‹ Du vrai, du beau & du bienChapitre 36 sur 71 · Voyez surtout son Extrême-Onction · texte numérisé non relu

Voyez surtout son Extrême-Onction

2. Le tableau qu'on appelle le Silmce, et qui représente le sommeil de TEnfant Jésus, n'est pas indigne du Poussin. La tète de l'enfani est d'une puissance surhumaine. Les Batailles d'Alexandre, avec leurs défauts, sont des pages d'histoire de Tordre le plus élevé; et dans V Alexandre visitant avec Éphestion la mère et la femme de Darius, on ne sait qu'admirer le plus de la noble ordonnance de l'ensemble ou de la juste expression des figures.

Rochelle, surtout celui de l'tle de Rhé, et tant d'autres pièces religieuses et historiques. Il était aussi appliqué et aussi savant qu'inventif et fécond. Son œuvre est si vaste qu'on a peine à la rassembler, et pourtant il est mort bien jeune*. Abraham Bosse Ta dignement continué ; il en a la hardiesse et le gracieux caprice , s'il n'en possède pas la profondeur. Mais c'est surtout dans le portrait que nous avons porté la gravure à la perfection. Soyons équitables envers nous-mêmes : quelle école, celle de Marc-Antoine, ou celle d'Albert Durer, ou de Rembrandt, peut présenter en ce genre une telle suite d'artistes éminents? Thomas de Leu et Léonard Gautier font en quelque sorte le passage du xvi" au xvii* siècle. Puis viennent en foule les talents les plus divers, Mellan, Michel Lasne , Morin, Daret, Huret, Masson, Nanteuil, Brevet, Van Schupen , les Poilly, les Édelinck, les Audran. Gérard Édelinck et Nanteuil ont seuls une renommée populaire , et ils la méritent par la délicatesse , l'éclat et le charme de leur burin. Mais les connaisseurs d'un ^oût élevé leur trouvent au moins des rivaux dans des graveurs aujourd'hui moins admirés parce qu'ils ne flattent pas autant les yeux, mais qui ont peut-être plus de vérité et de vigueur. Il faut bien le dire aussi : les portraits de ces deux habiles maîtres n'ont pas l'importance historique de ceux de leurs devanciers. On admire le Condé de Nanteuil ; mais si on veut connaître le grand

i . M . Meaume, de Nancy, termine et pul)lie en ce moment ses savantes Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot. Nancy, 1860.

Condé, le vainqueur de Rocroy et de Lens, ce n'est pas àNanteuil qu'il le faut demander, c'est à Huret, à Michel Lasne, à Daret, qui l'ont dessiné et gravé dans toute sa force et sa beauté héroïque. Édelinck et Nanteuil luimême n'ont guère connu et retracé le xmi« siècle qu'aux approches de son déclin MVIorin et Mellan, comme Callot, ont pu le voir et nous l'ont transmis en sa glorieuse jeunesse. Morin est le Champagne de la gravure : il ne grave pas, il peint. C'est lui qui représente à la postérité les hommes illustres de la première moitié du grand siècle, Henri IV, Louis XIII, de Thou, Bérulle, Saint- Cyran, Marillac, Bentivoglio, Richelieu, Mazarin jeune encore, et Retz quand il n'était que coadjuteur^. Mellan a eu le même avantage. Il est le premier en date de tous les graveurs du xvu* siècle , et peut-être aussi est-il le plus expressif. Avec une seule taille, il semble que de ses mains il ne peut sortir que des ombres ; il ne frappe pas au premier aspect; mais à mesure qu'on le regarde davantage, il saisit, il pénètre, il touche, comme Lesueur^.

1. Édelinck n'a vu que le règne de Louis XIV. Nanteuil n'a pu graver que très-peu de grands hommes du temps de Louis XIII et de la régence , et dans la dernière partie de leur vie , Mazarin dans ses cinq ou six dernières années» Coudé vieillissant, Fouquet et Matthieu Mole quelques années avant la chute de Tun et la mort de l'autre, et il lui a fallu perdre trop souvent son talent sur une foule de parlementaires, d'ecclésiastiques et de financiers obscurs.

