LB 4 DÉCEMBRE
Esprit du cours. Nous relevons de Descartes et de sa méthode, la méthode psychologique ; progrès de cette méthode du xvii" auxvnie siècle. Qu'elle est commune aux diverses écoles que l^xvin» siècle nois a léguées et qu'e.le^n fait l'uaité. Formation naturelle d'un nouvel èclec'iine. — Application de ces vues générales aux trois problèmes du vrai, du beau et nu bien, qui composent la philosophie tout entière. Sur ces trois problème-, nous seron^our àTtur et dans une juste mesure pour et contre Locke Reid et Kant. — liclectisme et spiritualisme. Oue l'pclectifme est la lumiè.e de l'histoire de li philosonhie, mais que lui-même suppose une Ihéo ie qui y préside, et que cette théorie est le spiritualisme, but suprême de tous nos travaux.
Il semble assez naturel qu'un siècle à ses débuts emprunte sa philosophie au siècle qui le précède. Mais , comme êtres intelligents et libres , nous ne sommes pas nés pour continuer seulement nos devanciers, mais pour accroître leur œuvre et faire aussi la nôtre. Nous ne pouvons accepter leurhérila^e que sous bénéfice, d'inventaire. Notre premier devoir est donc d'». nous rendre compte ae la philosophie du xviii* siècle, de reconnaître son caractère et ses {.rio* cipes, les problèmes qu'elle agitait et les solutions
qu'elle en a données, de discerner enfin ce qu'elle nous transmet de vrai et de fécond, et ce qu'elle laisse aussi de stérile et de faux, pour embrasser l'un et rejeter l'autre d'un choix réfléchi. Placés à l'entrée de temps nouveaux, sachons avant tout dans quelles voies nous nous voulons engager. Pourquoi, d'ailleurs, ne le dirions-nous pas? Après deux années d'un Buseignement où le professeur se cherchait en quelque sorte lui-même, on a bien le droit de lui demander quel il est, quels sont ses principes les plus généraux sur toutes les parties essentielles de la science philosophique , (juel 4rjpjeau enfin, au milieu de partis qui se combattent si violemment, il vous pro; pose de syjyre, jeunes gens qui fréquentez cet auditoire et qui êtes appelés à partager la destinée si incertaine encore du xix* siècle.
Ce n'est pas le patriotisme , c'est le sentiment profond de la vérité et de la justice qui nous fait placer toute la philosophie, aujourd'hui répandue dans le monde, sous l'invocation du nom de Descartes. Oui, la philosophie nioderne tout entière est l'œuvre de ce grand homme : car elle lui doit l'esprit gui l'anime et la méthode qui fait sa .puissance. • ""^
Après la chute de la scolastique et les déchirements douloureux du xvf siècle, le premier objet que se pro* posa le bon sens hâfdi de Descartes fut de rendre la philosophie une science hiim§ine, comme l'astronomie^ la physiologie, la médecine, soumise aux mêmes in^
certitudes et aux mêmes égarements, mais capable aussi des mêmes progrès.
Descartes rencontra devant lui le scepticisme répandu de tous côtés, à la suite de tant de révolutions, des hypothèses ambitieuses , nées du premier usage d'une liberté mal réglée, et les vieilles formules échappées à la ruine de la scolastique. Dans sa passion courageuse de la vérité, il résolut de rejeter, provisoirement au moins, toutes les idées qu'il avait reçues jusque-là sans les contrôler, bien décidé à ne plus admettre que celles qui, après un sérieux examen, lui paraîtraient évidentes. Mais il s'aperçut qu'il y avait une chose qu'il ne pouvait rejeter, même provisoirement, dans son doute^uniy^rsel: cette chose était l'existence même de son doute , c'est-à-dire de sa pensée ; car quand même tout le reste ne serait qu'illusion, ce fait, qu'il pensait, ne pouvait pas être une illusion. Descartes s'arrêta donc à ce fait, d'une évidence irrésistible, comme à la première vérité qu'il pouvait accepter sans crainte *, et sur ce sohde fondement, il éleva une doctrine d'un caractère à la fois certain et vivant, capable de résister.au scepticisme, exempte d'hypothèse, et affranchie des formules de l'école.
C'est ainsi que l'étude de la pensée et de l'esprit qui en est le sujet, c'est-à-dire la psychologie, est devenue le point de départ, le principe le plus général, ia grande méthode de la philosophie moderne.