‹ Du XéroformeChapitre 9 sur 24 · ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE

Le xéroforme étant un produit insoluble, pris par voie gastro-intestinale, son action dynamique paraît être nulle ou tellement faible qu'elle ne peut être appréciée. Après son absorption, on ne constate aucune modification dans les principales fonctions organiques soit du système nerveux, soit de la circulation, soit de la respiration.

Les secrétions urinaires et cutanées ne sont pas impressionnées,

Les seuls effets semblent être des selles noirâtres dues au bismuth que le médicament contient.

Cependant, d’après une expérience citée dans le chapitre précédent, il résulte qu'une petite quantité de xéroforme pourrait être dissoute dans l'acide chlorhydrique du suc gastrique. Dès lors cette portion dissoute dans l'estomac pourrait être absorbée et pénétrer dans la circulation sanguine, mais se trouverait ramenée à l’état insoluble par les chlorures alcalins du sérum.

On peut objecter à cette théorie, que l'expérience qui lui sert de base a été faite in vitro, à la température du laboratoire. De plus nous avons opéré avec une solution d'acide chlorhydrique à 2 c/, tandis que celle du suc gastrique est à 2 °/..

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1len résulte que l’on peut regarder le xéroforme comme insoluble dans l'estomac.

Il ne se transforme que dans l'intestin. Là, en présence des sucs alcalins, il se dédouble en tribromophénol, dont l’action antiseptique est forte, et en oxyde de bismuth qui se combinerait aux alcaloïdes, ptomaïines ou toxines pour faire des composés insolubles. Telle est, du moins, l'explication donnée par Hueppe.

On admet aujourd'hui, d’après Nencki (1), que les sels de bismuth entrant en combinaisons insolubles avec l’albumine, les albuminoses, les alcaloïdes et ptomaines, le bismuth forme dans l’intestin à l’état naissant, des combinaisons insolubles avec les produits des bactéries tels que toxalbumines et ptomaïnes, arrêtant ainsi l’action toxique de ces produits vitaux des bactéries.

Une faible partie de ce tribromophénol passe dans les uriues. En effet, nous avons pu déceler le brôme dans les urines 24 heures après l’absorption du médicament.

D'autre part, ce qui prouve qu'une partie du phénol est éliminé par les urines, c’est, qu’au cours de nos expériences cliniques, nous avons vu un de nos malades présentant des urines brunâtres donnant les réactions des phénols.

TORICURÉ

Le xéroforme est un antiseptique à peu près inoffensil. Hueppe, dans l'épidémie de choléra de Hambourg, a employé des doses journalières de 6 à 7 gr., sans jamais avoir d'accidents à déplorer. Nous-même, nous avons pu

(1) Wratsch, 1893, no 1.

en absorber 5à 6 gr. sans éprouver d’inconvénient sérieux. Notre äppétit n’a été que fort peu incommodé par ce goût phénolique que laisse après lui l’antiseptique. Nos urines sont toujours restées claires, sans albumine.

Sur les änimaux nous avons fait lés expériences suivantes : à une grenouille nous avons fait ingérer 1 gr. de xéroforme en poudre, sans qu'elle présente aucun phénomène d'intoxication. Deux jours après, nous la sacrifions et nous trouvons l’estomac et le rectum remplis de xéroforme. Ses excréments, du reste, semblaient être de l’antiseptique en nature.

À un cobaye de 560 gr., nous introduisons dans l’esto- MaC, au moyen d'une sonde, 8 gr. de xéroforme sans amener d'accidents.

Cependant, nous nous en sommes tenu (en clinique) aux doses de 2 gr. à 2 gr. 50 par jour, ce qui suffit amplement pour réaliser l’antiseptie du canal intestinal.

À quoi tient cette non-toxicité du xéroforme ?

Cela tient à ce que le groupe hydroxylique, libre dans les phénols, est ici lié à un groupe acide. En effet, comme le fait remarquer Heuss, les phénols, les chloro, bromo, iodophénols, le crésol, le pyrogallol, le naphtol, ont une action antiseptique des plus énergique, mais leur emploi est restreint, à cause de leurs propriétés toxiques, tenant à ce groupe OH.

Ces inconvénients disparaissent sitôt que ce groupe OH est remplacé par un acide : le phénol et l’acide salicylique donnent le salol ; la créosote et le gaiacol avec l'acide carbonique donnent le carbonate de créosote ou de gaiacol

que l’on peut prendre à forte dose sans crainte d'accident ;

tandis que la créosote ou le gaiacol pur, à dose relativement faible, provoque l'irritation du tube digestif, des entérites quelquefois mortelles.

De même l'association des phénols et du bismuth donnent des phénolates de bismuth. Ces phénolates, en présence des sucs intestinaux se décomposent facilement et le phénol, mis en liberté, maintient l’antisepsie du tube digestif, mais n’est pas en quantité suffisante pour être toxique.

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