Leçons I et VI
beauté est indépendante de rœil qui Taperçoit, comme les vérités universelles et nécessaires sont indépendantes de la raison qui les découvre*.
Le bien et le mal sont des caractères réels des actions humaines , bien que ces caractères ne puissent être ni vus de nos yeux ni touchés de nos mains. Les qualités morales d'une action ne sont pas moins certaines pour ne pouvoir être confondue? avec les qualités matérielles de cette action. Voilà pourquoi des actions matériellement identiques peuvent être moralement très-différentes. Un meurtre est toujours un meurtre; cependant, si c'est souvent un crime, c'est souvent aussi une action légitime, par exemple quand elle est accomplie non par vengeance, non par intérêt, mais dans le cas rigoureux de la défense personnelle. Ce n'est pas le sang versé qui fait le crime, c'est le sang innocent. L'innocence et le crime, le bien et le mal ne résident pas dans telle ou telle circonstance extérieure déterminée une fois pour toutes. La raison les reconnaît avec certitude sous les apparences les plus diverses, dans des circon-. stances tantôt les mêmes et tantôt dissemblables.
Le bien et le mal nous apparaissent presque toujours engagés dans des actions particulières; mais ce n'est pas par ce qu'elles ont de particulier que ces actions sont bonnes ou mauvaises. Ainsi quand je prononce que la mort de Socrate est une injustice et que le dévouement de Léonidas est admirable , c'est la mort injuste d'un homme sage que je condamne, c'est le dé-