée de Richelieu. Le redoutable ministre y est représenté à ses derniers moments , soutenu par la Religion et pleuré par la Patrie. Toute la personne est d'une noblesse parfaite, et la figure a la finesse , la sévérité , la suprême distinction que lui donnent le pinceau de Champagne , le burin de Morin , de Michel Lasne et de Mellan.

Enfin je ne regarde point comme un sculpteur vulgaire Coysevox qui, sous l'influence de Lebrun, commence malheureusement le genre théâtral , mais qui a la facilité , le" mouvement , l'élégance de Lebrun luimême. Il a élevé de dignes înonuments à Mazarin , à Colbert, à Lebrun ^, et semé pour ainsi dire les bustes des hommes illustres de son temps. Car, remarquez-le bien, les artistes ne prenaient guère alors des sujets

1. D'abord à Notre-Dame, la place naturelle des tomteaiix des Gondi, puis aux Augustins, maintenant à Versailles.

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