‹ Du vrai, du beau et du bien. --Chapitre 47 sur 76 · Rue d'Enfer, n · texte numérisé non relu

Rue d'Enfer, n

chapelle qui remplace aujourd'hui cette magnifique église des Carmélites, jadis rempHe des peintures de Champagne, de Stella, de Lahire et de Lebrun., où la voix de Bossuet s'est fait entendre, et où M'"* de La. "allière et M""* de Longueville ont été vues prosternées à terre, leurs longs cheveux coupés et le visage baigné de larmes. Parmi les restes qui se conservent de la splendeur passée du saint monastère, considérez la noble statue du cardinal de Bérulle agenouillé. Sur ces traits recueillis et pénétrés, dans ces yeux levés vers le ciel, respire l'âme de ce grand serviteur de Dieu, mort à l'autel comme un guerrier au champ d'honneur. Il prie Dieu pour ses chères Carmélites. Cette tète est d'un naturel parfait, comme Champagne aurait pu la peindre, et d'une grâce sévère qui rappelle Lesueur et Poussin '.

Au-dessous de Sarazin'-*, les Anguier sont encore des artistes qu'admirerait l'ItaUe, et auxquels il ne manque que des juges dignes d'eux. Ces deux frères avaient couvert Paris et la France des plus précieux monuments. Regardez le tombeau de Jacques-Auguste de Thon, par François Anguier : la figure du grand historien est réfléchie et mélancolique, comme celle

1. On peut voir à Jailly une autre statue du cardinal de Bérulle, faite pour l'Oratoire, par François Anguier. Le caractère en est tout différent Dans le Bérulle de Sarazin, ce qui domine est la fer. veur; dans celui de François Anguier, c'est la mansuétude.

2. Le musée du Louvre ne possède de Sarrazin qu'un très-petit nombre d'ouvrages et d'assez peu d'importance : un buste de Pierre Séguier, frappant de vérité, deux statuettes pleines de grâce, et le petit monument funèbre de Hennequiii, abbé de Bernay, membre du parlement, mort ea 1651, qui est ua cbef-d'œuvre d'élégance.

d'un homme las du spectacle des choses humaines, et rien de plus aimable que les statues de ses deux femmes, Marie Barbançon de Cany et Gasparde de la Châtre ^ Le mausolée de Henri de Montmorency, décapité à Toulouse en 1632, qui se voit encore à Moulins, dans l'église de l'ancien couvent des filles de Sainte-Marie , est un ouvrage considérable du même artiste, où la force est manifeste, avec un peu de lourdeur *. C'est à Michel Anguier qu'on attribue les statues du duc et de la duchesse de Tresmes, et celle de leur illustre fils, Potier, marquis de Gêvres'. Le voilà bien l'intrépide compagnon de Condé, arrêté dans sa course à trente-deux ans devant Thionville, après la bataille de Rocroy, déjà heutenant général, et quand Condé demandait pour lui le bâton de maréchal de France, déposé sur sa tombe; le voilà jeune, beau, hardi, comme ses camarades moissonnés aussi à la fleur de l'âge, Laval, Chàtillon, La Moussaye. Un des meilleurs ouvrages de Michel Anguier est le monument de Henri de Chabot, cet autre compagnon,

1. Ces trois statues étaient réunies au musée des Petits-Augus tins, Lenoir, Musée royal, etc., p. 91: nous ue savons pourquoi on les a séparées : on a mis Jacques-Auguste de Thou au Louvre, et relégué ses deux femmes à Versailles.

2. François Anguier est aussi l'auteur du monument des Longueville, qui, avant la révolution, était aux Célestins et se voyait en 1815 au musée des Petits-Augustins, Lenoir, ibid., p. 103; il est maintenant au Louvre. Cest un obélisque dont les quatre faces sont couvertes de bas-reliefs allégoriques Le piédestal, orné aussi de basreliefs, d quatre figures de femme en marbre, représentant les vertus cardinales.

3. Aujourd'hui à Versailles ; Lenoir. p. 97 et 100 ; voyez son portrait peint par Champagne et gravé nar Morin.

cet ami fidèle de Condé, qui par l'éclat de sa valeur, surtout par les grâces de sa personne, sut gagner îe cœur et la main de la belle Marguerite, la fille du grand duc de Rohan. Le nouveau duc mourut jeunt encore, ea 4655, à trente-neuf ans. Il est représenté couché, la tête inclinée et soutenue par un ange; un autre ange est à ses pieds. L'ensemble est frappant, et les détails sont exquis. La figure de Chabot est de toute beaiilé, comme pour répondre à sa réputation, mais c'est la beauté d'un mourant. Le corps a déjà la langueur du trépas, lungnescit moriens, avec je ne sais quelle grâce antique. Ce morceau, s'il était d'un dessin plus sévère, rivaliserait avec le Gladiateur mourant, qu'il rappelle, peut-être même qu'il imite '.

J'admire en vérité qu'on ose parler aujourd'hui si légèrement de Puget et de Girardon. On ne peut refuser à Puget des qualités du premier ordre. Il a le feu, la verve, la fécondité du génie. Les cariatides de l'hôtel de ville de Toulon attestent un ciseau puissant. Le Milon rappelle la manière de Michel-Ange; il est un peu tourmenté, mais on ne peut nier que l'effet n'en soit saisissant. Voulez-vous un talent plus naturel, et

1. Groupe en marbre blanc qui était aux Célestins, église voisine de l'hôtel de Rohan-Chabot à la place Royale; recuoilli au musée des Petils-AHjgnstins, Lenoir, ibid., p. 97; il est maintenant à Versailles. Il faut rapprocher de ce bel ouvrage le mausolée de Jacques de Souvré, grand prieur de France, le frère de la marquise de Sa blé ; ce mausolée qui venait de Saint-Jean-de-Latran, a passé par lo musée des Petits-Augustins, et se trouve aujourd'hui au Louvre. Les sculptures de la porte Saint-Denis sont dues aussi à Michel Auguier, ainsi que l'admirable buste de Colbert, oui est au musée.

lyant encore de la force et de l'élévation? Doniiezrous la peine de rechercher aux Tuileries, dans les jardins de Versailles, dans plusieurs égHses de Paris, les ouvrages dispersés de Girardon, ici le mausolée des Gondi*, là celui de Castellan*, celui de Louvois', etc.; surtout allez voir dans l'église de la Sorbonne le mausolée de Richelieu. Le redoutable ministre y est représenté à ses derniers moments, soutenu par la Religion et pleuré par la Patrie. Toute la personne est d'une noblesse parfaite, et la figure a la finesse, la sévérité, la suprême distinction que lui donnent le pinceau de Champagne, le burin de Morin, de Michel Lasne et de Mellan.

Enfin je ne regarde point comme un sculpteur vulgaire Coysevox qui, sous l'inlmence de Lebrun, commence malheureusement le genre théâtral, mais qui a la facilité, le mouvement, l'élégance de Lebrun luimême. Il a élevé de dignes monuments à Mazarin, à Colbert, à Lebrun "*, et semé pour ainsi dire les bustes des hommes illustres de son temps. Car, remarquezle bien, les artistes ne prenaient guère alors des sujets arbitraires et de fantaisie. Ils travaillaient sur des su-

1. D'abord à Notre-Dame, la place naturelle des tombeaux des •ondi, puis nux Augustin?, maintenant à Versailles.

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