Voyez snrtoat son Exfréme-Onction
S. Le tahlesn qu'on appelle le Silence, et qui représente ie sommeil de l'Enfant Jésus, n'est pas indigne du Poussin. La tête de l'enfant est d'une puissance surhumaine. Les Batailles d'Alexandre^ avec leurs déiauts, sont des pages d'histoire de l'ordre le plus élevé; et dans l'Alexandre visitant avec Ephestion la mère et la femme de Darius, on ne sait qu'admirer le plus de la noble ordounaoce de rensemljît ou de la Jnste expreseJoû des figure».
jeune'. Abraham Bosse l'a dignement continué; il en a la hardiesse et le gracieux caprice, s'il n'en possède pas la profondeur. Mais c'est surtout dans le portrait que nous avons porté la gravure à la perfection. Soyons équitables envers nous-mêmes : quelle école, <;elle de Marc-Antoine, ou celle d Albert Durer, ou dn îlerabrandt, peut présenter en ce genre une telle suitt d'artistes éminents? Thomas de Leu et Léonard Gautier font en quelque sorte le passage du xvi^ au xvii^ siècle. Puis viennent en foule les talents les plus divers, Mellan, Michel Lasne, Morin, Baret, Huret, Masson, Nanteuil, Drevet, Van Schupen, les Poilly, les Édelinck, les Audran. Gérard Édelinck et Nanteuil ont seuls une renommée populaire, et ils la méritent par la délicatesse, l'éclat et le charme de leur burin. Mais les connaisseurs d'un goût élevé leur trouvent au moins des rivaux dans des graveurs aujourd'hui moins admirés parce qu'ils ne flattent pas autant les yeux, mais qui ont peut-être plus de vérité et de vigueur. 11 faut bien le dire aussi : les portraits de ces deux habiles maîtres n'ont pas l'importance historique de ceux de leurs devanciers. On admire le Condé de Nanteuil ; mais si on veut connaître le grand Condé, ie vainqueur de Rocroy et de Lens, ce n'est pas à Nanteuil qu'il faut le demander, c'est à Huret, à Michel Lasne, à Daret, qui l'ont dessiné et gravé dans toute sa force et sa beauté héroïque. Édelinck et Nanteuil
3, M.Meaume, de Nancy, a publié de savantçs Rechcehes sur la nie */ les ouvrages le Jacques Callot. Nancy, 1850.
lui-même n'ont guère connu et retracé le xvii* siècle qu'aux approches de son déclin'. Morin et Mellan, comme Gallot ont pu le voir et nous l'ont transmis en sa glorieuse jeunesse. Morin est le Champagne de la gravure : il ne grave pas, il peint. C'est lui qui représente à la postérité les hommes illustres de la première moitié du grand siècle, Henri IV, Louis Xiïï, de Thou, Bérulle, Saint-Gyran, Marillac, Bentivogho, Richeheu, Mazarin jeune encore, et Retz quand il n'était que coadjuteur^. Mellan a eu le même avantage. Il est le premier en date de tous les graveurs du xvn^ siècle, et peut-être aussi est-il le plus expressif, avec une seule taille, il semble que de ses mains il ne peut sortir que des ombres ; il ne frappe pas au premier aspect ; mais à mesure qu'on le regarde davantage, il saisit, il pénètre, il touche, comme Lesueur '.
1. Edelinck n a vu que le règne de Louis XIV. Nanteuil n'a pu graver que très-peu de grands hommes du temps de Louis XIII e; de la régence, et dans la dernière partie de leur vie, Mazarin dans ses cinq ou six dernières années, Condé vieillissant, Fouquet et Matthieu Mole quelques années avant la chute de l'un et la mort de l'autre, et il lui a fallu perdre trop souvent son talent sur une foule de parlementaires, d'ecclésiastiques et de financiers obscurs.
2. Si je voulais faire connaître à quelqu'un le xvii° siècle dans sa partie la plus grande et la plus négligée, celle que Voltaire a presque entièrement omise, je lui donnerais à rassembler l'œuvre de Morin.
'à. Mellan n'a pas seulement fait des portraits d'après les peintres célèbres de son temps, il est auteur lui-même de grandes et charmantes compositions, dont un grand nombre servent de frontispice à des livres. J'appelle volontiers l'attention sur les deux beaux frontispices du Nouveau Testament grec et de Vlntroduction à la vie dévote, de l'imprimerie royale, et sur ceux de plusieurs écrits de Richelieu sortis des mêmes presses. C'est aussi Mellan qui a gravé les deux frontispices du Virgile et de l'Horace dont les dessins sont de Poussin.
