SCENE II
M“* HERVAUX, ALMÉRIC.
M mc HERVAUX.
Eh! quoi, Àlméric, un livre à la main? Seriezvous malade?
ÀLMÉRIC.
Non, chère unie, je me porte & merveille.
M® # HERVAUX.
C'est qu’il me semblait si étrange...
àlméric.
De me voir livré & l’étude. . oh! je deviens excessivement raisonnable; c’est tout simple, quand les têtes grises prennent la place des étourdis, il faut bien que ceux-ci sc donnent des airs de têtes grises... Sans cela que deviendrait l'équilibre social?... Au surplus, comme je ne prétends pas être le seul raisonnable ici, je recommande à vos méditations particulières et à celles de ma fortunée cousine la lecture intéressante qui me subjuguait... Vous y trouverez des épisodes pleins d’imagination et surtout très-inattendus... celui-ci entre outres.
Ï1 Yeot lire; mais M°>* lferrsux lui prend la livre des maint.
M mo HERVAUX.
C’est bien... je verrai cela. ( A part.) Quelque méchanceté, sans doute.
Vous n’étes pas curieuse?
M"* HERVAUX.
Non. Ah çà ! mais vous nous restez quelque temps?
ÀLMÉRIC.
Trop aimable; mais il faut qutf je sois ce soir à Paris, et dans trois jours à Béfort, ma nouvelle garnison ; d'ailleurs je sais que mon futur et respectable cousin est installé ici, et je craindrais de gêner ses tendres épanebemens.
M me hervaox , avec un rire forcé.
Mauvais plaisant 1
ALMÉaiC.
Et la prudence, chère tante...,, laisser ainsi deux futurs... sous le même leitl (A part.) le la vexe, et ça me soulage.
M m * rkrvacx, sans répondre.
Ainsi vous ne serez pas témoin du bonheur de ma fille?
ÀLMÉRIC.
Son bonheur ! non, il pourrait se faire attendre un peu trop long-temps.
M“* HERVAUX.
Pourquoi cela?
Oh! oh! parce qu’on n'improvise pas une duchesse en quinze jours... Si vous entendiez ma mère 4 ce sujet....
M“ a HERVAUX.
Eh ! que dit donc ma sœur?
ÀLMÉRIC.
Qu’après avoir marié Caroline & un duc, vous chercheriez pour vous-méme quelque petit prince d'Allemagne, et qu'alors elle solliciterait une place de dame d’honneur à votre cour. Enfin, je me suis fâché tout rouge quand elle a dit qu’elle se proposait d’étre marraine du premier petit marquis à naître de ce mariage; celui-là m’a semblé trop fort.
M me HERVAUX.
Toutes ces méchancetés, monsieur de Brémont, n’ont rien qui me blesse ni m’étonne; le dépit des autres no m’en donne jamais.
ALMÉRtC.
Du dépit!... oht non, c’est de l'incrédulité, ne confondons pas... on a été jusqu'à parier que ce grand échafaudage de noblesse croulerait sous huit jours.
HERVAUX.
On ne peut répondre de rien... mais écoutezmoi, Alméric ; malgré les procédés choquans de votre mère, je vous ai toujours témoigné de rattachement... jo compte donc sur beaucoup de réserve de votre part. Vous sentez que la position, l'àgc de M. le duc doivent le rendre plus susceptible que tout autre, et que la moindre plaisanterie déplacée.....
Mais je vous jure que je ne vois rien de plai-
tant à tout ceci, pour moi du moins que ce mariage a mis d'une humeur massacrante... c'est le mot, car dans le premier moment j’aurais voulu me battre avec tout ce qui s'en était mêlé, et si je n’avais l'espoir que ma cousine en sera bientôt aussi fâchée que moi....
U ® 8 bervaux.
Elle ! jamais elle ne fut aussi gaie. Depuis que ce mariage est arrêté, son caractère n’est plus reconnaissable... Vive et décidée, de timide qu’elle était, elle est maintenant d’une résolution, d’une hardiesse qui, à chaque instant, me fait trembler pour elle ; car sa passion est de courir les champs à cheval, à travers mille dangers qu’elle semble se faire un jeu de braver.
ALMÉRIC.
Une amazone! un dragon en voile vertl voilà la femme qu’il me fallait... Quels temps de galop nous aurions faits ensemble!.. Le stccplc-chase, la course des barrières, tout le bataclan du jokey elub... et vous m’avez enlevé tout cela, tante dénaturée , pour livrer de telles qualités à un parchemin suranné 1
M a * bervaux .
Almërict
01» î vous avez beau dire, j’ai le droit d’être furieux... mais au premier semestre, quami j’aurai un peu digéré les affreuses couleuvres dont on me repaît, si Caroline a conservé son goût pour les promenades à vol d'oiseau , je serai son homme... et, toute duchcsso qu’elle ait pu devenir... mais je crois l’entendre.
S B * UERVACX.
C’est elle, en effet.