‹ Duchesse comedie en deux actes, melee de chantChapitre 18 sur 30 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, CAROLINE, entrant en amazone, une cravache d la main.

carolire, entrant.

C’est pitoyable en vérité... on ne me donnera bientôt plus que des chevaux qui ne prendront le galop qu'en revenant à l’écurie. .. Vous comprenez, Alméric, vous qui élesofficicr de cavalerie... Bonjour, comment ça va-t-il?

ALMÉRIC.

Parfaitement, chère cousine, cl, pour vous prouver que j’entre dans vos griefs, je mets à votre disposition mon cheval de course Cumberland, arabe pur sang, sorti des haras du feu roi d’Angleterre, vrai gentilhomme alezan brûlé... mais méchant... méchant !

CAROLINE

Comme vous.

ALMÉRIC.

U a déjà sur la conscience une demi-douzaine de bras cassés et de têtes félées.

CAROLINE

Comme vous.

ALMÉRIC.

Merci!

CAROLINE

Je viens de visiter tous les alentours, l’aquéduc romain qui côtoie la Bièvre ; cela rappelle de grands souvenirs.

alméric, bas à Bervaux.

Décidément, Caroline donne dans les antiques, il y a concurrence pour M. le duc.

CAROLINE

Mais qu’avez-vous donc à vous parler tout bas?

ALMÉRIC.

J’admire comment, en si peu de temps, vous avez mis de côté vos airs de petite fille... vous voilà fière et résolue comme une héroïne de M me Georges Sand, pardonnez-moi la comparaison.

CAROLINE

Que voulez-vous, mon cher, il faut bien répéter un peu le rôle que je vais jouer dans la brillante comédie à laquelle on me destine... être duchesse n’est pas chose facile, quand surtout il faut oublier ce qu'on avait appris à l'humble fille du négociant, la réserve, la modestie et mille choses embarrassantes ou ridicules dans le monde où je vais entrer...

M me NERVAUX.

Mais, ma fille....

carolinb, l'interrompant.

Rassurez-vous, j’espère à force de volonté, me défaire de tout cela., cela me causera peut-être bien de l’ennui, mais qu'importe? on n’est pas duchesse pour s’amuser... c’cst un état qu’on n’embrasse pas pour soi, mais pour les autres.... on se doit à ses nobles amis, à d’illustres parons parmi lesquels on hésite quelquefois à reconnaître sa mère...

m®* hbrvaitx.

Ciel!

CAROLINE

On est ingrate; mais on est titrée, on est une grande dame, on se laisse emporter par un tourbillon de plaisirs et de joies factices, qui sous étourdit et vous ôte heureusement le loisir de penser. On a du luxe sur soi , autour de soi, de prétendus amis qui vous flattent bien haut, des serviteurs qui sc courbent l»icii bas , et quand dans un carrosse armorié voua passez au milieu de la foule ébahie, les regards semblent vous dire: Voilà une femme bienheureuse!

Aïs de C.dngébts.

C/e»t un destin rempli d'appas!

DU ! ce sont de long» jour» de R tc î

MAGASIN THEATRAL

Pauvres fous, ils ne savent pat I

A quel prix tout cela t'achète.

Dans l'existence qu'on m'apprête.

Lutter tans cette avec son ctrur.

Dans la contrainte user sa vie!

Mourir d’ennui et de douleur.

Et paraître ivre de bonheur ;

Oh I c’ctt un sort digne d'envie!

alméric, lui prenant la main.

Caroline , voilà qui fait un peu ma paix avec j vous.. • le malheur que voua voua promette!

adoucit singulièrement ma mauvaise humeur.

CAEOLIN*.

De l'humeur I à cause de mon mariage t

ALWÈNtC.

Dam! je vous le demande ?

CAEOttni.

Que voulez-vous, monsieur? Pourquoi n'étesvous que vicomte, quand nons avons absolument besoin d'un duc?

■» e HCRVACf.

Caroline, tu e« co matin d’une amerluneî...

UiftKkc.

C’est égal, J'ai de la rancune, contre vous d'abord, qui n'avez pas déclaré tout net que vous ne vouliez épouser que moi... ensuite contre celui qui a mené toutceci... M Eugène deMorny, vous savez...

Caroline, avec nn air d' indifférence.

Oui, je crois me rappeler, un jeune homme qu'on n'a pas revu...

ALMÉRIC.

Ohl pour celui-là, je lui garde une botte de ma connaissance particulière , et si ce n'cùt é*ô dans la crainte d’un esclandre qui retombait sur vous, je me serais donné la satisfaction de...

M“» BERVAl'X.

Quoi donc?

Page 1