2. Si je voulais faire connaître à quelqu'un le xvii® siècle dans sa partie la plus grande et la plus négligée, celle que Voltaire a presque entièrement omise, je lui donnerais à rassembler l'œuvre de Morin.

3. Mellan n'a pas seulement fait des portraits d'après les peintres célèbres de son temps, il est auteur lui-même de grandes et charmantes compositions, dont un grand nombre servent de frontispice à des livres.

DE L'ART FRANÇAIS. Ui

Le christianisme, c'est-à-dire le règne de l'esprit, est favorable à la peinture, particulièrement expressive. La sculpture semble un art païen; car, si Texpression morale doit y être encore, c'est toujours sous la condition impérieuse de la beauté de la forme. Voilà pourquoi la sculpture est comme naturelle à l'antiquité , et y a jeté un éclat incomparable devant lequel a un peu pâli la peinture', tandis que chez les modernes elle a été éclipsée par celle-ci et lui est demeurée très-inférieure, dans l'extrême difficulté de forcer la pierre et le marbre à exprimer des sentiments chrétiens sans que la beauté matérielle en souffre; en sorte que d'ordinaire notre sculpture est un peu insignifiante pour être belle, ou maniérée pour être expressive. Depuis l'antiquité, il n'y a guère eu que deux écoles de sculpture * : Tune à Florence avant Michel-Ange et surtout avec Michel-Ange; l'autre en France, à la renaissance, avec Jean Cousin, Goujon, Germain Pilon. On peut dire que ces trois artistes se sont comme partagé la grandeur et la grâce :

J*appelle volontiers l'attention sur les deux beaux frontispices du Nouveau Testament grec et de V Introduction à la vie dévote, de l'imprimerie royale, et sur ceux de plusieurs écrits de Richelieu sortis des mêmes presses. C'est aussi Mellan qui a gravé les deux frontispices du Virgile et de l'Horace dont les dessins sont de Poussin.

1. C'était l'opinion de Winkelmann à la fin du iviu® siècle; c'est la nôtre encore aujourd'hui , même après toutes les découvertes qui ont été faites depuis cinquante ans, et qu'on peut voir en grande partie retracées et décrites dans le Museo real Borbonico.

2. 11 y a eu sans doute de la sculpture au moyen âge : les innomhrables figures semées aux portails de nos cathédrales, et les statues qu'on découvre tous les jours, le témoignent assez. Les imagiers de ce temps avaient certes bien de Tesprit et de l'imagination; mais, au moins dans tout ce que nous avons vu, la beauté est absente et le goût manque.

au premier, la noblesse et la force. avec une science profonde*: aux deux autres une élégance pleine de charme. La sculpture change de caractère, au xvn* siècle, ainsi que tout le reste : elle n'a plus le même agrément, mais elle trouve l'inspiration morale et religieuse qui avait trop manqué aux plus habiles niiaîtres de la renaissance. En est-il un , Jean Cousin excepté , qui soit supérieur à Jacques Sarazin? Ce grand artiste , aujourd'hui presque oublié , est un disciple à la fois de l'école française et de l'école italienne , et aux qualités qu'il emprunte à ses devanciers il ajoute l'expression morale, touchante et élevée, qu'il doit à l'esprit du nouveau siècle. Il est, dans la sculpture , le digne contemporain de Lesueur et de Poussin, de Corneille, de Descartes et de Pascal. Il appartient tout à fait au règne de Louis XIII, de Richelieu et de Mazarin : .il n'a pas même vu celui de Louis XIV*. Rappelé en France par Richelieu, qui y avait aussi rappelé Poussin et Champagne, Jacques Sarazin, en peu d'années, a produit une foule d'ouvrages d'une rare élégance et d'un grand caractère. Que sontils devenus? Le xviii* siècle avait passé sur eux sans y prendre garde. Les barbares qui les ont détruits ou dispersés s'étaient arrêtés devant les toiles de Lesueur et de Poussin protégées par un reste d'admiration : en

1. Allez voir au musée de Versailles la statue de François I»', et dites si, excepté l'auteur du Laurent de Médicis, aucun Italien a rien fait de pareil. Voyez aussi , au musée du Louvre, la statue de l'amiral Chabot.

