AVANT-PROPOS
jeunesse de la Restauration ! Oui, c'est à vous que nous adressons particulièrement cet écrit, jeunes gens qui ne nous connaissez plus, mais que nous portons dans notre cœur, parce que vous êtes la semence et l'espoir de l'avenir. Nous vous montrons ici le principe de nos maux et leur remède. Si vous aimez la liberté et la patrie, fuyez ce qui les a perdues. Loin de vous cette triste philosophie qui vous prêche le matérialisme et l'athéisme comme des doctrines nouvelles destinées à régénérer le monde : elles tuent, il est vrai, mais elles ne régénèrent point. N'écoutez pas ces esprits superficiels qui se donnent comme de profonds penseurs parce qu'après Voltaire ils ont découvert des difficultés dans le christianisme : vous, mesurez vos progrès en philosophie par ceux de la tendre vénération que vous ressentirez pour la religion de l'Évangile. Soyez aussi très-persuadés qu'en France la démocratie traversera toujours la liberté, qu'elle mène tout droit au désordre, et par le désordre à la dictature. Ne demandez donc qu'une liberté modérée, et attachez-vous-y de toutes les puissances de votre âme. Ne fléchissez pas le genou devant la fortune, mais accoutumez-vous à vous incliner devant la loi. Entretenez en vous le noble sentiment du respect. Sachez admirer : ayez le culte des grands hommes et des grandes choses. Repoussez cette littérature énervante, tour à tour grossière et raffinée, qui se complaît
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dans la peinture des misères de la nature humaine, qui caresse toutes nos faiblesses, qui faitia caur aux sens et à l'imagination, au lieu de parler à l'âme et d'élever la pensée. Défendez-vous de la maladie de votre siècle, ce goût fatal de la vie commode, incompatible avec toute ambition généreuse. Quelque carrière que vous embrassiez, proposez-vous UH but élevé, et mettez à son service une constance inébranlable. Sursum corda^ tenez en haut votre cœur, voilà toute la philosophie, celle que nous avons retenue de toutes nos études, que nous avons enseignée à vos devanciers, et que nous vous laissons comme notre dernier mot, notre suprême leçon.
15 juin 1853.
!•' novembre 1853.
Un trop indulgent accueil ayant promptement rendu nécessaire une nouvelle édition de ce livre, nous nous sommes empressé de le revoir avec une attention sévère et d'y introduire une foule de corrections de détails, et un certain nombre d'additions parmi lesquelles les seules qui méritent d'êtr€ ici indiquées sont quelques pages sur le christianisme à la fin de la xvi* leçon, et les notes placées en Appendice à la fin du volume sur divers ouvrages de maîtres français que nous avons vus tout
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récemment en Angleterre, et qui ont confirmé et accru notre vieille admiration pour notre art national du xvn" siècle.
1" mai 1855.
Il n'a été fait aucun changement assez considérable pour être ici relevé, dans cette édition nouvelle, qui est en réalité la cinquième, puisque, avant les deux éditions de 1853, que celle-ci reproduit, il y en avait une publiée par nous en 1845, et que déjà même une première avait été donnée, en 1837, sur les cahiers bien imparfaits des élèves de l'École normale.
Cet écrit restera dans l'état où il est aujourd'hui. Il contient la doctrine qui paraît déjà dans nos Premiers Essais, et que développent tous nos cours et tous nos ouvrages, le résumé fidèle de la nouvelle philosophie française, dégagé de l'appareil scolastique, et revêtu de formes qui le mettent à la portée de tout lecteur attentif. Car, à mesure qu'on avance dans la vie, on apprécie et on recherche la simplicité comme auparavant on aspirait à la force. Il n'y a qu'une vraie langue philosophique, celle de Platon, de Descartes, de Bossuet, qui consiste à exprimer ce qu'il y a de plus profond et de plus grand de la façon la plus naturelle. Mais cette langue-là n'est pas à l'usage de la jeunesse; elle demande, avec une rare justesse
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d'esprit et un sincère amour de la vérité et des hommes, de longs efforts, le commerce du monde, et un art qui sait efifacer sa trace.
Nous aimons à le reconnaître : le succès de ce livre ne vient pas de nous ; il vient de la cause même que nous défendons, de cette sainte cause de la spiritualité de l'âme, de la beauté idéale, de la vertu désintéressée et de la foi en Dieu, plus éloquente que tous ses interprètes, et qui attire naturellement à elle, dans tous les pays et dans tous les temps, les hommes dignes de ce nom.
Juillet 1860.
Avant de Ig^sser paraître cette huitième édition, nous avons voitlu relire avec soin ce livre; et après cinq années écoulées, nous avons pu y apporter encore de légères corrections, dans le désir de perfectionner notre oeuvre et de la rendre Dioins indigne des suffrages des honnêtes gens.