Le chnstianisme, c'est-à-dire le règne de l'esprit, est favorable à la peinture, particulièrement expressive. La sculpture semble un art païen; car, si l'expression morale doit y être encore, c'est toujours BOUS la condition impérieuse de la beauté de la forme. \''oilà pourquoi la sculpture est comme naturelle à l'antiquité, et y a jeté un éclat incomparable devant lequel a un peu pâli la peinture ', tandis que chez les modernes elle a été éclipsée par celle-ci et lui est demeurée très-inférieure, dans l'extrême difficulté de forcer la pierre et le marbre à exprimer des sentiments chrétiens sans que la beauté matérielle en souffre; en sorte que d'ordinaire notre sculpture est un peu insignifiante pour être belle, ou maniérée pour être expressive. Depuis l'antiquité, il n'y a guère eu que deux écoles de sculpture ^ : l'une à Florence avant Michel- Ange et surtout avec Michel-Ange ; l'autre en France, à la renaissance, avec Jean Cousin, Goujon, Germain Pilon. On peut dire que ces trois artistes se sont partagé la grandeur et la grâce : au premier, la noblesse et la force avec une science profonde ' ; aux
1. C'était l'opinion de "Winckelmann à la fin du xviii* siècle; c'est la nôtre encore aujourd'hui, même après toutes les découvertes qui ont été faites depuis cinquante ans, et qu'on peut voir en grande partie retracées et décrites dans le Museo real Borbonico.
2. Il y a eu sans doute de la sculpture au moyen âge : les innombrables figures semées aux portails de nos cathédrales, et les statues qu'on découvre tous les jours, le témoignent assez. Les imagiers de ce temps avaient certes bien de l'esprit et de l'imagination; mais, au moms dans tout ce que nous avons vu, la grande beauté est abseir\e et le goût manque.
3. Allez voir au musée de Versailles la statue de François 1" et dites si, excepté l'aiiti.^ur de Laurent de.Médicis, aucun Italien a rien lait de pareil. Voyez aussi, au musée du Louvre, la statue de l'ami rai Chabot.
1i.¥À DIXIÈMB LEÇON.
deux autres une élégance pleine de charme. La sculpture change de caractère, au xvn" siècle, ainsi que tout le reste : elle n'a plus le même agrément, mais elle trouve l'inspiration morale et religieuse qui avait trop manqué aux plus habiles maîtres de la renaissance. En est-il un, Jean Cousin excepté, qui soit supérieur à Jacques Sarazin? Ce grand artiste, aujourd'hui presque oubUé, est un disciple à la fois de l'école française et de l'école italienne, et aux qualités qu'il emprunte à ses devanciers il ajoute l'expression morale, touchante et élevée qu'il doit à l'esprit du nouveau siècle. Il est, dans la sculpture, le digne contemporain de Lesueur et de Poussin, de Corneille, de Descartes et de Pascal. II appartient tout à fait au règne de Louis XIII, de Richelieu et de Mazarin : il n'a pas même vu celui de Louis XIV '. Rappelé en France par Richelieu, qui y avait aussi rappelé Poussin, Jacques Sarazin, en peu d'années, a produit une foule d'ouvrages d'une rare élégance et d'un grand caractère. Que sont - ils devenus ? Le xvni® siècle avait passé sur eux sans y prendre garde. Les barbares qui les ont détruits ou dispersés s'étaient arrêtés devant les toiles de Lesueur et de Poussin protégées par un reste d'admiration : en brisant les chefs-d'œuvre du ciseau français, ils ne se sont pas même doutés du sacrilège qu'ils commettaient envers l'art aussi bien qu'envers la patrie. Du moins j'ai pu
1. Sarazin est mort en ICCO, Lesueur en 1655, Poussin en 1665, Descartes en 1650, Pascal e» 1662, et le génie de Corneille n'a guère franchi cette éBoQua.
voir, il y a quelques années, au Musée des monuments français, recueillies par la piété d'un ami des arts, de belles parties du superbe mausolée élevé à la mémoire de Henri de Bourbon, deuxième du nom, prince de Condé, le père du grand Condé, l'habile collaborateur de Richelieu et de Mazarin. Ce monument était soutenu par quatre figures de grandeur naturelle, la Foi, la Prudence, la Justice et la Charité. Il y avait quatorze bas-reliefs en bronze où étaient retracés les Triomphes de la Renommée, du Temps, de la Mort, de l'Éternité. Dans le Triomphe de la Mort, l'artiste avait représenté un certain nombre de modernes illustres, parmi lesquels il s'était mis lui-même à côté de Michel- Ange '. Nous pouvons contempler encore dans la cour du Louvre, au pavillon de l'Horloge, ces cariatides de Sarazin si majestueuses à la fois et si gracieuses, qui se détachent avec un relief et une légèreté admirables. Jean Goujon et Germain Pilon ont-ils rien fait de plus élégant et de plus vivant? Ces femmes respirent, et elles vont marcher. Prenez la peine d'aller à quelques pas d'ici ^ visiter l'humble
1. Lenoir, Musée des monuments p'ançais, t. V, p. 87-91, et le Musée royal des monuments fraiiçais, à& isi'), p. 98. 99, 108, 122 et 140. Ce magnifique monument, élevé à Henri de Bourbon, aux frais de son ancien intendant Perrault, président à la chambre des comptes, était placé dans l'église des Jésuites, et il était tout entier eu broaze. Il ne faut pas le confondre avec l'autre monument que les Condé érigèrent au iiiême jirince dans leur demeure mortuaire, à Vallery, près de Moniereau, dans l'Yonne. Ce dernier mausolée est en marbre et de la main de Michel Anguier; voyez-en la description dans Lenoir, t. V, p. 23-25, et surtout dans ï Annuaire dt t Yonne pour 1812, p. 175, etc.