2. Sarazin est mort en 1660, Lesueur en 1655, Poussin en 1665, Descartes en 1650, Pascal en 1662, et le génie de Corneille n'a pas franchi cette époque.

brisant les chefs-d'oeuvre du ciseau français, ils ne se sont pas même doutés du sacrilège qu'ils commettaient envers Tart aussi bien qu'envers la patrie. Du moins j'ai pu voir, il y a quelques années , au Musée des monuments français, recueillies par la piété d'un ami des arts , de belles parties du superbe mausolée élevé à la mémoire de Henri de Bourbon, deuxième dq nom, prince de Condé, le père du grand Condé, le digne appui, l'habile collaborateur de Richelieu et deMazarin. Ce monument était soutenu par quatre figures de gran^deur naturelle, la Foi, la Prudence, la Justice et la Char rite. Il y avait quatorze bas-reliefs en bronze où étaient retracés les Triomphes de la Renommée, du Temps, de la Mort, de l'Éternité. Dans le Triomphe de la Mort, l'artiste avait représenté un certain nombre de moderneg illustres, parmi lesquels il s'était mis lui-même à côté de Michel-Ange*. Nous pouvons contempler encore dans la cour du Louvre , au pavillon de l'Horloge , c&$ cariatides de Sarazin si majestueuses à la fois et si gracieuses, qui se détachent avec un relief et une légèrt^é admirables. Jean Goujon et Germain Pilon or)t-ils mu

1. Lenoir, Musée des monuments français, t. Y, p. 87-91, et le Musée royal des monuments français, de 1815, p. 98 , 99, 108, 122 et 140. Ce magnifique monmneat, élevé à Henri de Bourbon , aux frais de son ancien intendant Perrault, président à la chambre des comptes, était placé dans Téglise des Jésuites, et il était tout entier en bronze. Il ne faut pas le confondre avec l'autre monument que les Condé érigèrent au même prince dans leur demeure mortuaire, à Vallery, près de Montereâu, dans TYonne. Ce dernier mausolée est en marbre et de la main de Michel Anguier; voyez-eu la description dans Lenoir, t. V, p. 23-25, et surtout dans V Annuaire de VYonne pour 1842, p. 175, etc.

fait de plus élégant et de plus vivant? Ces femmes respirent , et elles vont marcher. Prenez la peine d'aller à quelques pas d'ici* visiter Thumble chapelle qui remplace aujourd'hui cette magnifique église des Carmélites, jadis remplie des peintures de Champagne, de Stella, de Lahire et de Lebrun , où la voix de Bossuet s'est fait entendre, et où M"' de Lavallière et M"® de Longueville ont été vues si souvent prosternées à terre, leurs longs cheveux coupés et le visage baigné de larmes. Parmi les restes qui se conservent de la splendeur passée du saint monastère, considérez la noble statue du ciydinal de BéruUe agenouillé. Sur ces traits recueillis et pénétrés, dans ces yeux levés vers le ciel , respire Tâme de ce grand serviteur de Dieu, mort à l'autel comme un guerrier au champ d'honneur. Il prie Dieu pour ses chères Carmélites. Celte tête est d'un naturel parfait, comme Champagne aurait pu la peindre, et d'une grâce sévère qui rappelle Lesueur et Poussin *•

Au-dessous de Sarazin % les Anguier sont encore des artistes qu'admirerait l'Italie, et auxquels il ne manque que des juges dignes d'eux. Ces deux frères avaient couvert Paris et la France des plus précieux monuments.

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